Il chante ailleurs un chant de reconnaissance pour les laboureurs et
pour les pasteurs:
«Tu couves la terre et tu la fécondes! La rivière se remplit d'eau
jusqu'aux bords; tu leur sèmes le blé, tu arroses le sillon, tu
l'amollis, tu lui commandes de végéter, tu couronnes l'année de tes
dons, et dans tous les sentiers s'épanche l'abondance. Les plaines du
désert en débordent, les collines sont enceintes de joie, les prés
sont couverts d'agneaux, les vallées vêtues de moissons; on est dans
la joie et on chante!
«Lorsque vous vous reposez entre les rigoles de vos champs, les ailes
de la colombe vous semblent revêtues d'argent et ses plumes d'un or
jaune!»
Théocrite est égalé par ces images; mais dans Théocrite l'imagination
seule est satisfaite. Ici c'est l'âme qui fait remonter toutes ces
délices de la création à leur auteur, et qui de sa volupté fait un
holocauste.
Où est Pindare, où est Horace, quand on a goûté la saveur sévère d'une
pareille poésie?