M. de Ghiliac se pencha vers elle:

-- Il est temps de vous préparer pour le départ, Valderez, dit-il à

mi-voix.

Incapable de prononcer une parole, car sa gorge venait de se serrer

tout à coup, elle inclina affirmativement la tête. Puis elle se glissa

hors de la salle à manger et gagna le parloir.

Oh! se trouver seule enfin, loin de tous, loin de "lui" surtout, dont

elle avait senti constamment l'attention portée sur elle, au cours de

ce repas! Pouvoir réfléchir enfin... et se dire qu'elle avait eu tort,

qu'elle avait commis une faute...

Car n'était-ce pas une faute d'avoir dit "oui", lorsque à ce moment

même un insurmontable effroi d'emparait d'elle, tandis que le doute

affreux de l'abîme moral existant entre son fiancé et elle s'implantait

victorieusement dans son esprit?

Elle avait cédé à une sorte d'affolement, dû à la présence de tous ceux

qui remplissaient l'église, à la crainte de l'effet que produirait la

réponse négative, à la pensée de l'effrayante colère de son père et de

toutes les conséquences d'un tel acte...

Elle avait dit "oui", et, par ce mot, elle avait tacitement promis

d'aimer son mari. Elle devrait donc le faire, malgré tout, quel qu'il

fût. Mais, comment y parviendrait-elle maintenant, avec cette défiance,

cette terreur au fond du coeur?

Dans la pièce voisine, dont la porte était demeurée ouverte, un pas

ferme et souple fit craquer le parquet. Valderez eut un frisson

d'effroi à la vue de la silhouette masculine qui apparaissait. D'un

mouvement instinctif, elle recula jusqu'au plus profond de l'embrasure

de la fenêtre dans laquelle elle se trouvait debout.

M. de Ghiliac s'arrêta un moment. Une légère contraction passa sur sa

physionomie. Puis il s'avança vers sa femme en disant d'un ton de

froide ironie:

-- J'ai vraiment l'air de produire sur vous l'effet d'un épouvantail,

Valderez! Me serait-il possible d'en connaître la raison?

Une rougeur brûlante remplaçait maintenant, sur le visage de Valderez,

la pâleur qui s'y était répandue tout à l'heure. Une sorte d'affolement

passa dans son cerveau surexcité, bouillonnant d'angoisse et de doute.

Emportée par un besoin de sincérité, elle dit d'une voix tremblante:

-- J'ai commis une faute... J'ai compris que j'avais eu tort en cédant

à la pression de mes parents, puisque je n'avais pour vous que de la

crainte et aucune sympathie. Tout à l'heure, en entendant M. le curé

parler des devoirs de l'épouse chrétienne, j'ai senti que je ne

pourrais jamais... à votre égard...

Elle n'osait le regarder, mais elle parlait courageusement, en se

disant qu'elle devait, en toute loyauté, lui faire connaître ses

sentiments.

-- Ah! ce sont ces petits scrupules de jeune personne pieuse qui vous

tourmentent!... Parce que ce bon prêtre vous a dit qu'il faudrait aimer

votre mari et que vous vous sentez incapable de remplir ce devoir?

Rassurez-vous, je ne suis pas si exigeant que lui, et, puisque vous ne

me faites pas l'honneur de m'accorder votre sympathie, je m'en

passerai, sans vous en faire un crime, croyez-le bien.

Il prononçait ces mots d'un ton de froideur sarcastique, qui soulignait

encore la désinvolture ironique de cette déclaration.

Valderez sentit courir dans ses veines un frisson glacé. En levant les

yeux, elle rencontra un regard dont l'expression, mélange de raillerie,

d'irritation, de défi hautain, était difficile à définir.

-- Vous comprenez singulièrement le mariage! dit-elle en essayant de

raffermir sa voix.

-- Pardon, il n'est pas question de moi! Vous me faites l'aveu -- fort

peu flatteur, entre parenthèses -- de l'éloignement que je vous

inspire. Eh bien! la sagesse me commande de vous répondre comme je l'ai

fait! Vous ne pensiez pas, j'imagine, que cette révélation allait me

conduire au désespoir?

Oh! non, elle ne l'avait jamais pensé, pauvre Valderez! Mais elle ne

s'était pas attendue non plus à cette ironie glacée après les paroles

et le regard de la veille.

-- ...Et, quant à ma façon de comprendre le mariage, je ne sais trop si

elle vaut moins que celle d'une jeune personne qui accepte de se

laisser forcer la main pour épouser un homme qu'elle ne peut souffrir,

et s'avise seulement après la cérémonie de prévenir son mari de ses

véritables sentiments.

-- Monsieur!

Un peu de rougeur monta au teint mat d'Elie.

-- Je vous demande pardon si je vous offense, c'est vous-même qui venez

de m'avouer...

-- Que j'avais poussé trop loin l'obéissance filiale. J'espérais alors

que la sympathie naîtrait entre nous, et j'étais bien résolue,

croyez-le, à remplir tous mes devoirs. Mais j'ai compris, tout à

l'heure, que j'avais eu tort, que je ne pourrais jamais...

-- Un peu tard, il me semble? La chose est faite, nous ne pouvons y

revenir... à moins de demander l'annulation de ce mariage... forcé.

-- Oh! oui, oui!

L'exclamation était spontanée. Un pli d'ironie vint soulever la lèvre

de M. de Ghiliac.

-- Etes-vous donc assez héroïque pour considérer sans frémir ce que

serait votre vie ici, après une rupture de ce genre?

Elle murmura d'un ton d'ardente souffrance, en abaissant ses longs cils

dorés comme pour voiler son regard douloureux:

-- Oh! ne comprenez-vous pas que j'aimerais mieux tout endurer, plutôt

que d'avoir prononcé tout à l'heure ce mot qui nous unissait pour la

vie!

M. de Ghiliac recula légèrement. Sa physionomie était devenue rigide et

ses yeux tellement sombres qu'ils semblaient presque noirs.

-- Devant une antipathie si bien déclarée, mon devoir de gentilhomme

est de m'incliner, dit-il d'un ton glacé. Mais je ne veux absolument

pas de rupture éclatante. Aux yeux du monde, vous demeurez la marquise

de Ghiliac. En réalité, nous vivrons séparés, conservant chacun notre

indépendance. Je vais avoir l'honneur de vous accompagner à Arnelles,

où, je l'espère, vous voudrez bien, selon nos conventions, vous occuper

de Guillemette. Maintenant, permettez-moi de vous rappeler que nous

n'avons plus qu'un quart d'heure avant de quitter les Hauts-Sapins.

-- Laissez-moi ici... ce sera beaucoup plus logique, dit-elle d'une

voix altérée.

-- Me faut-il vous remettre en mémoire le précepte: "La femme doit

suivre son mari?" Je vous libère de toutes les obligations que vous

croyez avoir à mon égard, sauf de celle-là.

Elle fit un pas vers lui en joignant les mains, avec un regard de

supplication poignante.

-- Je vous en prie, laissez-moi ici!

Il détourna un peu les yeux en répliquant froidement:

-- Ma résolution, sur ce point, est inébranlable. Veuillez aller

quitter cette toilette, je vous attends au salon.

Il ouvrit une porte devant elle. Valderez sortit du parloir et se

dirigea vers l'escalier. Mais au bas des marches, elle dut s'arrêter,

car ses jambes se dérobaient presque sous elle.

Une main se posa sur son épaule, la voix de son frère Roland murmura:

-- Valderez, qu'as-tu?

-- Un peu de fatigue, mon chéri. Ce ne sera rien.

-- Quand te reverrons-nous, maintenant, ma Valderez? M. de Ghiliac te

laissera-t-il venir souvent?

Il la regardait avec tendresse. C'était son frère préféré, car leurs

natures, également délicates et droites, s'étaient toujours comprises.

Elle se pencha, et prit la main du jeune garçon.

-- Prie pour moi, mon Roland, murmura-t-elle.

Elle se détourna et s'engagea hâtivement dans l'escalier, car elle

sentait que les sanglots allaient l'étouffer. Et elle ne voulait pas

qu'ils connussent sa souffrance, tous ces êtres pour qui elle s'était

sacrifiée.

Elle savait maintenant que, sur un point du moins, Mme de Ghiliac avait

dit vrai: Elie de Ghiliac n'était qu'un froid égoïste, dépourvu de

coeur.

Et elle ne pouvait plus ignorer -- il l'avait laissé entendre aussi

clairement que possible -- qu'il se souciait fort peu de l'attachement

de sa femme.

Combien elle eût préféré des éclats de colère à cette ironie glacée, à

ce sarcasme poli!

Et il aurait suffi cependant d'un mot -- d'un seul mot dit avec quelque

bonté, quelque indulgence à la jeune femme qui s'accusait franchement

de son erreur, pour que s'évanouît le doute, et que se dissipât la

crainte.

Mais maintenant!

Elle se déshabillait, se rhabillait machinalement. Quand elle fut

prête, elle jeta un long regard autour d'elle, sur cette grande vieille

chambre strictement meublée du nécessaire, presque pauvre, où de

pénibles soucis l'avaient assiégée, en ces dernières années, mais où

elle n'avait jamais connu une souffrance dans le genre de celle qu'elle

endurait en ce moment. Elle s'agenouilla devant le crucifix placé

au-dessus de son lit, joignit les mains et implora:

-- Mon Dieu! si j'ai commis une faute, ayez pitié de moi, considérez

mon inexpérience et soutenez-moi dans la voie où j'entre aujourd'hui.

-- Valderez, es-tu prête? M. de Ghiliac te fait prévenir qu'il est

temps de partit, dit au dehors la voix de Marthe.

-- Oui, me voici, ma chérie.

Oh! ce moment du départ! Hier soir, il lui était apparu moins

angoissant. Mais aujourd'hui!...

Elle prit congé de tous les siens, en se raidissant contre sa douleur.

Elle promit d'écrire souvent, très souvent...

-- Et tu viendras nous voir, Valderez?... Vous le lui permettrez, Elie?

demanda Mme de Noclare, qui considérait avec quelque inquiétude la

physionomie très altérée de la jeune femme.

-- Mais quand elle le voudra! Elle sera absolument libre de voyager à

son gré! répondit M. de Ghiliac qui s'inclinait en ce moment pour

prendre congé de sa belle-mère.

Pendant qu'il finissait de faire ses adieux à sa nouvelle famille,

Valderez s'en alla en avant vers le vestibule. Elle semblait maintenant

avoir hâte d'être hors des Hauts-Sapins.

-- Ma fille, je prierai la Vierge pour toi. Je crois que tu ne seras

pas toujours sur du velours dans ton ménage.

C'était Chrétienne, debout dans le vestibule, qui prononçait ces mots

d'un ton prophétique.

Valderez se pencha et baisa les joues ridées de la vieille femme.

-- Au revoir, Chrétienne. Oui, prie pour ta Valderez.

Et elle se hâta vers la cour, car les sanglots l'étouffaient maintenant.

En un quart d'heure, le traîneau qui transportait M. de Ghiliac et elle

arrivait à la petite gare. En même temps qu'eux partaient Mme de

Ghiliac, qui s'en allait à Cannes, les Trollens, M. d'Essil et le

prince Sterkine, qui se dirigeaient sur Paris.

Elie installa sa femme dans le coupé retenu par lui, et s'étant informé

si rien ne lui manquait, se mit à dépouiller le courrier que venait de

lui remettre son valet de chambre. Valderez put donc pleurer

silencieusement, le front appuyé à la vitre, en regardant disparaître,

avec les silhouettes de ses chères montagnes, son passé de jeune fille,

souvent sévère, mais adouci par la tendresse de ses frères et soeurs.

Et maintenant, elle se trouvait sous l'autorité de celui qui ne serait

jamais pour elle qu'un étranger.

X

L'automobile de M. de Ghiliac roulait sur la route large et bien

entretenue conduisant de la gare de Vrinières au château d'Arnelles.

Valderez, un peu lasse, regardait vaguement le paysage charmant dont le

marquis, assis près d'elle, lui indiquait au passage quelques points de

vue. Le temps était aujourd'hui clair et doux, l'air vivifiant entrait

par l'ouverture des portières dont Elie avait baissé les glaces sur la

demande de Valderez, qu'impressionnait désagréablement le parfum

étrange émanant de l'intérieur de la voiture.

M. de Ghiliac s'était montré d'une irréprochable correction, il n'avait

négligé envers Valderez aucune des attentions courtoises d'un homme

bien élevé à l'égard d'une femme. Pendant le voyage, il lui avait fait

apporter des journaux et des revues, avait causé avec elle des pays

traversés, tous connus de lui, et, en arrivant à Paris où ils devaient

passer une journée avant de gagner Arnelles, s'était informé si elle

désirait y demeurer plus longtemps, -- le tout avec une froideur polie,

une indifférence parfaite qui donnaient bien la note des rapports

devant exister entre eux.

Valderez avait refusé l'offre de son mari. Que lui importait Paris!

Elle avait hâte maintenant d'être à Arnelles, de mettre fin à la corvée

à laquelle s'astreignait M. de Ghiliac, de se trouver seule enfin, --

seule devant sa nouvelle existence et devant la tâche consolante que

lui réservait peut-être la petite orpheline qui l'attendait.

Brisée par une fatigue plus morale que physique, elle passa la journée

à l'hôtel de Ghiliac, dans l'appartement qui avait été celui de la

première femme. En dépit du temps relativement court des fiançailles,

M. de Ghiliac l'avait fait complètement transformer, dans la note de

luxe à la fois sobre et magnifique qui existait toujours chez lui. Et

Valderez, qui n'avait jamais connu que les Hauts-Sapins ou les demeures

relativement modestes des amis de sa famille, se sentait étrangement

gênée au milieu des raffinements de ce luxe et des recherches inouïes

d'un service assuré par une armée de domestiques admirablement stylés.

La jeune femme n'avait vu son mari qu'aux repas, pris en tête à tête.

Avec tout autre que M. de Ghiliac, ces moments eussent été fort

embarrassants. Mais lui possédait décidément un art incomparable pour

sauver les situations les plus tendues, par une conversation toujours

intéressante, et cependant indifférente, par une courtoisie qui ne

sortait jamais des bornes de la plus extrême froideur. Aucune allusion,

du reste, à ce qui s'était passé la veille. Il était évident que la

question se trouvait enterrée pour lui.

...La voiture, quittant la route, avait pris une superbe allée d'ormes

centenaires. Et le marquis dit tout à coup:

-- Voilà Arnelles, Valderez.

Au-delà d'un vaste espace découvert se dressait une grille

merveilleusement forgée, surmontée des armes des Roveyre. Le regard

ravi de Valderez, traversant l'immense cour d'honneur, rencontra une

admirable construction de la Renaissance, dont les assises, sur une des

façades latérales, baignaient dans un lac azuré.

-- Eh bien! cela vous plaît-il? demanda M. de Ghiliac qui l'examinait

avec une attitude discrète.

-- C'est magnifique! Et les descriptions que vous m'en avez faites

restaient certainement au-dessous de la vérité.

-- Tant mieux! J'aurais été au regret de vous causer une désillusion,

dit-il de ce ton mi-sérieux, mi-railleur qui laissait toujours ses

interlocuteurs perplexes sur ses véritables sentiments.

Ils gravirent l'un après l'autre les degrés du grand perron, en haut

duquel se tenaient deux domestiques portant la livrée de Ghiliac; ils

entrèrent dans un vestibule dont la royale splendeur fit un instant

fermer les yeux de Valderez éblouie. Que ferait-elle dans cette demeure

plus que princière? Oh! combien étaient loin -- et regrettés -- ses

Hauts-Sapins, sa pénible tâche quotidienne, ses austères et chers

devoirs près de sa mère et des enfants!

-- Antoine, prévenez Mlle Guillemette que nous l'attendons au salon

blanc. Et dites qu'on nous serve promptement le thé, ordonna M. de

Ghiliac.

Il fit traverser à Valderez plusieurs salons, dont la jeune femme, de

plus en plus éblouie, ne distingua que confusément les splendeurs

artistiques, et l'introduisit dans une pièce plus petite, tendue de

soieries blanches brodées de grandes fleurs aux teintes délicates,

ornée de meubles ravissants, d'objets d'art d'un goût si pur, d'une

beauté si parfaite que Valderez dut s'avouer qu'elle n'avait jamais

songé qu'il pût exister quelque chose de semblable.

-- Si cette pièce vous plaît, il vous sera loisible d'en faire votre

salon particulier, dit M. de Ghiliac, tout en aidant la jeune femme à

enlever sa jaquette. Jusqu'ici, bien qu'elle soit une des plus

charmantes de château, elle a joué de malheur. Ma mère et Fernande

n'ont jamais pu la souffrir; elles assuraient que ces tentures blanches

étaient absolument défavorables à leur teint. Mais peut-être êtes-vous

exempte de petites faiblesses de ce genre?

Elle répondit avec une tranquille froideur:

-- En effet, je n'ai jamais eu le temps ni l'idée de m'occuper de

semblables questions.

-- Je vous félicite de cette haute sagesse. Mais ne craindrez-vous pas

d'y voir apparaître le spectre de la duchesse Claude?

-- Qui est cette duchesse Claude? demanda Valderez tout en s'approchant

de la cheminée pour présenter ses mains glacées à la flamme qui

s'élevait dans l'âtre, en dépit de la tiédeur répandue par les

calorifères.

-- Une de mes aïeules, ancienne châtelaine d'Arnelles. Belle,

intelligente, énergique sous une apparence délicate, elle était l'âme

du parti de ligueurs dont son mari était le chef. Ici se donnaient des

fêtes magnifiques, dont la belle Claude était la reine incontestée.

Parmi les invités, on remarquait une jeune personne laide et légèrement

contrefaite, toujours fastueusement parée, qui était la cousine de la

duchesse. Françoise d'Etigny, on ne sait par quelle aberration, s'était

longtemps bercée de l'espoir d'épouser le duc Elie, un des plus beaux

seigneurs de France. De là, dans cette âme aigrie et mauvaise, une

jalousie féroce contre la duchesse Claude, -- jalousie habilement

dissimulée d'ailleurs.

"Mais un jour, Claude disparut. On la chercha longtemps; son mari,

inconsolable, promit une fortune à qui lui ferait connaître le sort de

sa femme. Cependant personne ne l'avait vue quitter le château; les

hommes d'armes juraient tous n'avoir pas délaissé un instant leur

poste. Et d'ailleurs, pourquoi cette jeune femme, très heureuse, très

aimée, fervente chrétienne, épouse et mère tendrement dévouée,

aurait-elle quitté volontairement son foyer? Le duc Elie fit fouiller

le lac, les oubliettes, restes de l'ancien château fort, sur lequel

s'éleva la demeure actuelle. Tout fut visité, bouleversé. Et la jeune

duchesse resta introuvable.

"Elie de Versanges, fou de désespoir, se confina dans la retraite. Son

cerveau se dérangeant peu à peu, il assurait que sa femme n'avait pas

quitté le château et qu'elle gémissait dans quelque cachette inconnue

en l'appelant à son secours. D'autre part, une femme de chambre

prétendit avoir vu sa maîtresse apparaître vers la nuit, vêtue de la

robe de brocart d'argent qu'elle portait le jour de sa disparition.

C'était dans ce salon, qu'elle affectionnait particulièrement, et,

d'autres fois dans la galerie à côté..."

Il s'avança et ouvrit une porte. Valderez, en s'approchant, eut une

exclamation admirative.

-- ...Cette galerie est une des merveilles de la Renaissance et

renferme des trésors d'art. Elle fut décorée par les ordres de François

de Versanges, qui fit achever le château commencé par son père. Ce duc

François était un homme dur, cruel, que l'on prétendait quelque peu

magicien. En tout cas, il paraît qu'il avait un talent remarquable pour

faire disparaître les gens gênants, sans qu'on pût jamais savoir ce

qu'ils devenaient.

Valderez fit quelques pas dans la galerie, mystérieusement éclairée par

le jour pâle traversant d'admirables vitraux. Elle s'arrêta devant le

portrait d'une jeune femme, remarquablement jolie, portant un somptueux

costume du seizième siècle, constellé de joyaux. A côté, sur un fond

assombri, se dressait l'image d'un jeune seigneur de fière mine, dont

la physionomie avait quelque ressemblance avec celle de M. de Ghiliac.

-- La belle duchesse Claude et le duc Elie, dit le marquis en les

désignant.

-- Et que devint ce pauvre duc? demanda Valderez.

Entre Deux Ames · 第 31 / 48 题