de Notre-Dame, mais malheureusement cette somme est dépensée à faire des
reprises en mastic de Dhil, qui aujourd'hui sont tombées presque
partout, et à badigeonner de nouveau tout l'intérieur de l'église.
En 1831 les émeutes du mois de février détruisent l'archevêché et la
vieille chapelle de l'ancien évêché.
La croix du chevet est renversée, elle brise en tombant une portion de
la balustrade du grand comble, et défonce une voûte des galeries
supérieures. L'un des auteurs de cet acte de vandalisme a écrit son nom
sur le mur de la galerie intérieurement, avec ses qualités et la
constatation du fait.
La démolition de l'archevêché entraîna avec elle la mutilation du
portail du midi, si remarquable par ses bas-reliefs et son inscription.
L'état d'abandon dans lequel resta si long-temps cette partie de
Notre-Dame, excita l'indignation de tous les amis de nos beaux édifices
du moyen-âge. Les murs de cette façade devinrent un dépôt d'immondices,
et les enfans brisèrent à coups de pierres les bas-reliefs de ce
portail, que le temps avait respectés l'espace de six cents ans.
En 1837, par l'intervention de l'administration de l'intérieur, des
cultes, et de l'instruction publique, et sur le rapport de l'un de nous,
le remblai du jardin du côté du midi fut suspendu, et la préfecture de
la Seine fit faire une nouvelle étude du nivellement.
Enfin, c'est en 1840 que furent exécutés les derniers essais de
restauration en mastic des clochetons du nord et de la première chapelle
de la nef, côté méridional. Malheureusement au lieu de chercher à
rétablir les pignons aigus qui existaient dans l'origine, on s'est
contenté de copier les lourds frontons ajoutés sur la face du nord en
1812 et 1813.
* * * * *
=Troisième Partie.=
=Restauration extérieure.=
Nous venons, monsieur le ministre, de tracer le tableau bien rapide et
bien triste des dégradations et des mutilations de toutes sortes qui
depuis si long-temps déshonorent notre belle cathédrale. Il nous reste à
parler des moyens que nous avons cru devoir employer pour réparer tant
de désastres.
Dans l'exécution de l'important travail que nous avons l'honneur de vous
soumettre, travail composé de vingt-deux feuilles de dessins, et d'un
devis de toute la dépense, nous sommes restés constamment fidèles aux
principes que nous avons émis précédemment sur la restauration en
général. Nous avons repoussé complètement toute modification, tout
changement, toute altération, tant de la forme et de la matière que du
système de construction. C'est avec un respect religieux que nous nous
sommes mis à la recherche des moindres vestiges des formes altérées
soit par le temps, soit par la main des hommes. Et lorsque ces
renseignemens nous ont manqué, c'est à l'aide de textes positifs, de
dessins, de gravures et surtout en puisant des autorités dans le
monument même que nous avons procédé à là restauration.
Loin de nous l'idée de compléter une oeuvre aussi remarquablement belle,
c'est là une prétention à laquelle nous avouons ne rien comprendre.
Croit-on, par exemple, que ce monument gagnerait à la reconstruction des
deux flèches (d'une forme d'ailleurs fort hypothétique) au-dessus des
deux tours? Nous ne le pensons pas. Et même, en admettant une réussite
complète, on obtiendrait peut-être par cette adjonction un monument
remarquable, mais ce monument ne serait plus Notre-Dame de Paris.
Rendre à notre belle cathédrale toute sa splendeur, lui restituer toutes
les richesses dont elle a été dépouillée, telle est la tâche que nous
nous sommes imposée, elle est certes assez belle pour qu'il soit inutile
de vouloir y rien ajouter.
Quant à la consolidation; nous n'en parlerons pas ici, tous les détails
de ce travail sont scrupuleusement consignés et appréciés dans le devis
estimatif.
Nous ne nous occuperons donc que de la restauration proprement dite.
Nous avons déjà signalé les nombreuses dégradations qui marquent le
passage de l'architecte Parvy, dans les travaux faits à Notre-Dame.
C'est à l'aide d'un précieux dessin appartement à M. Dépaulis, et
surtout en consultant avec soin les restes qui avaient échappé au
marteau des maçons, que nous avons pu restaurer le riche encadrement de
la rose, et les belles gerbes de crochets qui s'épanouissaient à chaque
angle des contreforts.
Avant cet architecte, Soufflot avait le premier osé porter la main sur
la sculpture si justement admirée de notre cathédrale. Enfin les
démolisseurs de 1793 vinrent achever l'oeuvre de destruction en
renversant toutes les statues; les rois et les saints, rien ne fut
épargné. Dans notre restauration nous proposons le rétablissement de
toutes ces sculptures; car tout se lie dans cet ensemble de statues et
de bas-reliefs, et l'on ne peut laisser incomplète une page aussi
admirable, sans risquer de la rendre inintelligible. C'est en prenant
des exemples dans nos anciennes cathédrales que nous avons rétabli les
28 rois dans leurs niches[25], le Christ bénissant, et les douze apôtres
dans les ébrasemens de la porte centrale, les huit figures de la porte
de la Vierge, et les huit statues romanes de celle sainte Anne.
[Note 25: À Chartres, les statues des rois qui ornent le portail du
midi, sont des rois de Juda, ainsi que le prouve une figure de Jessé qui
est placée sous le premier.
À la cathédrale de Paris, toutes les autorités que nous avons consultées
n'admettent, sur le portail, que des rois de France, et cependant la
statue de Pepin, placée au centre et montée sur un lion, est précisément
dans la même condition que celle de David, du portail de Chartres, posée
de même sur un lion; à Reims, les statues colossales du portail de
Notre-Dame étaient de même des rois de France.
Pièce du XIIIe siècle, publiée par M. A. Juhinal, extraite des
vingt-trois manières de Vilain (_Manuscrit_).
Li vilains Rabuins est cil ki va devant Nostre-Dame, à Paris, et regarde
les rois et dist: «Ves-là Pépin, vès-là Charlemainne,» et on li coupe sa
borse par derrière.
Bib. royale: _Manuscrit_ 5921, écriture du XIIIe siècle.
Extrait: _Hæc sunt nomina regum Francorum IN PORTA Beatæ Mariæ Parisius
scripta._
Primus rex. Clodoveus.
Secundus--Lotharius.
Tertius.--Chilpericus.
Quartus--Lotharius.
Quintus--Dagobertus.
Sextus--Clodoveus.
Septimus--Lotharius.
Octavus--Theodoricus.
Nonus--Hildericus.
X--Theodoricus.
XI--Clodoveus.
XII--Hildebertus.
XIII--Clodoveus.
XIV--Lotharius.
XV---Chilpericus.
XVI--Theodoricus.
XVII--Hildericus.
XVIII--Pippinus.
XIX--Karolus magnus.
XX--Lodovicus, filius ejus.
XXI--Lotharius.
XXII--Karolus.
XXIII--Lodovicus balbus.
XXIV--Karolus.
XXV--Odo.
XXVI--Karolus.
XXVII--Rudolfus.
XXVIII--Ludovicus.
XXIX--Lotharius.
XXX--Ludovicus regnavit anno uno.
XXXI--Hugo.
XXXII--Robertus.
XXXIII--Henricus.
XXXIV--Philippus.
XXXV--Ludovicus.
XXXVI--Ludovicus.
XXXVII--Philippus, bonus rex.
XXXVIII--Ludovicus, filius ejuz.
XXXIX--Ludovicus qui regnat.
Il est à remarquer, dans ce catalogue, qu'il y a trente-neuf rois, et
que dans la galerie de la façade occidentale, il n'y a place que pour
vingt-huit; mais, dans le titre, le mot _in porta_ indique que ces noms
étaient inscrits soit sur le pied-droit de la porte principale, soit sur
les ventaux.]
Dans les quatre niches des éperons nous replaçons saint Denis, la
religion juive, la religion chrétienne et saint Étienne[26], et sur les
piédestaux vides de la galerie de la Vierge, la belle statue qui lui
avait valu ce nom, puis les anges qui l'accompagnaient, ainsi que les
deux statues d'Adam et d'Ève entre les contreforts des tours.
[Note 26: (Corrozet).--Le dessin, appartenant à M. Dépaulis, indique
d'une manière positive, sur l'éperon du côté de l'Hôtel-Dieu, une statue
d'évêque; sur ceux qui viennent ensuite, la Religion juive, puis la
Religion chrétienne, et enfin, sur le dernier, une figure drapée et
nimbée.
(_Curiosités de Paris_, par M. C. P. G.).--Sur les quatre grands
pilastres sont représentées, en grandes figures, deux _Femmes
couronnées_, dont l'une représente la Religion; l'autre, la Foi (la
Religion chrétienne et la Religion juive); du côté de l'archevêché,
saint Denis, et du côté du cloître saint Étienne.]
Nous avons remplacé les abat-sons hideux qui viennent aujourd'hui ronger
les faisceaux de colonnes des grandes fenêtres des tours par un système
analogue, qui, tout en préservant le beffroi, laisserait voir les
grandes proportions des fenêtres, et ne nuirait plus à l'ancienne
construction extérieure.
Si de la façade occidentale nous passons aux façades latérales, des
dégradations plus importantes encore dénaturent presque complètement
l'aspect du monument; nous avons eu à rétablir les murs des chapelles de
la nef, avec leur ancienne décoration de pignons, niches, statues et
gargouilles[27], les contreforts, à couronner des pinacles et statues
qui les terminaient, ainsi que l'indiquaient les textes et surtout la
trace de cette décoration qui existe encore sur place. En effet les
contreforts ont conservé les supports de leurs gargouilles, et la
corniche qui recevait les pinacles, comme le prouve d'une manière
positive le texte de Corrozet que nous donnons en note[28]. Aux deux
extrémités du transcept, des travaux importans de restauration sont
commandés par le mauvais état des constructions. Les deux grandes roses,
surtout celle du nord, tombent en ruine, et celle du midi, quoique
refaite par le cardinal de Noailles, exigera bientôt une reconstruction
complète.
[Note 27: Plan de la ville de Paris, par Turgot.
Côté du nord, près le portail du transcept, le support du premier pignon
des chapelles de la nef existe: C'est une petite figure d'homme,
accroupie. De ce côté, quelques crochets de l'ancienne corniche se
voient encore dans la corniche neuve, refaite en 1812.
(Voir le dessin: _Détail d'une travée de la nef_).]
[Note 28: Tout le comble est appuyé d'arcs-boutans, au bout
desquels, en partie, sont des pyramides carrées et triangulaires, aux
effigies de rois et autres personnages qui sont dedans et dessus.
(Corrozet.)]
La restauration de ces roses, ornées de si beaux vitraux, demande un
examen approfondi de leur construction, vicieuse dès l'origine, et à
laquelle il deviendra nécessaire d'apporter des modifications. Peut-être
pourrait-on, sans changer leurs profils intérieurs et extérieurs, leur
donner une solidité beaucoup plus grande en augmentant leur épaisseur.
La rosace supérieure et les deux clochetons du pignon septentrional sont
dans le plus triste état; le caractère de ces parties importantes de
l'édifice est tellement dénaturé, et leur solidité si précaire, que nous
avons dû les restaurer presque entièrement, et cela avec d'autant moins
de regret, que l'ornementation des deux portails a été gâtée et
totalement changée. Les restaurations que nous proposons rendront à ces
belles façades toute l'élégance qu'elles ont perdue. Dans la nef et le
choeur, le rétablissement des redens de toutes les grandes fenêtres
nécessitera la reconstruction de la partie supérieure de tous leurs
meneaux. Au-dessus des chapelles du choeur, du côté du midi et à
l'abside, les éperons qui reçoivent la poussée des arcs-boutans, ont été
flanqués de lourdes constructions en maçonnerie, dans le but de les
consolider. Ces placages, mal combinés, portant à faux et du plus
fâcheux effet, doivent être enlevés, et les éperons réparés, en se
renfermant dans leur ancienne épaisseur.
Une des questions les plus graves de la restauration, est certainement
celle soulevée par la réparation des fenêtres des galeries. Ces
fenêtres, ainsi que nous l'avons dit dans la partie historique de notre
rapport, n'appartiennent à aucun style. Cette construction provisoire,
faite à l'époque où l'on abandonna probablement l'idée de doubler les
galeries du premier étage, est dans un état de dégradation auquel il est
indispensable d'apporter remède. Déjà au XIVe siècle les architectes
frappés de la laideur de ces baies, ont remplacé celles de l'abside par
des grandes fenêtres à meneaux qui présentent les mêmes inconvéniens que
celles de la nef et du choeur, en rendant indispensable le remplacement
des combles simples par des terrasses et cheneaux. Or, ici, trois
questions se présentent: doit-on conserver les fenêtres actuelles des
galeries, et les réparer dans leur forme bâtarde? doit-on les restaurer
dans le style du XIXe siècle? ou bien doit-on les reconstruire dans
celui des galeries?
Nous n'avons pas cru devoir trancher d'une manière positive une question
aussi délicate. Quoique dans nos dessins nous ayons indiqué la
restauration de ces fenêtres dans le style des galeries, nous ne donnons
cependant pas la question comme résolue. Voici les motifs qui nous ont
fait pencher vers ce parti.
Continuer les fenêtres dans le style du XIVe siècle, ainsi que cela a
été commencé à l'abside, serait une chose défectueuse sous le rapport de
la construction, ainsi que nous venons de le dire. Les rétablir suivant
leur forme provisoire, ce serait constater un fait curieux, puisqu'il
donne la preuve d'un projet de galerie double. Mais sacrifier l'aspect
des faces latérales de Notre-Dame à ce fait, ne serait-ce pas une chose
puérile? une inscription, un figuré tracé sur la pierre, ne
suffiraient-ils pas aux exigences de l'archéologie?
Dans tous les cas, nous avons pensé que dans _nos dessins_ il était
convenable de remplacer ces laides ouvertures par des fenêtres en
harmonie avec le style général des façades, ne fût-ce que pour faciliter
la solution de cette question difficile.
À l'abside, une restauration importante doit compléter l'aspect si riche
des chapelles, c'est celle des deux derniers éperons, dont les
couronnemens enlevés ou détruits, ont été remplacés dans le XVe siècle,
par de petites pyramides maigres, et tout à fait en désaccord avec les
beaux clochetons du choeur. Ces pyramidions, en très mauvais état,
remplacent de grands pinacles ornés de colonnes et de statues, ainsi que
cela était pratiqué dans beaucoup de monumens du XIVe siècle. Il est
difficile sur ce point de ne pas restaurer à coup sûr, car le
soubassement et les bases mêmes des colonnes sont encore à leur place.
Il ne nous reste plus à parler que de la flèche centrale, construite en
charpente, couverte de plomb. Cette flèche, qui complétait si bien la
cathédrale de Paris, avait cent quatre pieds, depuis le faîtage du
comble jusqu'au coq[29].
[Note 29: _Curiosités de Paris_, par M. C. P. C. 1763.]
Les gravures d'Israël Sylvestre, et surtout un précieux dessin de feu
Garneray[30] nous ont permis de la restaurer complètement.
[Note 30: Nous possédons un calque de ce précieux dessin, fait avant
la révolution de 1789.]
=Restauration intérieure.=
Un débadigeonnage complet nous paraît être la première opération à faire
à l'intérieur de Notre-Dame, et pour connaître l'état des voûtes qui
peuvent être moins bonnes qu'on ne le suppose, et pour retrouver les
traces de peinture qui pourraient exister, ainsi qu'il est permis de
l'espérer d'après les résultats obtenus par quelques essais partiels.
Toutefois le mode d'exécution de ce travail nous paraît être de la plus
grande importance. Il est évident que dans ce cas la brosse et l'éponge
peuvent être seuls employées, et que le grattage doit être totalement
exclu. Nous devons dire cependant qu'à moins que ce lavage ne nous donne
la preuve positive d'un système général de peinture adopté autrefois à
l'intérieur de Notre-Dame, nous ne pensons pas que ce parti doive être
adopté. Jusque là nous n'avons admis la peinture que comme décoration
des chapelles, ou de certaines parties de l'église.
Quant à la peinture sur verre, quoique dans notre devis nous lui ayons
réservé un chapitre à part, nous croyons cependant que l'exécution de
verrières peintes serait un des plus splendides moyens de décoration
intérieure, rien ne pouvant égaler la richesse de ces peintures
transparentes, complément indispensable des monumens de cette époque.
Aussi parmi nos dessins en avons-nous donné un spécimen exécuté d'après
les vitraux de la cathédrale de Bourges. Vous avez bien voulu, Monsieur
le Ministre, nous communiquer une demande de Monseigneur l'archevêque,
relativement à l'abaissement de la tribune de l'orgue. Nous sommes les
premiers à reconnaître tous les inconvéniens de l'état actuel signalés
par Monseigneur; mais malheureusement cette tribune a été construite dès
le treizième siècle dans le but de maintenir la poussée des arcs des
galeries qui portent les deux énormes tours; la destruction, ou même
l'abaissement simple de cette tribune, pourrait donc présenter de grands
dangers qu'il serait imprudent de provoquer. Quant à la question
archéologique, elle a trop peu d'importance, relativement à celle que
nous venons de donner, pour que nous en parlions.
Dans une restauration comme celle de Notre-Dame, il est impossible de ne
pas chercher à mettre en harmonie avec l'architecture de l'édifice tous
les objets accessoires, surtout lorsqu'ils ont une importance réelle.
Ainsi, nous remplaçons les grilles contournées et de mauvais goût des
tribunes par des grilles plus en rapport avec l'architecture qu'elles
accompagnent. Les exemples de serrurerie ne nous manquent pas à Rouen, à
Saint-Denis, à Saint-Germer, à Notre-Dame de Paris même, sur les belles
portes de la façade occidentale.
Nous avons donné, dans nos dessins, une restauration du choeur de
Notre-Dame, tel qu'il était avant 1699; mais ce travail n'est qu'une
étude archéologique dont nous n'admettons pas l'exécution; car nous
pensons qu'il serait fâcheux de détruire, sans de bonnes raisons, un
souvenir historique aussi important que celui-là. D'ailleurs, il serait
peut-être hasardeux de détruire une chose exécutée avec un semblable
luxe, sinon avec goût, pour la remplacer par des formes sur lesquelles
il ne reste plus que quelques descriptions ou quelques renseignemens
assez vagues. Dans tous les cas, si l'on devait changer quelque chose à
la décoration actuelle du choeur de Notre-Dame, ce ne pourrait être
qu'après l'achèvement de la restauration extérieure et l'entière
exécution des travaux intérieurs. Alors, pourrait-on peut-être dégager
seulement les colonnes et les ogives du rond-point enveloppées dans ces
massifs revêtemens de marbre rouge, puis enlever les tableaux et
déboucher les ogives au-dessus des bas-reliefs du XIVe siècle. Quant aux
stalles, bien qu'elles ne soient nullement en harmonie avec l'édifice,
tant de raisons plaident en faveur de leur conservation, qu'il n'est pas
permis de songer à les détruire ou à les déplacer. Si nous n'avons pas
donné dans nos dessins le choeur de Louis XIV, c'est qu'il ne présentait
aucun intérêt sous le rapport de l'art, et qu'il n'y avait aucune
utilité à le reproduire.
Quoique le dallage de la nef de Notre-Dame ait été surélevé, nous ne
pensons pas qu'il soit nécessaire de le baisser. Cette opération, fort
coûteuse, et qui n'ajouterait que peu d'effet à la grandeur du vaisseau,
aurait encore l'inconvénient de diminuer le nombre de marches que nous
sommes parvenus à placer au-devant du portail; car c'est avec beaucoup
de peine, à l'aide d'un travail consciencieux sur le nivèlement des
abords de la cathédrale, que nous avons pu replacer quatre marches
seulement devant les trois portes de la façade occidentale. Ce travail,
que nous avons indiqué dans un plan général, présentait de grandes
difficultés, parce qu'il fallait, avant tout, éviter le déchaussement
des maisons de la rue d'Arcole, déchaussement qui ne pourrait être
exécuté qu'à l'aide d'indemnités considérables.
* * * * *
=Quatrième Partie.=
=Sacristie.=
La démolition de l'Archevêché, en supprimant toutes les dépendances de
l'ancienne sacristie de Notre-Dame, a rendu indispensable la
construction d'un nouveau bâtiment destiné à cet usage. Plusieurs
projets ont déjà été présentés à l'administration des cultes. La
première difficulté qui se rencontrait pour l'exécution de ces différens
projets provenait de l'emplacement à choisir.
Devait-on conserver le local actuel? devait-on élever la nouvelle
sacristie derrière l'abside ou la comprendre dans l'intérieur de
Notre-Dame, soit en occupant plusieurs chapelles, soit en modifiant
quelque partie du plan de l'église.
L'emplacement situé derrière l'abside aurait l'inconvénient de masquer
l'un des points les plus beaux de l'église métropolitaine, et
éloignerait d'ailleurs les bâtimens de la sacristie du choeur, tellement
que le service serait toujours très difficile et deviendrait même
impossible les jours de fêtes, lorsque les bas-côtés sont remplis de
monde.
Placer la sacristie dans l'intérieur même de Notre-Dame, ce serait
admettre que le plan de la basilique peut être modifié, et nous avons à
cet égard, repoussé toute idée de changement de l'ensemble ou des
détails de l'édifice.
Quant à nous, nous avions déjà manifesté notre opinion à cet égard dans
le projet d'archevêché que nous avons eu l'honneur de soumettre à Votre
Excellence, en janvier 1842. À cette époque, comme aujourd'hui, nous
avons cru devoir nous en tenir à l'emplacement actuel comme le seul
possible.
En agissant ainsi, nous nous sommes appuyés sur les dispositions
analogues des sacristies de Chartres, de la Sainte-Chapelle de
Paris[31], de celle de Vincennes, et de tant d'autres, toujours placées
sur le flanc du monument principal. Évidemment, ce parti est le seul qui
soit réellement dans le caractère de l'architecture gothique. On a
quelquefois parlé de déguiser, de masquer, autant que possible, cette
annexe indispensable, tout cela pour éviter de nuire à la symétrie du
monument; mais cette idée est tout-à-fait contraire à celle des
architectes gothiques, qui se sont toujours gardés de dissimuler un
besoin. C'est même grâce à cette liberté dans la composition de leurs
plans que ces artistes nous ont transmis des édifices aussi remarquables
par la variété motivée de leurs constructions que par la beauté de leurs
détails.
[Note 31: Voir le _fac-simile_ d'un ancien dessin représentant la
sainte chapelle avec la sacristie, détruite sous Louis XVI.]
Au reste, la disposition que nous proposons est celle qui a existé de
tout temps: et, pour construire la sacristie actuelle, Soufflot a
démoli, de ce côté, un passage qui communiquait avec l'ancienne
sacristie de la métropole, et tenait alors à l'évêché. La gravure que
nous avons fait exécuter, d'après une ancienne tapisserie du XVe siècle,
en donne la preuve, ainsi que plusieurs gravures d'Israël Sylvestre.
[Illustration: LEVECHE NOSTRE-DAME]
Le projet que nous avons aujourd'hui l'honneur de vous soumettre,
Monsieur le Ministre, n'est donc que l'étude en grand de la disposition
prise par nous dans notre projet d'archevêché. Nous avons choisi
l'emplacement actuel consacré par un long usage, parce qu'il est le plus
à proximité du choeur, et parce qu'il permet d'isoler ce bâtiment de
l'église, dont il ne masque qu'une faible partie, et sur un point qui,
d'ailleurs, l'a toujours été.
Ce parti présente encore l'avantage de n'apporter aucun changement dans
la disposition générale du plan de Notre-Dame.
Le choix de l'emplacement une fois arrêté, il nous restait encore à
résoudre la question du style à adopter pour cette annexe, si peu
importante relativement à l'ensemble de la cathédrale. Nous l'avouons,
Monsieur le Ministre, il ne nous a pas semblé possible d'hésiter un
instant; car nous avons la conviction qu'il fallait rester en harmonie
avec cette partie du monument.
Il est évident que si l'on abandonne l'imitation de l'architecture de
Notre-Dame pour édifier une sacristie dans le style de notre époque,
autant vaut peut-être conserver celle de Soufflot en la complétant.