ÉLISE DE LEBENSEI.

Je partage du fond de mon coeur, mon amie, l'émotion que cette lettre

vous aura causée; mais je vous en conjure, ne vous laissez pas

ébranler dans vos généreuses résolutions: puisque vous avez pu partir,

attendez que le temps ait changé la nature de vos sentimens; un jour

Léonce sera votre ami, votre meilleur ami, et l'estime même que votre

conduite lui aura inspirée consacrera son attachement pour vous.

J'ai regretté d'abord vivement que vous eussiez pris le parti de ne

pas me rejoindre, mais à présent je l'approuve; Léonce seroit venu

certainement ici, s'il avoit su que vous y fussiez, et M. de Valorbe

n'auroit pas perdu un moment pour se rapprocher de vous, et vous

persécuter peut-être d'une manière cruelle. Dérobez-vous donc dans ce

moment aux dangereux sentimens que vos charmes ont inspirés; mais

songez que vous devez un jour vous réunir à moi, et qu'il ne vous est

pas permis de vous séparer de celle qui n'a d'autre intérêt dans ce

monde, que son attachement pour vous.

Delphine · 第 231 / 322 题