LE COLONEL DE SALABERRY ET LES HURONS DE LORETTE.

Le mouvement populaire en faveur de l'érection d'un monument au héros de

Châteauguay donne de l'actualité au fait suivant, qui m'a été raconté,

il y a quelques jours, par le chef des Hurons de la Petite-Lorette:

C'était en 1812; la jeunesse canadienne était appelée sous les armes

pour défendre la patrie. Mue par un sentiment de patriotisme et docile

à la voix des autorités ecclésiastiques, elle s'était empressée de se

rendre à l'appel du gouvernement anglais; de plus, on avait décidé de

demander le concours des sauvages, encore en assez grand nombre à cette

époque.

Le colonel de Salaberry se chargea lui-même d'aller à Lorette pour

recruter les Hurons, et, dans ce but, une grande assemblée fut

convoquée, et le colonel leur annonça alors que leurs services étaient

requis; tous s'empressèrent à l'envi de donner leurs noms pour aller

combattre sous le drapeau anglais.

Après s'être consulté avec les autorités militaires, M. de Salaberry

revint au village, quelques jours après, annoncer aux Hurons que le

gouvernement avait décidé de les garder comme réserve, au cas où Québec

serait attaqué et où les Américains envahiraient le pays par le chemin

de Kennébec.

Nonobstant cette déclaration, six Hurons parmi lesquels Joseph et

Stanislas Vincent, réclamèrent à grands cris l'honneur d'aller servir

dans les rangs des voltigeurs canadiens.

A la bataille de Châteauguay, où 800 Canadiens accomplirent ce fait

d'armes étonnant de mettre en déroute un corps d'arme de sept ou huit

mille hommes, les frères Vincent traversèrent la rivière à la nage pour

faire prisonniers les fuyards qui refusaient de se rendre.

Mais ces deux héros, très braves et très déterminés pendant l'action,

n'étaient pas très forts sur la discipline, en sorte que quelques jours

après la bataille, se croyant parfaitement libres, ils laissèrent le

service et abandonnèrent leur compagnie pour retourner dans leurs

foyers. C'était un cas de désertion flagrante, et, d'après le code

militaire, qui est inexorable à ce sujet, ils devaient être passés par

les armes; il fallait une grande influence pour obtenir leur grâce, et,

à ce sujet, voici ce qu'écrivait M. de Salaberry, père, au colonel son

fils:

Le Héros de Châteauguay · 第 15 / 18 题