Quel fut le motif de la querelle, ce jour-là, le village ne le sut
jamais exactement. Les uns prétendent que la Gagnarde renversa par la
cour commune un baquet d'eau grasse. Les autres, le maître d'école est
du nombre, affirment que la Morvande lança, innocemment peut-être, une
corbeille de pommes pourries dans les jambes de sa voisine.
Qu'arriva-t-il ensuite?
La Gagnarde cassa d'un coup de fourche les deux pattes d'une oie qui
n'était pas à elle, et la Morvande tordit le cou d'un jars sans en avoir
le droit.
Puis toutes les deux, vaillantes, se mirent à donner de la voix.
La Morvande jappait. La Gagnarde grondait.
La Morvande courait dans la cour, ramassait des choses qu'elle laissait
retomber pour les reprendre, et, le geste désordonné, se griffait le
visage. Sa seule préoccupation était de jeter des cris aigus, sans
choix, mais sans interruption. Souvent elle s'approchait de l'ennemie.
Elle retenait derrière son dos ses mains rétives dont les doigts avaient
le mors aux ongles.
Et sur sa petite tête rouge vivement agitée, sur son cou, ses épaules,
elle recevait comme une douche trop chaude les injures bouillonnantes de
la Gagnarde. Celle-ci s'enflait, s'enflait, les bras croisés,
soufflante. Un instant, l'une penchée, l'autre comme enlevée de terre,
bec à bec, étranglées et toute la chair à vif, elles ne purent plus que
loucher!