Plan d’attaque définitive contre Galilée.
Voilà donc Galilée bien garanti, et sûr du succès.
Il compte sans ses hôtes, c’est-à-dire sans les jésuites qui composent
l’armée de son rival astronomique Grassi, et sans les dominicains dont
Firenzuola fait partie. Celui-ci, le livre une fois publié, court chez
le pape, lui représente que Ciampoli a surpris sa religion, que Galilée
raille Sa Sainteté; lui fait lire la préface qui semble, en effet, ou
une ironie ou une insulte, oppose à cette préface le portrait comique de
Simplicio et enflamme la haine du pape.
Urbain VIII fut convaincu que son ancien protégé l’avait raillé
personnellement. Le reste alla de soi.
Fort de sa conscience catholique et comptant sur la faveur de celui qui
avait écrit son panégyrique en vers latins, Galilée ira tout à l’heure
se constituer prisonnier volontaire de Rome, malgré les avertissements
de ses amis. Cependant les rivaux auront travaillé; et Urbain VIII,
blessé dans sa vanité, les servira.
Galilée sera victime.
On n’appellera point de bourreaux, on n’allumera point de bûchers.
Personne ne songe à le mettre à la torture; briser ses os, déchirer ses
nerfs, faire couler son sang, fi donc! On a plus de douceur d’âme; et
les doctrines chrétiennes réprouvent hautement la cruauté! D’ailleurs
les gens qui construisent des vers latins, sans fautes de quantité,
comme Urbain VIII; ou des fortifications savantes comme Firenzuola; les
gens qui sont l’honneur d’une société philosophique, littéraire,
théologique, éclairée et admirée, ne tuent que rarement.
Ils calomnient leur victime et la ravalent; ils la flétrissent, la font
souffrir et la déshonorent: ils l’essayent du moins.
Avec quelle grâce les ennemis du savant l’ont torturé, crucifié,
lentement fait mourir!
C’étaient connaisseurs et gens prudents.
Il leur fallait, non pas intéresser l’Europe au sort du malheureux homme
de génie; mais l’isoler du monde, le décourager, le réduire à
l’impuissance et au néant; gâter sa renommée; le combler, tout en le
frappant, d’indulgences et de bontés; le reléguer au fond d’une retraite
obscure sans communication avec les vivants, et, dans une société
profondément lâche, dominée par les intérêts et les jalousies, le livrer
aux longues angoisses de cette excommunication tacite;--condamné auquel
on pardonne, hérétique que l’on veut bien laisser vivre.
Ce plan était fortement conçu.
Nous allons le voir s’exécuter de point en point.