Les chapeaux de soie sont remarquables par leurs belles couleurs,
leur luisant, leur élégance et leur beauté. Les noirs surtout
offrent un brillant qui nous paraît bien supérieur à celui des
chapeaux à feutre. Comme à ces derniers, on leur donne aisément
toutes les formes qu'on désire; mais ils ont par-dessus les feutres
le précieux avantage d'être plus légers, d'une aussi longue durée,
d'un aspect plus agréable[48], et d'un prix bien inférieur. Les
chapeaux de soie étaient usités depuis bien du temps en Espagne
avant d'être connus en France. Ce n'est guère que depuis le
commencement du dix-neuvième siècle que nous avons commencé à en
adopter graduellement l'usage: rigoureusement parlant, l'on peut
dire même que cet usage n'est devenu général que depuis
l'exposition de 1823. Les chapeaux de soie espagnols sembleraient
attester encore l'enfance de cet art; mais grâce aux heureuses
tentatives de quelques industriels français, ce genre de
fabrication a acquis un tel degré de perfectionnement, et une si
grande importance qu'en été le rentier et le fashionable ont
généralement adopté les plus belles qualités, et que les
secondaires sont maintenant vendues à toutes les classes de la
société.
[Note 48: Les chapeaux de soie pour homme l'emportent par leur
beauté sur tous les chapeaux de feutre, à l'exception des premières
qualités qu'on paie ouvrés de 30 à 35 francs, tandis que les plus
beaux chapeaux de soie ne coûtent pas au-delà de 12 à 18 francs,
tant noirs que gris ou de diverses autres couleurs de fantaisie.]
158
Parmi les fabricans français qui ont puissamment contribué au
perfectionnement de ce genre d'industrie, nous aimons à citer un
des plus habiles chapeliers de Paris, M. Fontés, rue de la Harpe,
dont les chapeaux de soie imperméables le disputent par leur
beauté, leur élégance et leur pris à tous ceux des autres fabricans
de la capitale, comme on a pu en juger par ceux qu'il exposa en
1827; un de ses chapeaux entre autres était plongé devant les
spectateurs dans un baquet plein d'eau sans être en pénétré. M.
Fontés n'a jamais pris de brevet d'invention; cette modestie de sa
part est cause que bien des gens se sont emparés d'une partie de
ses procédés, car nous devons ajouter que M. Fontés est très
communicatif.
Les chapeaux de peluche de soie exigent deux opérations. On fait
d'abord la carcasse du chapeau soit en carton, soit en toile très
forte de chanvre ou de coton, et ensuite de diverses couches de
vernis. Cependant c'est presque toujours en carton qu'on les fait
d'abord et sur lequel on colle (avec une colle rendue imperméable)
une toile qu'on recouvre de plusieurs couches de vernis également
imperméable. Quand la carcasse du chapeau est ainsi préparée, on y
colle ensuite la couverture en peluche, après l'avoir
convenablement disposée et cousue. Le chapeau étant ainsi préparé
on borde les ailes, on y adapte la coiffe et on le passe au fer
comme les chapeaux de feutre.
Il est inutile de dire que chaque chapelier a son vernis
imperméable particulier, et son mode de préparation de la carcasse,
qu'il croit bien supérieur à celui de ses confrères; mais nous qui
ne sommes mus par aucun motif d'intérêt, nous devons assurer, dans
l'intérêt de l'art, que tous ces vernis ou enduits imperméables
doivent cette propriété à la cire, à des solutions résineuses dans
l'alcool ou l'essence de térébenthine, incorporées dans la colle
d'amidon, de gomme arabique, de gélatine, etc. Sans entrer dans de
159 plus grands détails, nous croyons ne pouvoir mieux faire connaître
les procédés suivis par les meilleurs fabricans qu'en décrivant ici
les brevets d'invention obtenus à ce sujet.
_Nouveaux procédés pour la fabrication des chapeaux de soie_; par
M. JOHN WILCOX. (Par brevet d'invention.)
Le corps ou le feutre de mes chapeaux est composé de deux étoffes
d'une force suffisante, l'une en toile de coton et l'autre en gros
velours, connu sous le nom de panne ou peluche.
Je coupe des bandes de toile de coton, d'une largeur de six pouces
environ, suivant que je veux donner plus ou moins d'élévation à mon
chapeau et d'une longueur relative. Je réunis les deux bouts de ces
bandes, par une couture juste et serrée, et je fais ajuster dans la
partie supérieure un morceau de la même toile, d'un diamètre égal à
celui de mes formes.
Je fais des formes de peluche de la même manière, ayant soin de
former les coutures du côté du tissu, placé en dedans.
Mes formes ainsi disposées, j'enduis extérieurement celle de coton
et intérieurement celle de peluche, c'est-à-dire du côté du tissu,
d'une colle composée moitié de colle ordinaire et moitié de colle
de Flandre. Je prends alors une forme de toile de coton et une
forme de peluche; j'habille la première avec la seconde, les
disposant de manière que les fonds des deux formes se correspondent
parfaitement. J'introduis ensuite dans ces deux formes réunies un
mandrin en bois composé de quatre pièces et un coin, tels que ceux
employés par les chapeliers sous le nom de formes brisées.
J'enfonce le coin autant qu'il est nécessaire pour m'assurer qu'il
ne reste aucun pli, et que l'adhérence des surfaces des deux formes
est parfaite.
160
Arrivé à ce point, je les laisse sécher pendant trois ou quatre
jours, même plus, suivant la saison et le degré de température de
l'atmosphère.
Les bords du chapeau se font des mêmes étoffes et à peu près de la
même manière, avec cette différence seulement que la toile de coton
est recouverte des deux côtés de panne qu'on y fixe fortement par
l'encollage et au moyen d'une presse: on ne les attache à la forme
que quand tout est sec, et par une couture proprement faite.
Pour faire des chapeaux très légers, j'emploie, au lieu de toile de
coton, un tissu formé de filamens déliés de bois de saule.
On voit que, d'après mes procédés, les soies qui garnissent le
chapeau ne peuvent être que solidement attachées et également
réparties sur toute sa surface, puisqu'elles font partie du tissu
même qui compose le corps du chapeau.
_Procédé de fabrication de chapeaux d'hommes et de femmes, en soie
feutre imperméable._ (Brevet d'invention et de perfectionnement de
cinq ans accordé, le 31 décembre 1821, aux sieurs MIERQUE (Jacques
François), propriétaire, et DRULHON, négociant, tous deux à Anduze,
département du Gard.)
Le feutre qui compose ces chapeaux est formé de bonne laine
d'agneau, que l'on foule; on lui donne la forme comme à
l'ordinaire. Le chapeau ainsi préparé, on l'enveloppe d'un papier
imbibé d'une préparation gommo-résineuse dont on va voir la
recette; on applique aussitôt après une seconde enveloppe
parfaitement juste d'un velours croisé, de soie organsin à long
poil, fabriqué pour cet objet, et que l'on colle avec force au
161 moyen de la gomme dont on vient de parler; on fixe ce velours à la
naissance de l'aile ou bord du chapeau, et on achève de recouvrir
le reste du feutre de la même manière. On soumet ensuite le chapeau
à l'action du fer à moitié chaud, ayant encore soin toutes les fois
qu'on le pose sur le chapeau de le tremper dans l'eau froide, à
moins de courir le risque de brûler le poil, qui se frise aussitôt
et tombe ensuite ainsi que son lustre. On ne saurait apporter trop
d'attention à cette opération, car c'est elle qui conserve,
lorsqu'elle est bien faite, au chapeau son noir et son luisant.
Recette pour la composition de la colle imperméable à l'eau, pour
quinze chapeaux:
Quatre gros de gomme arabique;
Un demi-gros de cire vierge;
Deux gros d'huile d'amande;
Quatorze onces de colophane.
On pulvérise la gomme, on la met à chauffer à petit feu dans
l'huile, on remue continuellement avec une spatule, jusqu'à
réduction en une pâte molle: c'est alors qu'on ajoute la cire,
coupée nue, en continuant d'appliquer une douce chaleur: la
composition est complète lorsque le tout est fondu et bien mêlé.
Lorsqu'on veut se servir de cette colle, on fait fondre à part la
colophane, à laquelle on ajoute, après la fusion, la composition
ci-dessus; on obtient de cette manière un vernis que l'on étend à
chaud sur le papier fin, qu'on applique sur le feutre.
Cette composition forme un corps tellement dur qu'aucun fluide ne
peut passer au travers, et fait que le chapeau conserve toujours sa
162 forme primitive.
_Chapeaux d'hommes et de femmes en peluche, soie ou coton, montés
sur des carcasses faites en carton, cuir et toile_ imperméables _ou
non_ imperméables, _et pour ceux montés seulement sur toile et
papier_ imperméables _ou non_ imperméables; par MM. ACHARD et AUDET
de Lyon. (Brevet d'importation et de perfectionnement.)
Après avoir laissé tremper, pendant quelque temps, le carton dans
une eau fortement imprégnée d'alun, on le retire et on le fait
sécher: on en forme ensuite le tour des carcasses; on pose sur ce
tour le dessus de ce même carton, que l'on recouvre d'une toile de
carton pour plus de solidité; on fait déborder d'environ six lignes
le pourtour du haut de la forme du chapeau; après quoi on y adapte
le bord de la manière suivante.
On forme, avec une lanière de peau, un cercle divisé en deux
parties, dont l'une est destinée à joindre le bord à la forme du
chapeau, et l'autre à recevoir le carton qui doit donner la
consistance nécessaire au bord ou aile du chapeau. Ce carton, ainsi
adapté sur cette partie de la peau, est ensuite recouvert dessus et
dessous d'une toile de coton qui vient déborder sur la partie du
cercle de peau destinée à joindre le bord du chapeau. Le bord,
arrivé à cet état, est fixé à la forme du chapeau par la première
partie du cercle de peau. Celle opération terminée, on enduit la
carcasse d'un vernis fait avec:
Alcool. 2 litres.
Gomme laque. 1/2 kilogramme.
Colle de poisson. 2 hectogrammes.
Gomme élémi. 15 grammes.
Craie de Briançon. 20 grammes.
Le suc de six gousses d'ail.
Sirop de mélasse. 20 grammes.
163
On fait fondre la gomme laque dans l'alcool à la chaleur du bain de
sable; on y joint la gomme élémi, ensuite le suc d'ail, on remue et
l'on y ajoute le sirop de mélasse; d'autre part on fait fondre la
colle à une douce chaleur dans un demi-litre d'esprit de vin, on y
délaie la craie de Briançon en poudre impalpable, et l'on mêle bien
les deux compositions.
Ce vernis a non seulement la propriété de rendre le carton
imperméable à l'eau, mais encore de lui donner une souplesse, que
l'on peut augmenter à volonté, suivant le degré de densité que l'on
donne au vernis. Les carcasses enduites de ce vernis sont
recouvertes ensuite de peluche de soie noire ou diversement
colorée; lorsque les coutures sont achevées, on fixe la peluche
comme on va le voir.
On couvre d'un linge imbibé d'esprit de vin la partie de la peluche
que l'on veut rendre adhérente à la carcasse, et on passe un fer
chaud sur le linge. La vapeur de l'esprit de vin, pénétrant la
peluche, ramollit le vernis, qui s'incorpore dans le tissu de la
peluche et la rend adhérente à la carcasse; ce qui empêche
l'humidité de traverser le tissu de la peluche, et par conséquent
de ramollir la carcasse qui est vraiment imperméable. Les chapeaux
montés sur toile ou papier sont plus légers que les précédens, tout
étant également imperméables.
_Fabrication des chapeaux en tissu de coton et en toutes sortes
d'étoffes filamenteuses._ (Brevet d'invention de cinq ans accordé,
le 7 juin 1816, au sieur GURY, à Paris.)
La garniture intérieure formant la boîte du chapeau est en carton
lissé et verni.
Le haut de la forme, aussi en carton, est soutenu par un cercle en
bois mince.