Un volume écrit en 1770 et 1771, et imprimé seulement en 1781.
(Page 36 de l’Éloge.) C’est M. le comte Wielhorski qui fut chargé
par les confédérés de Pologne de consulter en France le philosophe
de Genève et l’abbé de _Mably_. Jean-Jacques en fait un bel éloge;
et c’est à lui que _Mably_ adressa son ouvrage: on n’en fit tirer
qu’un très-petit nombre d’exemplaires, que l’auteur donnoit à ses
amis et à ceux qu’il honoroit d’une confiance particulière.
En 1770 l’abbé de _Mably_ avoit fait avec cet excellent patriote
un voyage en Pologne, pour mieux étudier la nation sur laquelle il
avoit à travailler: il y demeura plus d’un an avec lui.
Son ouvrage pour cette république, et son séjour dans le pays, y
ont laissé un tendre souvenir d’estime et de reconnoissance. Nous
avons vu une lettre du prince Potocki, où tous ces sentimens sont
exprimés d’une manière bien honorable pour l’abbé de _Mably_.
Nous citerons une partie de cette lettre, datée de Warsovie le 2
septembre 1777.
«Monsieur, vous jouissez du privilége des hommes célèbres:
connu dans les pays les plus éloignés, vous ignorez ceux
qui vous lisent et que vous éclairez. On a toujours cherché,
consulté et quelquefois ennuyé les philosophes: souffrez, à
ce titre, les désagrémens de votre état. Le conseil préposé
à l’éducation nationale, m’a chargé, monsieur, de suppléer
aux livres élémentaires pour lesquels il n’a plus jugé de
publier la concurrence: de ce nombre est la logique. Comme je
connois votre ouvrage, et que le conseil a suivi vos principes
dans le systême de l’instruction publique pour les écoles
Palatinales, personne assurément ne sauroit mieux que vous
remplir cette importante tâche. Vous avez travaillé pour un
prince souverain, refuseriez-vous d’appliquer votre ouvrage à
l’usage d’une nation qui devroit l’être?.... Si vos occupations
ne vous permettoient pas d’entreprendre cet ouvrage, vous me
feriez un plaisir bien sensible de m’indiquer la personne que
vous croiriez en France, aidée de vos lumières et de votre
direction, en état de répondre à nos vues: ce ne sera toujours
qu’un de vos élèves. Il est à souhaiter pour l’humanité que
vous en ayez dans toutes les nations. Je suis, etc.