CHAPITRE II

Dialogue entre un chrétien et un artiste. Comment l’Art me tient lieu de

tout et premièrement de principes. La gratuité de l’Art. Nietzschéisme,

dreyfusisme, patriotisme; spiritualisme malgré tout. L’épreuve de

Florence. Angelico et l’élan de ma joie vers Dieu. Mort de ma mère.

J’apprends la douleur. Mon blasphème. Voici la guerre.

--Vous aurez donc vécu dans ce désert vingt ans? Sans Dieu et sans

besoin de Dieu!

--Qui plus est, sans inquiétude, dans une sorte de plénitude

païenne...--tant le prince du Monde excelle à endormir la conscience, à

farder et enguirlander le péché.

--Sur quels principes viviez-vous?

--Le sais-je?... Sur les principes moyens et faciles qui sont la loi de

nos sociétés, les bâtards de la Sainte Loi. Mes désirs, au reste,

étaient modérés. Quand, d’aventure, l’un d’eux se heurtait à la règle,

je la frondais pour lui ou je la tournais à son avantage. Incapable,

sans doute, d’un tort matériel, moins soucieux du tort moral. Où il

n’est pas de mœurs, là chacun règne. A charge de revanche, personne

n’ayant rien à perdre, ni le prochain, ni soi![2]

[2] En ce temps-là mes amis vantaient mon «cynisme». J’aurais refait

le monde à mon image pour justifier mes erreurs.

--Mais quelle vie défaite meniez-vous?

--Me le suis-je jamais demandé? Au jour le jour, en voyageur.

--Est-ce possible? Tout entier tourné vers ce monde, il vous suffisait

d’être.

--C’est cela.

--Et jamais dans le cœur aucun élan spirituel?

--Tout au contraire. Dupouey disait en parlant de lui-même: «Nous qui

avons adoré la Beauté.» Je fus de ces adorateurs.--Autour de sa

vingtième année, bienheureux le jeune homme qui rencontre l’Art! L’Art,

prenant le pas sur l’amour, ramasse le sceptre de Dieu qui est tombé en

déshérence. Dans le culte de l’Art, nous pensons échapper au monde, à la

fuite des jours, et surmonter un médiocre destin. Le véritable artiste

va placer son ambition, sur terre nécessairement, mais par delà sa vie

terrestre, dans le profond des siècles à venir. Indifférents aux succès

du présent, du moins autant qu’homme peut l’être, nous rêvons en secret

de laisser après nous, de léguer à nos descendants, non une patrie bien

assise, non un idéal éprouvé, mais quelques morceaux réussis, une œuvre,

un livre, moins: un poème, moins: une strophe harmonieuse, capable de

chanter sur les lèvres des hommes longtemps après que nous nous serons

tus. En un mot, nous nous efforçons de gagner, par un labeur qui n’est

pas sans mérite, une façon d’éternité terrestre... O vanité!

--Ainsi peu vous importait d’être utile?

--Est-ce que la Beauté ne l’est pas? Nous n’acceptions de l’être que par

la Beauté. Nous nous targuions d’un art tout gratuit, gratuit pour nous

qui n’en attendions pas de récompense, gratuit pour le prochain que nous

nous refusions à réformer. Fi d’un lyrisme ou d’une prose utilitaires!

Il s’agissait de «mettre en forme» partie du monde et partie de

nous-même, en nous gardant bien de juger.

--Mais cela suffit-il?

--L’Art se suffit.

--Mais vit-on sur une esthétique? Du moins la vôtre était-elle doublée

d’une philosophie?

--Peut-être pas! Entre Descartes et Kant, Spinoza et Leibniz, Hegel et

Renouvier, Spencer et Darwin, passionnément étudiés au lycée, sans

compter Hartmann et Büchner, est-ce qu’on choisit à cet âge? Un système

chasse l’autre... Et du reste, pourquoi choisir? Autour de mes vingt

ans, je croyais fermement en l’Homme et en la Vie, comme à peu près tous

ceux de ma génération. C’est tout.

--Et au progrès, sans doute?

--Au progrès de l’Individu. Avec le temps, il avait pris toute la place.

Nous l’héroïsions à plaisir.

--Dans le mal comme dans le bien, je vois cela...

--Notre art ne faisait pas de différence.

--Et vous avez fini par donner dans le «nietzschéisme», avouez-le donc!

--Nietzsche ne nous a pas formés. Il est venu à point pour étayer notre

religion flottante. Ce n’est pas une métaphysique et encore moins une

morale que la doctrine nietzschéenne--si tant est qu’elle tienne

d’ensemble--formule expressément; disons plutôt: une dramaturgie. Une

vie dangereuse, le libre élan laissé à l’entre-choc des passions, quelle

aubaine pour le dramaturge, pour le romancier ou pour le poète qui a

décidé de ne pas conclure! Les besoins de notre art nous ont dicté notre

philosophie; infuse dans une œuvre d’art, nous l’estimions sans danger.

--Vous placiez la charrue devant les bœufs!

--Je m’en rends compte. Comment faire autrement après ce que je vous ai

dit?

--Et avec ça, vous gardiez bonne conscience?

--Comme Adam dans le paradis des délices et le péché n’existait plus[3].

[3] Exemple significatif: malgré mon admiration pour le maître

écrivain, je n’entrais pas dans Baudelaire; cette lutte constante

entre Satan et Dieu, Ormuzd et Ahriman, qui fait la trame de son

œuvre, me paraissait le comble de l’artificiel.

--Je vous entends. Je ne parviens cependant pas à croire que les soins

de votre art ou plus simplement de votre métier aient étouffé en vous

tous les autres soucis. Car vous étiez bon fils, bon parent, bon ami?

--Ni meilleur ni pire qu’un autre.

--Bon citoyen et bon Français?

--Arrêtons-nous. Là vous touchez le point sensible... Oui, depuis mes

plus tendres jours, je nourrissais pour ma patrie une jalouse

passion--osé-je dire à mon insu?--et sans doute m’imaginais-je avoir

assez fait pour la France, quand j’avais servi de mon mieux ses

belles-lettres et sa langue. La réalité politique offusquait ma

délicatesse. Je laissais les choses aller. Plutôt républicain que

monarchiste, plutôt «droits de l’homme», en dépit de Nietzsche, que

nationaliste intégral, j’eus la révélation inopinée de ma foi française

à l’occasion de l’affaire Dreyfus. Je combattis avec une âpreté

inattendue dans le camp des révisionnistes. Et pourquoi? Non, par

«anarchisme», non par pure équité humaine,--par chauvinisme, c’est le

mot. Pour les mêmes raisons que, dans l’autre camp, Déroulède. Je me

rendis compte soudain du prix que j’attachais au bon renom de ma patrie,

à sa gloire dans le monde... C’est cela que je défendais avec tout

l’excès de mon âge. Et, le soir de l’arrêt de Rennes,--ne riez

pas!--j’ai pleuré sur son «déshonneur».--Aussi bien je suivis

l’évolution de Péguy; comme lui, peu de temps après, je répudiai les

sectaires; mes amis de la veille devinrent mes ennemis; et depuis lors

je n’ai plus ouvert le journal sans le tremblement de celui qui aime et

qui ressent à vif la moindre des blessures dont va souffrir l’objet de

son amour. Peu versé dans la politique, trop timide pour m’y mêler, trop

faible aussi pour secouer le joug de mes préoccupations esthétiques et

aborder le problème vital, j’assistais au combat comme un partisan

désarmé; mais je tenais férocement pour ceux qui défendaient l’existence

morale et matérielle de la France... à l’exception de Maurras. Que

pouvais-je faire de plus, moi, poète? Si, j’entrepris de la chanter[4].

[4] _Foi en la France_ (_Préludes dans la paix_, 1909).

--Oh! oh! vous manquiez gravement à vos principes?

--Peut-être bien... Je ne manquais pas à mon cœur. Et puis, je me

berçais de l’illusion que les contraires pouvaient cohabiter dans le

même homme, sans se gêner ni le gêner[5]. Quand je rentrais dans mon

travail familier, sous la discipline que l’art exige, je me sentais en

sûreté et retrouvais l’équilibre de mon esprit.

[5] Vous avouerai-je qu’au plus fort de mon exaltation patriotique, le

jour de la déclaration de guerre, «j’ai fait le mal», sans honte. Je

refusais de distinguer. Et que l’ignoble côtoyât le noble, j’aimais

cela. L’homme complet.

--Et toujours nul appel d’en haut?

--Je mentirais si je vous disais non. A certains jours, le cœur

demandait davantage. Il ressentait un vague espoir... Il goûtait une

vague extase. Il s’arrêtait devant le gouffre de la mort. Et puis, quel

poète lyrique ne lève pas les mains au ciel? Il se baigne dans l’infini,

mais en aveugle; il lui suffit de bien chanter, il ne tient pas à y voir

clair. Quand mon lyrisme personnel me refusait ces grandes joies

religieuses et vagues, le trésor des maîtres de l’art me les dispensait

magnifiquement. O Parthénon, équilibre des nombres! O sculpture

hellénique, regret du paradis perdu où le corps de l’homme était beau! O

musique, battement du plus noble des cœurs, sons imprécis qui en disent

plus que les mots, danse sacrée qui délivre du poids et de l’attraction

terrestre! Quels espaces nous franchissions sur les ailes de la Beauté,

dans l’extase quasi-divine de ce soulèvement qui ne vous conduit nulle

part!... De quoi nous ne songions pas à nous plaindre: l’ivresse du

voyage nous faisait oublier le but.

--Qu’arrivait-il pourtant quand vous redescendiez?

--Nous avions versé de si bonnes larmes que nous ne désespérions pas de

l’infini. Mais au lieu de louer et de remercier Dieu qui rendait un tel

art possible en découvrant un rayon de sa gloire, nous célébrions le

génie des hommes et le privilège de l’Art tout court.

--Et vous n’étiez jamais tenté de pousser plus avant, de solliciter de

quelqu’un des clartés moins diffuses, de mettre votre spiritualisme ou

votre panthéisme au point? Je ne dis même pas d’interroger les Livres,

vos prêtres ou ceux d’un autre Dieu. Car vous croyiez en Dieu, la chose

est claire?

--Je respectais, mais je négligeais la Parole[6], moi, curieux de tout,

je n’en avais pas appétit; je lisais tout et gardais fermé l’Évangile.

Cette exclusive volontaire a scandalisé même mes amis. Mais un pareil

refus n’est pas incompatible avec certain tourment de Dieu. Dans mon

livre le plus récent, lisez la pièce antérieure à la guerre que

j’intitule «Cloches». Elle exprime comment je me flattais alors

d’apaiser cette nostalgie que réveille en nous l’Angelus: par le

mysticisme de la Patrie...--Et puis j’ai tort de parler de tourment.

Notez-le bien, je n’eus jamais tendance à croire qu’en état de bonheur:

témoin ma crise d’Italie. Vous permettrez que j’y insiste; c’est le

prologue de ma conversion.

[6] Il importe de remarquer que le mouvement catholique qui se

dessinait alors dans les lettres n’eut pas d’influence sur moi. Tout

en les admirant, je ne suivais ni Jammes, ni Claudel, ni Péguy. Ils

m’accoutumaient simplement à un point de vue qui me restait

cependant étranger.

* * * * *

Au printemps de 1912, il m’est donné pour la première fois d’aborder

l’Italie et de l’aborder par Florence--non précisément en jeune homme,

déjà en homme fait et qui se croit fixé, bien qu’il accorde à ses

pensées toute licence. Je suis conduit par le meilleur des guides, mon

ami André G...--J’ai dit ailleurs[7] la surprise inouïe de ce

tête-à-tête avec des chefs d’œuvre dont on ne prend idée que là, ceux du

moyen âge à sa fin et de la prime Renaissance. Mes théories sur la

peinture, sur ses modes, sur ses limites et sur ses vertus expressives,

s’écroulent comme châteaux de cartes au premier choc. J’admire tout, de

Giotto à Botticelli, la multiplicité d’un art, tant païen que chrétien,

qui semble ramasser d’un seul coup de filet toute la vie, contenter à la

fois et sans en excepter aucune, nos plus diverses aspirations. Rien de

beau, rien de noble, rien de doux au cœur, rien de charmant aux yeux qui

n’y soit renfermé! Or, au centre, il y a l’esprit.--J’admire tout, oui!

Mais mon choix est fait: et c’est, quoi que j’en aie, celui que

désignent mes larmes: c’est Giotto, c’est Angelico, c’est le Masaccio de

l’Apôtre Pierre; tout le reste gravite autour. J’essaie bien de me

raccrocher au paganisme: mais le maître de mon amour, dès à présent,

c’est l’Art le plus rapproché de la Foi--si rapproché qu’on l’en

distingue à peine! L’œuvre d’art qui n’est pas prière me déçoit.

[7] _L’Épreuve de Florence_ (Nouvelle Revue Française).

Irrésistible aimantation de l’être. Combien la lumière était belle sur

les terrasses de fèves en fleur et sur les cyprès noirs! Nous sortions

de Santa-Croce où mourait saint François d’Assise, de San-Marco où le

Christ expirait en croix et où la Vierge attendait l’Ange dans un

couloir nu et silencieux. Même nos sens avaient une âme!... L’art

m’avait déjà transporté, mais jamais aussi haut. Je touchais la limite

indéfinissable entre l’humain et le divin, entre le terrestre et le

séraphique, entre ce qui est du monde et ce qui est du ciel... Comment

cela? A force de bonheur.--L’ai-je fait entendre à mon compagnon, quand

je me refusais à l’entendre moi-même? J’étais tout près de croire et

d’adorer. Précisons: j’adorais sans croire. Mais quoi? mais qui?...

L’esprit qui avait animé d’un tel amour l’âme de simples hommes et guidé

leur main sur le mur. Mais encore quel esprit? L’Esprit Saint, pour tout

dire: je ne lui donnais pas de nom. Après une épreuve si claire, il

semble bien que la simple logique, si j’eusse consenti à lui prêter

l’oreille, eût dû me convaincre aussitôt de la vérité. Ces miracles de

l’art, qui surpassaient l’entendement, étaient les fruits non d’un rêve

individuel, mais d’une religion nettement formulée et celle-ci avait un

nom et celle-ci était _la mienne_. Il m’eût suffi d’un pas pour y faire

retour.--Non, je me contentais d’avoir élargi mes vues esthétiques, me

laissant flotter, pour le reste, au doux zéphir de mon vague bonheur.

--Dieu vous prenait par votre faible. Il exalte ceux-ci, il console

ceux-là. Il déclenche selon le cas la supplication ou l’action de

grâces... Mais une question? Dans l’état nouveau de votre âme, que

faisiez-vous de la douleur?

--Je l’incorporais à ma joie... Elle fondait dans mon optimisme

incurable.

--Dites plutôt que vous n’aviez jamais souffert?

--C’est vrai. J’avais perdu mon père étant fort jeune et le pauvre homme

je ne l’avais pas bien longtemps pleuré. J’avais, dans ma vie, remplacé

l’amour par le plaisir sans lendemain, afin de m’épargner la gêne d’une

sujétion trop stricte, le traversant tout juste assez pour le connaître,

dans son vertige et dans son désespoir. Quant à la vie matérielle, elle

ne m’avait imposé que des sacrifices à ma mesure; j’avais pris un

métier, celui de médecin, pour m’assurer l’indépendance; je l’avais

exercé huit ans, sans passion, mais avec loyauté. Grâce au dévouement de

ma mère, à mon oncle et à mes amis, les ennuis ne me duraient guère;

tout finissait toujours par s’arranger. Je m’étais entraîné à la

médiocrité dès mon enfance et je la supportais gaiement. Ajoutez que la

Providence m’avait donné une famille sans que j’eusse la peine de la

fonder, ma sœur étant restée veuve avec deux fillettes. Tous les ennuis

passés s’étaient écoulés sans laisser de trace. Enfin j’avais le refuge

de l’Art.

Or, la souffrance vint. En pleine extase florentine, je fus rappelé

d’Italie par ma mère alarmée: l’aînée de mes enfants (des enfants de ma

sœur), à la suite d’une rougeole, se trouvait en danger de mort. Elle

guérit--sans que j’eusse prié pour elle; mais deux mois après, devant

moi, ma mère qui m’aimait plus que tout au monde, ma compagne depuis

toujours, se tua dans un accident.--O brutalité de la mort, ô laideur!

Je tiens entre mes bras un corps défiguré et d’où la chaleur se retire.

Transport de ma douleur! Filiale piété! Je l’ensevelis de mes mains. On

fit venir le prêtre et j’assistai aux sacrements, froid, ironique,

révolté... Mais vous connaîtrez mon pire blasphème.

A la cérémonie funèbre, presque tous mes amis étaient autour de moi: je

vois encore Péguy, le plus différent de nous tous, en prière. Lorsque le

prêtre entre ses doigts éleva l’hostie mince et blanche où s’incorporait

le Sauveur, moi, le fils, donnant seul l’exemple du scandale, aux côtés

de ma mère morte qui n’avait plus recours qu’en Dieu, je tins jusqu’au

bout le défi; je fixai sur l’Eucharistie des yeux qui disaient: «Tu n’es

pas.» Et mon cœur ajoutait: «Non! tu ne peux pas être! tu ne m’aurais

pas pris ce que j’aimais, après l’avoir ainsi meurtri...» Jésus! Jésus!

Ah! que n’avez-Vous brûlé mes regards quand je Vous niais face à face!

Pardonnez-moi, mon bon Seigneur! Je ne pouvais pas concevoir alors, que

Vos dons fussent mêlés d’ombre et Votre vin parfois amer. Je n’attendais

de Vous que joie et que magnificence. Mes pleurs me voilaient Votre

ciel.--Et puis, mon Dieu: Vous le savez, je ne Vous aurais pas nié, si

je n’avais été si près de croire. A la profondeur de ma chute, Vous

jugez de quelle hauteur je retombais.

Adieu donc, le rêve des anges au paradis bleu et doré du bienheureux

frère Angélique! Littérature que tout cela. L’arche frêle du pont jeté

sur l’espace s’était rompue: je redevenais l’esclave du sol. Esclavage

cent fois plus lourd et plus aride, il comportait à présent la douleur.

--Notre Seigneur, soyez-en sûr, fut moins scandalisé de votre défi que

vous-même. C’était le geste de colère d’un enfant trop gâté et qui

ramène tout à soi. Vous étiez orgueilleux, vous étiez égoïste. Car, en

fait, vous abandonniez votre mère à un néant total dont votre amour eût

dû frémir. Acceptiez-vous de l’avoir perdue toute entière? Votre devoir

n’était-il pas plutôt de réserver pour elle au delà de ce monde une

chance d’éternité?

--Expliquez comme vous pourrez la contradiction de mon cœur et de ma

pensée. Même en niant son Dieu, je continuais de croire en elle

cependant...

--C’est donc que le chemin qui mène à la patrie céleste ne vous était

pas tout à fait fermé?

--Il se peut bien. En tout cas, mon esprit rebelle évita de donner une

solution au problème de l’autre vie que le fait posait devant lui et je

me retrouvai pareil: un composé paradoxal de tendances mal accordées,

s’efforçant d’accomplir leur unité dans l’Art[8]. Je revis Florence sans

déception. Je visitai Rome et la Grèce. Je revenais d’Athènes quand la

guerre éclata. A dater de la fin juillet, n’y en eut plus que pour la

patrie. Impossible d’errer! Le Français le plus tiède avait perdu le

droit de disposer de lui.

[8] Cet exposé, écrit dans la ferveur, paraîtra sans doute sommaire.

Je brûle ce que j’ai adoré. La question esthétique sera plus

posément et largement traitée dans un volume spécial.

L'homme né de la guerre · 第 16 / 36 题