Léonce à Delphine.
Delphine, je veux respecter vos volontés, je le veux; cette
résignation est tout ce que je puis vous promettre. Vous ne connoissez
pas les sentimens qui m'agitent; je leur impose silence, je ne puis
vous les confier. Je vous adore, et je crains de vous parler d'amour!
que deviendrai-je? et cependant tu m'aimes, et tu voudrois que je
fusse heureux! J'ai cru que je le serois, je me suis trompé. Essayons
de ne pas nous parler de nous, de transporter notre pensée sur je ne
sais quel sujet étranger, dont nous ne nous occuperons qu'avec effort,
oui, avec effort. Puis-je ne pas me contraindre? puis-je m'abandonner
à ce que j'éprouve! Si je m'y livre un jour, dans l'état où m'ont jeté
mes désirs et mes regrets, si je m'y livre un jour, l'un de nous deux
est perdu.