M. Gabaret jura.

Et ils attendirent la fortune, chacun sur sa dunette.

Jamais leurs yeux n’eurent moins de travail et leurs oreilles plus

d’ouvrage, tant il y avait de vacarme dans cette obscurité. Parfois,

cependant, la foudre illuminait brusquement le désordre, et laissait aux

prunelles la persistance d’une vision si brève, que l’agitation n’avait

pas eu le temps de s’y marquer. La mer paraissait alors une chaîne de

montagnes étincelantes, où des vaisseaux, tantôt ruants et tantôt

cabrés, couronnaient quelque cime ou jonchaient quelque vallée. Et ce

spectacle, immobile à force d’être instantané, suggérait à M. de Kerjan

qu’après tout, les montagnes ne sont qu’une énorme statue de l’océan.

M. de Cogoulin, lui, songeait au calme nocturne de Paris et du Marais,

au milieu de quoi, dans l’hôtel de Cogoulin, chaude et silencieuse

dormait sa chambre.

Le voyage immobile, suivi d'autres histoires singulières · 第 22 / 34 题