1º. _Des droits et des devoirs du citoyen._

Petit in-folio, pouvant faire deux volumes in-12.

(Page 69 de l’Éloge). Ce sont des entretiens que l’auteur suppose

avoir eus avec milord _Stanhope_. Ce livre fait connoître à l’homme

ses devoirs, ses droits et sa dignité. Il éclaire l’esprit, il

échauffe le cœur; l’ame s’élève à la lecture de ces lettres: c’est

le catéchisme du citoyen.

Il y a des pensées grandes et fières, à la manière de Montesquieu.

Par exemple: «La pompe des noms et des titres n’impose plus à mon

imagination: dans les hommes les plus humiliés par la fortune, je

crois voir des princes détrônés qu’on retient dans les fers.

«Tout peuple qui n’est pas barbare, a une religion; et Dieu ne

manque jamais d’avoir révélé aux prêtres ses volontés; c’est ce

qu’on appelle ordinairement lois divines.»

Nous regrettons de ne pouvoir en citer davantage; mais le temps nous

instruira mieux, et nous dévoilera ce que nous devons penser de cette

production.

2º. La suite des observations sur l’histoire de France, dont nous

avons fait mention sous le nº. 7 de cette notice.

3º. &c. Un traité du beau, et d’autres traités des talens, des

passions, &c. &c., dont nous n’avons pas une connnoissance

particulière.

Note IVe. page 82 de l’Éloge.

_Sa personne et son caractère._

[4] En faisant dans plusieurs de ses écrits l’éloge d’un

philosophe pratique, sans faste, et qui fuit toute espèce

d’ostentation, même celle de la vertu, _Mably_ semble avoir

tracé son portrait: voilà pourquoi l’on a peu d’anecdotes sur sa

personne. Sa vie est toute entière dans ses écrits, comme l’éloge

d’un législateur est tout entier dans ses lois.

Nous ajouterons seulement ici quelques traits de caractère à ceux

que nous avons déjà cités.

Son désintéressement étoit tel qu’il ne retira jamais rien de ses

ouvrages; à peine exigeoit-il quelques exemplaires pour les présens

d’usage; bien différent de ces littérateurs qui n’estiment dans le

commerce des muses que le profit que ce commerce leur rapporte.

Riche du retranchement de tous les besoins factices, il pouvoit

s’écrier comme Socrate, en se promenant dans Athènes: «que de

choses dont je n’ai que faire!»

Il n’eut jamais qu’un seul domestique; et sur la fin de ses

jours, il se priva de ces commodités de la vie que son âge

et ses infirmités lui rendoient cependant plus nécessaires,

afin d’accroître la petite fortune de ce serviteur fidelle. Il

pratiquoit à la lettre cette maxime si douce et si humaine, «de

regarder ses domestiques comme des amis malheureux.»

Faire sa cour, est une expression qui n’étoit point à son usage.

On voulut un jour l’entraîner chez un ministre qui même l’avoit

invité; on ne put jamais l’y déterminer: mais il dit qu’il le

verroit volontiers, lorsqu’il ne seroit plus en place.

M. le maréchal de Richelieu pressoit un jour l’abbé de _Mably_

de se mettre sur les rangs pour l’académie française; _Mably_

refusa. «Mais, lui dit le vainqueur de Mahon, si je faisois toutes

les démarches, et que vous fussiez agréé, refuseriez-vous?...»

Le maréchal le pressa tant, il y mit tant de grâces, que, vaincu

par ce noble procédé, _Mably_ n’osa persister, et fut comme forcé

de promettre. Mais aussi-tôt qu’il fut sorti, il courut chez son

frère de Condillac, lui raconta comment la chose s’étoit passée,

et le conjura de le dégager, à quelque prix que ce fût. «Mais

pourquoi cette grande résistance?» lui dit son frère.--«Pourquoi?

Si j’acceptois, je serois obligé de louer le cardinal de Richelieu,

ce qui est contre mes principes; ou si je ne le louois pas, devant

tout à son petit neveu dans cette circonstance, je serois coupable

d’ingratitude.»

Condillac se chargea de la négociation, et les choses en

demeurèrent là. Nous tenons cette anecdote d’un ami particulier de

l’abbé de _Mably_, et lui-même est membre de l’académie française.

Le bruit avoit couru qu’on lui proposeroit l’éducation de

l’héritier d’un grand empire; il dit hautement, que la base de son

éducation seroit: «que les rois sont faits pour les peuples, et non

les peuples pour les rois,» et que ce seroit la chose sur laquelle

il reviendroit sans cesse: il ne fut point nommé.

Il aimoit à répéter cet adage de Leibnitz, «le temps présent est

gros de l’avenir;» et son propre exemple en prouve la justesse et

la profondeur. Il s’étoit tellement exercé à étudier le jeu et

la marche des passions, et à rechercher dans les révolutions des

Empires les causes et la chaîne des événemens; il avoit acquis une

telle expérience des hommes et des choses, que cette connoissance

du passé avoit, pour ainsi dire, déchiré pour lui le voile de

l’avenir: il a en quelque sorte tiré l’horoscope des états. Dès

la paix de 1762, et au moment où l’Empire Britannique étoit à

son plus haut période de gloire et de puissance, _Mably_ prédit

la révolution de l’Amérique; il prévoyoit dès-lors la défection

des Colonies Anglaises. «Si un jour elles se rendent libres et

indépendantes, dit-il, etc. (Voyez le droit public de l’Europe,

tom. 2, page 422, édit. de 1764; et tom. 3, pag. 412 et 414, et

principes des négociations, édit. de 1767, pag. 90.») Ce qui s’est

passé à Genève, il l’avoit également prévu. (Voyez principes des

lois, Iere. part. pag. 169.) Et si l’on veut savoir ce qui se

passe aujourd’hui en Hollande, il faut voir les principes des

négociations (pag. 162.) et le traité de l’étude de l’histoire

(pag. 213, 214.) Cette expérience lui donnoit quelquefois de

l’humeur; ses amis lui en faisoient le reproche, et l’appeloient en

plaisantant, «prophète du malheur.» «Il est vrai, répondoit-il, que

je connois assez les hommes pour ne pas espérer facilement le bien.»

Note V et dernière, page 90 de l’Éloge.

_Sa mort et son épitaphe._

[5] Ses amis, la France et l’Europe le perdirent le 23 avril 1785,

étant âgé de 76 ans.

Son épitaphe, ouvrage de l’amitié éclairée, contient tout son

éloge; nous ne pouvons nous refuser au plaisir de la copier.

Collection complète des oeuvres de l'Abbé de Mably, Volume 1 (of 15) · 第 28 / 92 题