LE RÊVE DE MADELEINE

Ignorant tout, paisible dans son sommeil, à cette heure-là Madeleine

rêvait.

Ses yeux clos virent d’abord des choses grises: un jour de crépuscule,

un fleuve sur lequel un bateau glissait; elle fut tout à coup à l’avant,

regardant l’eau fendue par l’étrave, une eau sans poids, dont les vagues

chevauchaient l’une sur l’autre comme gonflées d’air. Puis on côtoya une

île verte, et les rives étaient ici tellement rapprochées, que les

flancs du bateau les frôlaient. Un phénomène survint: le printemps, un

printemps soudain de cataclysme déroula les bourgeons, développa les

feuilles, et des frondaisons s’étendirent si touffues, d’un bord à

l’autre, que le bateau glissait maintenant sous une voûte noire, sombre

comme la nuit. Et Madeleine qui se voyait toujours penchée vers cette

eau ténébreuse, oppressée par le poids de cette nuit, se mit à désirer

que Saltzen fût présent et lui expliquât...

Comment s'en vont les reines · 第 17 / 27 题