LETTRE XXXV.

Réponse de Delphine à M. Barton.

Paris, ce 8 novembre.

Vous ne savez pas quelle douleur vous m'avez causée! je croyois

pouvoir le détromper, je croyois toucher au moment de recouvrer toute

son estime; vous m'avez montré mon devoir, le véritable devoir, celui

qui a pour but d'épargner des souffrances aux autres: je l'ai reconnu,

je m'y soumets, je n'écrirai point: mais souffrez que je le dise, pour

la première fois j'ai senti que je m'élevois jusqu'à la vertu: oui,

c'est de la vertu qu'un tel sacrifice, et ce qu'il me coûte mérite le

suffrage d'un honnête homme et la pitié du ciel.

Il attend ma réponse pour un jour fixe, pour le vingt-cinq novembre.

Mon silence, dit-il, sera pour lui l'aveu de la perfidie dont on

m'avoit accusée; ne pouvez-vous lui écrire que ce silence est un

mystère que je ne veux jamais éclaircir, mais qu'il ne doit lui donner

aucune interprétation décisive? ne pouvez-vous pas lui dire au moins

que je pars pour le Languedoc, d'où je ne sortirai jamais? Est-ce trop

demander, et ne défais-je pas ainsi, foiblesse après foiblesse,

l'action que je nommois généreuse?

Je vous laisse l'arbitre de ce que vous pouvez dire; vous comprenez ce

que je souffre, ce que je souffrirai toujours, tant qu'il me croira

coupable. Si le ciel vous inspire un moyen de me secourir, sans porter

atteinte au bonheur des autres, vous le saisirez, j'ose en être sûre;

s'il faut me sacrifier, je vous en donne le pouvoir, je saurai vous en

estimer. Je dépose entre vos mains la promesse de m'éloigner, de ne

point écrire, de ne rien me permettre enfin pour moi-même, que de vous

demander quelquefois si vous avez affoibli dans le coeur de Léonce la

juste haine qu'il va de nouveau ressentir contre moi.

Delphine · 第 105 / 322 题