DATX
St.-Maurice, 14 septembre, I.
Je reviens d'une course de plusieurs jours dans les montagnes. Je ne
vous en dirai rien; j'ai bien d'autres choses à vous apprendre. J'avais
découvert un site étonnant, et je me promettais d'y retourner plusieurs
fois, car il n'est pas loin de St.-Maurice. Avant de me coucher,
j'ouvris une lettre; elle n'était point de votre écriture: le mot
pressée, écrit d'une manière très-apparente, me donna de l'inquiétude.
Tout est suspect à celui qui n'échappe qu'avec peine à d'anciennes
contraintes. Dans mon repos, tout changement devait me répugner; je
n'attendais rien de favorable, et je pouvais beaucoup craindre.
Je crois que vous soupçonnerez facilement ce dont il s'agit. Je fus
frappé, accablé; puis je me décidai à tout négliger, à tout surmonter,
à abandonner pour toujours ce qui me rapprocherait des choses que j'ai
quittées. Cependant après bien des incertitudes, plus sensé ou plus
faible, j'ai cru voir qu'il fallait perdre un temps pour assurer le
repos de l'avenir. Je cède; j'abandonne Charrières, et je me prépare à
partir. Nous parlerons de cette malheureuse affaire.
Ce matin je ne pouvais supporter la pensée d'un si grand changement; et
même je me mis à délibérer de nouveau. Enfin j'allai à Charrières
prendre d'autres dispositions et annoncer mon départ. C'est là que je me
suis décidé irrévocablement. Je voulais écarter l'idée de la saison qui
s'avance, et des ennuis dont je sens déjà le poids. J'ai été dans les
prés; on les fauchait pour la dernière fois. Je me suis arrêté sur un
roc pour ne voir que le ciel, il se voilait de brumes. J'ai regardé les
châtaigniers, j'ai vu des feuilles qui tombaient. Alors je me suis
rapproché du ruisseau, comme si j'eusse craint qu'il ne fût aussi tari;
mais il coulait toujours.
Inexplicable nécessité des choses humaines! Je vais à Lyon. J'irai à
Paris, voilà qui est résolu. Adieu. Plaignons l'homme qui trouve bien
peu, et à qui ce peu est encore enlevé.
Enfin, du moins, nous nous verrons à Lyon.