M'éveillant le lendemain matin, avec le souvenir en soubresaut de
quelque chose d'heureux, avec de la joie tout au fond de moi-même, je
vis d'abord un objet à silhouette extraordinaire, qui était dans ma
chambre sur une table: une pirogue de là-bas, évidemment, très svelte et
très étrange, avec son balancier et ses voiles! Puis mes yeux
rencontrèrent d'autres objets inconnus: des colliers en coquilles
enfilés de cheveux humains, des coiffures de plumes, des ornements d'une
sauvagerie primitive et sombre, accrochés, un peu partout, comme si la
lointaine Polynésie fût venue à moi pendant mon sommeil... Donc, il
avait commencé de faire ouvrir ses caisses, mon frère, et il avait dû
entrer sans bruit pendant que je dormais encore, pour s'amuser à
grouper autour de moi ces cadeaux destinés à mon musée.
Je me levai bien vite pour aller le retrouver: je l'avais à peine vu la
veille au soir!...