CHAPEAUX FEUTRÉS.

On donne le nom de feutre à une étoffe résultant du croisement et

entrelacement des poils de certains animaux qui est produit par le

foulage. L'expérience a démontré que les poils de certains animaux

possèdent exclusivement cette propriété et que, quelle que soit la

finesse des fibres végétales, elles ne se feutrent jamais, à moins

qu'ayant déjà subi une sorte de décomposition et soumises à

l'action continuée du pilon ou du cylindre, on ne les réduise en

une pâte qui constitue le papier. Dans ce cas même, cette espèce de

feutre diffère essentiellement de ceux dont nous avons à nous

occuper.

La théorie du feutrage a fait l'objet des recherches d'un de nos

plus illustres physiciens. M. Monge attribuait cette propriété aux

aspérités que l'on remarque sur la surface des poils des animaux,

lesquelles aspérités se trouvent avoir toutes leur direction dans

le même sens. A l'appui de son opinion il citait 1º la facilité

avec laquelle on peut parvenir à dénouer, au moyen de percussions

légères, un cheveu noué et placé dans le milieu de la main fermée,

et en supposant que ce cheveu ait sa racine dirigée vers le sol; ce

qu'il y a de plus curieux encore, c'est que si on lui a donné une

direction contraire, on resserre le noeud de plus en plus; 2º le

mouvement progressif qu'on peut imprimer à un cheveu quand on le

frotte longitudinalement entre deux doigts. On remarque en effet,

dit M. Robiquet[8], qu'il marche constamment dans ce cas du côté où

51 se trouve sa racine. Nous faisons observer à ce sujet que ces

deux exemples ne sauraient nullement être favorables à la théorie

de M. Monge. Le cheveu est de forme cylindrique avec un petit

renflement longitudinal comme le jonc. Cette sorte de cylindre,

depuis le bulbe jusqu'à son extrémité, devient de plus en plus fin;

il décrit, pour ainsi dire, un cône alongé dont la base est le

bulbe; aussi est-il très facile de reconnaître le gros bout ou

mieux celui par lequel ce cheveu adhère à la peau. Il suffit de le

tourner entre les doigts pour voir le gros bout monter s'il est à

la partie supérieure, ou descendre s'il est à la partie inférieure.

J'en ai examiné plusieurs au microscope d'Amici, perfectionné par

Vincent Chevalier et fils, et je me suis bien convaincu que les

cheveux ne sont point recouverts d'une sorte de petites écailles

comme on le croit vulgairement, mais qu'ils offrent un bulbe plus

ou moins gros, de forme ovoïde, de couleur blanche, dont le

prolongement produit le cheveu. Au milieu est un canal médullaire

qui a environ un cinquième de diamètre du cheveu, et qui lui

transmet le liquide propre à sa nutrition. Le jarre se rapproche de

cette structure.

[Note 8: Dictionnaire technologique.]

D'après ces données que le cheveu marche constamment du côté où se

trouve sa racine, M. Monge en avait conclu que les poils droits ne

pouvaient se feutrer sans préparation préliminaire, parce que

d'après leur structure, et quelle que soit la direction qu'on

puisse leur donner au moyen de l'arçon, ils cheminent toujours

directement dans le sens de leur bulbe et finiraient par s'échapper

complètement[9]. C'est au moyen du sécrétage que l'auteur pense

qu'on remédie à cet inconvénient; il croit que par cette opération,

on recourbe l'extrémité des poils, et qu'on facilite ainsi leur

entrelacement ou feutrage. Cet entrelacement serait encore favorisé

par la température à laquelle l'ouvrier opère, et par le mouvement

52 qu'il communique tant au moyen de la main que par celui de la

brosse.

[Note 9: Robiquet, _loco citato_.]

M. Malard, dans un Mémoire présenté à la Société d'encouragement

pour l'industrie nationale, a présenté une série d'observations qui

ne s'accordent nullement avec la théorie de M. Monge. Nous allons

les faire connaître:

1º Les poils de quelques animaux, tels que ceux de lapins de

garenne, quoique aussi droits que ceux de lièvre, de castor et

d'autres animaux qui ne se feutrent qu'après l'opération du

sécrétage, sont susceptibles de feutrage sans préalablement les

avoir soumis à aucune préparation;

2º Les laines droites (celles de la Beauce, du midi de la France)

se feutrent également sans préparation, tandis qu'au contraire les

laines d'Espagne et même celles des métis, qui sont tournées en

spirale, sont peu propres au feutrage.

D'après ces observations, il paraît évident que si les aspérités

des poils ou leurs écailles favorisent leur feutrage, cependant

elles n'en sont point la cause unique comme on vient de le voir.

Nous reviendrons sur ce sujet quand nous parlerons du feutrage;

nous nous bornerons à dire en ce moment que M. Guichardière avance

que les poils qui ont des aspérités se refusent au feutrage. Cette

opinion ne parait pas conforme à l'observation, et quel que soit

d'ailleurs le mérite de l'auteur et les services qu'il a rendus à

la chapellerie, cette opinion, pour être admise, aurait besoin

d'être appuyée sur des faits nombreux et soigneusement constatés.

Il est peu de fabrications qui exigent des opérations si variées

que celle des chapeaux. Nous allons les décrire successivement.

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Manuel complet des fabricans de chapeaux en tous genres · 第 16 / 33 题