Vers la fin d'août, les châtelains d'Arnelles virent apparaître
l'avant-garde de leurs hôtes en la personne du duc et de la duchesse de
Versanges, grand-oncle et grand'tante d'Elie. C'étaient d'aimables et
charmantes vieilles gens, que le grand chagrin de leur vie -- la mort
d'un fils unique tué au cours d'une exploration en Afrique -- n'avait
pas rendu misanthropes, ni aigris contre les autres plus heureux. Elie,
leur plus proche parent, l'héritier du vieux titre ducal, était de leur
part l'objet d'une affection enthousiaste. Ce n'était pas à eux qu'il
eût fallu parler d'absence de coeur chez lui, qu'ils prétendaient très
bon et très délicat, toujours prêt à leur témoigner un dévouement
discret. Ceux qui les entendaient ne protestaient généralement pas, par
respect, mais songeaient: "Ce bon duc, cette excellente duchesse, dans
leur admiration aveugle pour leur petit-neveu, lui prêtent leurs
propres qualités, dont il est certainement si loin."
Absents de Paris les deux mois où Valderez y avait séjourné, ils ne
connaissaient pas encore leur nouvelle nièce. Dès le premier abord,
elle les conquit complètement. Et tandis que Mme de Versanges causait
avec Valderez, son mari glissa à l'oreille d'Elie:
-- On s'étonne, parmi tes connaissances, que tu t'enterres si longtemps
à la campagne. Mais quand on connaîtra cette merveille, on te
comprendra, mon cher ami!