1359, OCTOBRE. CHEVAUCHÉE DU DUC DE LANCASTRE EN ARTOIS ET EN
PICARDIE.--1359, NOVEMBRE-1360, AVRIL. EXPÉDITION D’ÉDOUARD III EN
CHAMPAGNE, EN BOURGOGNE ET DANS L’ILE-DE-FRANCE[188] (§§ 453 à 473).
[188] Cf. Jean le Bel, _Chroniques_, t. II, chap. CIV à CVIII,
p. 245 à 268.
Édouard III fait de grands préparatifs pour envahir la France[189]. A
cette nouvelle, beaucoup de chevaliers étrangers s’assemblent à Calais
pour faire partie de l’expédition. P. 190, 191, 390, 391.
[189] La trêve conclue à Bordeaux le 23 mars 1357 entre les rois
de France et d’Angleterre avait pris fin en avril 1359, et toutes
les négociations entamées en vue de rétablir la paix étaient
restées sans résultat. Aussi, dès le 4 août 1359, Édouard III,
par divers mandements adressés de Westminster dans les divers
comtés et vicomtés de son royaume, donnait l’ordre de réunir à
Sandwich avant la fête de l’Assomption (15 août 1359) 910 archers
à cheval choisis en vue de son prochain passage en France (Rymer,
vol. III, p. 440 et 441); le 12 août, il lançait une déclaration
de guerre à son adversaire de France sous forme de lettre
adressée à l’archevêque de Canterbury, primat d’Angleterre,
pour lui demander des prières: de rege super tractatibus pro
pace deluso inaniter, de guerra resumpta et de orando (Rymer,
vol. III, p. 442). Ce fut cette rupture des négociations avec
l’Angleterre qui détermina surtout le régent à traiter avec le
roi de Navarre et à signer le 21 août 1359 la paix de Pontoise.
Le duc de Lancastre débarque à Calais vers la Saint-Remi (1er octobre);
il est envoyé en avant par le roi d’Angleterre afin de donner de
l’occupation aux gens d’armes étrangers rassemblés à Calais et
surtout pour leur faire vider cette ville qu’ils encombrent. Le duc
de Lancastre se met à la tête de ces auxiliaires et entreprend une
chevauchée à travers l’Artois; il passe devant Saint-Omer, devant
Béthune et occupe l’abbaye du Mont-Saint-Éloy[190]. P. 191, 192, 391,
392.
[190] Pas-de-Calais, arr. Arras, c. Vimy. Abbaye de l’ordre de
Saint-Augustin au diocèse d’Arras, à 9 kil. au nord de cette
ville; il reste de cette abbaye, bâtie sur une colline escarpée
de 120 mètres, deux tours à six étages qui dominent tout le pays
environnant.
Après une halte de quatre jours au Mont-Saint-Éloy, le duc de
Lancastre se dirige vers la Picardie du côté de Bapaume et de Péronne.
Il ravage toute la vallée de la Somme[191] et met le siége devant
Bray-sur-Somme[192]. Les Anglais sont repoussés après un assaut qui
dure tout un jour et où les assiégés[193] déploient un grand courage;
ils vont traverser la Somme à Cerisy[194] et passent dans ce village
le jour de la Toussaint. Le duc de Lancastre reçoit, ce jour même,
la nouvelle de l’arrivée à Calais d’Édouard III qui mande à son
lieutenant de l’y venir rejoindre; il reprend aussitôt le chemin de
cette ville.--Noms des principaux chevaliers de Flandre, du Hainaut,
du Hasbaing qui avaient pris part à cette chevauchée. P. 193, 194, 392
à 394.
[191] Le 18 octobre 1359, il y eut une panique à Amiens, où l’on
disait que le duc de Lancastre n’était qu’à trois ou quatre
lieues de cette ville, dont le régent avait confié la garde à
Raoul de Renneval et au sire de Campremy. Par acte daté de Paris
en janvier 1360 (n. st.), Charles, régent, accorda des lettres de
rémission à ses bien amés Fremin Andeluye, son écuyer d’écurie,
Jacques Andeluie, frère de Fremin, son panetier, Fremin Guinaut,
Raoul de Fricamps, Guy Pin, Colart du Bosquel, Colart le Rat,
Fremin de Prousel, Andrieu du Buscoy et à plusieurs autres, ses
bons et loyaux sujets de sa bonne ville d’Amiens, qui avaient mis
à mort Pierre Rousseaux soupçonné de trahison «comme nagaires,
ou jour Saint Luc (vendredi 18 octobre 1359) darrain passé, eust
esté ordené en la ditte ville par le maieur et eschevins d’icelle
que aucune personne bourgoise, forain ne habitant, n’issist hors
ne autres n’y entrast, _pour cause de ce que le duc de Lancastre
et noz ennemis estoient à trois ou quatre lieues près de la ditte
ville sur la rivière de Somme_; et avecques ce estoit rapporté et
mandé de plusieurs nobles, tant par messire Raoul de Rainneval
comme par le seigneur de Campremy, que les dessus diz ennemis
avoient intencion d’aler assaillir la ditte ville....» JJ90, nº
405.
[192] Somme, arr. Péronne.
[193] Le régent rend hommage à la belle résistance des habitants
de Bray-sur-Somme dans deux chartes que nous sommes heureux
de signaler et qui sont de véritables titres de gloire pour
cette localité. Par acte daté de Paris en janvier 1360 (n.
st.), Charles régent autorise ses bien amés les habitants de
Bray sur Somme à convertir leur marais en terre _gaignable_ et
_havable_ ou en prés: «comme après ce que le roy d’Engleterre,
le prince de Gales et le duc de Lencloistre furent descendus
derrain ou royaume à grant quantité de gens, ennemis de nostre
dit seigneur, de nous et du dit royaume, pour ycelui grever et
dommagier, en eulx traiant ès parties de Picardie, il feust
venu à la cognoissance des diz maire, eschevins et communauté
que le dit duc de Lencloistre et grant partie de genz du dit
roi d’Engleterre en sa compaignie se ordonoient et entendoient
à traire vers la ditte ville de Bray et ou pais d’environ. Et
pour ce, au plus tost qu’il peurent, se mistrent en arroy et
en ordenance et retindrent grant quantité de genz d’armes,
arbalestriers et archiers, à leurs gaiges et despenz, pour garder
et deffendre la ditte ville et pour resister de tout leur povoir
contre la puissance des diz ennemis. _Lequel duc de Lencloistre
et ceulx de sa compaignie, venus devant la ditte ville, firent et
donnèrent à ycelle et à ceulx qui dedens estoient plusieurs grans
griefs et crueulx assaux et envaissemens par plusieurs journées
et intervalles. Lesquels maire, eschevins et communauté, à l’aide
de Dieu et des dittes gens d’armes, arbalestriers et archiers,
obvièrent et resistèrent aus diz ennemis par tele manière que
il s’en departirent et alèrent._ Et fu la ditte ville et les
bonnes gens qui y estoient garantis pour lors d’estre perilliés,
exilliés et gastés par les diz ennemis; mais toutevoies, pour
cause des diz assauz et envaissemenz, nonobstant la deffense et
resistence des dittes gens d’armes et des diz supplians, yceulx
supplians ont esté grandement domagiez en leurs biens par les diz
ennemis, tant en la forteresce de leur ville, en leurs molins qui
ont estés ars et gastés, comme autrement.» (JJ90, nº 438). Par
d’autres lettres de même date que les précédentes, Charles régent
amortit en faveur de ses amés les habitants de Bray-sur-Somme 40
livres parisis de rente annuelle et perpétuelle qui doivent être
affectées à la fondation d’une chapelle en l’honneur de Dieu,
de sa benoite mère et du glorieux confesseur Mgr saint Nicolas,
en exécution d’un vœu fait par les dits habitants, lorsque leur
ville fut dernièrement assiégée par les Anglais. JJ90, nº 439.
[194] Cerisy-Gailly, Somme, arr. Péronne, c. Bray-sur-Somme.
Ces gens d’armes étrangers rencontrent en chemin, à quatre lieues de
Calais, entre cette ville et l’abbaye de Licques[195], Édouard III et
le prince de Galles qui s’avancent à la tête d’une puissante armée; ils
prient le roi d’Angleterre de les prendre à sa solde. Édouard demande
du temps pour réfléchir à leur demande et les invite à se rendre
à Calais où il promet de leur transmettre promptement sa réponse.
Deux jours après cette entrevue, il leur fait dire par trois de ses
chevaliers qu’il n’a pas besoin de leurs services et que d’ailleurs il
manque d’argent pour leur payer des gages. La plupart de ces seigneurs
étrangers prennent alors le parti de retourner dans leur pays, et l’on
prête une petite somme à chacun d’eux pour faciliter son rapatriement.
P. 195 à 197, 394 à 397.
[195] Abbaye d’hommes de l’ordre de Prémontré au diocèse de
Boulogne. L’abbaye de Licques, dont une partie de l’église et
des bâtiments modernes subsiste encore, était située sur le
territoire de la commune de ce nom (Pas-de-Calais, arr. Boulogne,
c. Guines), à la lisière d’une forêt, à 12 kil. au sud de Guines
et à 25 kil. à l’est de Boulogne.
Le roi d’Angleterre avait fait pour cette expédition les plus grands
préparatifs. Après avoir fait renfermer à la Tour de Londres le roi
de France son prisonnier et le jeune Philippe compagnon de captivité
de son père, il avait convoqué à Douvres[196] et appelé sous les
armes tous les hommes valides de son royaume depuis vingt ans jusqu’à
soixante; et cette immense armée avait débarqué à Calais deux jours
avant la Toussaint[197] 1359. P. 197 à 199, 397, 399.
[196] Édouard III ne s’embarqua pas à Dover, mais à Sandwich
(petit port du comté de Kent, un peu au nord de Dover et à l’est
de Canterbury) où il était dès le 14 octobre et où il resta
jusqu’au 28 de ce mois. Rymer, vol. III, p. 451 à 453.
[197] Édouard III débarqua à Calais le mercredi 30 octobre;
et comme ce mois a 31 jours, la date donnée par Froissart est
parfaitement exacte. _Ibid._, p. 453.
Après avoir séjourné quatre jours à Calais, Édouard se dirige vers
l’Artois et la Picardie et va à la rencontre du duc de Lancastre. Voici
l’ordre de marche de l’armée anglaise. Cette armée est divisée en trois
corps. Le premier corps ou avant-garde est sous les ordres de Jean,
comte de March, connétable d’Angleterre; le roi commande en personne
le second corps. Après la bataille du roi vient le train composé
de six mille chariots tous attelés où sont les moulins à main, les
fours à cuire le pain et tout ce qui est nécessaire à la subsistance
de l’armée; il ne couvre pas moins de deux lieues de pays et il est
précédé de cinq cents sapeurs, armés de pelles et de cognées, qui
frayent la voie pour le passage des chariots. Le prince de Galles,
qui est à la tête de l’arrière-garde, ferme la marche. Tous ces corps
s’avancent en bon ordre; chaque homme d’armes est à son rang, prêt
à combattre, si besoin est. L’armée ne laisse pas derrière elle un
seul traînard; aussi ne fait-elle pas plus de trois lieues de chemin
par jour.--Noms des principaux seigneurs qui font partie de cette
expédition.--Les Anglais traversent l’Artois et trouvent ce pays en
proie à la famine, car on n’y a rien labouré depuis trois ans, non plus
qu’en Vermandois et dans les évêchés de Laon et de Reims; on y serait
mort de faim, si l’on n’avait tiré des bleds et des avoines du Hainaut
et du Cambrésis. Mais les Anglais ont apporté avec eux toutes leurs
provisions, sauf les fourrages et l’avoine. En revanche, ils souffrent
beaucoup de l’humidité, car l’automne fut si pluvieux cette année que
les vins ne valurent rien. P. 199 à 202, 399 à 402.
L’armée d’Édouard arrive aux environs de Bapaume[198]. Aventure de
Galehaut de Ribemont. P. 202 à 210, 402.
[198] Pas-de-Calais, arr. Arras.
Les Anglais occupent Beaumetz[199] et pillent le Cambrésis, malgré les
réclamations de Pierre[200] évêque de Cambrai; ils entrent en Thiérache
et se logent à l’abbaye de Femi[201] d’où ils font des incursions aux
environs de Saint-Quentin. Dans une de ces incursions, Barthélemi
de Burghersh fait prisonnier Baudouin d’Annequin[202], capitaine de
Saint-Quentin qui avait été déjà pris par le même Barthélemi à la
bataille de Poitiers. P. 210 à 211, 402.
[199] Beaumetz-lez-Cambrai, Pas-de-Calais, arr. Arras, c.
Bertincourt.
[200] Pierre IV d’André promu en 1347, mort le 13 septembre 1368.
[201] Abbaye de Bénédictins au diocèse de Cambrai. L’emplacement
qu’occupait cette abbaye est aujourd’hui compris, en partie du
moins, dans le territoire de la commune d’Oisy (Aisne, arr.
Vervins, c. Wassigny). Cette abbaye était placée juste au point
d’intersection des routes du Nouvion au Cateau et à Cambrai et de
Guise à Landrecies, au Quesnoy et à Valenciennes.
[202] Baudouin de Lens, sire d’Annequin (Pas-de-Calais, arr.
Béthune, c. Cambrin), institué en 1358 maître des arbalétriers,
après la mort de Robert, sire de Houdetot, mena en 1359 cent
hommes d’armes en Picardie où il fut établi capitaine du château
de Presles avec neuf écuyers (Anselme, t. VIII, p. 28). Le 15
février 1360 (n. st.), Simon de Baigneux, vicomte de Rouen, donna
quittance à Jean le Villain de 30 écus d’or pour la dépense
de Baudouin d’Annequin, chevalier, maître des arbalétriers,
qui était allé par l’ordre du régent abattre la forteresse de
Saint-Germain-sous-Cailly (Seine-Inférieure, arr. Rouen, c.
Clères). Bibl. nat., dép. des mss., Quittances, t. XI, nº 921.
Le roi d’Angleterre assiége Reims depuis la Saint-André environ[203]
(30 novembre 1359) jusqu’à l’entrée du carême[204] (19 février 1360);
Édouard est logé à Saint-Basle[205], tandis que le prince de Galles et
ses frères campent à Saint-Thierry[206]. Le reste de l’armée anglaise
se répand dans les villages des environs de Reims. Cette cité est
défendue[207] par Jean de Craon[208] son archevêque, par le comte de
Porcien[209], Hugues de Porcien, frère du comte, les seigneurs de la
Bove[210], d’Anor[211] et de Lor[212]. Les Anglais font des incursions
par tout le comté de Rethel jusqu’à Warcq[213], Mézières, Donchery[214]
et Mouzon[215]. P. 211, 212, 403, 404.
[203] Édouard III arriva devant Reims le mercredi 4 décembre
1359. Varin, _Archives administratives de la ville de Reims_, t.
III, note 1, d’après les _Mémoires_ de Rogier, fº 109.
[204] Les Anglais levèrent le siége de Reims le dimanche 11
janvier à minuit. V. _Grandes Chroniques_, édit. in-12, t. VI, p.
167; _Mémoires_ de Rogier, fº 109 vº.
[205] Abbaye de Bénédictins au diocèse de Reims, située sur le
territoire de la commune de Verzy, Marne, arr. Reims, à 16 kil.
au sud-est de cette ville, sur la montagne de Reims, au-dessus de
la plaine de Vesle.
[206] Abbaye de Bénédictins au diocèse de Reims, qui a donné
son nom à la commune de Saint-Thierry, Marne, arr. Reims, c.
Bourgogne, à 8 kil. au nord de Reims. D’après les Grandes
Chroniques, le prince de Galles était logé à Villedomange (Marne,
arr. Reims, c. Ville-en-Tardenois), à 9 kil. au sud-ouest de
Reims; c’étaient les comtes de Richmond et de Northampton qui
étaient campés à Saint-Thierry. Le duc de Lancastre était établi
à Brimont (Marne, arr. Reims, c. Bourgogne), à 10 kil. au nord
de Reims. Enfin le maréchal d’Angleterre et Jean de Beauchamp
étaient à Betheny (Marne, arr. et c. Reims), à 4 kil. au nord-est
de Reims. _Grandes Chroniques_, t. VI, p. 166 et _Mémoires_ de
Rogier, fº 109 vº.
[207] Varin a publié, d’après une pièce conservée aux archives
municipales de Reims, la belle lettre adressée par le régent
le 26 décembre 1359 aux Rémois, pour les engager à repousser
vigoureusement les Anglais qui «se sont venuz logier plus près
de la ditte ville qu’il n’ont esté et sont maintenant tous
environ ycelle», et leur annoncer qu’il envoie une seconde fois
à leur secours le connétable Robert de Fiennes qui était allé
une première fois jusqu’à Troyes d’où le régent l’avait rappelé
«pour aucunes grans besoignes touchans très grandement l’oneur et
l’estat de monseigneur, de nous et du royaume.» _Arch. adm. de
Reims_, t. III, p. 156 à 159.
[208] Jean III de Craon, promu en décembre 1355, mort le 26 mars
1373.
[209] Ce n’est pas Jean de Châtillon, comte de Porcien (voy.
Anselme, _Hist. généal._, t. VI, p. 111), c’est Gaucher de
Châtillon qui était capitaine de Reims dès le mois de mars 1359
(JJ90, nº 85); il occupait encore ce poste pendant le siége de
cette ville par les Anglais, et son principal auxiliaire était
Gaucher de Lor, comme le prouve la curieuse pièce suivante qui
paraît avoir échappé aux recherches de Varin. Par acte daté de
Paris en mars 1360 (n. st.) et sur le rapport de ses amés et
féaux messire Gaucher de Châtillon, capitaine de la ville de
Reims, de messire Gaucher de Lor et des échevins et élus sur le
gouvernement de la dite ville, Charles régent accorda des lettres
de rémission à Roger et Jean de Bourich, père et fils, ainsi qu’à
Pierre de Bantuel, leur cousin, habitants de Reims, qui, à la
suite d’une querelle au jeu de dés, avaient blessé mortellement
un habitant de Reims nommé Jean de Saint-Gobain «comme les diz
père et filz aient bien et loyaument servi nostre dit seigneur,
nous et la ditte ville en la compaignie du dit capitaine ou de
ses genz et de noz bons subgiez de Reins, _tant en la prise et
aux assaus des chasteaulx de Marueil, de Sissonne et de Roucy
ès quiex lieux noz ennemis estoient logiez dont eulx ont esté
deboutez et mis hors par force, comme en venant pardevers nous,
de par les diz capitaines, eschevins et autres habitants de la
ditte ville, en message par plusieurs fois, ou temps que les
ennemis estoient à siège devant ycelle, paravant et depuis_, pour
nous certefier de l’estat des diz ville et ennemis: durant lequel
siège les diz capitaine et habitanz ne pouvoient trouver personne
convenable qui vousist entrepenre à venir devers nous adoncques,
si comme eulx nous ont escript et affermé par leurs dittes
lettres closes....» JJ90, nº 495.
[210] Auj. hameau de la commune de Bouconville, Aisne, arr. Laon,
c. Craonne.
[211] Nord, arr. Avesnes, c. Trélon. Le nom de cette seigneurie
est écrit _Ennore_ (p. 212, l. 16).
[212] Aisne, arr. Laon, c. Neufchâtel.
[213] Ardennes, arr. et c. Mézières.
[214] Ardennes, arr. et c. Sedan.
[215] Ardennes, arr. Sedan.
Vers le temps de l’arrivée d’Édouard devant Reims, Eustache
d’Auberchicourt s’empare de la bonne ville d’Attigny[216] sur Aisne, où
il trouve plus de mille tonneaux de vin; il fait cadeau d’une grande
partie de ce vin au roi anglais et à ses enfants. P. 213, 404.
[216] Ardennes, arr. Vouziers.
Pendant le siége de Reims, Jean Chandos et James Audley prennent le
château de Cernay-en-Dormois[217]; le sire de Mussidan[218] est tué
à l’assaut.--La guerre éclate de nouveau entre le régent et le roi de
Navarre; ce dernier quitte précipitamment Paris et vient s’enfermer
dans Mantes[219].--Un écuyer originaire de Bruxelles, nommé Gautier
Strael[220], prend prétexte de cette reprise des hostilités pour
occuper le fort de Rolleboise[221] situé sur le bord de la Seine, à
une lieue de Mantes. P. 213 à 215, 404 à 406.
[217] Marne, arr. Sainte-Menehould, c. Ville-sur-Tourbe. Knyghton
fixe la prise de Cernay-en-Dormois au mardi 31 décembre 1359.
[218] Auger de Montaut, sire de Mussidan, était châtelain de
Blaye le 5 avril 1356. _Archives de la Gironde_, t. XII, p. 12 à
14.
[219] Froissart se trompe lorsqu’il affirme que la guerre ouverte
se ralluma en décembre 1359 entre le régent et le roi de Navarre,
et lorsqu’il ajoute que Charles le Mauvais envoya un défi au
duc de Normandie. Ce qui est vrai, c’est que le roi de Navarre
qui, depuis la paix conclue à Pontoise le 21 août précédent,
avait rendu plusieurs fois visite au régent, qui avait assisté
notamment au mariage de Jean, comte de Harcourt, et de Catherine
de Bourbon, célébré à Paris le lundi 14 octobre, n’en fit pas
moins une guerre couverte au duc de Normandie à partir du mois de
novembre. Le premier acte de cette guerre couverte fut la prise
par escalade du château de Clermont en Beauvaisis, opérée le
lundi 18 novembre par Jean de Grailly, captal de Buch, partisan
dévoué du roi de Navarre aussi bien que du roi d’Angleterre.
Le second fait, plus grave encore que le premier, qui amena,
non, comme le dit Froissart, une déclaration de guerre, mais la
rupture de toutes relations personnelles et courtoises entre les
deux princes, ce fut la découverte d’un complot tramé au mois de
décembre par un certain nombre de bourgeois de Paris, dont Martin
Pisdoe était le chef, pour renverser le régent (JJ90, nºs 20 à
32). Martin Pisdoe fut exécuté le lundi 30 décembre (JJ90, nº
369). La déposition de Jean le Chavenacier est accablante pour le
roi de Navarre. «Jehan, avait dit Martin, ces choses se pourront
bien faire, _car nous aurons de nostre alience plusieurs des genz
de monseigneur de Navarre_.» JJ90, nº 382. Le régent, qui avait
bien assez à faire de repousser l’invasion d’Édouard, remit à une
époque plus favorable la vengeance de ses griefs contre Charles
le Mauvais.
[220] Cet écuyer, que Froissart appelle _Wautre Obstrate_, est
nommé _Gautier Strael_ dans des lettres de rémission que Charles
V lui octroya à Paris en octobre 1368 (JJ99, nº 416; Secousse,
_Preuves_, p. 295 et 296). Les gens d’armes de la garnison de
Rolleboise sont qualifiés _Anglais_ dans un acte daté du mois
d’août 1364. JJ96, nº 258, fº 86.
[221] Seine-et-Oise, arr. Mantes, c. Bonnières. Le château ou
plutôt la tour de Rolleboise, dont les murs, d’après Jean de
Venette, avaient plus de neuf pieds d’épaisseur, située entre
Mantes et Bonnières sur une hauteur qui domine la Seine, fut
occupée par Gautier Strael depuis la fin de 1359 jusques vers
Pâques (13 avril) 1365. Après l’avoir occupée au nom du roi
d’Angleterre jusqu’à la conclusion du traité de Bretigny, et plus
tard au nom du roi de Navarre, tant que ce dernier fut en guerre
avec la France, mais en réalité pour son propre compte, Gautier
consentit à l’évacuer en avril 1365 moyennant le payement d’une
somme considérable, et Charles V la fit aussitôt démolir de fond
en comble par les paysans des environs. Jean de Venette dit qu’il
n’avait pas vu sans un certain sentiment de terreur les imposants
débris de cette tour qui jonchaient la terre. _Chron. du contin.
de G. de Nangis_, éd. Geraud, t. II, p. 357 et 358.
Le sire de Gommegnies[222], qui vient rejoindre le roi d’Angleterre,
est battu et fait prisonnier à Herbigny[223] par le sire de Roye[224],
capitaine du Rozay[225] en Thiérache, par Flament de Roye[226] et par
le Chanoine de Robersart, capitaine du château de Marle[227] pour le
jeune seigneur de Coucy[228]. P. 215 à 220, 406 à 410.
[222] G. de Jauche, sire de Gommegnies (Nord, arr. Avesnes, c. le
Quesnoy).
[223] Ardennes, arr. Rethel, c. Novion-Porcien. D’après Froissart
(p. 220 et 409), l’escarmouche de Herbigny eut lieu vers le 25
décembre 1359.
[224] Mathieu II du nom, seigneur de Roye et de Germigny,
mentionné pour la première fois sur les rôles des guerres en
1343, otage en Angleterre pour la rançon du roi Jean de 1360
à 1374, mort en 1380 et enterré dans l’église de l’abbaye de
Longpont (Aisne, arr. Soissons, c. Villers-Cotterets). Anselme,
t. VIII, p. 9.
[225] Le _Rosoy en Triérache_ de Froissart ne peut s’appliquer
qu’à Rozay, aujourd’hui hameau de la commune de Barzy, Aisne,
arr. Vervins, c. le Nouvion.
[226] Mathieu de Roye, II du nom, dit le Flament, seigneur du
Plessis-de-Roye (Oise, arr. Compiègne, c. Lassigny), cousin de
Mathieu seigneur de Roye, maître des arbalétriers de France de
1347 à 1349, mort en janvier 1381 et enterré comme son cousin à
l’abbaye de Longpont. Anselme, t. VIII, p. 6.
[227] Aisne, arr. Laon.
[228] Enguerrand VII du nom, sire de Coucy, comte de Soissons et
de Marle, seigneur de la Fère, d’Oisy et de Ham, était alors sous
la tutelle de sa mère Catherine d’Autriche. Anselme, VIII, p. 542
et 545.
A l’aide de mineurs de l’évêché de Liége, Barthélemi de Burghersh abat
le beau château de Cormicy[229] appartenant à l’archevêque de Reims; la
garnison dont Henri de Vaux, chevalier champenois, est capitaine, a la
vie sauve. P. 220 à 223, 410 à 413.
[229] Marne, arr. Reims, c. Bourgogne, à quatre lieues au
nord-ouest de Reims, à la limite des départements de l’Aisne et
de la Marne. Suivant Knyghton, le siége de Cormicy commença le
20 décembre 1359 et dura jusqu’au jour de l’Épiphanie (mardi 6
janvier 1360), que la place fut emportée. Par acte daté de Paris
en mars 1365 (n. st.), Charles V accorda des lettres de rémission
à Ludet Guerry de _Cormissy_, accusé d’avoir volé un muid de sel.
«.... environ la Purification Nostre Dame l’an LIX (dimanche 2
février 1360), après ce que le roy d’Angleterre se fu parti de
environ Reins et que ses gens eurent pris le chastel et ville
de Cormisy, pillé et emporté les biens qui estoient en ycelle
ville....» JJ98, nº 186, fº 56 vº.
Le roi d’Angleterre lève le siége de Reims qui dure depuis sept
semaines[230] et se dirige vers la Champagne du côté de Châlons et
de Troyes; il campe avec son armée à Méry-sur-Seine[231] et vient
rejoindre son connétable le comte de March, qui a mis le siége devant
Saint-Florentin[232], place située sur la rivière d’Armançon; les
Anglais sont repoussés par Oudart de Renty, capitaine de la garnison;
ils viennent ensuite loger à l’abbaye de Pontigny[233] et veulent
enlever les restes de saint Edmond qui y sont conservés, mais un
miracle les empêche de donner suite à leur projet. Édouard III prend
d’assaut la ville de Tonnerre où il trouve plus de trois mille pièces
de vin; le château de Tonnerre, dont Baudouin d’Annequin[234], maître
des arbalétriers, est capitaine, résiste seul à tous les assauts des
Anglais. P. 223 et 224, 413 à 415.
[230] Le siége de Reims, commencé le 4 décembre 1359, levé le 11
janvier 1360, avait duré trente-neuf jours ou cinq semaines et
demie environ.
[231] Aube, arr. Arcis-sur-Aube, au nord-ouest de Troyes.
[232] Yonne, arr. Auxerre, sur la route de Troyes à Auxerre,
au confluent de l’Armançon et de l’Armance, au nord-ouest
de Tonnerre. Les Anglais prirent certainement la ville de
Saint-Florentin, quoi qu’en dise Froissart, puisque Charles V,
confirmant en mai 1376 la donation d’une motte vague faite en
janvier 1359 aux habitants de cette ville, pour y reconstruire
leur église paroissiale, dit que les lettres de cette donation
«furent perdues et arses _à la prinse de nostre ditte ville_
qui fu arse et destruicte par noz ennemis (JJ109, nº 11, fº 10
vº).» Si quelque chose résista, ce fut le château, grâce aux
travaux de fortification exécutés avec tant de prévoyance par le
régent et un désintéressement si patriotique par les habitants
pendant le cours de l’année 1359. Le régent accorda à Paris en
janvier 1359 (n. st.) des lettres de rémission aux habitants de
Saint-Florentin qui, «pour ce que la clausure de la ditte ville
de Saint-Florentin, laquelle les habitanz d’icelle ont empris
de cloure de foussez et de paleiz, n’est pas encore parfaite»
ont obtenu, moyennant 89 florins d’or au mouton et plus, trêves
jusqu’à Pâques 1359 de nos ennemis: «Comme noz ennemis aient
_nagaires_ pris et tiennent cinq forteresses environ noz chastel
et ville de Saint Florentin en Champaigne, c’est assavoir la
_Moute de Chamlost_ (Champlost, Yonne, arr. Joigny, c. Brienon),
qui est en une lieue; _Laigni le Chastel_ (Ligny-le-Châtel,
Yonne, arr. Auxerre), qui est à deux lieues; _Regennes_ (auj.
hameau de la commune d’Appoigny, Yonne, arr. et c. Auxerre, près
de la rive gauche de l’Yonne), _Chanlay_ (Champlay, Yonne, arr.
et c. Joigny), et _Ays en Otte_ (Aix-en-Othe, Aube, arr. Troyes),
qui sont chascun à cinq lieues près de la ditte ville de Saint
Florentin, et courent, pillent, gastent et raençonnent chascun
jour tout le pais.» JJ86, nº 553, fº 201.--Nous voyons, par une
autre charte, aussi datée de Paris en janvier 1359 (n. st.), que
le capitaine du château de Saint-Florentin avait fait abattre
l’église paroissiale, le prieuré, l’Hôtel-Dieu et la maladrerie,
situés dans les faubourgs, ainsi que l’église de Mgr saint
Florentin, sise en dedans des fortifications devant le château,
afin que les ennemis ne s’y pussent loger et tenir. JJ86, nº 554.
[233] Yonne, arr. Auxerre, c. Ligny-le-Châtel. Autrefois siége
d’une abbaye, l’une des quatre filles de Cîteaux, fondée en
1114 et placée sous la garde des comtes de Tonnerre. Ce curieux
épisode du passage des Anglais à Pontigny n’est fourni que par
trois manuscrits, cotés A 15 à 17 dans notre classement (v. p.
414 et 415), et n’a été relevé que dans notre édition. Seulement,
l’auteur de cette intercalation se trompe en plaçant l’abbaye de
Pontigny sur l’Armançon; ce beau monastère était situé sur la
rive gauche du Serain ou plutôt du _Senin_, ainsi qu’on a appelé
jusqu’à la fin du dernier siècle cet affluent de la rive droite
de l’Yonne. En quittant Saint-Florentin, le gros de l’armée
anglaise suivit la vallée du Serain et remonta le cours de
cette rivière, puisque Froissart mentionne plus loin le passage
d’Édouard à Noyers et à Guillon; la mention d’une halte des
Anglais à l’abbaye de Pontigny, donnée par les trois manuscrits
cités plus haut, n’a donc rien que de très-vraisemblable.
[234] Froissart a dit plus haut que ce même Baudouin d’Annequin,
capitaine de Saint-Quentin, avait été fait prisonnier par
Barthélemi de Burghersh, à la fin de novembre 1359; il est
douteux qu’il eût déjà recouvré sa liberté et fût capitaine du
château de Tonnerre à la fin de janvier ou en février 1360.
D’après un titre qu’a connu le père Anselme, Baudouin fut envoyé
au mois de janvier 1361 (n. st.) en Anjou, Poitou et Saintonge
pour traiter de la délivrance d’un nommé _Barthelemy Bronas_
(sans doute Barthélemi Burghersh, dont le nom est souvent
écrit _Bruwes_), chevalier anglais (Anselme, t. VIII, p. 28).
Froissart n’aurait-il pas pris le change, lorsqu’il a raconté que
Baudouin d’Annequin fut pris près de Saint-Quentin par Barthélemi
Burghersh? Ne serait-ce pas, au contraire, Baudouin qui aurait
fait prisonnier Barthélemi?
Après une halte de cinq jours à Tonnerre, le roi anglais, laissant
à sa droite Auxerre où se trouve alors le sire de Fiennes[235],
connétable de France, à la tête d’une nombreuse garnison, prend le
chemin de la Bourgogne pour y séjourner tout le carême; il passe à
côté de Noyers[236] et défend d’y donner l’assaut, car il tient le
seigneur prisonnier depuis la bataille de Poitiers[237]; il loge à
Montréal[238] puis à Guillon[239], villages situés sur une rivière
nommée _Sellètes_[240]; il reste à Guillon depuis la nuit des Cendres
(mercredi 19 février) jusqu’à la mi-carême (dimanche 15 mars 1360),
et pendant ce temps Jean de Harleston, écuyer de sa suite, s’empare de
Flavigny[241] où il trouve de quoi approvisionner l’armée. P. 224, 225,
415, 416.
[235] Robert, sire de Fiennes, connétable de France, était à
Auxerre le 1er décembre 1359, jour où il conclut une convention
avec Jean de Delton et Danquin de Hatton, capitaines anglais de
Regennes et de la Motte de Champlay, pour l’évacuation de ces
forteresses et leur rasement moyennant le payement de 26 000
florins d’or ou moutons (Rymer, vol. III, p. 461 et 462). Le roi
d’Angleterre, qui venait de recommencer les hostilités contre
la France et qui assiégeait Reims, lorsque la nouvelle de cette
convention dut lui parvenir, refusa sans doute de la ratifier,
car nous voyons par un de ses mandements, adressé de Calais le
26 octobre 1360 à Nicol de Tamworth, que ce chevalier anglais
était encore à cette date capitaine de Regennes où il détenait
Jacques Wyn (_Ibid._, p. 545). Deux jours après, le 28 octobre,
Édouard donnait l’ordre d’évacuer Regennes et la Motte de
Champlay (_Ibid._, p. 546). Enfin, le 12 avril 1364, à la requête
de Jean de Dalton et de Danquin de Hatton, le roi anglais visa
et _exemplifia_ la convention du 1er décembre 1359 (_Ibid._, p.
729 et 730). Jean, sire de Hangest, dit Rabache, est mentionné
comme capitaine d’Auxerre en 1360 dans des lettres de rémission
octroyées le 14 juin 1364 à Jean, sire de Maligny (JJ96, nº 359,
fº 128 vº). Vers la Chandeleur (2 février) 1360, on faisait le
guet et l’arrièreguet aux _eschiffles_ des remparts d’Auxerre
(JJ90, nº 502). Par acte daté de Paris en décembre 1360, Jean,
roi de France, restitua au comte d’Auxerre la ville de ce nom
«comme, par la deffaute et coulpe des bourgoiz et habitanz de
la ville d’Auceurre, la ditte ville ait esté nagaires perdue
et destruitte par Robert Canole et ses complices, ennemis de
nostre dit royaume, pour ce que les diz bourgoiz et habitanz,
qui par leurs grans avarices, orgueil et malvais gouvernement,
vouldrent de euls garder la ditte ville, boutèrent et mistrent
hors d’icelle partie de plusieurs gentiz hommes qui par avant
longue pièce estoient venuz en la ditte ville en la compaignie de
feu Guillaume de Chalon, filz de nostre très chier et féal cousin
et conseillier le conte d’Aucerre (Jean de Chalon, III du nom)
bouteillier de France, pour la ditte ville et tout le pais garder
et deffendre et resister aus diz ennemis de tout leurs povoirs;
et pour ce que, après ce que la ditte ville fu ainsi perdue,
nostre cousin le sire de Fiennes, connestable de France, entra
en ycelle, la garda et empara de rechiez, le dit connestable et
plusieurs autres dient la ditte ville et ses appartenances estre
à nous acquise, nous ait fait supplier le dit conte, comme il ait
touz jours amé et servi loyalment et continuelment nous et nos
predecesseurs roys de France, et ait esté longuement prisonnier
en Engleterre où il a moult fraié et despendu du sien à cause de
sa ditte prise et li convient encore pour très grant et excessive
raençon....» JJ89, nº 429.
[236] Noyers ou Noyers-sur-Serein, Yonne, arr. Tonnerre.
[237] Froissart veut sans doute parler ici de Jean de Noyers,
comte de Joigny, qui avait en effet été fait prisonnier à la
bataille de Poitiers (Rymer, vol. III, p. 539). Après la mort
de Miles VI du nom, seigneur de Noyers et de Vendeuvre arrivée
en septembre 1350, le comte de Joigny, fils aîné, et Eudes de
Grancey, gendre de Miles VI, s’étaient emparés de la seigneurie
de Noyers au mépris des droits de Miles VIII du nom, sire de
Noyers et de Montcornet, petit-fils de Miles VI, qui obtint arrêt
contre ses oncles en 1364. Anselme, t. VI, p. 652.
[238] Yonne, arr. Avallon, c. Guillon, sur le Serain, au sud de
Noyers.
[239] Yonne, arr. Avallon, sur le Serain, au sud de Montréal.
[240] Noyers, Montréal et Guillon sont situés sur une rivière
nommée aujourd’hui par corruption _Serain_. La forme latine de
ce nom était au neuvième siècle _Sedena_, au douzième siècle
_Saina_ et _Seduna_; la forme française a été _Senein_ ou _Cenin_
jusqu’à ces derniers temps. _Sellette_ est une mauvaise forme où
Froissart a peut-être été induit, parce qu’une rivière du Hainaut
porte ce nom.
[241] Flavigny-sur-Ozerain, Côte-d’Or, arr. Semur, à l’est de
Guillon.
L’armée anglaise traîne derrière elle huit mille chariots, attelés
chacun de quatre forts roncins et chargés de tentes, de pavillons, de
moulins, de fours pour cuire du pain et de forges pour forger les fers
des chevaux. Ces chariots transportent en outre de petits bateaux que
trois hommes peuvent monter et avec lesquels on peut pêcher dans les
étangs, ce qui fut d’un grand secours aux Anglais en carême. Le roi
d’Angleterre voyage, ainsi que plusieurs seigneurs de sa suite, avec
ses oiseaux et ses chiens afin de pouvoir aller à la chasse.--L’armée
se compose de trois corps distincts, qui sont sous les ordres du roi,
du prince de Galles et du duc de Lancastre, et qui se tiennent toujours
à une lieue de distance l’un de l’autre. Tel est l’ordre de marche qui
fut invariablement suivi depuis Calais jusqu’à Chartres. P. 225, 226,
416, 417.
Édouard, pendant son séjour à Guillon, conclut un traité[242] avec
Philippe, duc de Bourgogne, par lequel il s’engage à ne pas ravager le
duché de Bourgogne et à le tenir en paix pendant trois ans moyennant
le payement de deux cent mille francs tous appareillés. Après quoi,
il repasse l’Yonne au-dessous de Clamecy[243] et de Vezelay[244], se
dirige vers Paris à travers le Gâtinais et arrive à deux lieues de
Bourg-la-Reine[245]. P. 226, 227, 417, 418.
[242] Ce traité dont le texte est dans Rymer (vol. III, p. 473
et 474), fut donné à Guillon en Bourgogne sous le grand sceau du
roi d’Angleterre le 10 mars 1360 (n. st.). Édouard s’engageait
à rendre Flavigny et à tenir la Bourgogne en paix pendant trois
ans moyennant le payement de deux cent mille deniers d’or au
mouton payables, 50 000 comptant, 50 000 le 22 juin, 50 000 le
25 décembre 1360, 50 000 enfin le 28 mars 1361. Les évêques de
Chalon et d’Autun, quatorze abbés, les cités et bonnes villes de
Chalon, d’Autun, de Dijon, de Beaune, de Semur, de Montbar et de
Châtillon-sur-Seine, quinze nobles et sept bourgeois de Bourgogne
se portaient garants du payement de cette somme. L’un de ces
sept bourgeois, encore obscur en 1360, allait bientôt devenir
l’un des plus grands personnages du quatorzième siècle: c’était
Hugues Aubriot, le futur prévôt de Paris du roi Charles V. Quatre
jours seulement après la conclusion de ce traité, le 14 mars, un
certain nombre de seigneurs picards et normands, conduits par
Jean de Neuville, faisaient une descente en Angleterre où ils
prenaient, saccageaient et brûlaient Winchelsea (JJ105, nº 535;
_Contin. de Nangis_, éd. Geraud, t. II, p. 298, 299; ms. nº 4987,
fº 77 vº. Voyez surtout le t. XI des Quittances conservées au
dép. des mss. de la Bibl. nat. et classées chronologiquement;
elles nous donnent tous les détails d’armement relatifs à cette
expédition préparée au clos des galées de Rouen et à Leure par
le Baudrain de la Heuse, amiral de France (nº 916) et Étienne du
Moustier, capitaine de Leure).
[243] Le rédacteur des Grandes Chroniques (t. VI, p. 168) dit
qu’Édouard passa l’Yonne à Coulanges (Yonne, arr. Auxerre).
Coulanges est en effet en aval de Clamecy.
[244] Yonne, arr. Avallon. Froissart paraît croire que Vezelay
est sur l’Yonne, tandis qu’il est sur la Cure, affluent de la
rive droite de l’Yonne. _Kon dessous Vosselay_ (p. 227, 418) est
peut-être une mauvaise leçon pour Coulanges sous Vezelay.
[245] Seine, arr. et c. Sceaux.
Pendant qu’Édouard envahit ainsi le royaume, une foule de garnisons
anglaises ravagent le Beauvaisis, la Picardie, l’Ile-de-France, la
Brie et la Champagne.--Le roi de Navarre, de son côté, fait une rude
guerre sur les confins de la Normandie.--La plus terrible de ces
garnisons ennemies est celle d’Attigny dont Eustache d’Auberchicourt
est capitaine. Les gens d’armes de cette garnison font sans cesse
des incursions dans les comtés de Rethel et de Bar jusqu’à Donchery,
Mézières, Stenay[246] et au Chesne-Populeux[247]; un jour, ils prennent
par surprise un fort château du Laonnois voisin de Montaigu[248] et
situé au milieu des marais qu’on appelle Pierrepont[249], dont ils
emportent le butin à Attigny[250]. P. 227, 228, 419, 420.
[246] Meuse, arr. Montmédy.
[247] Ardennes, arr. Vouziers. Le _Chesne Pouilleux_ de Froissart
est devenu dans la terminologie administrative le _Chesne
Populeux_.
[248] Aisne, arr. Laon, c. Sissonne.
[249] Aisne, arr. Laon, c. Marle.
[250] Ardennes, arr. Vouziers. La forteresse d’Attigny, située
sur l’Aisne, commandait le cours moyen de cette rivière dont une
autre forteresse, également occupée par Eustache, celle d’Autry
(Ardennes, arr. Vouziers, c. Monthois) commandait le cours
supérieur. Eustache d’Auberchicourt faisait la guerre de partisan
comme on exercerait la plus lucrative des industries. Ainsi, le
19 mai 1360, Louis de Male délivra commission pour imposer sur
les habitants du comté de Rethel la somme de 25 000 deniers d’or
qu’ils avaient promis de donner à Eustache d’Auberchicourt pour
retirer de ses mains les forteresses de Manre (Ardennes, arr.
Vouziers, c. Monthois) et d’Attigny (Arch. dép. du Nord, 1er reg.
des Chartes, fº 174 vº). Un mois plus tard, le 16 juin 1360, par
contrat passé devant Pierre et Thomassin de Cusy, notaires jurés
à Sainte-Menehould, noble homme messire Eustache d’Auberchicourt,
chevalier, vendit à haut et puissant prince monseigneur Robert,
duc de Bar, marquis du Pont, moyennant 7 000 florins d’or au
mouton et 1000 florins par-dessus le marché, qui devaient être
remis à messire Courageux de Mauny et à messire Gui de Nevill,
chevaliers, la forteresse d’Autry «laquelle li avoit esté donnée
par haut et puissant prince son très chier seigneur le roy
d’Angleterre, comme terre acquise et conquestée par armes....»
Cet acte de vente stipule que tous les approvisionnements
entassés à Autry seront livrés au duc de Bar. «Et aussi seront
et doient estre au dit monseigneur le duc toutes les finances et
raençons que les villes et li pais ont fait par devers le dit
monseigneur Eustace et ses genz, qui sont deues et à avenir, tant
de vivres comme de deniers; et li baillera et li a le dit messire
Eustace promis à baillier touz les papiers, lettres et seurtés
qu’il a et puet avoir sur les dittes raençons....» Le régent
ratifia cette vente à Compiègne en juillet 1360 (JJ88, nº 11). Un
paladin aussi pratique qu’Eustache d’Auberchicourt était un fort
beau parti. Aussi, le voyons-nous cette même année 1360, le 29
septembre, épouser à Wingham, dans le comté de Kent, la propre
nièce de la reine d’Angleterre, Elisabeth de Juliers, veuve du
comte de Kent. Coxe, _The Life of Black Prince_, notes, p. 367.
En ce temps, il y avait ès parties d’Avignon un frère mineur ou
cordelier, nommé Jean de la Roche Taillade, que le pape Innocent VI
tenait enfermé au château de Bagnols[251] parce qu’il avait annoncé
dans ses livres de prophétie, commencés dès 1345, tous les malheurs qui
devaient fondre sur la France, notamment de 1356 à 1359, les attribuant
à la vengeance de Dieu irrité de la corruption des grands seigneurs et
des prélats du royaume[252]. P. 228 à 230, 420 à 423.
[251] Bagnols-sur-Cèze, Gard, arr. Uzès.
[252] Les premières prophéties de Jean de la Roche Taillade, qui
avait étudié cinq ans à l’université de Toulouse et appartenait
à l’ordre des Frères Mineurs de la province d’Aquitaine et de la
maison de Rodez, sont datées de la prison du pape Clément VI,
dite _du Soudan_, à Avignon, au mois de novembre 1349 (Bibl.
nat., fonds latin, nº 3598). D’autres ouvrages de cet illuminé,
qui s’occupait aussi de médecine et d’alchimie, sont conservés à
la même bibliothèque, fonds latin, sous les nºs 7151, 7167, 7371,
11200 et 11202. M. Kervyn de Lettenhove, dans une savante note de
son édition des Chroniques de Froissart (t. VI, p. 493 à 495),
indique un certain nombre de manuscrits des ouvrages de Jean de
la Roche Taillade conservés à Bruges, à Cambridge, à Oxford, à
Mayence, à Rome et à Bâle.
Le roi d’Angleterre est logé à Bourg-la-Reine à deux petites lieues
de Paris, et son armée est campée depuis cet endroit jusqu’à
Montlhéry[253]; il envoie ses hérauts à Paris demander la bataille au
duc de Normandie qui la refuse. Après une escarmouche de Gautier de
Mauny devant les barrières de Paris, Édouard quitte Bourg-la-Reine et
prend le chemin de Montlhéry. P. 230 à 232, 423.
[253] Seine-et-Oise, arr. Corbeil, c. Arpajon, au sud de
Bourg-la-Reine. D’après les Grandes Chroniques de France (t.
VI, p. 169), Édouard vint loger en l’hôtel de Chanteloup (auj.
château de la commune de Saint-Germain-lés-Arpajon), entre
Montlhéry et Châtres (Arpajon), le mardi 31 mars; il était
encore à Chanteloup le lundi 6 avril, jour où il confia à Jean
Chandos la garde de son château de la Fretty et de la Tour
Saint-Christophe en Normandie (Rymer, vol. III, p. 480). Des
négociations, qui furent entamées le vendredi saint 3 avril à
la maladrerie de Longjumeau, restèrent sans résultat. Le mardi
7 avril, Édouard s’approcha plus près de Paris et vint loger à
Châtillon près Montrouge, tandis que les autres corps de son
armée s’établissaient à Issy, à Vanves, à Vaugirard, à Gentilly
et à Cachan. Si l’on veut savoir comment le régent et par suite
le rédacteur des Grandes Chroniques a pu être si bien renseigné
jour par jour sur les mouvements de l’armée ennemie, on n’a qu’à
lire la pièce suivante où l’on reconnaît l’esprit pratique et
nullement chevaleresque du futur Charles V. Par acte daté de
Paris le 13 avril 1360, Charles régent accorda des lettres de
naturalisation et de bourgeoisie parisienne à son amé Jean Cope,
originaire d’Angleterre, «et de nouvel, _pour le temps que le roy
d’Angleterre a esté près de nostre bonne ville de Paris, le dit
Jehan, qui bien savoit et scet parler le langaige d’Angleterre,
ait exposé et mis en avanture son corps, sa vie et sa chevance
pour nous faire certains services qu’il nous a faiz au grant
proufit de monseigneur, de nous et du royaume, pour lesquiex nous
nous reputons et devons reputer pour grandement tenuz à lui_;
nous, pour les causes dessus dittes et plusieurs autres qui à ce
nous ont meu et doivent mouvoir, voulans au dit Jehan Cope, comme
à celui qui bien l’a desservi, faire grace especial qui soit à
lui et aus siens honnorable et prouffitable, si que les autres de
sa nativité et d’autres nacions estranges, qui sauront la ditte
grace à lui faite, doient, à l’exemple de lui, eulx efforcier de
eulx loyaument porter envers monseigneur et nous....» JJ90, nº
510.
Des chevaliers français au nombre de cent lances s’aventurent à la
poursuite des Anglais qu’ils voient opérer leur mouvement de retraite
de Bourg-la-Reine sur Montlhéry, mais ils tombent dans une embuscade
dressée par un certain nombre de seigneurs anglais et gascons qui
avaient prévu cette sortie; neuf chevaliers français, entre autres le
sire de Campremy, restent entre les mains des Anglais qui, après avoir
donné la chasse jusqu’au delà de Bourg-la-Reine à ceux qui réussissent
à s’échapper, emmennent leurs prisonniers à Montlhéry où campe le roi
d’Angleterre[254]. P. 232 à 234, 423 à 426.
[254] L’armée anglaise était campée entre Arpajon (Châtres)
et Montlhéry. Arpajon fut alors le théâtre d’un des faits les
plus atroces de cette épouvantable guerre. Jean de Venette dit
(_Contin. de G. de Nangis_, éd. de Geraud, t. II, p. 304 à 306)
qu’un noble, capitaine de l’église de ce village, y fit mettre
le feu et y brûla environ neuf cents personnes, parce que les
paysans des environs, réfugiés dans cette église convertie en
forteresse, se voyant abandonnés par la garnison chargée de les
garder, et ne pouvant tenir plus longtemps, menaçaient de se
rendre aux Anglais. Des lettres de rémission, que Geraud n’a
pas connues, nous font connaître le nom de ce capitaine, qui
est qualifié écuyer et qui s’appelait Philippe de Villebon.
La conduite de ce capitaine fut d’autant plus infâme que les
malheureux habitants d’Arpajon avaient résisté pendant plus
d’une semaine à tous les assauts des Anglais. «.... Et quia
postquam idem rex et ejus gentes steterant _per septem dies_
ante fortalicium predictum, illud hostiliter et viriliter
invadendo....» Elle fut d’autant plus lâche que Philippe, avant
de mettre le feu à l’église, avait séparé son sort de celui des
habitants confiés à sa garde et avait mis sa personne et celle
de ses compagnons en sûreté dans des guérites. «.... Dum ipse
Philippus et nonnulli alii socii sui secum erant superius in
dicto fortalicio _ad garitas_....» Pendant que tous ces pauvres
paysans périssaient dans les flammes allumées par Philippe de
Villebon et où les Anglais repoussaient ceux qui essayaient d’y
échapper, leur capitaine se tenait «subtus votas seu columpnas
turris dicti monasterii....», et il ne sortit de sa cachette que
vers minuit, non sans avoir tué un de ses hommes qui se trouva
sur son passage et qu’il avait pris pour un Anglais. Le régent
n’en accorda pas moins à Philippe de Villebon des lettres de
rémission, d’où nous avons tiré ces détails qui confirment le
récit de Jean de Venette, lettres que le roi Jean renouvela et
confirma en février 1361 (n. st.). JJ89, nº 458, fº 203.--Les
habitants de Boissy-sous-Saint-Yon en la châtellenie de Montlhéry
(Seine-et-Oise, arr. Rambouillet, c. Dourdan) et de Toury en
Beauce (Eure-et-Loir, arr. Chartres, c. Janville) soutinrent
aussi des siéges contre les envahisseurs dans leurs églises
transformées en forteresses. JJ90, nº 637.
[1] CHRONIQUES
DE J. FROISSART.