DATX
Paris, 9 février, troisième année.
Il faut que je vous dise toutes mes faiblesses, afin que vous me
souteniez; car je suis bien incertain: quelquefois j'ai pitié de
moi-même, et quelquefois aussi je sens autrement.
Quand je rencontre un cabriolet mené par une femme telle à-peu-près que
j'en imagine, je vais droit le long du cheval jusqu'à ce que la roue me
touche presque; alors je ne regarde plus, je serre le bras en me
courbant un peu, et la roue passe.
Une fois j'étais ainsi dans l'imaginaire, les yeux occupés sans être
précisément fixes. Aussi fut-elle obligée d'arrêter, j'avais oublié la
roue; elle avait et de la jeunesse et de la maturité; elle était presque
belle, et extrêmement aimable. Elle retint son cheval, sourit
à-peu-près, et parut ne pas vouloir sourire. Je la regardais encore, et
sans voir ni le cheval ni la roue, je me trouvai lui répondre.... Je
suis sûr que mon oeil était déjà rempli de douleur. Le cheval fut
détourné, elle se penchait pour voir si la roue ne me toucherait point.
Je restai dans mon songe; mais un peu plus loin, je heurtai du pied ces
fagots que les fruitiers font pour vendre à des pauvres: alors je ne vis
plus rien.--Ne serait-il pas temps de prendre de la fermeté, d'entrer
dans l'oubli? Je veux dire, de ne s'occuper que de ... ce qui convient à
l'homme. Ne faut-il pas laisser toutes ces puérilités qui me fatiguent
et m'affaiblissent?
Je les voudrais bien ôter de moi: mais, je ne sais que mettre à la
place; et quand je me dis, il faut être homme enfin, je ne trouve que de
l'incertitude. Dans votre première lettre, dites-moi ce que c'est
qu'être homme.