"Mon cher fils,
"Joseph et Stanislas Vincent, de ton régiment, sont arrivés à Lorette,
le 2 décembre, et sont venus tout de suite se rendre à moi. Ils
témoignent un vrai repentir et un grand regret de ce qu'ils ont fait.
Ils disent qu'ils savent bien qu'il n'y a pas de bonnes excuses pour une
telle folie; mais que cependant ils peuvent dire avec vérité qu'ils ne
l'ont faite que par de mauvais conseils et qu'ils ne l'auraient pas
faite sans cela. Les autres sauvages leur ont dit que les hommes des
nations, c'est-à-dire les nations indiennes, ne devraient servir que
comme des sauvages et non comme des soldats engagés."
"Ils ajoutent qu'ils n'auraient pas dû écouter ces mauvais conseils;
mais que les jeunes n'ont pas l'expérience des anciens. Ils disent que
comme je suis le père des Hurons et du plus grand guerrier qu'ait le
roi, ils s'adressent à moi, avec confiance pour obtenir leur grâce. Je
leur ai répondu que j'allais te la demander tout de suite, et j'étais
persuadé que tu me l'accorderais parce qu'en effet, les vrais braves
sont toujours miséricordieux envers ceux qui se soumettent et se
repentent. Je te prie donc, mon cher fils, de leur pardonner de bonne
grâce à cause de leur repentir et de leur confiance en toi et en moi."
"Je pense bien que je serai pour beaucoup en ce pardon; mais encore une
autre raison: le grand chef est survenu en disant que tu sais bien qu'il
t'estime beaucoup comme font aussi tous les autres chefs, qu'ils l'ont
chargé de te demander (en leurs noms et au sien) pardon pour leurs
jeunes gens."
"Cette nation et ses chefs t'aiment beaucoup et admirent fort _le grand
guerrier_!"
Ls. SALABERRY.
Les Hurons reconnaissants ont voulu prouver leur gratitude en
souscrivant au monument de Salaberry.