1er août au 3 octobre 1858, c’est-à-dire au milieu de la dernière
période de sécheresse, ne modifient pas sensiblement le résultat de mes
observations personnelles, car sur 94 observations il constate :
(Calme/46 f.) (N/8 f.) (NE/8 f.) (E/12 f.) (SE/5 f.) (S/13 f.) (O/3 f.)
(NO/4 f.).
Il est vrai que ces observations s’appliquent à l’automne, et non à
l’été.
_Variations suivant les saisons._ — D’après les indigènes, le vent d’E.
serait le vent dominant de l’année. Pendant la saison des chaleurs, il
inclinerait au S. ; pendant la saison tempérée, au N. Les vents du N. et
de l’O., ceux qui amènent le plus souvent la pluie, ne souffleraient
guère, d’une manière un peu continue, que dans la saison froide.
_Variations diurnes._ — En général, dans tout le Sahara, le temps est
calme le matin, dans la proportion de 12 à 15 jours sur 30, et dès que
le soleil baisse, le soir, le vent mollit, s’il n’arrive au calme
parfait.
Par exception, à Bondjêm, dans la Tripolitaine, une brise du N.-E.,
venant de la mer, s’élèverait tous les soirs. J’ai constaté cette brise
à mon passage, les 7 et 8 septembre 1861, mais je n’oserais affirmer
qu’elle est quotidienne, ainsi que le prétendent les indigènes.
_Vitesse du vent._ — L’échelle que j’ai adoptée pour mesurer la vitesse
du vent est celle de 0 à 10, ce dernier chiffre correspondant aux vents
qui renversent tout sur leur passage.
A défaut d’anémomètre, j’ai estimé toutes les vitesses au jugé.
Sur 310 jours, 8 fois seulement la force du vent a dépassé 5, que
j’assimile à la brise fraîche des marins : 2 fois en août, 2 fois en
janvier, 2 fois en mars, 2 fois en avril ; 3 fois par le S.-E., 1 fois
par le S.-S.-E., 1 fois par le S.-O., 2 fois par le S.-S.-O., 1 fois par
le vent d’O.
Nos tentes ont toujours été renversées par les vents arrivant à la
puissance de 7. C’est probablement parce que les Touâreg ont constaté la
difficulté de lutter contre pareille force, qu’ils ont généralement
renoncé à avoir des tentes en voyage, préférant coucher à la belle
étoile, sous l’abri des ballots qui composent le chargement de leurs
chameaux. D’ailleurs, dans le Sahara, on ne trouve pas toujours un sol
favorable à la tenue des piquets de tente.
Quoi qu’il en soit, à part ces exceptions généralement dues au sirocco,
le pays des Touâreg du Nord peut être réputé tempéré, sous le rapport
des vents.
_Pluies et trombes de sable._ — Les trombes de sable constituent un des
phénomènes caractéristiques de la climatologie saharienne.
Ces trombes sont produites par des vents venant de toutes les
directions, mais principalement par le sirocco.
Le sirocco est un phénomène atmosphérique complexe, qui toujours a pour
origine un vent de la partie Sud, une température élevée et un
soulèvement souvent considérable des parties les plus tenues des masses
de sable.
Les siroccos directs venant du Sud sont les plus fréquents, mais il y a
aussi des siroccos en retour, repoussés par les vents du Nord, de l’Est
et de l’Ouest, quand la force de ces derniers domine la puissance des
vents du Sud.
Pendant la durée du sirocco, l’atmosphère est comme embrasée, rougeâtre,
desséchante, obscurcie partiellement par les matières terreuses ou
siliceuses qu’elle tient en suspension.
Sous son influence, la respiration de l’homme est haletante, la peau,
les muqueuses de la bouche et du nez sont sèches et arides, et, pour peu
que pareil état dure, le cerveau ne tarde pas à manifester des symptômes
de prostration.
Les animaux, même les mieux acclimatés, souffrent comme les hommes :
quelquefois les chevaux refusent de marcher et tournent le dos au vent.
Les plantes herbacées, au lendemain d’un sirocco, sont flétries comme le
sont dans nos climats des herbes coupées depuis quarante-huit heures.
Beaucoup de feuilles et de jeunes tiges sont, pour jamais, privées de
vie. Quant aux plantes ligneuses persistantes, organisées pour vivre
sous une température élevée, elles résistent même aux siroccos les plus
violents.
Les trombes de sables m’ont toujours apparu sous forme de gros nuages de
couleur rouge, embrasés, d’une épaisseur de 50 à 60 mètres, marchant à
la vitesse des grands coups de vent, tantôt à fleur de terre, tantôt à
une certaine hauteur du sol, s’abaissant ici, s’élevant là, mais
s’avançant dans l’atmosphère à la façon d’un corps étranger, entièrement
isolé.
Du mois de février au mois de mai 1861, j’ai observé, à peu de distance,
quatre de ces trombes, et une cinquième a enveloppé de toutes parts
notre caravane sans que nous ayons pu l’éviter.
La première, celle du 19 février, chassée par un vent de S.-O., a passé
à 2 kilomètres N.-E. de notre campement. Elle n’a pas même eu d’action
sur la température de notre milieu, car le thermomètre est resté à 29°
95, température ordinaire à pareille heure.
La seconde, du jour suivant, 20 février, et de la même localité, s’est
présentée dans la même direction, mais à 1 kilomètre 1/2 seulement et
poussée par un vent du S.-E. Comme celle de la veille, elle n’a exercé
aucune influence sur mes instruments.
La troisième, du 28 avril, passa à notre E. comme un immense nuage
rougeâtre et tellement semblable au foyer d’un vaste incendie, qu’on
aurait pu s’y tromper, s’il ne s’était successivement élevé et abaissé
au-dessus de l’horizon, en suivant une marche du S.-O. au N.-O., avec la
rapidité d’un ouragan.
La quatrième, du 3 mai, annoncée par des coups de tonnerre lointains
dans le S. et par une baisse du baromètre, de 15mm 20 en 3 heures, passa
à notre S.-E., embrassant comme la précédente un immense espace, rouge,
enflammé comme elle, et se dirigeant vers l’E.
Le passage très-rapproché de cette masse de sables nous valut quelques
gouttes de pluie et une élévation du thermomètre à 43°.
Le 30 avril, en route, nous avions fait connaissance plus intime avec
pareille avalanche de sables arrivant du S., toujours sous la forme d’un
nuage rouge, et qui se rua sur nous comme un torrent dévastateur
accompagné de grosses gouttes de pluie froide que je trouvai semblables
à de la neige fondue.
Le désordre qui s’était mis dans notre caravane m’empêcha de constater
l’effet de cette trombe sur mes instruments qui n’étaient pas sous ma
main.
Voilà ce fameux _Notus_ d’Hérodote contre lequel marchèrent les Psylles
et qui les ensevelit tous.
Inutile de dire, je crois, que, pendant la durée des grands vents, du
sirocco particulièrement, la marche est très-pénible, surtout dans la
région des dunes. On a parlé de caravanes englouties corps et biens sous
des avalanches de sables ; je ne crois pas ce fait bien constaté. En
traversant l’’Erg, dans la saison la plus chaude de l’année et pendant
une période constante des vents du Sud, notre caravane, fatiguée par des
tourbillons de sables qui obscurcissaient l’atmosphère et empêchaient
les guides de diriger la marche, a dû s’arrêter plusieurs fois. Alors
les hommes se couchaient pour dormir, tournant le dos au vent et offrant
par conséquent un certain obstacle aux sables. Jamais aucun de nous,
quoique enveloppé de toutes parts, n’a éprouvé, au réveil, aucune
difficulté pour secouer son linceul.
Par les vents desséchants du Sud, les provisions d’eau diminuent
rapidement, et quand elles sont épuisées sans pouvoir les renouveler,
les caravanes périssent de soif. Les indigènes ont conservé le souvenir
de pareilles catastrophes, même sur des parcours de peu d’étendue et
loin des zones sablonneuses. A distance, on a imputé à l’ensevelissement
des sables un sinistre qui ne devait être attribué qu’au manque d’eau.
_Influence des vents sur le thermomètre et le baromètre._ — Je n’ai
jamais constaté, sous l’influence des vents du Sud, une élévation des
thermomètres proportionnelle à l’action de la chaleur sur la peau ; de
même, par les vents du Nord, l’abaissement de la température est peu
sensible, parce que ces vents ont le temps de s’échauffer avant
d’arriver sur le plateau central du Sahara.
Le baromètre subit davantage l’action des vents ; presque toujours il
annonce l’approche du sirocco par une baisse remarquable.
_Électricité._
Je n’étais muni d’aucun instrument pour mesurer l’électricité de
l’atmosphère : conséquemment toutes mes observations reposent sur des
faits appréciables à l’œil ou à l’oreille. Toutefois, je n’ai jamais
négligé de consigner même les plus petits phénomènes que je pouvais
attribuer au fluide électrique. Voici, à ce sujet, les notes que je
trouve dans mon journal de voyage :
_Étincelles électriques._ — (13 janvier 1861. Vent violent du O.-S.-O.
Température du sable — 1° le matin, celle de l’air = + 12°2 à 9 heures.)
— Vers le milieu de la journée et dans la nuit, décharges d’étincelles
électriques dans les vêtements de laine qu’on secoue.
(30 mars 1861. Vent nul. Température, 13°7 le matin.) — Le soir, ma
jument fait jaillir des étincelles électriques de sa queue en fouettant
les mouches.
(13 avril. Vent épouvantable de l’O. 1/8 S.) — Toute la journée et toute
la nuit, ciel couvert, sables soulevés. Le soir, électricité dans les
étoffes de soie et de coton.
_Éclairs._ — (31 juillet 1860. Températ. max. de la journée, 33° 8.) —
Dans la nuit des nuages apportés par un vent violent du Nord lancent des
éclairs non interrompus.
(7 mai 1861. Vent fort de S.-O. Pluie d’averse, ciel couvert ;
température, 29°25.) — Au coucher du soleil, éclairs au S.-O. et à l’O.
(8 mai. Vent nul, ciel couvert.) — A 6 heures 10m du soir, éclairs à
l’horizon S.-O., puis à l’E.
_Tonnerre._ — (25 avril 1861. Journée orageuse, vent fort du S.-S.-O. ;
températ., 37°8.) — Vers 7 heures du soir, un coup de tonnerre très-
lointain.
(2 mai. Vent O., ciel couvert ; températ., 34°.) — A 2 heures de
l’après-midi, coups de tonnerre prolongés, mais lointains, au Sud
magnétique.
(8 mai. Vent S.-O., orages la veille, petite pluie le soir.) — Tonnerre
lointain avant le coucher du soleil.
_Orages._ — Si, par orage, on doit entendre un grand trouble
atmosphérique, principalement dû à l’électricité et se manifestant par
une grosse pluie, avec grand vent, éclairs, tonnerre, grêle, etc., je
dois dire que je n’ai rien vu de semblable pendant les 230 jours
consacrés à l’exploration des hauts plateaux habités par les Touâreg, et
d’après mes conversations avec les indigènes, je dois croire que ces
bouleversements de l’atmosphère, très-fréquents au delà du tropique,
assez communs dans les parties septentrionales du Sahara encore soumises
à l’action du climat de la Méditerranée, doivent être assez rares dans
les parties élevées du Sahara central. Des orages secs, dus
exclusivement à l’action des vents et sans le concours de l’électricité,
me semblent plus caractéristiques du climat de ce pays.
_Lumière._
_Intensité, couleur, transparence._ — La lumière, dans tout le Sahara,
mais particulièrement dans les lieux élevés, est tellement intense, que
son action, soit directe, soit réfléchie, ne peut être, ni pendant
longtemps ni impunément, supportée par l’œil : aussi tous les habitants
du plateau central, à peu près sans exception, sont obligés de porter le
voile, s’ils veulent conserver la vue, et encore, malgré cette
précaution, la plupart des hommes de 40 à 50 ans sont atteints d’opacité
de la cornée transparente et d’une sorte de paralysie du cercle
ciliaire ; beaucoup sont borgnes ou aveugles, et les vieillards
atteignent difficilement le terme de leur existence sans que leur vue
soit beaucoup affaiblie. Les appareils photographiques construits pour
nos climats tempérés ne donnent que des épreuves brûlées.
La couleur bleue de l’air, mais d’un beau bleu indigo clair, est le fait
qui frappe le plus l’Européen dans le Sahara. Cette splendide coloration
s’alliant à une extrême transparence de l’atmosphère fait qu’on ne peut
plus cesser de regretter le ciel du Sahara dès qu’on l’a connu.
On aura une idée de la transparence de l’air par le fait suivant : Le 28
décembre, sur le sommet du plateau de Timozzoudjên, j’ai pu distinguer
nettement les découpures du Tasîli des Azdjer ; cependant le pied de ces
montagnes est, en ligne droite, à 80 kilomètres de Timozzoudjên. Bien
souvent, pour dresser la carte de mes itinéraires, j’ai déterminé, à la
boussole et avec certitude, des points à des distances de 30 à 60
kilomètres.
Les indigènes, dont la vue a reçu l’éducation du milieu atmosphérique,
distinguent les objets à de bien plus grandes distances encore, car
souvent, à mon grand étonnement, ils m’ont annoncé la venue de voyageurs
qu’ils avaient reconnus plusieurs heures avant leur arrivée.
Plus on s’élève dans les montagnes, plus le ciel devient bleu, plus
l’atmosphère est transparente et l’air pur.
En parlant du Ahaggâr, point le plus élevé de leur pays, les Touâreg
disent : « La quantité de nourriture nécessaire pour nourrir trois
hommes dans la plaine suffit pour en rassasier cinq dans le Ahaggâr,
tant l’air et l’eau y sont fortifiants. »
_Mirage._ — Le mirage est un phénomène si commun, sur les hamâd, dans
les plaines et vallées, que nécessairement je ne l’ai pas mentionné dans
mon journal de voyage. J’aurais dû écrire ce mot aussi souvent que le
ciel était pur et la température un peu élevée. Comme tous les voyageurs
en Orient, quoique prévenu, j’ai été victime de ses illusions. Comment
ne pas l’être dans un pays où l’on désire toujours l’eau et où, chaque
jour, une fée, fille de Tantale, vient mettre sous votre regard les lacs
les plus merveilleux qu’on puisse imaginer ? Souvent le mirage ne se
borne pas à tromper, il fatigue beaucoup la vue et l’esprit par
l’oscillation continuelle et le changement de forme des objets bizarres
qu’il représente.
Dans le Sahara, comme ailleurs, le mirage cesse dès que le sol devient
accidenté ou dès que le vent entraîne l’atmosphère dans un courant
continu.
_Aurore et crépuscule._ — Plus on avance dans le Sud et moins est grand
l’intervalle qui sépare la nuit du lever et du coucher du soleil. Sous
ce rapport, le Sahara obéit à la loi générale, car l’aurore et le
crépuscule y ont si peu de durée qu’on n’en tient pas compte. Lever du
jour et lever du soleil sont à peu près synonymes.
Au crépuscule, l’horizon O. prend une teinte rose ou rougeâtre, que
l’horizon général a presque toute la journée, à un degré moindre.
_Lueur crépusculaire._ — Au campement de Sâghen, le 3 janvier, à 7 h. 30
m. du soir, je remarquai à gauche de la voie lactée, dans l’Ouest,
environ au point où le soleil s’était couché, une lueur blanche, partant
de l’horizon, et se répandant comme une colonne de fumée.
A Tarz-Oûlli, le 8 mars, à 7 h. 21 m. du soir, j’ai encore observé dans
l’Ouest la même colonne de lumière, mais, cette fois, elle était séparée
de l’horizon par une bande obscure.
Serait-ce la lueur crépusculaire de Humboldt ?
_Arc-en-ciel._ — Les arcs-en-ciel sont aussi rares que les pluies dans
le Sahara ; cependant, j’ai pu en observer deux : l’un le 8 mai 1861,
consécutif à deux jours de pluie ; l’autre le 20 août, précédant la
pluie du lendemain. Le premier se montra vers 5 heures du soir ; ses
deux bases seules furent visibles. Le second parut à 4 h. 50 m. du soir.
_Halo lunaire._ — Le 19 août 1859, à Ghardâya, par un ciel couvert de
stratus, la lune, au moment où elle approchait du méridien, était
entourée d’un superbe halo.
Le 19 février 1861, à Azhel-n-Bangou, à 8 h. 45 m. du soir, le ciel
étant couvert de cirrho-stratus, je constatai un halo autour de la lune.
Sa distance du bord de la lune, mesurée au sextant, s’est trouvée être
de 20° 30′.
_Lune rouge sang._ — Le 21 août 1861, à Oumm-el-’Abîd, vers 8 h. 15 m.
du soir, la lune, à son lever, se présenta avec une couleur rouge sang,
tirant un peu sur le brun. Les indigènes prétendent que cet aspect de la
lune présage le sirocco. En effet, le lendemain 22, le vent souffla
d’abord E.-S.-E., puis S.-E.
_Étoiles filantes._ — On signale la nuit du 10 au 11 août comme l’une de
celles dans lesquelles on observe le plus d’étoiles filantes, et parmi
elles on a cru en reconnaître de périodiques.
Me trouvant le 10 août 1859 à Ghardâya, par une belle nuit, je la
consacrai à observer ces météores ignés. Voici les résultats constatés
dans mon journal :
Vers 8 h. 30 m., à une demi-minute d’intervalle, deux belles étoiles
filantes tombent vers 10° du méridien, au-dessous de la lune, à une
dizaine de degrés au-dessus de l’horizon.
A 10 h. 25 m., une grosse étoile rouge tombe de haut en bas, à l’Ouest,
à peu d’élévation au-dessus de l’horizon ;
A 12 h. 22 m., une belle étoile bleue se montre dans l’Est, allant du
Sud au Nord.
Je dors de minuit 30 m. à 2 h. 30 m., après quoi, jusqu’au matin, je
compte de nombreuses étoiles filantes, se dirigeant pour la plupart de
haut en bas dans la direction de Methlîli, c’est-à-dire au Sud.
Antérieurement, dans la nuit du 23 au 24 juillet, à Methlîli, j’avais
constaté de nombreuses étoiles filantes, entre autres une superbe.
Ces météores apparaissent en si grande quantité dans les belles nuits du
Sahara, qu’un voyageur ne peut les noter toutes.
_Globe lumineux._ — Dans le grand nombre de mes observations nocturnes,
je dois une mention spéciale à un globe enflammé observé le 21 juillet
1859, vers 9 heures du soir. Ce globe, dès qu’il m’apparut, s’éleva à
quelques degrés au-dessus de l’horizon et retomba en augmentant d’éclat.
Je ne puis mieux comparer ce phénomène qu’à une bombe d’artifice très-
brillante et très-forte.
CONCLUSION.
Le climat du pays des Touâreg du Nord est essentiellement continental et
parfaitement distinct de celui du bassin de la Méditerranée, ainsi que
de celui du bassin du Niger. Au Nord comme au Sud, des pluies
périodiques divisent l’année en deux saisons : l’une sèche, l’autre
humide. Chez les Touâreg, il y a des périodes d’années, de 6 à 12, sans
aucunes pluies, et des périodes d’années, de 1 à 3, dans lesquelles il
pleut en toutes saisons : conséquemment, il n’y a chez les Touâreg que
des saisons chaudes et des saisons froides.
Dans les unes, comme dans les autres, mêmes vents, même sécheresse de
l’air, même électricité, mêmes effets de la lumière.
En somme, le climat du Sahara est très-exceptionnel sur la surface du
globe, et c’est à ce climat que le Sahara doit d’être le Sahara.
[Note 81 : Dans la suite de ce chapitre, je ferai connaître les
instruments dont je me suis servi et les corrections qu’ils ont dû
subir.]
[Note 82 : La force du vent est estimée sur une échelle de 0, calme
parfait, à 10, ouragan.]
[Note 83 : Faute d’observations correspondantes au niveau de la mer,
l’altitude de Ghadâmès n’a pu être calculée que sur une moyenne de cinq
journées : celles des 12, 13, 14, 15 août et 10 décembre 1860.]
[Note 84 : Altitude donnée par M. P. Marès pour le premier étage de la
Qaçba.]
CHAPITRE VI.
OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES.
Le but de ce chapitre est de faire connaître les principaux éléments
d’observations astronomiques d’après lesquels a été dressée la carte qui
accompagne ce volume.
Je ne publie pas les observations elles-mêmes. Je me borne à les tenir à
la disposition des personnes qui auraient besoin de les contrôler.
Le matériel de mon observatoire ambulant se composait de chronomètres,
d’un sextant, d’une lunette astronomique, d’une boussole avec lunette,
c’est-à-dire des instruments les plus simples et les plus facilement
portatifs à dos de chameau.
Le plus grand nombre de mes observations a été calculé, par moi, pendant
mon voyage et depuis mon retour ; d’autres, les plus compliquées, l’ont
été par MM. Yvon-Villarceau, Bruhns et Radau, qui ont bien voulu me
prêter le concours de leur longue pratique.
Aucune de ces observations ne donne lieu à des remarques particulières
qui méritent d’être consignées ici. Le seul côté par lequel le Sahara
diffère des autres points du globe pour l’étude des phénomènes célestes,
est que le ciel y est presque toujours pur, d’une transparence
exceptionnelle, et qu’on y peut presque continuellement suivre la marche
des astres dès que l’obscurité se fait : aussi est-il à regretter
qu’aucun observatoire sédentaire ne soit pas établi dans cette région.
Voici, par ordre de dates, le relevé des observations faites pendant mon
voyage qui ont servi à établir la latitude et la longitude des
principaux points de la carte :