Réponse de Delphine à M. Barton.
Paris, ce 8 novembre.
Vous ne savez pas quelle douleur vous m'avez causée! je croyois
pouvoir le détromper, je croyois toucher au moment de recouvrer toute
son estime; vous m'avez montré mon devoir, le véritable devoir, celui
qui a pour but d'épargner des souffrances aux autres: je l'ai reconnu,
je m'y soumets, je n'écrirai point: mais souffrez que je le dise, pour
la première fois j'ai senti que je m'élevois jusqu'à la vertu: oui,
c'est de la vertu qu'un tel sacrifice, et ce qu'il me coûte mérite le
suffrage d'un honnête homme et la pitié du ciel.
Il attend ma réponse pour un jour fixe, pour le vingt-cinq novembre.
Mon silence, dit-il, sera pour lui l'aveu de la perfidie dont on
m'avoit accusée; ne pouvez-vous lui écrire que ce silence est un
mystère que je ne veux jamais éclaircir, mais qu'il ne doit lui donner
aucune interprétation décisive? ne pouvez-vous pas lui dire au moins
que je pars pour le Languedoc, d'où je ne sortirai jamais? Est-ce trop
demander, et ne défais-je pas ainsi, foiblesse après foiblesse,
l'action que je nommois généreuse?
Je vous laisse l'arbitre de ce que vous pouvez dire; vous comprenez ce
que je souffre, ce que je souffrirai toujours, tant qu'il me croira
coupable. Si le ciel vous inspire un moyen de me secourir, sans porter
atteinte au bonheur des autres, vous le saisirez, j'ose en être sûre;
s'il faut me sacrifier, je vous en donne le pouvoir, je saurai vous en
estimer. Je dépose entre vos mains la promesse de m'éloigner, de ne
point écrire, de ne rien me permettre enfin pour moi-même, que de vous
demander quelquefois si vous avez affoibli dans le coeur de Léonce la
juste haine qu'il va de nouveau ressentir contre moi.