10. Elles ont préparé d'avance un nid souterrain, couvert d'une voûte

solide, dans un endroit élevé, et ordinairement protégé par une haie ou

un buisson. On voit quatre ou cinq grosses taupinières fort rapprochées

au-dessus de cette demeure.

11. La Taupe ne fait pas de provisions; elle est donc obligée de se

livrer à un travail journalier pour chercher sa nourriture. Il consiste

à former à droite et à gauche de la grande route, dont on a parlé plus

haut, des boyaux de peu d'étendue que l'on peut désigner sous le nom de

chemins, petits boyaux, ou boyaux accessoires.

12. Les boyaux sont ordinairement parallèles à la surface de la terre, à

la profondeur de 12 à 18 centimètres, suivant les saisons.

13. Comme les Taupes craignent presque également le froid et le chaud,

c'est en hiver et en été qu'elles s'enfoncent le plus profondément dans

la terre, c'est-à-dire que leurs boyaux sont le plus éloignés de sa

surface.

14. Elles sont fort craintives: lorsqu'elles se sentent en danger, elles

s'enfoncent en terre par un boyau perpendiculaire qu'elles creusent

quelquefois jusqu'à la profondeur de 50 centimètres.

15. A mesure que les Taupes forment des boyaux, elles rejettent à la

surface du sol la terre qu'elles ont détachée: c'est ce qui produit ces

monticules que l'on nomme taupinières; elles en font à chaque reprise,

trois, quatre, six, jusqu'à neuf, suivant leur âge et leur force.

Les taupinières provenant de la grande route qui conduit au gîte sont,

comme elle-même, disposées en ligne directe; leur volume est

considérable; elles sont à d'égales distances les unes des autres, et

espacées de 8 à 10 mètres.

Celles des chemins ou boyaux accessoires sont placées sans ordre, d'un

volume inégal, et à de petites distances.

Dans les terres nouvellement ameublies par la culture, surtout si elles

ont été récemment arrosées, la Taupe ne forme aucune taupinière sur son

passage; elle se glisse à la superficie; on la voit s'avancer, seulement

couverte de la légère couche de terre qu'elle soulève.

16. Revenons aux taupinières. D'après ce que l'on a dit plus haut, il y

a nécessairement entre elles une communication par des boyaux

souterrains.

17. _Si l'on ouvre avec un instrument quelconque un boyau qui communique

à deux taupinières nouvellement formées, la Taupe vient quelques

instants après le réparer, afin de se mettre à couvert du danger et du

grand air. Pour y parvenir, elle forme à l'endroit ouvert une voûte de

terre mobile, qui a la forme d'une taupinière oblongue, au moyen de

laquelle elle réunit et rapièce, pour ainsi dire, le boyau coupé._

_Si l'on fait de pareilles ouvertures à la grande route, la Taupe les

réparera de la même manière, soit lorsqu'elle sortira de son gîte, soit

lorsqu'elle y retournera._

18. _Si l'on endommage une taupinière fraîche, la Taupe vient aussi la

réparer[C]._

19. La Taupe travaille dans toutes les saisons, puisque ce n'est qu'à

force de travail qu'elle se procure de la nourriture.

20. Il n'est pas vrai qu'elle dorme tout l'hiver, comme l'ont prétendu

quelques naturalistes; mais, dans cette saison, elle a peu d'activité,

et travaille beaucoup moins qu'en été.

21. C'est à l'approche du printemps que les Taupes sont plus ardentes à

l'ouvrage, et qu'elles forment un plus grand nombre de taupinières. Il y

en a plusieurs raisons: la première est la nécessité de fournir de la

nourriture à leurs petits, qui naissent ordinairement alors; la seconde

est la facilité qu'elles trouvent à remuer la terre; la troisième enfin

vient de ce que la température venant à s'adoucir, l'animal recouvre ses

forces, que diminuait la rigueur du froid.

22. La mâle est beaucoup plus vigoureux que la femelle, et les

taupinières qu'il forme sont grosses et multipliées.

23. La femelle travaille moins que le mâle; ses taupinières sont petites

et peu nombreuses.

24. Les jeunes ne font que de longues traînasses, en effleurant la

superficie de la terre, qui suffit à peine pour les couvrir. Lorsqu'ils

commencent à faire des taupinières, elles sont petites, informes,

disposées en zigzag.

25. Les heures auxquelles les Taupes travaillent sont, au lever du

soleil, à neuf heures, à midi, à trois heures et au coucher du soleil;

mais c'est au coucher du soleil qu'elles sont le plus ardentes à

l'ouvrage.

26. Dans les temps de sécheresse, on ne les voit guère faire de

taupinières qu'au soleil levant; et, en hiver, elles saisissent le temps

où il a réchauffé la terre par ses rayons.

27. Il paraît que le sens de la vue est presque nul dans la Taupe; mais

en revanche, la nature lui a donné le sens de l'ouïe très-délicat.

ARTICLE II.

_Principes de l'Art du Taupier._

28. On ne prend aisément les Taupes que lorsqu'elles travaillent.

29. Le temps le plus favorable au Taupier est donc vers le commencement

du printemps. (Voir paragraphe 21.)

30. C'est dans les prairies que, dans cette saison, il faut

principalement leur faire la guerre (7).

31. Il faut les attaquer au lever du soleil, ou à neuf heures du matin,

ou à midi, ou à trois heures, ou au soleil couchant (25).

32. Il est plus avantageux de commencer au soleil levant qu'aux autres

heures du jour (25).

33. L'heure la plus commode est ensuite à neuf heures du matin, parce

que si l'on n'est pas parvenu à prendre toutes les Taupes que l'on avait

en vue, on peut continuer successivement les opérations commencées aux

autres heures de la journée.

34. Lorsque l'on guette une Taupe, il faut soigneusement éviter de faire

du bruit et surtout de frapper la terre (27).

35. On peut, dans certains cas, obliger une Taupe à sortir de son

souterrain, en y versant une certaine quantité d'eau (5).

36. Lorsque l'on se trouve près d'une taupinière au moment où la Taupe y

souffle, si on coupe avec la houe le boyau qui communique à la

taupinière voisine, et que l'on ferme avec un peu de terre ce boyau aux

extrémités de la couture, la Taupe se trouvera emprisonnée entre

l'endroit de cette coupure et celui de la taupinière (16).

37. Une taupinière fraîche annonce la présence d'une Taupe; il en est de

même de plusieurs taupinières fraîches peu éloignées.

38. Quelque fraîche que soit une taupinière, si on la voit percée dans

son centre par un trou perpendiculaire d'environ cinq centimètres de

diamètre, il est certain que la Taupe a abandonné le terrain pour aller

en chercher un qui lui convienne mieux (5).

39. Lorsque l'on voit un assemblage de taupinières fraîches, si l'on

prenait la peine de les enlever toutes avec la houe, et de découvrir

dans toute leur longueur les boyaux qui communiquent de l'une à l'autre,

on serait assuré de rencontrer et de prendre la Taupe qui y travaille.

40. Cette opération serait sans doute trop longue et trop embarrassante;

mais elle deviendra extrêmement simple, si l'on peut réduire la Taupe

et l'enfermer entre deux points peu éloignés. Pour la prendre, il ne

s'agira alors que de découvrir avec la houe l'espace intermédiaire de

ces deux points.

41. On réduit une Taupe entre deux points d'un boyau, par le moyen de

quelques _coupures_ ou incisions faites à propos à ce boyau. Ces

incisions lui coupent, pour ainsi dire, le chemin, puisqu'elle ne les

franchit qu'après les avoir réparées (17).

42. Lorsque l'on a fait une coupure, il faut fermer légèrement, avec un

peu de terre, les extrémités du boyau qui y aboutissent, afin de

retarder la marche de la Taupe.

ARTICLE III.

_Application des principes précédents_, ou _Pratique de l'Art du

Taupier_.

INSTRUMENT DU TAUPIER.

Le seul instrument qui soit absolument nécessaire au Taupier est une

houe; mais il convient qu'il se munisse aussi de quelques brins de

paille, de quelques morceaux de papier blanc et d'un pot d'eau.

_Du nombre de Taupes qui se trouvent dans un héritage; de leur sexe

et de leur âge._

La première chose que doit faire un Taupier en entrant dans un héritage,

est de reconnaître, s'il est possible, les gîtes et les routes (1 et 2),

ensuite de savoir combien il renferme de Taupes, afin de les attaquer

toutes à la fois; c'est le moyen d'aller vite en besogne.

Je suppose une pièce de pré, représentée par la planche ci-jointe,

couverte de taupinières, _fig._ 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12.

J'aperçois d'abord une taupinière isolée, _fig._ 6. J'observe qu'elle

est fraîche; elle m'annonce la présence d'une Taupe (37): cette

taupinière est grosse; elle a donc été faite par un mâle (22).

Je passe aux deux taupinières, _fig._ 7. Elles sont peu éloignées l'une

de l'autre; elles ont donc été faites par une seule Taupe (37): elles

sont fraîches, la Taupe y travaille donc; elles sont petites, elles

appartiennent donc à une femelle (23).

Les trois taupinières, _fig._ 8, sont peu éloignées l'une de l'autre;

elles appartiennent donc à une seule Taupe; elles sont fraîches, cette

Taupe y travaille donc; elles sont grosses, c'est donc un mâle.

[Illustration: _Fig. 6._]

[Illustration: _Fig. 7._]

[Illustration: _Fig. 8._]

[Illustration: _Fig. 10._]

[Illustration: _Fig. 9._]

[Illustration: _Fig. 12._]

[Illustration: _Fig. 11._]

Les six taupinières, _fig._ 9, sont peu éloignées l'une de l'autre:

elles ont donc été faites par une seule Taupe; elles sont fraîches,

cette Taupe y travaille donc; elles sont petites, c'est donc une

femelle.

Les traînasses en zigzag, ou taupinières informes, _fig._ 10, sont

fraîches; elles annoncent la présence d'une jeune Taupe (24).

Les cinq taupinières, _fig._ 11, sont sèches, donc elles ont été

abandonnées, (5).

Les sept taupinières, _fig._ 12, sont encore fraîches; mais une d'elles,

_M_, est percée par le haut; donc la Taupe qui les a faites les a

quittées depuis peu (38).

Je dois être assuré, d'après ces observations, qu'il y a, dans le pré

dont il s'agit, deux Taupes mâles, deux femelles et une jeune.

Il n'est pas indifférent de connaître si les Taupes que l'on veut

prendre sont mâles ou femelles, si elles sont jeunes ou vieilles: les

mâles, travaillant plus vite (22), doivent être guettés de plus près que

les femelles les jeunes ne faisant qu'effleurer la terre (24) vont

aussi fort vite, et ne doivent pas être perdues de vue.

OPÉRATIONS

PREMIER CAS

_Lorsqu'une Taupe n'a fait qu'une taupinière,_

fig. 6.

[Illustration: Fig. 6.]

J'enlève d'abord la taupinière avec la houe, et je m'assure si elle n'a

pas de communication avec d'autres taupinières voisines. Pour y

parvenir, je tousse dans l'ouverture que j'ai faite, c'est-à-dire à

l'embouchure du boyau commencé; j'en approche en même temps l'oreille:

si la taupinière n'a pas de communication, la Taupe, peu éloignée, est

effrayée par le bruit; je l'entends s'agiter, et elle ne peut

m'échapper.

Je découvre le boyau _a_, _b_ avec la houe, et je suis jusqu'en _b_, où

je rencontre la Taupe.

Mais l'animal, connaissant le danger, a peut-être eu le temps de

s'enfoncer en terre, en y formant un boyau perpendiculaire _b_, _c_

(14); alors j'ai deux moyens pour le prendre: je creuse jusqu'en _c_, où

je rencontre ma proie, ou bien je verse de l'eau en _b_, et l'animal s'y

présente de lui-même (5).

Si, au contraire, en toussant je n'ai pas entendu l'animal s'agiter,

c'est une preuve que la taupinière communique avec quelques autres

taupinières voisines, et j'opère comme dans les cas suivants.

DEUXIÈME CAS

_Lorsque la Taupe a fait deux taupinières,_

A, B, fig. 7.

[Illustration: 7.]

Je fais une ouverture _d_, _e_, de la longueur de plus de 25

centimètres, dans la direction du boyau qui communique d'une taupinière

à l'autre. Je ferme avec un peu de terre les deux extrémités _d_, _e_ du

boyau (42). Quelques instants après, la Taupe, d'abord frappée par le

grand air, et craignant pour sa sûreté, vient réparer le dégât fait à

son souterrain (17), et elle souffle en _d_ ou en _e_. Si c'est en _d_

qu'elle se présente, je suis assuré de la trouver entre ce point et la

taupinière _A_, si c'est en _e_, je suis assuré qu'elle est entre ce

dernier point et la taupinière _B_. Dans l'une et l'autre hypothèse,

j'opère comme il est indiqué au premier cas ci-dessus, c'est-à-dire que

je découvre la partie du boyau qui aboutit à la taupinière A, ou celle

qui aboutit à la taupinière _B_.

TROISIÈME CAS

_Lorsque la Taupe a fait trois taupinières,_

C, D, E, fig. 8.

Je fais les ouvertures _f_, _g_, _h_, _i_.

[Illustration: Fig. 8.]

La Taupe viendra souffler ou en _f_, ou en _g_, ou en _h_, ou en _i_.

Si elle souffle en _f_, elle se trouve enfermée entre ce point et la

taupinière _C_.

Si elle souffle en _i_, elle se trouve enfermée entre ce dernier point

et la taupinière _E_.

Si elle souffle en _g_ ou en _h_, elle est dans l'espace intermédiaire

entre ces deux points.

Dans ces trois hypothèses, j'opère comme dans le premier cas, en

découvrant l'espace dans lequel se trouve la Taupe.

Si la Taupe est enfermée entre _g_ et _h_, que je ne veuille pas prendre

la peine de découvrir tout cet intervalle, j'enlève la taupinière _D_,

et je fais à sa place une troisième incision ordinaire. J'attends que la

Taupe y ait soufflé, et le côté où elle vient m'indique si je la

trouverai entre la troisième incision et le point _g_, ou entre cette

incision et le point _h_.

QUATRIÈME CAS

_Lorsque la Taupe a fait quatre taupinières et au delà_, fig. 4.

Je suppose les six taupinières _F_, _G_, _H_, _J_, _K_, _L_.

Je fais l'incision _k_, _l_.

Si la Taupe vient souffler en _k_, elle est enfermée entre ce point et

la taupinière _F_.

[Illustration: Fig. 9.]

Si, au contraire, elle vient souffler en _l_, elle est enfermée entre ce

dernier point et la taupinière _L_.

Dans l'une et l'autre hypothèse, je fais de _K_ en _F_, ou de _l_ en

_L_, les opérations indiquées dans le troisième cas ci-dessus,

c'est-à-dire que j'agis comme s'il n'y avait que trois taupinières.

_Autre manière d'opérer dans les 2e, 3e et 4e cas ci-dessus._

[Illustration: Fig. 7.]

Je suppose que lorsque j'aurai fait la coupure _d_, _c_, _fig. 7_, la

Taupe vient souffler en _d_, et que je me trouve là au moment où elle

souffle, je sais qu'elle traversera l'espace _d_, _e_, pour réparer le

boyau, en y formant une voûte avec la terre qu'elle détachera du fond de

l'endroit ouvert. Si je reste là sans faire de bruit, je la verrai

travailler à cette opération. Il ne s'agira, pour prendre la Taupe, que

de poser le bout du manche de ma houe derrière elle, avant qu'elle

arrive au point _e_. Par ce moyen, la terre que j'ai eu soin de mettre à

l'ouverture _d_ l'empêchera d'avancer. Le bout de ma houe l'empêchera de

reculer. Je la prendrai donc aisément, en enlevant avec mes doigts le

peu de terre mobile dont elle est couverte(1).

_Procédé essentiel à employer._

On peut, sans rester près d'une ouverture, savoir l'instant où une Taupe

commence à y souffler. Il ne s'agit que d'y planter un brin de paille,

au bout duquel on fixera un petit morceau de papier. Ce petit étendard

sera renversé ou au moins ébranlé au premier mouvement que viendra faire

la Taupe à l'endroit où il est planté. L'ébranlement ou la chute de cet

étendard avertira le Taupier de s'approcher pour guetter et prendre

l'animal.

CINQUIÈME CAS

_Lorsque la Taupe ne vient pas souffler aux premières ouvertures faites

par le Taupier._

[Illustration: Fig. 9.]

Je suppose qu'après avoir fait l'ouverture _k_, _l_, _fig. 9_, la Taupe

continue à souffler à la taupinière _L_; alors je suis sûr qu'elle est

entre le point _l_ et la taupinière _L_, et les opérations qui me

restent à faire sont les mêmes qu'au troisième cas ci-dessus,

c'est-à-dire que je dois agir comme s'il n'y avait que les taupinières

_J_, _K_, _L_.

Pour connaître si une Taupe, pendant mon absence, soufflera à une

taupinière, je l'aplatis légèrement avec le pied, et, à mon retour, si

j'aperçois une petite éminence sur la taupinière aplatie, nul doute que

la Taupe y aura travaillé. Mais si la Taupe, ne venant pas souffler aux

incisions, cesse aussi de souffler aux taupinières fraîches, on doit

conclure qu'elle s'est jetée dans la route par un des boyaux qui y

aboutissent (2), et qu'elle a regagné son gîte (1). C'est là où il faut

lui faire une nouvelle attaque. On pratique, dans ce cas, plusieurs

ouvertures sur la route, à proximité du gîte. La Taupe ne tarde pas à

venir souffler à l'extrémité de l'une de ces ouvertures, et

conséquemment à indiquer l'endroit où elle se trouve renfermée; on agit

alors comme dans les autres cas.

SIXIÈME CAS

_Autre manière d'opérer dans les 2e, 3e, 4e et 5e cas

ci-dessus, lorsqu'on se trouve près d'une taupinière au moment où

la Taupe y souffle._

Si je me trouve près de la taupinière _L_, _fig. 9_, au moment où la

Taupe y souffle, je n'emploierai pas le moyen incertain des jardiniers,

qui enlèvent la taupinière d'un coup de bêche; mais je donnerai en _m_,

_n_ un grand coup de houe sur le boyau qui communique de cette

taupinière à la voisine _K_. C'est une manière sûre d'enfermer la Taupe

entre la taupinière _L_ et le point _m_, _n_.

[Illustration: Fig. 9.]

Lorsque la Taupe est ainsi enfermée, j'opère comme dans le premier cas,

c'est-à-dire que je découvre l'intervalle dans lequel elle est enfermée,

etc.

Il est inutile de dire que, pour que ce moyen puisse être employé avec

succès, il faut que la taupinière où souffle la Taupe n'ait qu'une seule

communication.

SEPTIÈME CAS

_Lorsqu'une ou plusieurs taupinières fraîches se trouvent à

proximité des vieilles taupinières_, fig. 9 et 11.

[Illustration: _Fig. 9._]

[Illustration: _Fig. 11._]

Dans ce dernier cas, le plus embarrassant de tous pour le Taupier, il

est douteux si les taupinières fraîches communiquent par des boyaux

avec les vieilles. Quoi qu'il en soit, il faut d'abord faire des

coupures entre les unes et les autres, pour que la Taupe, inquiétée dans

les fraîches, ne puisse se retirer dans les vieilles. On opère ensuite,

suivant les circonstances, comme dans les cas précédents.

[Illustration: _Fig. 9._]

[Illustration: _Fig. 11._]

Lorsqu'il en est ainsi, on ne peut trop multiplier les coupures, si l'on

ne craint pas d'endommager le terrain. Il est bon, par exemple, dans les

_fig._ 9 et 11, de faire une coupure dans la direction de _H_ en _N_, et

une autre dans la direction de _H_ en _O_, parce qu'il peut y avoir un

boyau dans l'une ou l'autre de ces directions, et même dans l'une et

dans l'autre.

HUITIÈME CAS

Lorsqu'on se rencontre au moment où la Taupe forme un boyau superficiel

(5).

Il ne s'agit, dans ce cas, que de poser le bout du manche de la houe

derrière la Taupe pour l'empêcher de rétrograder. On la prend alors sans

difficulté, après avoir enlevé avec les doigts la légère couche de terre

dont elle est couverte.

OBSERVATIONS

Si l'on guettait constamment une Taupe, et que, sans désemparer, on

attendît qu'elle fût prise pour en attaquer une autre, on ne

parviendrait à en prendre qu'un très-petit nombre dans un jour.

Mais lorsqu'on parcourt un héritage pour reconnaître les Taupes qui le

dévastent, il faut aplatir légèrement avec le pied toutes les

taupinières fraîches, et faire toutes les ouvertures nécessaires sur les

boyaux, sans craindre d'en faire trop lorsque le terrain le permet. On

plante aussi les petits étendards dont il a été parlé page 79, ensuite

on se promène d'une Taupe à l'autre, et l'on opère comme il a été dit.

Si l'on attaque ainsi plusieurs Taupes à la fois, il faut être

très-vigilant et très-actif, parce que lorsqu'on est occupé à guetter

une Taupe, d'autres Taupes peuvent avoir le temps de traverser les

ouvertures faites à leur boyau, et l'on est obligé de recommencer ce qui

avait été fait.

La Taupe emploiera plus de temps à réparer une coupure et à la

traverser, si l'on pose sur le fond de cette coupure une petite motte

de terre; c'est donc une précaution que souvent il est bon de prendre;

c'est aussi dans cette vue que l'on ferme avec un peu de terre les deux

extrémités du boyau coupé.

VOCABULAIRE DE L'ART DU TAUPIER

BOYAU, chemin souterrain formé par une Taupe. Elle rejette la terre qui

provient de cette sorte d'excavation à la surface du sol: c'est ce qui

produit des taupinières. On donne le nom de route au grand boyau qui

conduit au gîte.

COUPURE, incision de 20 à 25 centimètres, que le Taupier pratique avec

une houe sur un boyau, ou à l'endroit d'une taupinière, pour en mettre

le fond à découvert et y attirer la Taupe. L'air qui s'introduit par

cette incision incommode la Taupe, et la porte à aller réparer la voûte

de son chemin couvert.

ÉTENDARD, brin de paille ou petit morceau de bois, à l'extrémité

supérieure duquel est attaché un peu de papier. On le plante sur une

taupinière, ou à l'ouverture faite à un boyau. Son ébranlement ou sa

chute annonce au Taupier, lors même qu'il est éloigné, que la Taupe

travaille à l'endroit signalé.

GÎTE, lieu où repose la Taupe. On le reconnaît à une voûte aplatie et

solide, ou à une taupinière d'un gros volume, quelquefois de forme

oblongue.

HOUE OU HOYAU, instrument de fer recourbé et fixé à un manche de bois.

Les Taupiers s'en servent pour faire les incisions ou coupures, enlever

les taupinières et creuser la terre dans laquelle la Taupe effrayée

s'enfonce, lorsqu'elle en a le temps.

ROUTE, est un grand boyau qui aboutit au gîte de la Taupe, et dont les

boyaux accessoires sont des ramifications.

SOUFFLER, désigne l'action de la Taupe, qui, avec son museau et ses

pattes, pousse la terre à une taupinière, ou forme une voûte sur

l'incision faite par le Taupier.

TAUPIER, homme qui, connaissant les moeurs et les usages de la Taupe,

sait l'attirer et la réduire entre deux points d'un boyau pour l'y

prendre.

TAUPINIÈRE, monticule produit par la terre que la Taupe a détachée pour

se former une route souterraine.

TAUPINIÈRE _fraîche_, est celle à laquelle une Taupe travaille ou vient

de travailler. On connaît qu'une taupinière est fraîche, lorsqu'on y

voit souffler une Taupe ou lorsque la terre n'en est point desséchée.

---- _vieille_, est celle à laquelle une Taupe a cessé d'apporter de la

terre. On connaît qu'une taupinière est vieille lorsqu'elle est

desséchée.

---- _trouée_, est celle par laquelle une Taupe est sortie pour aller

chercher un terrain qui lui convienne mieux que celui qu'elle quitte.

ADDITION A L'ART DU TAUPIER

Si, ainsi que nous l'avons dit, les dégâts causés par la Taupe lui ont

de tout temps attiré l'animadversion de l'homme, on a dû, de tout temps

aussi, chercher à la détruire. Malheureusement, sa vie souterraine et

l'ingénieux instinct dont elle a été douée par la nature l'ont jusqu'ici

avantagée dans la lutte; et comme elle est en outre prolifique et

vivace, elle pullule en certaines contrées en proportions effrayantes,

si l'on considère surtout qu'elle ne peut vivre que dans les régions

cultivées et surtout les plus riches. Du seul chef de la confection de

son nid, Cadet de Vaux ayant compté dans l'un d'eux 274 tiges de blé

qu'il évalue avoir dû donner 1 kil. 250 de blé ou de pain, et Geoffroy

Saint-Hilaire en ayant trouvé 402 tiges qui auraient donné, suivant la

même proportion, 1 kil. 821 de grain, si nous prenons la moyenne, nous

trouverons, par nid, 1 kil. 535. D'un autre côté, Lecourt ayant détruit,

en trois ans, 10,000 Taupes sur le territoire de 600 hectares

appartenant à Pontoise, soit 3,333 par an, si nous admettons que, sur ce

nombre, il y avait 2,220 jeunes, 555 pères et 555 mères, le dégât causé

par ces dernières, en supposant que tous les nids eussent été garnis de

blé, représenterait par an 351 kil. 925 de grain, ou près de 12

hectolitres, la nourriture annuelle de quatre hommes, en pain.

La destruction dut être tentée d'abord par tous les moyens primitifs, la

bêche, la houe, la pioche, etc.; puis vinrent les moyens mécaniques, et

Cadet de Vaux nous apprend qu'on inventa en 1751 une machine de un mètre

de hauteur, qu'il fallait vingt-cinq pages et six planches pour décrire,

et qui pouvait prendre jusqu'à... deux ou trois Taupes par jour. Plus

tard, on employa les moyens physiques ou chimiques; mais la victoire

paraît être restée aux engins mécaniques.

Une particularité physiologique qui n'a pas été vérifiée, mais qui est

affirmée par Cadet de Vaux et par tous les jardiniers, c'est que toute

piqûre à la tête de la Taupe, ou plutôt à son museau, donne lieu à une

hémorrhagie auriculaire qui ne tarde pas à devenir fatalement mortelle.

Aussi nombre de jardiniers se contentent-ils de placer de distance en

distance sur les galeries des tronçons d'églantiers, contre les épines

desquels la Taupe, en fouissant, vient se piquer et trouver la mort.

L'art du taupier; ou, méthode amusante et infaillible de prendre les taupes · 第 2 / 3 段