Deux jours par semaine, pendant les classes d'histoire, j'étais mêlé aux
élèves des cours de marine, qui portaient des ceintures rouges pour se
donner des airs de matelots et qui dessinaient sur leurs cahiers des
ancres ou des navires.
Je ne songeais point à cette carrière-là pour moi-même; à peine deux ou
trois fois y avais-je arrêté mon esprit, mais plutôt avec inquiétude:
c'était la seule cependant qui pût m'attirer par tout son côté de
voyages et d'aventures; mais elle m'effrayait aussi plus qu'aucun autre,
à cause de ses longs exils que la foi ne m'aiderait plus à supporter
comme au temps de ma vocation de missionnaire.
S'en aller comme mon frère; quitter pour des années ma mère et tous
ceux que j'aimais; pendant des années, ne pas voir ma chère petite cour
reverdir au printemps, ni les roses fleurir sur nos vieux murs, non, je
ne me sentais pas ce courage.
Surtout, il me semblait établi _a priori_, à cause sans doute de mon
genre d'éducation, qu'un tel métier, si rude, ne pouvait être pour moi.
Et je savais très bien d'ailleurs, par quelques mots prononcés en ma
présence, que si l'idée folle m'en venait jamais, mes parents
repousseraient cela bien loin, n'y consentiraient à aucun prix.