_Plateau du Mouydîr_ : Ce plateau, qui semble former dans le Nord-Ouest

le pendant de la chaîne d’Anhef dans le Sud-Ouest, est remarquable par

sa forme oblongue, concave sur un de ses rebords, convexe sur l’autre,

et surtout par le pic d’Ifettesen qui en occupe le centre, probablement

un puy volcanique aussi[17], et d’où partent, dans trois directions

opposées, l’Ouâdi-Rharîs, affluent de l’Igharghar, l’Ouâdi-Tîrhehêrt et

l’Ouâdi-Akâraba, qui vont se perdre dans les sables de l’Ouest.

_Bâten Ahenet_ : Bâten est une expression technique de géographie

saharienne, comme hamâda, tasîli, adrâr ; elle indique un relief du sol,

allongé et peu considérable. Celui d’Ahenet, orienté Sud-Est et Nord-

Ouest, occupe le centre d’une hamâda entre le Ahaggâr, le Mouydîr, le

Touât, les dunes d’Iguîdi, le Tânezroûft et le Tasîli du Sud.

_Tasîli du Sud_ : Le Tasîli du Sud, qu’on désigne aussi sous le nom de

Tasîli des Ahaggâr, pour le distinguer de celui des Azdjer, est un

plateau rocheux, sans eau, sans végétation, presque inconnu des

indigènes eux-mêmes, tant il est inhospitalier. Les chameaux qui s’y

égarent, disent les Touâreg, ou périssent ou deviennent sauvages, car

personne ne veut exposer sa vie pour aller les rechercher.

Ce tasîli sépare le Ahaggâr de l’Adghagh des Aouélimmiden.

De ces détails, je passe à l’examen de la cause qui a déterminé ces

reliefs.

J’ai attribué à un soulèvement volcanique la formation isolée de chacun

de ces plateaux ; mon opinion à cet égard est basée, pour les points les

plus remarquables, sur des témoignages géologiques.

La présence certaine de roches pyrogènes[18] dans les massifs du Ahaggâr

et du Tasîli, ainsi que dans les montagnes de la Sôda au Sud de Sôkna et

du Hâroûdj à l’Est d’El-Fogha ; la situation de ces quatre massifs, sur

une même ligne courbe, me portent à penser que le soulèvement de ces

montagnes peut très-bien être dû au même effet volcanique, quoiqu’elles

soient à de grandes distances les unes des autres. Cette appréciation,

si elle était confirmée, s’accorderait parfaitement avec les nouvelles

découvertes sur l’action circulaire des tremblements de terre.

La distribution géographique des roches volcaniques dans cette partie du

continent africain nous montre l’action du feu souterrain commençant à

la grande Syrte où l’on connaît des mines de soufre, se continuant à

Ghariân où percent quelques roches de basaltes et se prolongeant jusqu’à

la Sôda et au Hâroûdj, pour reparaître dans le Tasîli et le Ahaggâr chez

les Touâreg.

La zone de ces formations est d’autant plus large qu’elle s’avance plus

vers le Sud-Ouest.

Telle est la charpente du pays des Touâreg du Nord, je devrais dire son

squelette, car les plateaux et les montagnes sont presque toujours

décharnés.

Entre ces montagnes et au pied de leurs versants, se trouvent des

plaines et des vallées qui complètent l’ensemble du territoire.

Ces plaines sont : Amadghôr, Admar, Ouarâret, Tâyta, Ouâdi-Lajâl,

Igharghâren et Adjemôr.

_Plaine d’Amadghôr_ : Cette plaine, connue sous le nom de _Reg_ (la

plaine), est un long couloir entre le Ahaggâr, la chaîne d’Anhef et le

Tasîli du Nord ; elle appelle l’attention à plus d’un titre.

Au centre est une sebkha ou lac salin desséché qui donne, en grande

abondance, un sel excellent, jadis utilisé, mais dont l’exploitation est

aujourd’hui abandonnée, par suite de l’insécurité qui règne dans la

contrée.

Jadis aussi une foire annuelle, remplacée depuis par celle de Rhât, se

tenait sur les bords de la saline, et une grande voie de communication

directe entre Ouarglâ, Agadez et le Soûdân, très-fréquentée par les

caravanes, la traversait dans toute sa longueur.

Comme il n’y a, dans le Sahara occidental, que quatre salines pour

alimenter de sel cinquante millions de nègres qui en ont le plus grand

besoin, il y a lieu d’espérer la réouverture prochaine du marché

d’Amadghôr, car, au dire des indigènes, le sel de cette contrée est

aussi beau que celui de la sebkha d’Idjîl, et supérieur à ceux de

Taodenni et de Bilma. C’est au gouvernement de l’Algérie, qui a le plus

grand intérêt à rétablir des relations directes avec le Soûdân, à hâter

le moment où la paix permettra de reprendre l’exploitation abandonnée.

Les quatre confédérations des Touâreg le désirent vivement ; déjà les

Kêl-Ouï de l’Aïr, dont les caravanes ont souvent été pillées à Bilma,

sont entrés en pourparlers avec les Azdjer et les Ahaggâr à cet effet.

La plaine d’Amadghôr doit être très-élevée au-dessus du niveau de la

mer, car elle est, avec le Ahaggâr et le Tasîli des Azdjer, un des

points de partage d’eau entre le bassin du Niger et celui de la

Méditerranée. La ligne séparative des deux bassins est jalonnée par une

série de petits monts isolés qui semblent relier le pic ahaggârien du

Serkoût au mont tasîlien d’Ounân et servir de trait d’union entre les

volcans éteints du Ahaggâr, ceux du Tasîli et même de l’Anhef.

La sebkha d’Amadghôr ne paraît plus communiquer aujourd’hui avec le lit

de l’Igharghar, mais, si elle ne lui fournit plus d’eau, elle donne

encore à tout le bassin les principes salins qui sont un des caractères

communs des puits et des chott échelonnés sur tout le parcours de

l’ouâdi.

_Plaine d’Admar_ : Resserrée entre le Tasîli et la chaîne d’Anhef, la

plaine d’Admar aboutit, par son extrémité occidentale, à celle

d’Amadghôr et, par son extrémité orientale, elle va se confondre avec un

désert sans nom, une hamâda, qui sépare le pays des Touâreg de celui des

Teboû.

_Vallée d’Ouarâret_ : Une partie porte le nom d’Aghelad-wân-Azârif,

_défilé de l’alun_, parce qu’on y trouve des affleurements de ce sel.

Cette vallée n’est en réalité qu’une large gorge qui sépare le Tasîli de

l’Akâkoûs et par laquelle passe la route de Ghadâmès à Rhât. En raison

de cette grande voie de communication, elle a une importance réelle dans

la géographie physique du pays.

_Plaine de Tâyta_ : Aride, sans aucune végétation, couverte de cailloux,

elle est plutôt un désert séparatif, participant de la nature des hamâd,

qu’une plaine proprement dite, car les indigènes ne réservent ce nom

qu’aux parties abritées de leur territoire et dans lesquelles les

alluvions des plateaux environnants permettent à la végétation de s’y

développer. J’ai considéré ce désert comme une plaine parce qu’il est

dominé par l’Akâkoûs et l’Amsâk entre lesquels il est situé.

_Vallée de l’Ouâdi-Lajâl_ : Cette vallée, comprise entre l’Amsâk et les

dunes d’Edeyen, est couverte d’oasis, de forêts de palmiers et de

gommiers. Dans sa partie occidentale, par laquelle elle communique avec

la plaine de Tâyta, elle prend le nom d’Ouâdi-el-Gharbi, et, dans sa

partie orientale, celui d’Ouâdi-ech-Chergui. La nature de son sol

rappelle celle des terres alluvionnaires de l’Ouâd-Rîgh, terres légères,

un peu salines, parfaitement propres à la culture.

Au Nord et au Sud de cette vallée principale on trouve deux petites

vallées isolées, de même nature, l’Ouâdi-ech-Chiati et l’Ouâdi-’Otba.

La Hofra (dépression) de Mourzouk et les oasis de la Cherguiya rentrent

aussi dans le même système de formation.

_Plaine des Igharghâren_ : Igharghâren[19], _les rivières_, est le

pluriel d’_Igharghar_, nom que porte la grande vallée d’écoulement des

eaux de tout le versant méditerranéen du massif des Touâreg. On a appelé

ainsi la vaste plaine qui longe le pied Nord du Tasîli, de Tîterhsîn à

Timâssanîn, parce qu’elle reçoit toutes les rivières qui descendent du

plateau et forment la tête orientale de l’artère principale du pays.

Cette plaine basse, abritée des vents du Sud, riche en alluvions et en

eaux à peu de profondeur, est le refuge des Touâreg Azdjer dans les

années calamiteuses, c’est-à-dire dans les périodes de longues

sécheresses.

Sa pente générale est du Sud-Est au Nord-Ouest, mais cette pente semble

ne plus être continue aujourd’hui ; dans le haut, des amas d’alluvions,

arrêtés à mi-chemin de leur course, ont transformé cette vallée en

plusieurs bassins ; dans le bas, des dunes de sables la barrent et

l’empêchent de communiquer à ciel ouvert avec le lit de l’Igharghar,

mais la communication souterraine des eaux a toujours lieu comme dans

les temps anciens.

La nature de son sol est une terre sablonneuse, micacée.

_Plaine d’Adjemôr_ : La plaine d’Adjemôr, orientée Est et Ouest, avec

pente à l’Ouest, est comprise entre les plateaux de Tâdemâyt au Nord et

du Mouydîr au Sud. Par son extrémité occidentale, elle aboutit au

Tidîkelt, l’une des confédérations du Touât.

Cette plaine est, dans l’Ouest, pour les Ahaggâr ce que celle des

Igharghâren, dans l’Est, est pour les Azdjer, c’est-à-dire un lieu de

refuge dans les années de sécheresse, car l’Ouâdi-Akâraba, avec ses

nombreux affluents du Sud et du Nord, est réputé pour l’abondance de ses

eaux souterraines. On dirait que, dans le Sahara, la Providence ait

voulu soustraire les eaux à l’action dévorante du soleil en remplaçant

les rivières à ciel ouvert de nos climats par des rivières souterraines.

Cette particularité, bien connue des indigènes, est appelée par eux

_Bahar-taht-el-Ardh_, mer sous terre. Le géographe doit tenir compte de

cette particularité dans la détermination des lits de ces rivières.

[Note 14 : Caillié écrit _Helk_, mais, par la description de la contrée

à laquelle il donne ce nom, il est facile de reconnaître qu’il a mal

entendu le mot _’Erg_.]

[Note 15 : Hamâd-el-’Atchân est situé près de Tîn-Fedjaouîn ; c’est un

point très-facile à trouver, car on y signale des peupliers blancs

(_safsaf_), arbres exceptionnels à cette latitude.]

[Note 16 : _Tasîli_ signifie _plateau élevé et accidenté_ ; _hamâda_

désigne un _plateau large, plat et bas_ ; _bâten_ est une expression

géographique propre au Sahara, qui correspond au mot _colline_.]

[Note 17 : Je suis d’autant plus disposé à croire à la formation

volcanique du pic d’Ifettesen, que dans la plaine d’Adjemôr, au pied du

plateau, se trouve une source sulfureuse, Dhâyâ-el-Kâhela.]

[Note 18 : Le massif d’Aïr aussi renferme des roches pyrogènes.]

[Note 19 : Le radical _ghar_, _ghor_, _ghir_, _gher_, signifie _eau qui

ruisselle_. Dans le mot Igharghar on a répété deux fois le radical pour

produire le son imitatif de l’eau quand elle coule avec rapidité.]

CHAPITRE III.

HYDROGRAPHIE.

Du Ahaggâr et du Tasîli descendent trois longues vallées : l’une au

Nord, l’Ouâdi-Igharghar ; l’autre au Sud, l’Ouâdi-Tâfassâset ; la

troisième à l’Ouest, l’Ouâdi-Tîrhehêrt. Elles méritent une attention

particulière comme principales gouttières d’écoulement des eaux de cette

partie du Sahara. Les lits de ces ouâdi, aujourd’hui à sec, ont dû être

autrefois des rivières importantes.

_Ouâdi-Igharghar_ : L’Ouâdi-Igharghar, sorti d’un des points culminants

du Ahaggâr, reçoit une grande partie des eaux de ce massif et de celui

du Tasîli du Nord ; à son issue des montagnes, il traverse, du Nord au

Sud, l’extrémité occidentale du plateau de Tînghert, la région des dunes

de l’’Erg, passe un peu à l’Est d’Ouarglâ et vient se perdre à Goûg,

village le plus méridional de l’Ouâd-Rîgh, après un cours de 1,000

kilomètres au moins.

A l’endroit où le lit de l’Igharghar se perd dans la dépression de

l’Ouâd-Rîgh, qui, en somme, n’en est que la prolongation, il existait

jadis un petit hameau, celui de Sîdi-Boû-Hânia, aujourd’hui ruiné, près

duquel on trouve encore une Ghâba (forêt) de palmiers dans le bas-fond

d’une sebkha et la Goubba où est enterré le marabout qui a donné son nom

à la localité.

Sur tout le cours de cette longue vallée, les puits creusés dans son lit

ne fournissent qu’une eau salée et amère comme celle de la sebkha de

Sîdi-Boû-Hânia et d’une partie des puits artésiens de l’Ouâd-Rîgh,

tandis que les puits creusés en dehors du lit, sur les berges de la

vallée, en donnent de bonne qualité.

La direction générale du bassin de l’Igharghar, du Sud au Nord, la

cessation de son lit à l’entrée de la dépression de l’Ouâd-Rîgh, la

nature similaire des eaux des puits creusés dans son lit avec celles des

eaux souterraines de Tougourt permettent de conclure que la nappe

artésienne constatée dans la ligne de bas-fonds de l’Ouâd-Rîgh est

alimentée par les eaux du Ahaggâr et du Tasîli.

Cette nappe artésienne, qu’on croyait, jusqu’à ce jour, limitée aux

bassins des oasis de l’Ouâd-Rîgh et d’Ouarglâ, paraît se prolonger plus

au Sud au delà de la zone de l’’Erg ; car, à Timâssanîn, à l’extrémité

occidentale de la dépression d’El-Djoua, existe un puits artésien,

aujourd’hui très-mal entretenu et à peu près comblé, mais dont M.

Isma’yl-Boû-Derba a constaté l’existence en se rendant à Rhât. C’est

avec les eaux de ce puits que les serviteurs de la Zaouiya de Timâssanîn

arrosent leurs cultures.

Ce fait, confirmatif d’ailleurs d’autres indications, me porte à croire

que des forages artésiens pourraient être tentés, non sans chance de

succès, au delà de l’’Erg, notamment dans la dépression d’El-Djoua, vers

Ohânet, et sur toute la ligne de la grande vallée des Igharghâren, entre

Timâssanîn et Rhât, au pied des versants du Tasîli.

Dans la vallée d’Ouarâret, à Ihanâren, et au delà de l’Akâkoûs, à

Serdélès, à la tête même des eaux du bassin, des puits artésiens

existent ; on peut donc, sans trop de présomption, espérer le succès de

semblables puits en contre-bas.

L’intérêt géographique qui s’attache au passage de l’Ouâdi-Igharghar à

travers les dunes de l’’Erg m’a engagé à recueillir le plus de

renseignements possibles sur le cours de cette rivière dans cette

région. Voici ceux qui m’ont été fournis par le Cheïkh-’Othmân,

propriétaire et chef de la Zaouiya de Timâssanîn :

A une grande journée de marche de Timâssanîn, droit au Nord, un puits a

été creusé sur la rive droite de l’Igharghar, par El-hâdj-el-Bekri, père

du Cheïkh-’Othmân. Ce puits porte le nom de Tânezroûft, du nom de la

localité.

A six journées au Nord de ce puits, dans le lit de la rivière, se trouve

la source salée d’’Aïn-El-Mokhanza.

En aval, en un point où l’ouâdi prend le nom arabe d’Ouâdi-es-Sâoudy,

est un second puits, celui de Meggarîn.

A six kilomètres en descendant le cours de l’ouâdi, est le puits d’El-

Khadrâya.

A trois kilomètres, dans le thalweg même, se trouve la source d’El-

Khadra ; là encore, la rivière change de nom et devient l’Ouâd-Chegga.

A El-Metekki, à douze kilomètres d’’Aïn-El-Khadra, est un quatrième

puits.

A égale distance, un cinquième se nomme Bey-Sâlah.

Entre ce point et Sîdi-Boû-Hânia, se trouve un dernier puits, celui de

Matmata.

En allant d’El-Ouâd à Ouarglâ, j’ai traversé le bas-Igharghar, au puits

de Bey-Sâlah, et je lui ai trouvé un lit large et profond, sur la nature

duquel il n’est pas permis de se tromper, car on y reconnaît facilement

des alluvions provenant de contrées autres que celles de l’’Erg.

Un intérêt géographique, non moins grand, s’attache à la détermination

précise des origines de cet immense bassin. Ma confiance dans les

renseignements que m’ont fournis les Touâreg à ce sujet est égale à

celle en mes observations personnelles, car tous les Sahariens sont

d’excellents hydrographes.

Voici les déterminations que je considère comme exactes :

La source la plus méridionale de l’Igharghar, celle qui fournit des eaux

à la ville d’Idèles, sort de l’Atakôr-n-Ahaggâr.

Du flanc Nord-Est de cette montagne naissent d’autres affluents qui,

après avoir longé ou traversé la plaine d’Amadghôr[20], viennent se

réunir au lit principal.

Le Mouydîr et le rebord occidental du Tasîli, entre lesquels l’Igharghar

marche dans une vallée encaissée, y déversent les eaux de leurs nombreux

ravins.

A la hauteur d’El-Bîr, au Sud-Ouest de Timâssanîn, on reconnaît l’amorce

de la tête orientale, celle alimentée par les nombreux Igharghâren qui

descendent des points les plus élevés du Tasîli et donnent leur nom à la

plaine qu’ils traversent.

Cette tête se prolonge dans l’Est au delà du Tasîli, car la vallée

d’Ouarâret, celle du Tânezzoûft, celle de l’Ouâdi-Serdélès et la partie

occidentale du désert de Tâyta, appartiennent aussi au même bassin, bien

que des barrages d’alluvions et de dunes en fassent autant de bassins

secondaires fermés aujourd’hui.

Indépendamment de ces deux têtes principales, l’Igharghar reçoit : sur

sa rive droite, à travers les sables, toutes les gouttières du plateau

de Tînghert et de l’immense bassin de l’’Erg ; sur sa rive gauche, les

eaux du Tâdemâyt par l’Ouâd-Miya, celles du plateau des Chaa’nba par de

nombreux ravins, celles du plateau des Benî-Mezâb par l’Ouâd-Mezâb,

celles de la chaîne atlantique même par l’Ouâd-Djedi. Il est vrai que

tous ces ouâd, aujourd’hui envahis par des sables ou des alluvions,

n’envoient plus leurs eaux au lit principal du bassin que par des

filtrations souterraines qui ont transformé un grand fleuve en nappes

artésiennes, alimentant ou des puits jaillissants ou des lacs vaseux

successivement échelonnés jusqu’à la mer sur le parcours de l’ancien

lit.

Nous verrons plus loin que cette situation ne date pas d’hier.

_Ouâdi-Tâfasâsset_ : A quelques kilomètres au Sud des points où

l’Igharghar prend ses nombreuses sources, on est à peu près certain de

trouver autant d’origines du Tâfasâsset.

Ses affluents supérieurs partent, les uns du Ahaggâr, les autres du

Tasîli, et voyagent isolément dans deux lits séparés jusqu’en un désert,

au Sud-Ouest des puits d’Asiou, où ils se réunissent.

La branche orientale, après avoir reçu tous les ouâdi qui descendent du

plateau de Tasîli et de la chaîne d’Anhef, en longeant le pied de cette

chaîne, change de direction à partir du puits de Falezlez pour prendre

celle du Sud ; à la hauteur des puits d’Asiou, elle se détourne vers le

Sud-Ouest pour se joindre à la branche occidentale, l’Ouâdi-Tin-Tarâbin,

dont la direction générale est Nord et Sud, et gagner l’Ahaouagh, au

centre du pays des Aouélimmiden.

D’après le Cheïkh-’Othmân, l’Ouâdi-Tâfasâsset, dans son cours inférieur,

recevrait sur ses deux rives de nombreux affluents venant des montagnes

de l’Adghagh dans l’Ouest et de celles d’Azben dans l’Est.

Je n’ai pu savoir de mes informateurs si cette rivière atteignait le

Niger, dont le pays d’Ahaouagh est limitrophe. Cela est très-probable,

même dans l’état actuel, quoique, faute d’un courant d’eau qui

l’entretienne, le lit des rivières sahariennes ne soit pas toujours

nettement marqué. M. le docteur Barth indique au Sud et à l’Est de Saï

des ouâdi dont l’un pourrait bien être le confluent du Tâfasâsset dans

le Niger. Une étude spéciale du pays des Touâreg du Sud pourra seule

nous apprendre si la communication existe d’une manière continue.

Quoi qu’il en soit, un fait important est désormais acquis à la

géographie physique du Sahara : c’est que les massifs du Ahaggâr et du

Tasîli ont formé jadis un partage d’eau entre la Méditerranée, par le

golfe de Gâbès, et l’Océan Atlantique, par le Niger et le golfe de

Benin.

_Ouâdi-Tîrhehêrt_ : Selon toute probabilité, une troisième grande vallée

formée à son origine des bassins de l’Ouâdi-Tîrhehêrt et de l’Ouâdi-

Akâraba, partirait du Mouydîr pour aller, dans l’Ouest, aboutir au lac

Debaya et, de là, déverser les eaux du versant occidental du massif du

Ahaggâr dans l’Océan Atlantique par le canal de l’Ouâd-Dráa.

Mais, pour arriver à l’Ouâd-Dráa, ces eaux auraient à traverser les

dunes d’Iguîdi, et le bassin même de la vallée disparaîtrait sous des

masses de sables.

Dans cette hypothèse, les eaux qui descendent de l’Atlas marocain par

les lits de l’Ouâd-Messaoura, de l’Ouâd-Guîr, de l’Ouâd-Tafilelt, et qui

se perdent aujourd’hui dans les sables, se réuniraient souterrainement à

celles de l’Akâraba et du Tîrhehêrt pour aller alimenter le grand lac du

Sahara marocain, comme celles de l’Igharghar, après de nombreuses

disparitions et réapparitions, se retrouvent dans le Rîgh, le Melghîgh

et les chott du Sud de la Tunisie.

Malheureusement, les déserts compris entre le pays des Touâreg et le

grand lac de l’Ouâd-Dráa n’ont été explorés par aucun européen et sont

même très-peu connus des indigènes, et à défaut d’indications plus

précises, je ne dois pas aller au delà des informations des hommes qui

connaissent le mieux la géographie de cette partie du Sahara.

D’après le Cheïkh-’Othmân, « l’Ouâdi-Tîrhehêrt, que les Touâreg du

Ahaggâr appellent Tîrhejîrt et les Aouélimmiden nomment Teghâzert,

prendrait sa source au point culminant du Mouydîr, dans la grande

montagne d’Ifettesen qui donne aussi naissance à l’Ouâdi-Akâraba et à

l’Ouâdi-Rharis ; puis, dès sa sortie de la montagne, il se dirigerait

droit à l’Ouest, pour aller passer entre In-Zîza et Ouâllen en coupant

le Bâten Ahenet. Il entrerait dans le Tânezroûft en un endroit appelé

Sedjendjânet et de là tournerait au Nord pour aller se perdre dans les

dunes d’Iguîdi en se dirigeant vers le bassin de l’Ouâd-Dráa où les

sables l’empêchent d’arriver.

« Au delà de Sedjendjânet, le cours de cet ouâdi est peu connu, car il

traverse alors des terrains inhabités et parcourus seulement par les

voleurs de grands chemins. »

_Ouâdi-Akâraba_ : Parallèle à l’Ouâdi-Tîrhehêrt, l’Ouâdi-Akâraba naît

comme lui dans le Mouydîr et comme lui se perd dans les sables d’Iguîdi.

Le point du pic d’Ifettesen, où se trouve sa source, se nomme Immahegh.

D’après les indigènes, cet ouâdi apporte souterrainement aux oasis du

Tidîkelt et d’Aqabli les eaux d’alimentation de leurs puits à galeries,

comme l’Igharghar fournit à l’Ouâd-Rîgh celles de ses puits artésiens.

Ainsi, quoique le nom d’ouâdi, dans le Sahara, soit à peu près synonyme

de _lit de rivière sans eau_, les lignes de bas-fonds qui les

caractérisent n’en ont pas moins d’importance, car leurs eaux

d’infiltration y alimentent, ou des puits ordinaires, ou des puits à

galeries, ou des puits artésiens, quelquefois des lacs temporaires,

Rhedîr ou Abankôr, même des lacs permanents, Adjelmâm, et enfin des

sources assez communes dans les montagnes.

L’eau ne manque donc pas d’une manière absolue sur le plateau central du

Sahara, ainsi qu’on le croit généralement ; cependant elle y est rare,

parce que les habitants de cette contrée, ou faute de temps ou faute de

moyens industriels suffisants, n’exécutent pas les travaux qui la leur

donneraient en plus grande abondance.

Quelques mots sur ces divers compléments de l’hydrographie saharienne.

_Puits ordinaires_ : Permanents, on leur donne, suivant leur profondeur,

les noms de _Mouï_, _’Ogla_, _Bîr_ ou _Hâsi_ ; temporaires, ils portent

celui de _Themed_.

Rarement, les puits sahariens atteignent une grande profondeur, car on

s’abstient d’en creuser là où le forage et le puisage de l’eau

demanderaient trop de travail.

On s’abstient également d’en ouvrir partout où ils pourraient devenir

des points de station et de refuge pour des maraudeurs. Souvent le

besoin de sécurité pour les voyageurs ou pour les tribus les a fait

combler sur des routes qui en étaient abondamment pourvues.

Sur tout le plateau central, les puits sont encore moins profonds que

dans les plaines et dans les hamâd : ainsi dans le bas des vallées, ils

n’ont guère plus de quatre à cinq mètres, et, dans les parties

supérieures, on trouve l’eau presque à fleur de terre. L’eau de ces

puits est généralement bonne.

_Fogâr_ ou _puits à galeries_ : Près des centres d’habitation ou de

culture, quand, à l’amont des terrains susceptibles d’être arrosés, on a

reconnu, au moyen de puits verticaux, l’abondance d’une couche aquifère,

on les réunit entre eux par des galeries horizontales, à pente réglée et

inclinée vers le terrain à arroser, de manière à avoir un courant

continu.

Ce procédé ingénieux pourrait recevoir plus d’une application utile en

Algérie, et même dans certaines contrées de la France.

Ainsi sont arrosées la plupart des oasis du Touât, et quelques-unes de

celles du Fezzân.

_Puits artésiens_ : Des puits artésiens ont été creusés avec succès sur

cinq points différents du versant méditerranéen du Sahara.

On en compte 335 dans l’Ouâd-Rîgh ; un grand nombre, dont le chiffre est

inconnu, dans l’oasis d’Ouarglâ ; un à Timâssanîn ; une dizaine à

Ihanâren ; deux à Serdélès.

Les indigènes donnent le nom d’_’Aïn_ (fontaine) à ces eaux

jaillissantes.

Les Touâreg du nord · 第 4 / 46 段