«Ci-gît un corps malheureux, séparé d'une âme malheureuse. Ne cherche
pas à savoir mon nom... Que la peste vous dévore tous, misérables
humains qui restez après moi! Ci-gît Timon, qui de son vivant détesta
tous les hommes vivants. Passe et maudis à ton gré, mais passe et
n'arrête point ici tes pas.»
Ces mots, Timon, expriment bien tes derniers sentiments. Si tu avais en
horreur les regrets des humains, le flux qui coule de notre cerveau, et
ces gouttes d'eau que la nature avare laisse tomber de nos yeux, une
sublime idée t'inspira de faire pleurer à jamais le grand Neptune sur
ton humble tombe, pour des fautes pardonnées: le noble Timon est mort;
nous nous occuperons plus tard de sa mémoire.--Conduisez-moi dans votre
ville, j'y vais porter l'olive avec l'épée. La guerre enfantera la
paix: la paix contiendra la guerre; l'une et l'autre se soigneront
réciproquement comme deux médecins. Que les tambours battent.
(Ils sortent,)