Je partage du fond de mon coeur, mon amie, l'émotion que cette lettre
vous aura causée; mais je vous en conjure, ne vous laissez pas
ébranler dans vos généreuses résolutions: puisque vous avez pu partir,
attendez que le temps ait changé la nature de vos sentimens; un jour
Léonce sera votre ami, votre meilleur ami, et l'estime même que votre
conduite lui aura inspirée consacrera son attachement pour vous.
J'ai regretté d'abord vivement que vous eussiez pris le parti de ne
pas me rejoindre, mais à présent je l'approuve; Léonce seroit venu
certainement ici, s'il avoit su que vous y fussiez, et M. de Valorbe
n'auroit pas perdu un moment pour se rapprocher de vous, et vous
persécuter peut-être d'une manière cruelle. Dérobez-vous donc dans ce
moment aux dangereux sentimens que vos charmes ont inspirés; mais
songez que vous devez un jour vous réunir à moi, et qu'il ne vous est
pas permis de vous séparer de celle qui n'a d'autre intérêt dans ce
monde, que son attachement pour vous.