DATX
Im., 27 juill., VIII.
J'apprends avec plaisir que M. de Fonsalbe est revenu de Saint-Domingue;
mais on dit qu'il est ruiné, et de plus marié; on me dit encore qu'il a
quelque affaire à Zurich, et qu'il doit y aller bientôt.
Recommandez-lui de passer ici: il sera bien reçu. Cependant il faut le
prévenir qu'il le sera fort mal sous d'autres rapports. Je crois que
ceux-là lui importent peu; car s'il n'a bien changé, c'est un excellent
coeur. Un bon coeur change-t-il?
Je le plaindrais peu d'avoir eu son habitation dévastée par les ouragans
et ses espérances détruites, s'il n'était pas marié; mais puisqu'il
l'est je le plains beaucoup. S'il a vraiment une femme, il lui sera
pénible de ne la pas voir heureuse; s'il n'a avec lui qu'une personne
qui porte son nom; il sera plongé dans bien des dégoûts auxquels
l'aisance seule permet d'échapper. On ne m'a pas marqué qu'il eût, ou
qu'il n'eût pas d'enfants.
Faites-lui promettre de passer par Vevey, et de s'arrêter ici plusieurs
jours. Le frère de Mme Dellemar m'est peut-être destiné.--Il me
vient une espérance. Dites-moi quelque chose à son sujet, vous qui le
connaissez davantage. Félicitez sa soeur de ce qu'il a échappé à ce
dernier malheur dans la traversée. Non: ne _lui_ dites rien de ma part;
laissez périr les temps passés.
Mais apprenez-moi quand il viendra; et dites-moi, dans notre langue,
votre pensée sur sa femme. Je souhaite qu'elle fasse avec lui le voyage;
c'est même à peu près nécessaire. La saison favorable pour voir la
Suisse est un prétexte qui vous servira à les décider. Si l'on craint
l'embarras ou les frais, assurez qu'elle pourra être agréablement et
convenablement à Vevey, pendant qu'il terminera ses affaires à Zurich.