Bruges, 11 décembre.
On! C'est trop désastreux! Je n'aurai jamais le courage d'écrire...
Si j'écris, ce n'est pas pour noter les impressions que j'attendais de
Bruges, que j'y venais chercher, l'esprit et le coeur hantés de doux
récits...
Il pleut!... Une pluie implacable qui tombait déjà ce matin au moment
où j'ai ouvert les yeux, qui tombe encore ce soir, tandis que je veille
dans le silence endormi... Mon désespoir a été si violent que Kerjean
m'a trouvée effondrées dans un fauteuil avec un visage de carême.
Ma première vision ma première sensation de Bruges était à l'avance
déflorée... Oh! que c'était triste!
Il a essayé de me consoler. Mais on dirait, je ne sais pourquoi, que
cette pluie lui déplaît moins qu'à moi...
Nous avons passé dans le hall de l'hôtel -- car je n'ai pas voulu
sortir -- une soirée assommante.
Moi, je me distrayais de temps à autre, en observant du coin de l'oeil
un jeune couple arrivé à Bruges en même temps que Kerjean et moi... De
nouveaux mariés, ils se parlent bas, ils se regardent d'un air bête, on
croit tout le temps qu'ils vont s'embrasser...
La jeune femme est ravissante, brune, un teint blanc très pur et le
plus fin, le plus délicat profil... un camée antique...
Je me demande si Kerjean me trouve aussi jolie que cette jeune femme
brune?