_Bois de Campêche ou d'Inde._
Il provient de l'_hoematoxylum campechianum_. Lin. Decand. monogyn.
fam. des légumineuses. Cet arbre, qui est très haut et épineux, est
très commun dans la baie d'Honduras à Yucatan, Guatemala, la
34 Jamaïque, la Martinique à l'île de Sainte-Croix, etc. Ce bois est
compacte, plus pesant que l'eau, très dur, moins cependant que
celui du Brésil; il est rouge, à odeur d'iris, et d'un goût
astringent et douceâtre, susceptible de prendre un beau poli d'un
rouge vif. On le trouve dans le commerce en grosses bûches qui sont
d'un rouge noirâtre au dehors.
La décoction de campêche est d'un rouge que les acides rendent plus
vif; les alcalis, les oxides métalliques et les sous-sels changent
cette couleur en bleu-violet. La matière colorante de ce bois est
également soluble dans l'alcool. Elle est employée dans la teinture
pour les noirs, les bleus et les violets; les ébénistes tirent
également partie de ce bois à cause de sa dureté et du beau poli
qu'il est susceptible de prendre. M. Chevreul en a séparé la
matière colorante et lui a donné le nom d'hématine. D'après ce
chimiste elle se dissout dans l'eau bouillante et cristallise par
le refroidissement. Cette dissolution bouillante est d'un
rouge-orangé; par le refroidissement elle devient jaune; les
alcalis lui font acquérir une couleur pourpre ou violette; les
acides lui donnent une couleur jaune qui passe au rouge.
_Bois de fustet._
_Rhu cotinus._ LIN. Pentand. trigyn. famille des térébenthinacées.
C'est un grand arbrisseau qui s'élève jusqu'à dix ou douze pieds de
hauteur dans nos jardins. Ses rameaux sont grêles; ses feuilles à
long pétiole, entières, arrondies, lisses et d'un beau vert; de
longs panicules formés par des divisions filamenteuses très
nombreuses, ressemblent à une espèce de chevelure, et succédant aux
fleurs, au lieu des fruits qui avortent, terminent les rameaux. Le
bois de fustet est d'un jaune assez foncé, aussi est-il employé
dans la teinture. On le multiplie par marcottes.
35
_Bois jaune des teinturiers._
Cet arbre, qui croît en Amérique et particulièrement au Brésil, est
le _morus tinctoria_ de Linné. Monoecie tétrandrie, fam. des
urticées. Il est en gros tronçons, léger, d'une couleur jaune avec
des veines orangées. Ce bois est très chargé de matières
colorantes. Sa décoction est d'un jaune rougeâtre foncé que les
alcalis rendent presque rouge; les acides troublent un peu cette
décoction et en affaiblissent la couleur; l'hydrochlorate d'étain
le précipite en jaune.
_Colle-forte, colle de Flandre._
C'est ainsi qu'on nomme la gélatine qu'on retire des oreilles et
pieds de boeufs, chevaux, moutons, veaux, ainsi que des parties
blanches de ces divers animaux. Cette colle est coulée en tablettes
sèches, cassantes, brunes, jaunâtres, rougeâtres, transparentes ou
demi-transparentes, suivant leur degré de pureté et le soin qu'on a
pris de la préparation. Ainsi plus la colle est transparente,
décolorée et soluble dans l'eau bouillante, plus elle est pure, et
plus elle doit être recherchée. Celle qui est noirâtre est très
impure; elle n'est guère propre qu'à la grosse menuiserie.
On extrait également la gélatine des os, en les traitant par
l'acide hydrochlorique affaibli, qui dissout le phosphate calcaire
et laisse la gélatine à nu. Ce procédé est dû à M. Darcet. On peut
aussi extraire la gélatine des os, en les soumettant à l'action de
la vapeur de l'eau, sous une forte pression; par ce moyen on en
dépouille entièrement le phosphate calcaire. Nous en avons vu à
l'exposition ainsi préparée, qui était très belle; mais en général
36 les diverses colles que nous y avons remarquées contenaien plus ou
moins de savon ammoniacal; ce qui les rendait en partie solubles
dans l'eau froide. Ce savon était dû à un commencement de
décomposition de la gélatine.
_Colle de poisson (ichtyocolle)._
Ce sont les vésicules aériennes d'un esturgeon (_acipenser huso._
LIN.), qui a ordinairement 24 pieds de longueur sur 12 de largeur.
On nettoie ces vésicules, on les roule sur elles-mêmes, et on les
fait sécher, en leur donnant la forme d'un coeur ou d'une lyre; ou
bien, au lieu de les rouler, on les plie comme une serviette. La
colle de poisson du commerce est plus ou moins estimée, suivant
qu'elle a une des formes précitées; ainsi:
1º La _colle de poisson en lyre_, connue aussi sous le nom de
_petit cordon_, est la plus chère;
2º La _colle de poisson en coeur_, dite _gros cordon_, vient après;
3º La _colle de poisson en livrets_ est la moins recherchée.
Il serait bien difficile d'établir sur quelle propriété est fondée
cette préférence, puisqu'il n'existe qu'une différence de forme, et
que toutes donnent, à peu de chose près, les mêmes quantités
d'excellente gélatine.
_Gomme arabique._
Cette gomme est de même nature que celle qui suinte des écorces des
abricotiers, des amandiers, des cerisiers, des pruniers, etc. La
gomme arabique est solide, souvent en globules, inodore, d'une
saveur fade, transparente, incolore, quand elle est pure, jaune
d'or, ou plus ou moins rougeâtre lorsqu'elle est unie à des corps
étrangers. Elle est soluble dans l'eau chaude et dans l'eau froide;
insoluble dans l'alcool, l'éther et les huiles; elle est
inaltérable à l'air, incristallisable et blanchissant par le
37 contact prolongé de la lumière. Légèrement torréfiée, elle devient,
suivant M. Vauquelin, plus soluble dans l'eau. L'alcool la
précipite des solutions aqueuses qui n'en contiennent même qu'un
millième.
La gomme arabique du commerce se distingue suivant son degré de
blancheur, en _premier_ et _second blanc_; celle en _sorte_ est un
mélange des _gommes incolores_ et _colorées_. On distingue
plusieurs variétés de gomme arabique:
1º La _gomme de Bassora_. En morceaux irréguliers, le plus souvent
d'un petit volume, et parfois de la grosseur du pouce. Elle est
blanche ou jaune, inodore, moins transparente que la gomme du
Sénégal, et cependant moins opaque que la gomme adragant;
2º _Gomme de France._ C'est celle qui suinte des abricotiers,
cerisiers, amandiers, etc. Elle est ou incolore ou jaunâtre et
rougeâtre; imparfaitement soluble dans l'eau, et formant avec ce
liquide un mucilage qui se rapproche de celui de la gomme adragant;
3º _Gomme du Sénégal._ On en importe en France quatre variétés: A.
la _gomme transparente toute soluble_; celle-ci constitue presqu'en
entier les gommes du Sénégal et d'Arabie; elle est incolore ou
diversement colorée; elle est ridée à l'extérieur, et sa solution
rougit le tournesol; B. la _gomme blanche fendillée_, nommée
également _gomme turique_, c'est un choix de la précédente; C. la
_gomme pelliculée_, blanche et plus souvent brunâtre, pellicule qui
recouvre quelques parties; moins soluble et rougit le tournesol; D.
_Gomme verte_; sa couleur varie du jaune au vert d'émeraude.
_Indigo._
Ce n'est que vers le milieu du 16e siècle que l'indigo a été
apporté de l'Inde en Europe. Cette matière colorante est fournie
38 par les feuilles de plusieurs plantes presque toutes rangées dans
le genre auquel, en raison de cette propriété, on a donné le nom
d'_indigotifera_. Les végétaux d'où on le relire plus
particulièrement sont:
1º L'_indigotifera argentea_, indigotier sauvage. Cette espèce en
fournit moins que les autres; mais, en revanche, c'est le plus
beau;
2º L'_indigotifera tinctoria_, indigotier français; c'est celle qui
en donne le plus, mais c'est aussi le moins beau de tous;
3º L'_indigotifera disperma_, ou Guatimala. Cette plante est la
plus élevée et la plus ligneuse; son indigo est meilleur que le
précédent;
4º L'_indigotifera anil_, ou l'anil. Son indigo est au minimum
d'oxidation.
Ces plantes sont indigènes des Indes et du Mexique, d'où on les a
transportées dans les deux Amériques, à la Chine, au Japon, à
Madagascar, en Égypte, etc.; elles appartiennent à la Diadelphie
Décandrie Lin., fam. légumineuses. Voici la manière dont on extrait
l'indigo de ces feuilles:
Quand elles sont au point de maturité, on les cueille, on les lave
et on les coupe; on les met ensuite dans une cuve, et on les
recouvre d'un peu d'eau; on a soin de les empêcher de flotter en
les fixant au moyen de planches chargées de pierres. La
fermentation s'établit bientôt, la liqueur contracte une couleur
verte et devient acide; elle offre à sa surface un grand nombre de
bulles et des pellicules irisées; en cet état, on fait passer cette
liqueur dans une cuve placée plus bas, on la remue et on en sépare
l'indigo en y ajoutant une suffisante quantité d'eau de chaux. On
lave le dépôt à plusieurs eaux et on le fait sécher à l'ombre.
L'indigo pur est solide, inodore et insipide, d'un bleu violet,
inaltérable à l'air, susceptible de cristalliser en aiguilles,
39 insoluble dans l'eau et éther, très peu soluble dans l'alcool
bouillant et s'en précipitant par le refroidissement; il est
décoloré très aisément par le chlore. Si on le chauffe dans une
cornue, une partie se volatilise et se condense à la partie
supérieure en aiguilles cuivrées, tandis que l'autre se décompose.
Les acides faibles ne le dissolvent point, à l'exception de l'acide
nitrique qui le change en un principe très amer et jaune. L'acide
sulfurique concentré le dissout très facilement; l'acide
hydrochlorique n'agit point sur l'indigo à la température
atmosphérique; secondé par l'action du calorique, il acquiert une
couleur jaune qui paraît être le résultat de la décomposition d'un
peu d'indigo.
On enlève la couleur bleue à l'indigo, et on lui en donne une
jaune, en le désoxigénant par un contact prolongé avec les matières
désoxigénantes; on lui restitue cette couleur bleue en favorisant
son oxigénation par son exposition à l'air. L'indigo désoxigéné est
soluble dans l'eau, surtout au moyen des alcalis. On désoxigène
l'indigo, disséminé dans l'eau, par l'hydrogène sulfuré,
l'hydrosulfure d'ammoniaque, le protosulfate de fer (couperose
verte) et un alcali, la potasse et le protoxide d'étain, etc. Dans
les teintures, on recourt plus ordinairement au procédé suivant:
Sulfate de fer (couperose verte)....... 2 parties
Chaux éteinte......... 2
Indigo en poudre fine...... 1
Eau............ 150
On introduit toutes ces substances dans un matras qu'on expose à
une température de 40 à 50° pendant quelques heures. Il résulte de
cette réaction que la chaux s'unit à l'acide sulfurique pour former
un sulfate insoluble, et le protoxide de fer précipité désoxigène
l'indigo, etc. La dissolution de l'indigo dans l'acide sulfurique
est désoxigénée par la limaille de fer ou de zinc; elle acquier
40 une couleur d'un gris pâle et repasse au bleu par le contact de
l'air.
L'indigo du commerce n'est jamais pur; pour l'obtenir en cet état,
on le chauffe dans un creuset de platine bien fermé, qu'on soumet à
l'action du calorique; l'indigo se sublime en cristaux.
L'indigo a une cassure fine et unie; raclé avec l'ongle, il prend
une couleur cuivreuse; l'on donne même la préférence à celui dont
cette couleur est plus éclatante, et qui est plus léger et d'une
couleur bleue-violette foncée.
Les négocians distinguent les indigos par les noms des contrées
d'où ils proviennent; ainsi:
1º L'_indigo de l'Inde_ est appelé du _Bengale_, de _Madras_, de
_Coromandel_, etc.;
2º L'_indigo de Guatimala_ est nommé _indigo Guatimolo_,
_indigoflore_: c'est le plus estimé de tous;
3º L'_indigo de la Louisiane_, etc.
On peut également extraire l'indigo du _nerium tinctorium_, arbre
qui est indigène de l'Inde.
D'après M. Chevreul, l'indigo du commerce est un composé de:
Un principe immédiat particulier (indigotine);
Une résine rouge, soluble dans l'alcool;
Une substance rouge-verdâtre, soluble dans l'eau;
Du carbonate de chaux;
De l'alumine, de la silice;
De l'oxide de fer.
D'après l'analyse de MM. Dumas et Le Royer, l'indigo pur est
composé de:
Carbone. .... 73,26
Azote...... 13,75
Hydrogène....... 2,83
Oxigène..... 10,16
100,00
41
_Noix de galle._
On donne ce nom à une excroissance ronde produite sur les bourgeons
du _quercus infectoria_ de Linnée, par la piqûre d'un insecte nommé
par le même naturaliste, _cynips quercus folii_, et par Geoffroy,
_diplolepsis gallæ tinctoriæ_. Ce chêne est très commun dans toute
l'Asie mineure; on le trouve depuis les côtes de l'Archipel
jusqu'aux frontières de la Perse, et des rives du Bosphore,
jusqu'en Syrie, etc. Cet arbre n'a pas plus de six pieds de
hauteur; son tronc est tordu, ses feuilles caduques et d'un beau
vert, à pétioles courts, etc. Le _cynips_ est un petit insecte
hyménoptère dont le corps est fauve, les antennes brunes; il pique
les jeunes pousses avec son aiguillon, qui est en spirale, et y
dépose ses oeufs. Cette piqûre produit une irritation dans les
vaisseaux séveux, qui est bientôt suivie d'un gonflement qui, en
deux trois jours, a produit ce qu'on appelle noix de galle. Les
oeufs qui y sont déposés croissent avec la galle, et y
entretiennent cet état d'irritation. On doit récolter les galles
avant que les larves produites par les oeufs soient passées à
l'état de mouches, et se soient fait jour à travers la galle pour
en sortir. La grosseur qu'acquièrent les galles, est de cinq lignes
à un pouce de diamètre. Les naturels donnent le nom de _yerti_ aux
premières galles qu'on cueille; dans le commerce on les nomme
_galles vertes, galles bleues ou noires_. Les blanches sont celles
qu'on cueille plus tard; elles sont plus légères et piquées. Voici
les diverses espèces de galles:
_Galles vertes ou d'Alep._ Couleur brune ou verdâtre à l'intérieur;
compactes, dures, pesantes, hérissées de tubérosités; saveur amère
très astringente. Les plus estimées viennent d'Alep, de Smyrne, de
l'intérieur de la Natolie, etc.
42 _Galles blanches._ Couleur jaune-brunâtre; en général plus grosses,
très légères, moins dures, piquées et d'une saveur peu amère, et
moins astringente.--Peu estimées.
_Galles de chêne._ Celles-ci croissent en France, sur les chênes
verts. Elles sont rondes, unies et brunâtres. Elles sont bien
inférieures aux galles vertes, mais un peu supérieures aux
blanches.
Les noix de galles contiennent principalement beaucoup de tannin et
d'acide gallique.