P. 211, l. 4: peurent.--_Ms. A 29_: L’evesque Pierre de Cambray et le
Conseil du pais de Cambresis, qui est terre de l’Empire, ne l’eussent
jamais pensé; et pour celle cause, ils n’avoyent rien retraict
dedans les forteresses. Ils conclurent que, sur bon saufconduit, ils
envoyeroyent par devers lui remonstrer le grant domage qui leur estoit
faict tous les jours. Incontinent que le saufconduit fut venu, car le
roy l’accorda voulentiers, ils envoyèrent certains messages bons clercs
et toutes gens d’authorité, pour sçavoir à quel tittre on leur menoit
telle guerre.
Quant le roy d’Angleterre et son conseil eurent entendu la doleance
de tout le Cambresis, on respondit aux messagers que le roy estoit
bien averti que au temps passé et par maintes foys ils avoyent fait
alliances et baillé de grans confors aux François et soustenus en
leurs villes et forteresses, et fait aussi avant partie de guerre aux
vassaux et féodaux, comme leurs ennemis propres: dont le roy estoit
fort indigné sur le pais, et pour tant estoit il venu passer par icelle
terre, pour monstrer à tous leur grand faulte. Lorsque ces messagers
virent que autre chose ne povoient exploicter, ils retournèrent par
devers l’evesque et les seigneurs du pais; et racontèrent comment il
leur avoit esté respondu et que autre chose n’i sauroyent proufiter.
L’evesque dict: «Beaux seigneurs, il fault cest orage laisser passer à
son plus bel. Il est vicaire de l’Empire, sur quoy je et vous estions
appuyés qu’ils deporteroyent le Cambresis de pillage, comme ils ont
la comté de Haynaut. Mais le roy et son conseil se savent que avons
favorisé les François, ce qui peut estre comme chascun sçait; et
pour conclure, il fault garder la cité tout premièrement et puis les
chasteaux, villes et forteresses à son loyal povoir, et du demourant
faut tout mettre en la main de Dieu.» Atant fina le parlement.
P. 212, l. 6: estrains.--_Les mss. A 11 à 14 ajoutent_: car ceulx de
Reins, de Troies, de Chaalons, de Sainte Maneholt et de Hans n’avoient
riens laissié ès villages, mais fait amener toutes garnisons ens ès
bonnes villes et chasteaulx.
P. 212, l. 15: Cavenci.--_Ms. A 7_: Canenci. Fº 219 vº.--_Ms. B 4_:
Chavensi. Fº 215 vº.
P. 212, l. 29: Wark.--_Mss. A 1 à 8, 11 à 14, 18, 19_: Warch.
P. 213, l. 1: Auques.--_Ms. B 6_: Assés tos après que le roy
d’Engleterre fut là venus, messires Ustasses d’Auberchicourt, qui
estoit en la ville de Athegni sur Asne, avoit grant garnison et grosse
de vins, car ses gens avoient tout pilliet le pais de là environ;
ne riens n’y avoit demoret bien une journée entour yauls. Et envoia
messires Ustasses au roy d’Engleterre deux cens pièches de vins: dont
le roy ly en sceut moult grant gré, et en departy as barons et as
chevaliers de l’ost qui furent de che vin bien et grandement rafreschy.
Fº 600.
§ =463=. P. 213, l. 8: Entrues que.--_Ms. d’Amiens_: Entroes que li
sièges estoit devant Rains, queroient li aucun chevalier de l’host les
aventurez. Dont il avint que messires Jehanz Cambdos, messires James
d’Audelée, li sirez de Muchident et messires Richars de Pontcardon et
leur routtes, chevauchièrent si avant deviers Chaalons et en Campaingne
qu’il vinrent à Carni en Dormois, ung biau fort. Si le regardèrent
et avisèrent; si dissent par acord qu’il yroient veoir che castel de
plus priès et l’asauroient. Si ordonnèrent leurs gens et se missent
tout à piet, et coumenchièrent à assallir fortement et radement. Par
dedens avoit en garnison deux bons chevaliers qui le gardoient, dont
li ungs avoit nom messires Edouwars dou Bos, et li autres messires
Ghuis de Caples, et s’arme d’or à une croix ancrée de sables. Là eult
fort assault et dur, car li chevalier et leurs gens se deffendoient
très bien, et ossi il estoient assailli asprement. En cel assaut et
par grant mesaventure dou jet d’une pière fu conssievis li sires de
Muchident sus sen bachinet, qui fu dou cop tous effondrés et la teste
ossi, et fu là abatus et morut de ce cop: dont tout si compagnon furent
durement courouchiet, et assallirent plus fort que devant. Là eut fait
maintez appertisses d’armes, mès finablement li castiaux fu pris par
force, et li chevalier qui dedens estoient et tout li homme d’ounneur,
et amennet en l’ost devant Rains.
En ce tamps, entroes que on seoit par devant Rains, se resmut une
haynne et uns grans mautalens entre le roy de Navarre d’une part, et le
duc de Normendie, d’autre: le raison ne le cause pourquoi, ne sai je
mies moult bien. Mès il avint que li roys de Navarre se parti de Paris
et s’en vint à Mantes sus Sainne, et deffia le duc de Normendie et le
coummença à gueriier durement et asprement.
Et adonc prist, en l’ombre de se guerre, ungs escuiers de Brouxelles,
appert homme d’arme durement, qui s’appelloit Wautre Obstrate, le
castiel et le tour de Roleboize, seant sus Sainne, qui moult greva
chiaux de Paris et dou pays environ, et le tint ung grant temps; et
quant il s’en parti, il eut douze mil frans. Fºs 119 vº et 120.
P. 213, l. 14: Carni.--_Mss. A 1 à 7, 11 à 22, 30 à 33_: Chargny. Fº
240 vº.--_Mss. A 8, 9, 23 à 29_: Charny. Fº 212.
P. 213, l. 16 à 20: à assaillir.... assaillir.--_Mss. A 1 à 22_: et
l’assaillirent. Fº 240 vº.
P. 213, l. 23: Guis.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14_: Jehan. Fº 204 vº.
P. 213, l. 24: portoit.--_Le ms. B 3 ajoute_: armes. Fº 229 vº.--_Les
mss. A 1 à 6, 8, 9, 11 à 14, 15 à 33 ajoutent_: un escu.
P. 213, l. 24: ancrée.--_Mss. A 23 à 33_: dentée. Fº 254.
P. 213, l. 24: de.--_Mss. A 18, 19_: en. Fº 249.
P. 214, l. 16: cousta.--_Mss. A 11 à 14 ajoutent_: car dedens y avoit
bons compaignons qui se vendirent au double.--_Ms. A 29_: Finablement,
les Anglois continuèrent si bien leur assault qu’ilz conquirent le
chastel par belle force; mais ce ne fut mie sans coust, car ilz y
perdirent jusques à treize gentilshommes et plus de vingt, que archers,
que paveschiers. Et quant ilz furent amont en la salle du chastel, ilz
y prindrent les deux chevaliers et aucuns escuyers françoys qu’ils
respitèrent, et tout le remanant fut mis sans deport à l’espée; et
malmenèrent moult durement le chastel, pour ce qu’ilz n’avoyent mie
intention de le tenir. Et à leur departement de Charni, ilz emmenèrent
leurs prisonniers et leur butin, et retournèrent devant Reims au siège.
Quant le roy d’Angleterre sceut la mort du sire de Mucident, il en fut
dolent et tous ceux de l’ost: si le fit le prince de Galles rapporter
et honorablement enterrer à Saint Thierri emprès Reins où il estoit
logé.
P. 214, l. 23: Rains.--_Ms. A 11 à 14_: tous courrouciez, car
ils avoient perdu la fleur de leurs gens; et là amenèrent leurs
prisonniers. Si recordèrent au roy leur seigneur et aux barons
comment ils avoient perdu les plus grands et les plus nobles de leur
compaignie. Dont le roy fut amerement courroucié, mais mettre n’y
povoit remède. Et tous les jours lui venoient nouvelles de ses gens
que les François destroussoient, un jour en un village et l’autre en
rencontre.
P. 215, l. 6: Wautre.--_Ms. B 3_: Watre. Fº 230.--_Mss. A 8, 9_:
Wautée. Fº 212 vº.
P. 215, l. 6: Obstrate.--_Mss. A 1 à 6_: Ostratte. Fº 241.--_Mss. A 11
à 14_: Ostrasce. Fº 213.--_Mss. A 18 à 22_: Ostratte. Fº 249.--_Mss. A
23 à 33_: de Obstrate. Fº 254 vº.
§ =464=. P. 215, l. 11: En ce temps.--_Ms. d’Amiens_: En ce temps que
li roys englès seoit devant Rains, avint que li sires de Goumegnies
fist en Haynnau et ailleurs une queilloite de gens d’armes et de
compaignons, et fist sen assamblée au Kesnoy, en instanche de çou que
pour venir devant le chité de Rains veoir le roy son seigneur; et quant
il furent tout assamblet, il peurent estre entours yaux trois cens,
ungs c’autres. Si se partirent et vinrent à Avesnez, en Haynnau, et
puis à Trelon.
Or estoit adonc li sires de Roie en garnison au Rosoy en Tieraisse, et
grant fuison de bons compaignons avoecq lui, chevaliers et escuiers.
Si entendi que li sires de Goumignies mettoit sus une chevauchie de
gens d’armes pour grever le royaumme de Franche, et devoit passer par
le Tieraisse et venir devant Rains. Si trestost qu’il le sceut, il
fist une priière as compaignons dou pays et leur segnefia tout le fait
et par especial à monseigneur Loeys de Roberssart et au Chanonne de
Roberssart, son frère, appert homme d’arme durement, qui gouvrenoient
le terre le jone seigneur de Couci, et se tenoient ou castiel de Marle
et à le Fère, sus le marce de ce pays, par où li sirez de Goumignies
devoit passer et toutte se routte. Et furent li Franchois yaux bien
trois cens, toutte gens d’eslite, dont li sires de Roie estoit ciés. Si
se missent en embusche couvertement sus le pays, et eurent leurs espies
tous pourveus pour mieux avenir à leur fait.
Avint que li sires de Goumignies et se routte, qui nulle cose ne
savoient de chou, et qui cuidoient passer sans rencontre, entrèrent en
Tieraisse le chemin de Rains, et vinrent un jour à heure de tierce ou
plus matin en ung village que on appielle Harbegny. Si eurent conseil
qu’il s’aresteroient là pour yaulx un peu rafrescir et leurs chevaux,
et puis monteroient sans plus d’arrest, et de bonne heure il venroient
à Rains en l’ost le roy. Adonc descendirent il en celle dite ville,
et se coummenchièrent à ordonner pour estaubler lors chevaux. Entroes
qu’il s’appareilloient, li sires de Goumegnies, qui estoit adonc jones
et volentrieux, dist qu’il volloit chevauchier hors de ce village et
savoir s’il trouveroit nient mieux à fourer. Si appella cinq ou six
compaignons des siens et leur pages et Christoffle dou Mur, un sien
escuier qui portoit son pennon, et se partirent tout radement sans
point de get.
Or estoient chil seigneur de Franche en l’enbusche dehors che village,
qui lez avoient poursieuiwis le jour devant et le nuit apriès, et
tiroient qu’il les pewissent trouver à leur avantaige. Et avoient
en pourpos que de venir assés tost ens ou villaige où il estoient
aresté et yaux courre sus; car, s’il fuissent passet oultre, il ne
les ewissent point eubs, fors à droite parchon, as camps. Quant
li Franchois perchurent chevauchier le seigneur de Goumegnies si
seullement, si furent de premiers tout esmervilliet que ce pooit
y estre. Si le laissièrent ung petit plus aprochier; tantost il
congneurent que c’estoit il, par son pennon qu’il faisoit porter et
chevaucier devant lui. Si se partirent de leur embusce chacuns qui
mieux mieux, li sires de Roie, messires Flamens de Roye, messires Loeys
de Roberssart, li Chanonne de Roberssart, ses frères, qui estoit adonc
escuiers, messires Crestiiens de Bonneroie et li autre, les glaives
baissies, et en escriant: «Roie! Chi Roie! au seigneur!»
Quant li sirez de Goumignies les entendi et les vit, si en fu durement
esmervilliet, et ossi furent chil qui estoient venu avoecq lui.
Nonpourquant il ne daignièrent fuir; et ossi, se il le volsissent
faire, il n’en ewissent mies ew le loisir. Si baissièrent lors
glaivez et atendirent chyaux qui venoient sour yaulx. Là fu li sires
de Goummignies des premiers rués jus de fier de glaive et tantost
assaillis fierement, et il se deffendi à son pooir; mès sa deffensce
dura petit, car il ne pooit contre tant. Là fu il pris et fianchiés
prisons, et doy escuier de Gascoingne avoecq lui, qui trop bien se
combatirent et trop vaillamment, et qui mout à envis se rendirent;
mès rendre les couvint, autrement il ewissent estet mors, enssi que
fu Christofflez dou Mur, ungs très bons hommes d’armes qui portoit le
penon le seigneur de Goumignies. Briefment, tout chil qui là estoient
furent pris et fianchiés prisons, excepté li page qui se sauvèrent au
bien fuir, car il estoient bien monté, et ossi on ne fist point de
cache apriès yaux. Fº 120.
P. 215, l. 28 et 29: au Rosoy.--_Mss. A 1 à 9, 11 à 14, 18, 19_: au
roy. Fº 241.--_Mss. A 15 à 17_: d’Aurroy. Fº 232 vº.--_Mss. A 20 à 22_:
pour le roy. Fº 327 vº.--_Mss. A 23 à 33_: de par le roy de France. Fº
255.
P. 216, l. 7: monsigneur.--_Les mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19
ajoutent_: Robert. Fº 241.
P. 216, l. 27: Harbegni.--_Ms. B 3_: Barbegny. Fº 230 vº.--_Mss. A 8,
9_: Herbegni.--_Mss. A 11 à 14_: Herbergny. Fº 213 vº.--_Mss. A 20 à
22_: Harbigni.
P. 217, l. 28: Loeis.--_Ms. B 3_: Robert. Fº 230 vº.
P. 217, l. 30: Crestiiens.--_Mss. A 11 à 14_: Tristan. Fº 213 vº.
P. 217, l. 30: Bommeroie.--_Ms. B 3_: Bonneroye.--_Mss. A 1 à 6, 11 à
14_: Bonneroie. Fº 241 vº.--_Mss. A 15 à 17_: Pommeroie. Fº 233.--_Mss.
A 23 à 33_: Beromeroye.
§ =465=. P. 218, l. 25: Quant li chevalier.--_Ms. d’Amiens_: Quant li
sires de Goummegnies et chil qui avoecq lui estoient issu, furent pris
et fianchiés prisons par les chevaliers et escuiers dessus noummés, il
ne vorent mies là arester, mès brocièrent chevaux des esperons et se
boutèrent ou village dessus dit en escriant: «Roie! au signeur! Roye!»
Dont furent tout chil qui là estoient, moult esbahy, quant il sentirent
leurs ennemis si priès d’iaux, et estoient li plus tous desarmés et
tout espars. Là les prinssent li Franchois à vollenté. Et eult li
Canonne de Roberssart pluisseurs prisounniers, pour ce que li Haynuyer
le congnissoient mieux que nulx des autres. Finablement, il furent ou
tout mort ou tout pris; moult peu en escapèrent.
Bien est voirs, il y en eult aucuns qui se retraissent en une petitte
forte maison environnée d’aige. Et en y eut de ciaux qui conssilloient
c’on le tenist et deffendesist, pour tant que li roys englès n’estoit
mies loing, et qu’il seroient secourut; mais li chevalier franchois
leur dissent bien que, se il se faissoient assaillir et prendre
par forche, il seroient tout mort sans merchy. Si se doubtèrent li
compaignon de ce peril, et se rendirent simplement sauve lor vies.
Ceste aventure avint à monseigneur Jehan de Goumegnies et à se routte,
environ le Noel l’an mil trois cens cinquante neuf: dont li roys englès
fu moult courouchiés quant il le seult, mès amender ne le peut, tant
qu’à ceste fois. Si en menèrent li Franchois leurs prisonniers en le
terre de Couchy et ailleurs là où il veurent, et ranchonnèrent les
aucuns et recrurent sus leurs foix, et les aucuns retinrent tant qu’il
eurent bien pris et fet tout à point par deviers l’ost.
Or revenrons au siège de Rains et parlerons de messire Bietremieu de
Bruech, qui avoit assis dedens le castiel de Curmissi, à deux lieuwes
de Rains, un chevalier campegnois qui s’appeloit messires Henris des
Vaux, et portoit de sables à cinq aniaux d’argent, et crioit: «Viane!»
Fº 120.
P. 219, l. 24: ennemis.--_Mss. A 11 à 14_: Et si n’avons homme qui
sceust aler querir aide devers le roy d’Angleterre nostre seigneur, qui
ne feust en peril de mort. Fº 214.
P. 219, l. 24: compaignon.--_Les mss. A 11 à 14 ajoutent_: d’Angleterre.
P. 219, l. 25: estrit.--_Mss. B 3, A 1 à 33_: estrif. Fº 231.
P. 219, l. 28: tant ou petit.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18 à 22, 30 à
33_: tant ne petit. Fº 242.--_Mss. A 23 à 29_: grant ne petit. Fº 255
vº.--_Mss. B 3, A 15 à 17_: tant petit soit. Fº 231.
P. 219, l. 32: menet en voies.--_Mss. A 1 à 7, 11 à 14_: menez et
envoiez. Fº 242.--_Mss. A 8, 9, 15 à 17_: envoiez. Fº 213 vº.--_Mss. A
20 à 22_: emmenez. Fº 328 vº.
P. 220, l. 11: Curmici.--_Ms. B 3_: Curmichi.--_Mss. A 1 à 6, 11 à
14_: Courmecy. Fº 242 vº.--_Mss. A 8, 9_: Courmicy.--_Mss. A 15 à 17_:
Currointy. Fº 233 vº.--_Mss. A 20 à 22_: Turmiey. Fº 329.--_Mss. A 30 à
33_: Curmcy. Fº 240 vº.
P. 220, l. 13: de noir.--_Mss. A 15 à 17_: de gueules. Fº 233 vº.
P. 220, l. 13: à cinq aniaus d’argent.--_Ces mots manquent dans A 1 à
6, 11 à 14._
§ =466=. P. 220, l. 15: Ce siège tenant.--_Ms. d’Amiens_: Le siège
tenant devant la chité de Rains, estoient li seigneur, li comte et
li baron espars en le marche de Rains, si comme vous avés oy compter
chy dessus, pour mieux estre à leur aise, et pour garder les chemins
que nulles pourveances n’entraissent en Rains. De quoy chils bons
chevaliers messires Bietremieux de Bruech, grant baron d’Engleterre,
estoit, o toutte se routte et se charge de gens d’armes et d’archiers,
logiés à Curmissi, ung moult biel casteil de l’arcevesque de Rains,
liquelx y avoit mis dedens en garnison le chevalier dessus noummet et
pluisseurs bons compaignons ossi, pour le garder et deffendre contre
les Englès. Chilx castiaux ne doubtoit nul assault, car il y avoit une
tour quarée, mallement grosse et espesse de mur et bien batillie.
Quant messires Bietremieux, qui le castiel avoit assegiet, l’eut bien
conssideret et ymaginet le forche et le mannierre, et que par assault
il ne le poroit avoir, il fist appareillier une quantité de minneurs,
qu’il avoit avoecq lui et à ses gages, de l’evesquet de Liège, et
leur requist et pria qu’il volsissent faire leur pooir de le fortrèce
miner, et trop bien il les paieroit. Il respondirent: «Vollentiers.»
Adonc chil mineur entrèrent dans leur mine et minèrent continuelment
nuit et jour, à petit de sejour, et vinrent si avant minant que par
desoubs l’aighe desoubz le grosse tour; et, à fet qu’il minoient, il
estanchonnoient, et chil dou fort riens n’en savoient. Quant il furent
audesus de leur mine, que pour faire reversser le tour quant ilz
vorroient, il vinrent à leur mestre et li dissent: «Sire, nous avons
tellement appareillié nostre ouvraige, que li castiaux sera abatus
quant vous vorrés.»--«Bien est ce, respondi messires Bietremieus:
N’en faites plus riens sans mon coummandement.» Et chil dissent:
«Volentiers.»
Adonc monta à cheval messires Bietremieux de Bruech et messires Jehans
de Gistelles qui estoit logiés avoecq lui, et s’en vinrent jusques au
castiel, et fissent signe à chiaux dou fort qu’il volloient parler à le
cappittainne. Tantost messires Henris des Vaux vint avant as cretiaus,
et demanda qu’il volloient. «Je voeil, dist messires Bietremieux, que
vous vos rendéz, ou autrement vous estes tout mort sans remède.»--«Et
comment, respont li chevaliers franchois qui prist à rire, jà sommes
nous ceens encorres tous hetiés et bien pourveu de touttes coses, et
voullés que nous nos rendons si simplement, ou aultrement nous sommes
tout mort? Sachiés qu’il n’ira mie enssi.»--«Messire Henri, messire
Henri, ce dist messires Bietremieu, se vous saviés ce que je sai, vous
vous renderiés vollentiers; car vous estez en un dur parti et de vie
et de mort à ma vollenté.» Adonc s’avisa li chevaliers et dist: «Sire,
l’estat où nous sommes, qui est si perilleux, voeilliés le nous dire
par vostre courtoisie, et puis nous arons advis.»--«Vollentiers, che
dist messires Bietremieux, vostre fortrèce et li tours par especial où
vous avés vostre mantion et si grant fianche, n’est maintenant portée
ne soustenue que d’estanchons; et si tost que je voray, je le feray
tresbuchier.»
Dont s’avisa li chevaliers et cuida que il li desist telx parollez
pour lui effraer, et n’en fist que rire et dist: «Messire Bietremieu,
se vous nous poyés prendre par parolles et à nient de fet, il me
touroit à grant blamme, et diroit on que je seroie traytres. Si ne me
devés requerre, qui estes si gentil chevalier, de nulle cose où j’aye
reproce. Si vous pri que vous vous souffréz et prendés vostre avantaige
là où prendre le poés; car je say bien voirement que nostre tour est
estanchounnée de pière et de bois tellement que elle n’a garde de
telx assaux que vous y avés fès jusqu’à ores.» Dont respondi messires
Bietremieux et dist: «Messire Henry, or entendés encorres un petit, et,
se vous vollés faire ce que je vous diray, vous le feréz, autrement je
ne vous en parleray jammès: vous ysterés hors de vostre fort et tout
li vostre, et meterés hors tout ce que sauver vorrés, et vous tenréz
chy dallés nous; et je vous donne respit, vous et les vostrez, de nous
et des nostres, par condition que, se li tour de vostre fort et les
cengles d’environ ne tresbuschent assés tost apriès que vous en serés
parti, je vous remetteray à tout le vostre dedens vostre castiel, sans
peril et sans damaige; et s’il est si comme je vous di, vous demourés
mes prisounniers et vostre gens ossi.»
Dont s’avisa li chevaliers et dist: «Sire, je vous responderay
tantost.» Il mist à consseil aucuns de ses compaignons qui estoient
dallés li. Si regardèrent que ens ès parolles monseigneur Bietremieu
n’avoit que toutte courtoisie, et que espoir estoient il en pieur
parti qu’il ne quidoient. Si s’acordèrent as offres dessus dites, et
yssirent hors tout bellement, et missent hors tous leurs chevaux, leur
harnas et le leur, en une plache, devant le fortrèche. Entroes qu’il
vuidoient leurs coses, messires Bietremieus coummanda à ses mineurs
qu’il esploitaissent hardiement, car il leur en dounnoit congiet. Cil
entrèrent en leur mine et y portèrent le feu, enssi qu’il ont d’usaige;
et quant il fu alumés, il yssirent hors et laissièrent le feu couvenir,
liquels feux ardi et coppa tantost les estanchons sur quoi il avoient
estanchonnet.
Assés tost apriès, voyant tous les chevaliers et chiaux qui là
estoient, Franchois et Englès, li grosse tour s’ouvri et fendi en deux
parties, et reverssa li plus grande partie ens ès fossés. «Or regardés,
ce dist messires Bietremieux à monseigneur Henry des Vaulx et à chiaux
de le fortrèche, se je vous disoie vérité.» Il respondirent: «Sire oil.
Nous demorons vostre prisonnier à vostre vollenté et vous remerchions
de vostre courtoisie, car li Jaque Bonhomme, qui jà resgnèrent en ce
pays, s’il ewissent enssi esté de nous au deseure que vous estiés
orains, il ne nous ewissent mies fait la cause pareille.» Enssi
furent pris li compaignon de la garnisson de Curmissi et li castiaux
effondrés. Fº 120 vº et 121.
P. 220, l. 23: Curmici.--_Ms. B 4_: Curmichi. Fº 217 vº.
P. 220, l. 29: batillie.--_Mss. B 3, A 20 à 33_: bastillée. Fº
231:.--_Ms. B 4_: abatillie. Fº 217 vº.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 19_:
bataillée. Fº 242 vº.--_Ms. A 7_: batilliée. Fº 221 vº.--_Mss. A 8, 9_:
bateilliée. Fº 214.
P. 222, l. 1 et 2: se vous saviés.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19_: se
pour certain estiez infourmez. Fº 243.
P. 222, l. 2: parti.--_Ms. B 3_: dangier. Fº 231 vº.--_Mss. A 20 à 22_:
peril. Fº 329 vº.
P. 222, l. 25 et p. 223, l. 2: part.... avés.--_Ces huit lignes
manquent dans A 23 à 33._ Fº 256 vº.
P. 222, l. 30 et 31: Bonhomme.--_Mss. A 11 à 14_: mauvais hommes. Fº
215.--_Mss. A 15 à 17_: mauvais villains. Fº 234 vº.--_Ce mot manque
dans A 20 à 22._
P. 223, l. 1: la cause parelle.--_Mss. A 20 à 22_: le cas pareil. Fº
329 vº.
P. 223, l. 3: effondrés.--_Ms. B 3_: dirrué. Fº 231 vº.
§ =467=. P. 223, l. 4: Li rois d’Engleterre.--_Ms. d’Amiens_: Ensi se
tint li roys englès devant Rains bien le tierme de sept sepmainnes,
mès oncques n’y fist assaillir ne point ne petit, car il ewist perdu
se painne. Quant il eut là tant estet qu’il li coummenchoit à anuiier,
et que ses gens ne trouvoient mès riens que fourer et perdoient leurs
chevaux, et estoient en grant mesaise de tous vivrez, s’il ne l’avoient
aporté avoecq yaus, il se deslogièrent et s’aroutèrent comme devant,
et se missent au chemin par deviers Chaalons en Campaingne. Et passa
li dis roys et toutte sen host assés priès de Chaalons, et se mist
par deviers Bar le Duch et apriès par deviers le chité de Troies, et
passa oultre Troies et vint li rois logier à Meri sus Sainne. Et estoit
toutte son host entre Meri et Troies, où on compte huit lieuwes de pays.
Entroes qu’il estoit à Meri, ses connestables chevaucha, qui toudis
avoit le premierre bataille, li comtes de le Marce, et vint devant
le ville de Saint Florentin, dont messires Oudars de Renti estoit
cappittainnes, et y fist ung moult grant assault et fist devant le
porte de le forterèce desvoleper sa bannierre, qui estoit fassie d’or
et d’asur à un chief palet, les deux corons gironnéz à un escuchon
d’argent enmy le moiienné; et là eut grant assault et fort, mès riens
n’y conquissent li Englès. Si y vint li roys et tous li hos, et se
logièrent entour Saint Florentin, sus le rivière d’Armençon; et quant
il se deslogièrent, il vinrent devant Tonnoire, et là eut mout grant
assaut et dur. Et fu li ville de Tonnoire prise par force, et non li
castiaux; mès li Englès gaegnièrent ou corps de le ville de Tonnoire
bien trois mil piècez de vin qui leur fissent grant bien. Adonc estoit
dedens le chité d’Auchoire li sires de Fiennez, connestables de
Franche, à grant fuisson de gens d’armes, chevaliers et escuiers. Fº
121.
P. 223, l. 7: painne.--_Ms. B 6_: Ensi que je vous dy, tint le roy
d’Engleterre tout l’ivier le siège devant Rains, et riens n’y conquist
à le cité; mais ses gens destruisirent tout le plat pais d’environ. Et
n’y eurent pas, le siège pendant, toutes leurs aises, car il fist froit
et lait et fort yvier. Si leur morurent grant foison de chevaus. Et
convenoit les varlés aller en fouraige bien dix ou douze lieues loing,
et telle fois estoit qu’il ne raportoient riens, et ossy à le fois
estoient il rencontrés. Et y eurent la plus grant partie de l’ost moult
de mesaisez. Dont le roy d’Engleterre estoit bien merancolieux, car on
lui avoit donné à entendre au partir d’Engleterre que, osy tost que il
seroyt devant Rains, que il n’y aroit point esté quinze jours que la
chité se renderoit à luy; mais il n’en vit nulle apparanche.
Quant le mois de frevier fut entrés et ly sapins se commencha à raire
et le tamps à apaisier, sur l’entrée du mois de march, le dit roy eult
consail qu’il se deslogeroit et yroit plus avant en Franche et veoir le
bon pais de Bourgoigne, car en leur ost il avoient grand defaulte de
vivres.
Sy se desloga le dit roy et toute son ost et se mist au chemin
devers Chalon en Campaigne. Sy chevauchoient les Englès en belle
ordonnanche et tout rengiet, sy comme il se partirent de Calais; et
costièrent Chalon. Et ne se peult abstenir le marescal de l’ost que
il n’alast veoir as barières de Chalon quel gens d’armes il y avoit.
Sy y trouvèrent monsigneur Hughe de Vianne et des aultres chevaliers
campenois qui les rechurent. Et là eult trait et escarmuchiet et navrés
des uns et des aultres. Et toutefois les Englès n’y conquirent riens.
Sy s’en partirent et cheminèrent tant en celle campaigne que il vinrent
devant la chité de Troies.
En che tamps, trespasa en l’ost du roy d’Engleterre le conte de la
Marche, congnestable de l’ost: de laquelle mort le roy fu durement
courouchiés. Fºs 601 à 603.
P. 223, l. 25: corons.--_Mss. A 8, 9, 11 à 22_: bouz. Fº 214 vº.
P. 223, l. 25: geronnés.--_Mss. A 18, 19_: couronnez. Fº 251 vº.--_Mss.
A 1 à 6_: couronnez geronnez. Fº 243.
P. 223, l. 25 et 26: escuçon.--_Ms. B 3_: escu. Fº 232.
P. 223, l. 26: enmi le moienné.--_Mss. A 20 à 22_: ou milieu. Fº 330.
P. 223, l. 29: Saint Florentin.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: A deux
lieues près d’illec, a une riche abbaie de moines noirs, en un grant
bois; et court parmi la ditte abbaie celle aspre rivière d’Armençon,
et est appellée Pontigny.
Là vindrent pluseurs Anglois logier en la ditte abbaie et prindrent et
pillièrent tout ce qu’ilz y trouvèrent. Si trouvèrent leans un corps
saint, que on dit monsigneur saint Eanmond, tout entier en char et en
os, qui jadis fut d’Angleterre, si comme on disoit. Si s’avisèrent les
diz Anglois qu’i[l] l’osteroient de leans et l’emporteroient avecques
eulx en Angleterre dont il estoit parti jadis. Si le prindrent ou
moustier là où il reposoit moult reverenment, malgré l’abbé et tous ses
moines; et firent tant qu’ilz l’apportèrent jusques à la porte de la
ditte abbaie. Mais là convint que le saint corps demourast, ne oncques
ne fut en toute leur puissance qu’ilz le peussent porter plus avant:
laquèle chose je tiens et repute à très bel miracle.
Quant les Anglois virent ce, si furent moult courrociez. Et dist
tantost un pillart qui là fut qu’il en auroit un braz, puisqu’ilz ne
povoient avoir le corps saint. Si lui couppa tantost le destre braz,
dont il fut ainsi que du corps. Car tantost le ribault, qui l’avoit
coupé, quant il cuida issir de la porte tantost, le dit braz lui cheit
à terre delez le corps. Et tantost se prinst le feu ou braz et en la
main du pillart qui avoit coupé le bras de saint Eanmond telement que
ses compaingnons, qui ce virent, furent tous espoventez et en orent si
grant freour qu’ilz laissièrent tout ce qu’ilz avoient prins et robé en
la ditte abbaie.
Et ainsi monseigneur saint Eanmond sauva son abbaie et demoura
dedanz où il est encores aujourd’ui en moult grant reverance, eslevé
sur quinze hauls pilliers de fin cuivre moult richement ouvrez et
entailliez. Et son braz est enchassé en or et en argent moult richement
et mis sur le maistre autel de la dicte abbaie. Fºs 234 vº et 235.
P. 224, l. 1: d’Armençon.--_Mss. A 1 à 6, 18, 19_: de Mouson. Fº 243 vº.
P. 224, l. 2: Tonnoire.--_Mss. B 3, A 1 à 6, 8, 9_: Tonnerre. Fº
232.--_Mss. A 18, 19_: Tonneurre. Fº 251 vº.
P. 224, l. 5: plus de.--_Mss. A 23 à 29_: bien. Fº 256 vº.
P. 224, l. 5: trois mil.--_Mss. A 20 à 22_: trois cens. Fº 232.--_Mss.
A 30 à 33_: bien trois cens. Fº 241.
§ =468=. P. 224, l. 9: Li rois d’Engleterre.--_Ms. d’Amiens_: Li roys
englès et sen host reposèrent à Tonnoire cinq jours pour le cause des
bons vins qu’il avoient trouvés, et assalloient souvent au castiel,
mès il estoit bien garnis de bonne gent d’armes, desquelx messires
Bauduins d’Ennekins, maistres des arbalestriers, estoit cappittainne.
Quant il se furent bien rafresci et reposé en le ville de Tounnoire,
il s’en partirent et passèrent là le rivierre d’Armençon. Et laissa
li roys le chemin d’Auçoire à le droite main et prist le chemin de
Noiiers; et avoient intention que d’entrer en Bourgoingne et d’estre
là tout le quaremme. Et passa et tout sen host desous Noiiers, et ne
vot oncques conssentir que on y asaussist, car il tenoit le seigneur
prisonnier de le bataille de Poitiers.
Et vint li roys et toutte sen host à giste à une ville que on appielle
Lille desoubs Montroial, sus une rivierre que on dist Selletes. Et
quant il s’en parti, il monta celle rivierre et s’en vint logier à
Agillon sus Selletes; car uns siens escuiers, que on appelle Jehan de
Herleston, et porte d’asur à un escuchon d’agent, avoit pris le ville
de Flammegny, qui est assés priès de là, et avoit dedens trouvé de
touttes pourveanches, pour vivre le roy et toutte l’ost un mois. Se
leur vint trop bien à point, car li roys fu à Aguillon sus Sellez, de
le nuit des Cendres jusques au my quaremme. Et toudis couroient si
marescal et si coureur le pays, ardant et gastant et essillant tout, et
portoient souvent des nouvelles pourveanches. Fº 121.
P. 224, l. 10: cinq.--_Mss. A 15 à 17_: six. Fº 235.
P. 224, l. 10: cause.--_Mss. A 15 à 17_: l’amour.
P. 224, l. 25: Montroyal.--_Mss. B 3, A 18, 19_: Montreal. Fº
232.--_Mss. A 8, 9, 11 à 14_: Montirail. Fº 215.--_Mss. A 15 à 17_:
Montrouail. Fº 235.
P. 224, l. 26: Seletes.--_Mss. A 18, 19_: Sebletes. Fº 252.
§ =469=. P. 225, l. 10: Vous devés.--_Ms. d’Amiens_: Vous devés
savoir que li seigneur d’Engleterre et li riche homme menoient sus
leurs chars tentes, pavillons, forges, moullins et fours pour forgier
fiers de chevaux et autre cose, pour mieure bled et pain quire, s’il
trouvaissent les forges, les moullins et les fours brisiés; et pour
chou estoffer, il menoient bien huit mil chars, tous atellés de quatre
fors cevaux qu’il avoient mis hors d’Engleterre. Et avoient sus ces
kars pluisseurs nacelles et batelès fais si soutilment de quir boulit,
que troy homme se pooient bien dedens aidier et nagier parmy un estanlt
ou un vivier, con grant qu’il fuist, et celi peschier et laissier hors,
si lor plaisoit. De quoy il eurent grant aise et plenté de poissons
en quaremme, voirs tout li seigneur et gens d’estat: mès les communes
gens se passoient de ce qu’il trouvoient. Et avoecq chou, li roys avoit
bien pour lui trente fauconniers à cheval, chargiés d’oisiaux et bien
soixante couples de fors kiens et otant de levriers, dont il alloit
chacun jour ou en cache ou en rivierre, enssi qu’il li plaisoit. Et si
y avoit pluisseurs des seigneurs et des rices hommes qui avoient lors
chiens et lors oisiaux ossi bien comme li rois. Et estoit li grans host
toudis partis en trois parties, et chevauchoit chacuns hos par lui. Et
avoit chacune host avantgarde et arrieregarde. Et se logoit chacune
host par lui une lieuwe enssus de l’autre, dont li prinches de Galles
en avoit l’un, li dus de Lancastre l’autre, et li roys le tierche
et toutte li plus grant; et enssi se maintint il, mouvans de Calais
jusques adonc qu’il vint devant Chartres. Or revenrons à ce où nous le
laissammes maintenant. Fº 121 vº.
P. 225, l. 10 _à_ 31: Vous.... sire.--_Ces 21 lignes manquent dans A 23
à 33._ Fº 257.
P. 225, l. 15: huit mil.--_Mss. A 1 à 7, 18 à 22_: six mil. Fº 243 vº.
P. 225, l. 15: quatre.--_Le ms. A 7 ajoute_: bons et. Fº 222 vº.
P. 225, l. 15 _à_ 16: fors roncins.--_Mss. A 20 à 22_: bons chevaulx.
Fº 330 vº.
P. 225, l. 18: boulit.--_Mss. B 3, A 1 à 8, 18, 19_: boullu. Fº 232 vº.
P. 225, l. 19: si.--_Mss. A 20 à 22_: se. Fº 330 vº.
P. 225, l. 20: aidier.--_Mss. A 18, 19_: estre. Fº 252.--_Le ms. B 3
ajoute_: l’un à l’autre. Fº 232 vº.
P. 225, l. 20: aidier pour nagier.--_Mss. A 1 à 6, 8, 9, 11 à 17_: pour
aidier à nagier.
P. 225, l. 27: soixante.--_Mss. A 20 à 22_: quarante ou soixante.
P. 226, l. 7: mouvant de.--_Ms. B 3_: depuis qu’ilz se
partirent.--_Mss. A 8, 9, 11 à 17_: dès. Fº 215.
P. 226, l. 8: le.--_Les mss. A 1 à 6, 15 à 29 ajoutent_: bonne.
P. 226, l. 9: Chartres.--_Mss. A 20 à 22_: Rains. Fº 330 vº.
§ =470=. P. 226, l. 10: Nous parlerons.--_Ms. d’Amiens_: Entroes que li
roys englès et toutte sen host se tenoient à Aguillon sus Sellettes
et vivoient des grosses pourveanches que Jehans de Herleston avoit
trouvées à Flavegny, li jones dus de Bourgoingne et ses consseils,
par le requeste de tout le pais entirement, regardèrent que li roys
englès pooit honnir et destruire tout le pays de Bourgoingne, s’il
volloit; car il y avoit en la duché grant fuisson de bonnes villes
foiblement fremmées et qui riens ne duroient contre les Englès, par
quoy li pays estoit en aventure d’estre tous perdus. Si fu ordonné et
advisé que d’envoyer devers le roy d’Engleterre souffissans hommes pour
tretier un racat de tout le pays. Si y furent esleut et envoiiet chil
seigneur que je vous nommeray: messire Anssiaux de Sallins, canceler de
Bourgoingne, messire Jaquemes de Vianne, messire Jehans de Rie, messire
Hughes de Vianne, messires Guillaummes de Coraisse et messire Jehans de
Montmartin.
Chil seigneur vinrent deviers le roy englès et son consseil qui
se tenoit à Aguillon sus Sellettes, enssi que vous avés oy, et
commenchièrent à tretier sus le pourpos dessus dit, liquels tretiés se
porta si bien, mès ce ne fu mies si trestos, que li roys d’Engleterre
donnoit respit de lui et des siens à toutte la duché de Bourgoingne
entirement, de ce jour en trois ans, parmy deux cens mil frans de
Franche qu’il devoit avoir tous appareillés, ou si bons plèges que
nulle faulte de paiement n’y euist. Chils tretiés passa, li roys
saiella, le pays l’acorda et paiia.
Adonc se desloga li roys d’Engleterre et toutte sen host, et prist
son retour et le droit chemin de Paris. Et s’en vint logier sus le
rivièrre d’Ione, à Kou[langes] desoubs Vesselay. Et tout contremont le
rivièrre se loga sen host, qui comprendoit le pays jusques à Clamissi,
à l’entrée de le comté de Nevers. Et rentra en Gastinois et s’en vint
par ses journées tant qu’il vint devant Paris, et se loga au Bourcq le
Roine. Fº 121 vº.
P. 226, l. 11: Aguillon.--_Ms. A 7_: Guillon. Fº 222 vº.
P. 226, l. 23: Ansiaus.--_Ms. B 4_: Anseauls. Fº 219.--_Mss. A 1 à
6, 18, 19_: Anceaume. Fº 244.--_Ms. A 7_: Ansiau.--_Mss. A 11 à 17_:
Anceau. Fº 215 vº.--_Mss. A 23 à 33_: Ancelin. Fº 257.
P. 226, l. 26: Toraise.--_Ms. B 3_: Thoraisse. Fº 232 vº.--_Mss. A 1
à 6, 18, 19_: Thoroise. Fº 244.--_Mss. A 8, 9, 11 à 17_: Coraise. Fº
215.--_Mss. A 23 à 33_: Thorarse.
P. 226, l. 29 et p. 227, l. 2: Bourgongne.... ans.--_Mss. A 1 à 6,
18, 19_: à non courir; et l’asseura le dit roy de lui et des siens le
terme de trois ans, parmi deux cens mille francs. Fº 244.
P. 226, l. 31: apparilliés.--_Ms. B 6_: à paier dedens le Saint Jehan
Babtiste qui devoit estre l’an mil trois cens soixante, et de che
livrèrent il bons ostaiges. Fº 604.
P. 227, l. 6: Kon.--_Mss. A 1 à 6, 18, 19_: Leon. Fº 244.--_Mss. A 15 à
17_: Conk. Fº 235 vº.
P. 227, l. 6: Vosselay.--_Mss. A 8, 9_: Vezelay. Fº 215 vº.--_Mss. A 11
à 17_: Vedelay. Fº 216.
P. 227, l. 9: rentrèrent.--_Mss. A 1 à 6, 18, 19_: entrèrent.
§ =471=. P. 227, l. 13: Ensi tourniant.--_Ms. d’Amiens_: Enssi
tourniant tout le pays, cheminoient li roys englès et ses garnissons
d’autre part en Biauvoisis, en Pikardie, en France, en Brie, en
Campaingne, en le comté de Soissons, en l’evesquet de Noyon et de Laon,
guerioient et gastoient tout le pays. D’autre part, li roys de Navarre
se tenoit sus le marce de Normendie et faisoit moult forte guerre ossi.
Enssi estoit gueriiés li royaummes de tous costés, ne on ne savoit
auquel entendre.
Et par especial messires Ustasses d’Aubrechicourt, qui se tenoit à
Athegni sus Aisne[372], avoit là une grosse garnison de saudoiiers
et de compaignons qui gastoient, ranchonnoient et honnissoient tout
le pays; et couroient toute le comté de Retheis jusques à Doucheri,
jusques à Maisières, jusques au Kesne Pouilleux, jusques à Sethenay
en le comté de Bar. Et gissoient et logoient ou pays, quel part qu’il
volloient, deux nuis ou trois, sans destourbier de nullui; et puis
s’en revenoient logier et reposer à leur forterèche à Athegny. Bien
est voirs que tous li pays d’environ, seigneurs et autres, nobles et
non nobles, les manechoient durement et souvent, et mettoient assés de
journées pour hors yssir et pour yaux assegier; mès oncques n’en fu
riens fait.
[372] _Après_: Aisne, _on lit dans le ms._: et qui. _Mauvaise
leçon._
Et advint que chil d’Athegny, qui ne faissoient fors nuit et jour
soubtillier et aviser quel part il porroient traire pou plus gaegnier,
vinrent de nuit à une forte ville et bon castiel qui siet en Laonnois,
assés priès de Montaigut, entre fors marès; et l’apelle on Pierepont.
Et avoient grant fuisson des gens dou pays, nobles et autres, mis
dedens la ditte ville leurs corps et leurs biens à sauveté sus le
fiance dou fort lieu. A l’eure que chil compagnon d’Athegny vinrent
là, les gaittes estoient endormies. Si se missent li compaignon, par
le convoitise de gaegnier, parmy ces fors marès, à grant meschief;
et vinrent jusques as murs, et puis entrèrent en le ville et le
gaegnièrent sans deffensce, et le desrobèrent toutte à leur vollenté.
Si trouvèrent dedens plus d’avoir qu’en nul lieu où il euissent estet.
Et quant il fu grans jours, il ardirent le ville; et s’empartirent et
s’en revinrent arrière à Athegny, bien fourni de grant pillage. Fº 121
vº.
P. 227, l. 24: Ategni.--_Mss. A 8, 9, 11 à 17_: Athigny. Fº 215 vº.
P. 227, l. 27: conté.--_Mss. A 20 à 22_: cité. Fº 331.
P. 227, l. 28: Reters.--_Mss. B 3, A 8, 9_: Retel. Fº 233.--_Mss. B
4 et A 7_: Rethers. Fº 219.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 19_: Rethel. Fº 244
vº.--_Mss. A 20 à 22_: Rether. Fº 331.
P. 227, l. 28: Donceri.--_Ms. A 7_: Doncheri. Fº 223.--_Mss. A 11 à
14_: Jonchery. Fº 216.
P. 227, l. 29: Kesne Poulleus.--_Ms. B 3_: Chesne Poulleux.--_Mss. A
1 à 6, 8, 9, 11 à 14, 18, 19_: Chesne Pouilleux.--_Mss. A 15 à 17_:
Chesne Poilleux. Fº 236.--_Mss. A 20 à 22_: Quesne Poulleux.
P. 227, l. 29: Sathenay.--_Mss. B 4, A 1 à 7, 18 à 22_: Sethenay.
P. 228, l. 2: Athegni.--_Mss. A 1 à 6, 18, 19_: Cheny.
P. 228, l. 14: ville.--_Mss. B 3, 4, A 1 à 7, 8, 9, 11 à 17, 18 à 22_:
forteresce.
P. 228, l. 20: fors.--_Mss. A 11 à 17, 23 à 29_: grans. Fº 216.
P. 228, l. 26: Athegni.--_Mss. A 1 à 6, 18, 19_: Cheny.
P. 228, l. 27: fouci.--_Mss. A 1 à 6, 8, 9, 11 à 33 et B 3_: fourniz.
Fº 233.--_Ms. A 7_: fouchi. Fº 223.--_Ms. B 4_: sorti. Fº 219 vº.
P. 228, l. 27: grant.--_Mss. A 8, 9, 11 à 17_: bon. Fº 216.
§ =472=. P. 228, l. 28: En ce temps.--_Ms. d’Amiens_: En ce tamps
avoit un Frère Menour plain de grant clergie et de grant entendement,
en Auvignon, qui s’appelloit frère Jehans de Rechetaillade: lequel
Frère Meneur pappes Ynnocens VIe faissoit tenir em prisson ou castiel
de Baignolles, pour les grandes merveilles qu’il disoit qui devoient
avenir, meysmement et princhipaument sus les prelas et presidens
de Sainte Eglise, pour les superfluiettés et grant orgoeil qu’il
demainnent, et ossi sus le royaumme de Franche et sus les grans
seigneurs de Crestienneté, pour les impresions qu’il font sus le
commun peuple. Et volloit ses parolles prouver par le Apocalisce et
par les anchiens livres des sains prophètes, qui lui estoient ouvertes
dou Saint Esperit, si qu’il disoit, dont moult en disoit qui fortes
estoient à croire. Et en veoit on avenir aucunnes dedens le temps
qu’il avoit annonchiet, et nel disoit mies si comme prophètes; mais
il le savoit par les anchiennes Escriptures et par don Saint Esperit,
enssi que dit est, qui li avoit donnet entendement de declarer touttes
ces anciiennes tourbles, prophesies et escriptures, pour annuncier à
tous crestiiens l’année et le tamps que elles devoient avenir. Et en
fist pluisseurs livres bien dités et bien fondés de grant sienche de
clergie: desquelz li ungs fu commenchiés l’an de grasce mil trois cens
quarante cinq, et li autres l’an mil trois cens cinquante six; et avoit
escript dedens tant de merveilles à avenir entre l’an cinquante six et
l’an soixante dix, qui trop seroient longhes à escripre et trop fortes
à croire, combien que on en ait pluisseurs veut avenir dou tamps passet.
Et quant on li demandoit qu’il avenroit de le guerre des Franchois et
des Englès, il disoit que ce n’estoit riens chou que on en avoit veut,
enviers chou qui en avenroit; car il n’en seroit pais ne fins, jusques
à tant que li royaummes de France seroit essilliés et gastés par
touttes ses parties et ses regions. Et tout chou a on bien veut avenir
depuis; car li nobles royaummes de Franche a estet foullés, gastés et
essilliés l’an cinquante sept, l’an cinquante huit et l’an cinquante
neuf, par touttes ses regions, que nuls des prinches ne des gentils
hommes ne s’osoit moustrer contre ces gens de bas estat assamblés de
tous pays, venus li ungs apriès l’autre sans nul chief de haut homme;
et avoient le dit royaumme de Franche sans deffensce à leur vollenté,
enssi que vous avés oy. Et eslisoient souverains et cappittainne
entr’iaux, par diverses marches, asquels il obeyssoient chil qui se
mettoient en leur compaignie, et faisoient certains convens li ungs as
autres de lor roberie, de lor pillerie et des raenchons des prisons; et
en trouvèrent tant que les cappittainnes en devenoient si riche qu’il
ne savoient nombre ne mesure dou fier avoir qu’il avoient. Fº 122.
P. 228, l. 29: clergie.--_Ms. B 3_: science. Fº 233.
P. 229, l. 1: Roce.--_Ms. B 3_: Roque.--_Mss. A 11 à 14_: de la Roche
Taillade. Fº 216.
P. 229, l. 3: Bagnolles.--_Mss. A 15 à 17_: Baingneulx. Fº 236.
P. 229, l. 6: superfluités et.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: grans
dommaiges. Fº 236 vº.
P. 229, l. 9: oppressions.--_Ms. B 4_: impressions. Fº 219 vº,
P. 229, l. 9: font.--_Mss. B 3, A 20 à 22_: faisoient.
P. 229, l. 9: le.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: menu et.
P. 229, l. 12: aouvertes.--_Mss. A 11 à 14_: ouvers. Fº 216 vº.--_Mss.
A 15 à 17_: ouvers et esclarciz.
P. 229, l. 15 et 16: dedens le temps.--_Mss. A 15 à 17_: sur les champs.
P. 229, l. 24: commenciés.--_Mss. A 1 à 33_: fait. Fº 245.
P. 229, l. 25: li aultres.--_Ms. B 4_: les aultres. Fº 219 vº.
P. 229, l. 29: combien que on en ait.--_Mss. A 1 à 7, 18, 19_: jà en
eust on.
P. 229, l. 30: dou temps passé.--_Les mss. A 1 à 17, 20 à 22 omettent
ces mots._--_Mss. A 18, 19_: depuis. Fº 253 vº.
P. 230, l. 1: demandoit.--_Les mss. A 20 à 22 ajoutent_: à ce dessus
dit cordelier. Fº 332.