En 1820, le département de la Seine alloue 50,000 fr. à la restauration

de Notre-Dame, mais malheureusement cette somme est dépensée à faire des

reprises en mastic de Dhil, qui aujourd'hui sont tombées presque

partout, et à badigeonner de nouveau tout l'intérieur de l'église.

En 1831 les émeutes du mois de février détruisent l'archevêché et la

vieille chapelle de l'ancien évêché.

La croix du chevet est renversée, elle brise en tombant une portion de

la balustrade du grand comble, et défonce une voûte des galeries

supérieures. L'un des auteurs de cet acte de vandalisme a écrit son nom

sur le mur de la galerie intérieurement, avec ses qualités et la

constatation du fait.

La démolition de l'archevêché entraîna avec elle la mutilation du

portail du midi, si remarquable par ses bas-reliefs et son inscription.

L'état d'abandon dans lequel resta si long-temps cette partie de

Notre-Dame, excita l'indignation de tous les amis de nos beaux édifices

du moyen-âge. Les murs de cette façade devinrent un dépôt d'immondices,

et les enfans brisèrent à coups de pierres les bas-reliefs de ce

portail, que le temps avait respectés l'espace de six cents ans.

En 1837, par l'intervention de l'administration de l'intérieur, des

cultes, et de l'instruction publique, et sur le rapport de l'un de nous,

le remblai du jardin du côté du midi fut suspendu, et la préfecture de

la Seine fit faire une nouvelle étude du nivellement.

Enfin, c'est en 1840 que furent exécutés les derniers essais de

restauration en mastic des clochetons du nord et de la première chapelle

de la nef, côté méridional. Malheureusement au lieu de chercher à

rétablir les pignons aigus qui existaient dans l'origine, on s'est

contenté de copier les lourds frontons ajoutés sur la face du nord en

1812 et 1813.

* * * * *

=Troisième Partie.=

=Restauration extérieure.=

Nous venons, monsieur le ministre, de tracer le tableau bien rapide et

bien triste des dégradations et des mutilations de toutes sortes qui

depuis si long-temps déshonorent notre belle cathédrale. Il nous reste à

parler des moyens que nous avons cru devoir employer pour réparer tant

de désastres.

Dans l'exécution de l'important travail que nous avons l'honneur de vous

soumettre, travail composé de vingt-deux feuilles de dessins, et d'un

devis de toute la dépense, nous sommes restés constamment fidèles aux

principes que nous avons émis précédemment sur la restauration en

général. Nous avons repoussé complètement toute modification, tout

changement, toute altération, tant de la forme et de la matière que du

système de construction. C'est avec un respect religieux que nous nous

sommes mis à la recherche des moindres vestiges des formes altérées

soit par le temps, soit par la main des hommes. Et lorsque ces

renseignemens nous ont manqué, c'est à l'aide de textes positifs, de

dessins, de gravures et surtout en puisant des autorités dans le

monument même que nous avons procédé à là restauration.

Loin de nous l'idée de compléter une oeuvre aussi remarquablement belle,

c'est là une prétention à laquelle nous avouons ne rien comprendre.

Croit-on, par exemple, que ce monument gagnerait à la reconstruction des

deux flèches (d'une forme d'ailleurs fort hypothétique) au-dessus des

deux tours? Nous ne le pensons pas. Et même, en admettant une réussite

complète, on obtiendrait peut-être par cette adjonction un monument

remarquable, mais ce monument ne serait plus Notre-Dame de Paris.

Rendre à notre belle cathédrale toute sa splendeur, lui restituer toutes

les richesses dont elle a été dépouillée, telle est la tâche que nous

nous sommes imposée, elle est certes assez belle pour qu'il soit inutile

de vouloir y rien ajouter.

Quant à la consolidation; nous n'en parlerons pas ici, tous les détails

de ce travail sont scrupuleusement consignés et appréciés dans le devis

estimatif.

Nous ne nous occuperons donc que de la restauration proprement dite.

Nous avons déjà signalé les nombreuses dégradations qui marquent le

passage de l'architecte Parvy, dans les travaux faits à Notre-Dame.

C'est à l'aide d'un précieux dessin appartement à M. Dépaulis, et

surtout en consultant avec soin les restes qui avaient échappé au

marteau des maçons, que nous avons pu restaurer le riche encadrement de

la rose, et les belles gerbes de crochets qui s'épanouissaient à chaque

angle des contreforts.

Avant cet architecte, Soufflot avait le premier osé porter la main sur

la sculpture si justement admirée de notre cathédrale. Enfin les

démolisseurs de 1793 vinrent achever l'oeuvre de destruction en

renversant toutes les statues; les rois et les saints, rien ne fut

épargné. Dans notre restauration nous proposons le rétablissement de

toutes ces sculptures; car tout se lie dans cet ensemble de statues et

de bas-reliefs, et l'on ne peut laisser incomplète une page aussi

admirable, sans risquer de la rendre inintelligible. C'est en prenant

des exemples dans nos anciennes cathédrales que nous avons rétabli les

28 rois dans leurs niches[25], le Christ bénissant, et les douze apôtres

dans les ébrasemens de la porte centrale, les huit figures de la porte

de la Vierge, et les huit statues romanes de celle sainte Anne.

[Note 25: À Chartres, les statues des rois qui ornent le portail du

midi, sont des rois de Juda, ainsi que le prouve une figure de Jessé qui

est placée sous le premier.

À la cathédrale de Paris, toutes les autorités que nous avons consultées

n'admettent, sur le portail, que des rois de France, et cependant la

statue de Pepin, placée au centre et montée sur un lion, est précisément

dans la même condition que celle de David, du portail de Chartres, posée

de même sur un lion; à Reims, les statues colossales du portail de

Notre-Dame étaient de même des rois de France.

Pièce du XIIIe siècle, publiée par M. A. Juhinal, extraite des

vingt-trois manières de Vilain (_Manuscrit_).

Li vilains Rabuins est cil ki va devant Nostre-Dame, à Paris, et regarde

les rois et dist: «Ves-là Pépin, vès-là Charlemainne,» et on li coupe sa

borse par derrière.

Bib. royale: _Manuscrit_ 5921, écriture du XIIIe siècle.

Extrait: _Hæc sunt nomina regum Francorum IN PORTA Beatæ Mariæ Parisius

scripta._

Primus rex. Clodoveus.

Secundus--Lotharius.

Tertius.--Chilpericus.

Quartus--Lotharius.

Quintus--Dagobertus.

Sextus--Clodoveus.

Septimus--Lotharius.

Octavus--Theodoricus.

Nonus--Hildericus.

X--Theodoricus.

XI--Clodoveus.

XII--Hildebertus.

XIII--Clodoveus.

XIV--Lotharius.

XV---Chilpericus.

XVI--Theodoricus.

XVII--Hildericus.

XVIII--Pippinus.

XIX--Karolus magnus.

XX--Lodovicus, filius ejus.

XXI--Lotharius.

XXII--Karolus.

XXIII--Lodovicus balbus.

XXIV--Karolus.

XXV--Odo.

XXVI--Karolus.

XXVII--Rudolfus.

XXVIII--Ludovicus.

XXIX--Lotharius.

XXX--Ludovicus regnavit anno uno.

XXXI--Hugo.

XXXII--Robertus.

XXXIII--Henricus.

XXXIV--Philippus.

XXXV--Ludovicus.

XXXVI--Ludovicus.

XXXVII--Philippus, bonus rex.

XXXVIII--Ludovicus, filius ejuz.

XXXIX--Ludovicus qui regnat.

Il est à remarquer, dans ce catalogue, qu'il y a trente-neuf rois, et

que dans la galerie de la façade occidentale, il n'y a place que pour

vingt-huit; mais, dans le titre, le mot _in porta_ indique que ces noms

étaient inscrits soit sur le pied-droit de la porte principale, soit sur

les ventaux.]

Dans les quatre niches des éperons nous replaçons saint Denis, la

religion juive, la religion chrétienne et saint Étienne[26], et sur les

piédestaux vides de la galerie de la Vierge, la belle statue qui lui

avait valu ce nom, puis les anges qui l'accompagnaient, ainsi que les

deux statues d'Adam et d'Ève entre les contreforts des tours.

[Note 26: (Corrozet).--Le dessin, appartenant à M. Dépaulis, indique

d'une manière positive, sur l'éperon du côté de l'Hôtel-Dieu, une statue

d'évêque; sur ceux qui viennent ensuite, la Religion juive, puis la

Religion chrétienne, et enfin, sur le dernier, une figure drapée et

nimbée.

(_Curiosités de Paris_, par M. C. P. G.).--Sur les quatre grands

pilastres sont représentées, en grandes figures, deux _Femmes

couronnées_, dont l'une représente la Religion; l'autre, la Foi (la

Religion chrétienne et la Religion juive); du côté de l'archevêché,

saint Denis, et du côté du cloître saint Étienne.]

Nous avons remplacé les abat-sons hideux qui viennent aujourd'hui ronger

les faisceaux de colonnes des grandes fenêtres des tours par un système

analogue, qui, tout en préservant le beffroi, laisserait voir les

grandes proportions des fenêtres, et ne nuirait plus à l'ancienne

construction extérieure.

Si de la façade occidentale nous passons aux façades latérales, des

dégradations plus importantes encore dénaturent presque complètement

l'aspect du monument; nous avons eu à rétablir les murs des chapelles de

la nef, avec leur ancienne décoration de pignons, niches, statues et

gargouilles[27], les contreforts, à couronner des pinacles et statues

qui les terminaient, ainsi que l'indiquaient les textes et surtout la

trace de cette décoration qui existe encore sur place. En effet les

contreforts ont conservé les supports de leurs gargouilles, et la

corniche qui recevait les pinacles, comme le prouve d'une manière

positive le texte de Corrozet que nous donnons en note[28]. Aux deux

extrémités du transcept, des travaux importans de restauration sont

commandés par le mauvais état des constructions. Les deux grandes roses,

surtout celle du nord, tombent en ruine, et celle du midi, quoique

refaite par le cardinal de Noailles, exigera bientôt une reconstruction

complète.

[Note 27: Plan de la ville de Paris, par Turgot.

Côté du nord, près le portail du transcept, le support du premier pignon

des chapelles de la nef existe: C'est une petite figure d'homme,

accroupie. De ce côté, quelques crochets de l'ancienne corniche se

voient encore dans la corniche neuve, refaite en 1812.

(Voir le dessin: _Détail d'une travée de la nef_).]

[Note 28: Tout le comble est appuyé d'arcs-boutans, au bout

desquels, en partie, sont des pyramides carrées et triangulaires, aux

effigies de rois et autres personnages qui sont dedans et dessus.

(Corrozet.)]

La restauration de ces roses, ornées de si beaux vitraux, demande un

examen approfondi de leur construction, vicieuse dès l'origine, et à

laquelle il deviendra nécessaire d'apporter des modifications. Peut-être

pourrait-on, sans changer leurs profils intérieurs et extérieurs, leur

donner une solidité beaucoup plus grande en augmentant leur épaisseur.

La rosace supérieure et les deux clochetons du pignon septentrional sont

dans le plus triste état; le caractère de ces parties importantes de

l'édifice est tellement dénaturé, et leur solidité si précaire, que nous

avons dû les restaurer presque entièrement, et cela avec d'autant moins

de regret, que l'ornementation des deux portails a été gâtée et

totalement changée. Les restaurations que nous proposons rendront à ces

belles façades toute l'élégance qu'elles ont perdue. Dans la nef et le

choeur, le rétablissement des redens de toutes les grandes fenêtres

nécessitera la reconstruction de la partie supérieure de tous leurs

meneaux. Au-dessus des chapelles du choeur, du côté du midi et à

l'abside, les éperons qui reçoivent la poussée des arcs-boutans, ont été

flanqués de lourdes constructions en maçonnerie, dans le but de les

consolider. Ces placages, mal combinés, portant à faux et du plus

fâcheux effet, doivent être enlevés, et les éperons réparés, en se

renfermant dans leur ancienne épaisseur.

Une des questions les plus graves de la restauration, est certainement

celle soulevée par la réparation des fenêtres des galeries. Ces

fenêtres, ainsi que nous l'avons dit dans la partie historique de notre

rapport, n'appartiennent à aucun style. Cette construction provisoire,

faite à l'époque où l'on abandonna probablement l'idée de doubler les

galeries du premier étage, est dans un état de dégradation auquel il est

indispensable d'apporter remède. Déjà au XIVe siècle les architectes

frappés de la laideur de ces baies, ont remplacé celles de l'abside par

des grandes fenêtres à meneaux qui présentent les mêmes inconvéniens que

celles de la nef et du choeur, en rendant indispensable le remplacement

des combles simples par des terrasses et cheneaux. Or, ici, trois

questions se présentent: doit-on conserver les fenêtres actuelles des

galeries, et les réparer dans leur forme bâtarde? doit-on les restaurer

dans le style du XIXe siècle? ou bien doit-on les reconstruire dans

celui des galeries?

Nous n'avons pas cru devoir trancher d'une manière positive une question

aussi délicate. Quoique dans nos dessins nous ayons indiqué la

restauration de ces fenêtres dans le style des galeries, nous ne donnons

cependant pas la question comme résolue. Voici les motifs qui nous ont

fait pencher vers ce parti.

Continuer les fenêtres dans le style du XIVe siècle, ainsi que cela a

été commencé à l'abside, serait une chose défectueuse sous le rapport de

la construction, ainsi que nous venons de le dire. Les rétablir suivant

leur forme provisoire, ce serait constater un fait curieux, puisqu'il

donne la preuve d'un projet de galerie double. Mais sacrifier l'aspect

des faces latérales de Notre-Dame à ce fait, ne serait-ce pas une chose

puérile? une inscription, un figuré tracé sur la pierre, ne

suffiraient-ils pas aux exigences de l'archéologie?

Dans tous les cas, nous avons pensé que dans _nos dessins_ il était

convenable de remplacer ces laides ouvertures par des fenêtres en

harmonie avec le style général des façades, ne fût-ce que pour faciliter

la solution de cette question difficile.

À l'abside, une restauration importante doit compléter l'aspect si riche

des chapelles, c'est celle des deux derniers éperons, dont les

couronnemens enlevés ou détruits, ont été remplacés dans le XVe siècle,

par de petites pyramides maigres, et tout à fait en désaccord avec les

beaux clochetons du choeur. Ces pyramidions, en très mauvais état,

remplacent de grands pinacles ornés de colonnes et de statues, ainsi que

cela était pratiqué dans beaucoup de monumens du XIVe siècle. Il est

difficile sur ce point de ne pas restaurer à coup sûr, car le

soubassement et les bases mêmes des colonnes sont encore à leur place.

Il ne nous reste plus à parler que de la flèche centrale, construite en

charpente, couverte de plomb. Cette flèche, qui complétait si bien la

cathédrale de Paris, avait cent quatre pieds, depuis le faîtage du

comble jusqu'au coq[29].

[Note 29: _Curiosités de Paris_, par M. C. P. C. 1763.]

Les gravures d'Israël Sylvestre, et surtout un précieux dessin de feu

Garneray[30] nous ont permis de la restaurer complètement.

[Note 30: Nous possédons un calque de ce précieux dessin, fait avant

la révolution de 1789.]

=Restauration intérieure.=

Un débadigeonnage complet nous paraît être la première opération à faire

à l'intérieur de Notre-Dame, et pour connaître l'état des voûtes qui

peuvent être moins bonnes qu'on ne le suppose, et pour retrouver les

traces de peinture qui pourraient exister, ainsi qu'il est permis de

l'espérer d'après les résultats obtenus par quelques essais partiels.

Toutefois le mode d'exécution de ce travail nous paraît être de la plus

grande importance. Il est évident que dans ce cas la brosse et l'éponge

peuvent être seuls employées, et que le grattage doit être totalement

exclu. Nous devons dire cependant qu'à moins que ce lavage ne nous donne

la preuve positive d'un système général de peinture adopté autrefois à

l'intérieur de Notre-Dame, nous ne pensons pas que ce parti doive être

adopté. Jusque là nous n'avons admis la peinture que comme décoration

des chapelles, ou de certaines parties de l'église.

Quant à la peinture sur verre, quoique dans notre devis nous lui ayons

réservé un chapitre à part, nous croyons cependant que l'exécution de

verrières peintes serait un des plus splendides moyens de décoration

intérieure, rien ne pouvant égaler la richesse de ces peintures

transparentes, complément indispensable des monumens de cette époque.

Aussi parmi nos dessins en avons-nous donné un spécimen exécuté d'après

les vitraux de la cathédrale de Bourges. Vous avez bien voulu, Monsieur

le Ministre, nous communiquer une demande de Monseigneur l'archevêque,

relativement à l'abaissement de la tribune de l'orgue. Nous sommes les

premiers à reconnaître tous les inconvéniens de l'état actuel signalés

par Monseigneur; mais malheureusement cette tribune a été construite dès

le treizième siècle dans le but de maintenir la poussée des arcs des

galeries qui portent les deux énormes tours; la destruction, ou même

l'abaissement simple de cette tribune, pourrait donc présenter de grands

dangers qu'il serait imprudent de provoquer. Quant à la question

archéologique, elle a trop peu d'importance, relativement à celle que

nous venons de donner, pour que nous en parlions.

Dans une restauration comme celle de Notre-Dame, il est impossible de ne

pas chercher à mettre en harmonie avec l'architecture de l'édifice tous

les objets accessoires, surtout lorsqu'ils ont une importance réelle.

Ainsi, nous remplaçons les grilles contournées et de mauvais goût des

tribunes par des grilles plus en rapport avec l'architecture qu'elles

accompagnent. Les exemples de serrurerie ne nous manquent pas à Rouen, à

Saint-Denis, à Saint-Germer, à Notre-Dame de Paris même, sur les belles

portes de la façade occidentale.

Nous avons donné, dans nos dessins, une restauration du choeur de

Notre-Dame, tel qu'il était avant 1699; mais ce travail n'est qu'une

étude archéologique dont nous n'admettons pas l'exécution; car nous

pensons qu'il serait fâcheux de détruire, sans de bonnes raisons, un

souvenir historique aussi important que celui-là. D'ailleurs, il serait

peut-être hasardeux de détruire une chose exécutée avec un semblable

luxe, sinon avec goût, pour la remplacer par des formes sur lesquelles

il ne reste plus que quelques descriptions ou quelques renseignemens

assez vagues. Dans tous les cas, si l'on devait changer quelque chose à

la décoration actuelle du choeur de Notre-Dame, ce ne pourrait être

qu'après l'achèvement de la restauration extérieure et l'entière

exécution des travaux intérieurs. Alors, pourrait-on peut-être dégager

seulement les colonnes et les ogives du rond-point enveloppées dans ces

massifs revêtemens de marbre rouge, puis enlever les tableaux et

déboucher les ogives au-dessus des bas-reliefs du XIVe siècle. Quant aux

stalles, bien qu'elles ne soient nullement en harmonie avec l'édifice,

tant de raisons plaident en faveur de leur conservation, qu'il n'est pas

permis de songer à les détruire ou à les déplacer. Si nous n'avons pas

donné dans nos dessins le choeur de Louis XIV, c'est qu'il ne présentait

aucun intérêt sous le rapport de l'art, et qu'il n'y avait aucune

utilité à le reproduire.

Quoique le dallage de la nef de Notre-Dame ait été surélevé, nous ne

pensons pas qu'il soit nécessaire de le baisser. Cette opération, fort

coûteuse, et qui n'ajouterait que peu d'effet à la grandeur du vaisseau,

aurait encore l'inconvénient de diminuer le nombre de marches que nous

sommes parvenus à placer au-devant du portail; car c'est avec beaucoup

de peine, à l'aide d'un travail consciencieux sur le nivèlement des

abords de la cathédrale, que nous avons pu replacer quatre marches

seulement devant les trois portes de la façade occidentale. Ce travail,

que nous avons indiqué dans un plan général, présentait de grandes

difficultés, parce qu'il fallait, avant tout, éviter le déchaussement

des maisons de la rue d'Arcole, déchaussement qui ne pourrait être

exécuté qu'à l'aide d'indemnités considérables.

* * * * *

=Quatrième Partie.=

=Sacristie.=

La démolition de l'Archevêché, en supprimant toutes les dépendances de

l'ancienne sacristie de Notre-Dame, a rendu indispensable la

construction d'un nouveau bâtiment destiné à cet usage. Plusieurs

projets ont déjà été présentés à l'administration des cultes. La

première difficulté qui se rencontrait pour l'exécution de ces différens

projets provenait de l'emplacement à choisir.

Devait-on conserver le local actuel? devait-on élever la nouvelle

sacristie derrière l'abside ou la comprendre dans l'intérieur de

Notre-Dame, soit en occupant plusieurs chapelles, soit en modifiant

quelque partie du plan de l'église.

L'emplacement situé derrière l'abside aurait l'inconvénient de masquer

l'un des points les plus beaux de l'église métropolitaine, et

éloignerait d'ailleurs les bâtimens de la sacristie du choeur, tellement

que le service serait toujours très difficile et deviendrait même

impossible les jours de fêtes, lorsque les bas-côtés sont remplis de

monde.

Placer la sacristie dans l'intérieur même de Notre-Dame, ce serait

admettre que le plan de la basilique peut être modifié, et nous avons à

cet égard, repoussé toute idée de changement de l'ensemble ou des

détails de l'édifice.

Quant à nous, nous avions déjà manifesté notre opinion à cet égard dans

le projet d'archevêché que nous avons eu l'honneur de soumettre à Votre

Excellence, en janvier 1842. À cette époque, comme aujourd'hui, nous

avons cru devoir nous en tenir à l'emplacement actuel comme le seul

possible.

En agissant ainsi, nous nous sommes appuyés sur les dispositions

analogues des sacristies de Chartres, de la Sainte-Chapelle de

Paris[31], de celle de Vincennes, et de tant d'autres, toujours placées

sur le flanc du monument principal. Évidemment, ce parti est le seul qui

soit réellement dans le caractère de l'architecture gothique. On a

quelquefois parlé de déguiser, de masquer, autant que possible, cette

annexe indispensable, tout cela pour éviter de nuire à la symétrie du

monument; mais cette idée est tout-à-fait contraire à celle des

architectes gothiques, qui se sont toujours gardés de dissimuler un

besoin. C'est même grâce à cette liberté dans la composition de leurs

plans que ces artistes nous ont transmis des édifices aussi remarquables

par la variété motivée de leurs constructions que par la beauté de leurs

détails.

[Note 31: Voir le _fac-simile_ d'un ancien dessin représentant la

sainte chapelle avec la sacristie, détruite sous Louis XVI.]

Au reste, la disposition que nous proposons est celle qui a existé de

tout temps: et, pour construire la sacristie actuelle, Soufflot a

démoli, de ce côté, un passage qui communiquait avec l'ancienne

sacristie de la métropole, et tenait alors à l'évêché. La gravure que

nous avons fait exécuter, d'après une ancienne tapisserie du XVe siècle,

en donne la preuve, ainsi que plusieurs gravures d'Israël Sylvestre.

[Illustration: LEVECHE NOSTRE-DAME]

Le projet que nous avons aujourd'hui l'honneur de vous soumettre,

Monsieur le Ministre, n'est donc que l'étude en grand de la disposition

prise par nous dans notre projet d'archevêché. Nous avons choisi

l'emplacement actuel consacré par un long usage, parce qu'il est le plus

à proximité du choeur, et parce qu'il permet d'isoler ce bâtiment de

l'église, dont il ne masque qu'une faible partie, et sur un point qui,

d'ailleurs, l'a toujours été.

Ce parti présente encore l'avantage de n'apporter aucun changement dans

la disposition générale du plan de Notre-Dame.

Le choix de l'emplacement une fois arrêté, il nous restait encore à

résoudre la question du style à adopter pour cette annexe, si peu

importante relativement à l'ensemble de la cathédrale. Nous l'avouons,

Monsieur le Ministre, il ne nous a pas semblé possible d'hésiter un

instant; car nous avons la conviction qu'il fallait rester en harmonie

avec cette partie du monument.

Il est évident que si l'on abandonne l'imitation de l'architecture de

Notre-Dame pour édifier une sacristie dans le style de notre époque,

autant vaut peut-être conserver celle de Soufflot en la complétant.

Projet de restauration de Notre-Dame de Paris · 第 2 / 3 段