Il y a plusieurs changemens dans cette édition, mais le plus important
de tous, c'est la conclusion, qui est entièrement nouvelle. Je me suis
rendue aux observations qui m'ont été faites sur le dénoûment qui
existoit d'abord. On m'a dit qu'il rappeloit les événemens de la
révolution, au milieu d'une situation tout idéale. On m'a dit que ce
dénoûment n'étoit pas l'effet immédiat des caractères, et qu'il ôtoit
au roman de _Delphine_ le mérite qu'il a peut-être de ne contenir que
des circonstances amenées par les sentimens, et qui ne peuvent être
considérées comme l'effet du hasard. Ces réflexions m'ont convaincue;
et quoiqu'il ne soit pas dans les usages de l'amour-propre de faire
une si grande concession à la critique, _Delphine_ est réimprimée dans
cette édition avec un dénoûment entièrement nouveau, et je prie les
écrivains anglois et allemands qui ont bien voulu traduire ce roman
dans leur langue, d'adopter, pour la traduction, le changement que
j'ai fait dans l'original.
Cependant, comme je crois que l'ancien dénoûment de _Delphine_ avoit
un avantage, celui de retracer avec quelque force les circonstances
déchirantes qui accompagnent la mort de ceux qu'on fait périr pour des
opinions politiques, j'ai conservé ce morceau dans une anecdote
nouvelle intitulée _Charles et Pauline_ [Cette nouvelle ne s'est point
trouvée dans les manuscrits de ma mère; et j'ai même tout lieu de
croire qu'elle n'a jamais été achevée. (Note de l'Éditeur.)], qui se
trouve aussi dans cette édition; enfin j'y ai de plus ajouté quelques
réflexions sur le but moral de Delphine.