7º. _Observations sur l’histoire de France._

Deux volumes, Genève, 1765.

(Page 22 de l’Éloge.) L’auteur éprouva pour ces observations

les mêmes difficultés que pour le droit public. Chaque ouvrage

utile est une conquête qu’il faut remporter sur les préjugés.

Des courtisans ne manquèrent pas de trouver ce livre dangereux,

comme contenant des vérités trop palpables. C’est l’histoire des

réverbères de Duclos; et sans la protection d’un ministre qui ne

craignoit pas les réverbères[l], cet excellent ouvrage auroit été

étouffé dès sa naissance.

[l] Le duc de Choiseuil.

Quelques personnes qui en avoient une autre idée, désiroient

que l’auteur donnât à son livre le titre d’histoire de notre

ancien gouvernement, et de ses révolutions: sa modestie ne lui a

pas permis d’adopter un titre aussi ambitieux, quoiqu’il avouât

lui-même avec candeur qu’il regardoit ces observations, comme

l’histoire jusqu’alors inconnue de notre ancien droit public.

(Préface des observations.)

En effet, ses preuves marchent d’un pas égal avec ses raisonnemens;

sa critique est sûre, ses exemples bien choisis, ses citations

précieuses et décisives: également éloigné des systêmes de Dubos

et des paradoxes de Boulainviliers, il les combat tous deux avec

avantage; il cherche et trouve souvent la vérité. Les points

les plus obscurs sont ceux auxquels il s’attache de préférence:

il n’élude jamais les difficultés; tout ce qu’il traite, il

l’éclaircit. Aux connoissances du savant, il joint le mérite plus

rare d’un jugement sain, d’une érudition bien digérée, d’une

critique lumineuse. Cet ouvrage doit être le guide de tous ceux qui

veulent étudier à fond notre histoire. Il y a plus; si jamais la

France a son Tite-Live, et peut enfin s’enorgueillir d’une histoire

nationale, c’est sur-tout dans les écrits de _Mably_ qu’il faudra

puiser les principes sûrs, les idées justes, les vues patriotiques,

enfin l’esprit général qui doit animer ce bel ouvrage, encore

à faire, le seul peut-être que les Français aient à envier aux

Romains.

Ce qui reste à imprimer des observations, formera trois volumes

égaux aux premiers. Parmi les nombreux morceaux qui peuvent exciter

l’intérêt, nous nous contenterons d’indiquer le chapitre intitulé:

«des causes par lesquelles le gouvernement a pris en Angleterre une

forme différente qu’en France;» la peinture des désordres du règne

de Charles VI, et de la sombre politique de Louis XI, qui nous ont

paru des tableaux dignes du pinceau de Tacite; ce que l’écrivain

dit des états-généraux, des trois ordres, des prétentions des

corps, de la politique de Richelieu &c. &c., &c.

L’auteur s’est arrêté au commencement du règne de Louis XIV: il

a seulement ajouté quelques réflexions générales sur la dernière

révolution de la magistrature, et sur le caractère des ministres

qui l’ont opérée. L’abbé de _Mably_ affectionnoit singulièrement

cette suite des observations, comme y ayant déposé des vérités qui

deviendroient un jour utiles à ses concitoyens; et nous en parlant

vers les derniers temps de sa vie, il nous dit: «cet ouvrage est

mon testament.»

8º. _Doutes proposés aux économistes, sur l’ordre naturel et

essentiel des sociétés._

Un volume, 1768.

(Page 69 de l’Éloge.) On a appelé les économistes, les

convulsionnaires de la politique; nous sommes bien éloignés

d’adopter cette dénomination; d’ailleurs nous ne voulons point

insulter aux morts: nous dirons seulement que, sous le titre

modeste de _doutes_, l’abbé de _Mably_ bat en ruine un systême

qu’il a cru dangereux autant que ridicule. Cette critique n’est

que l’ouvrage des circonstances; mais l’auteur en prend occasion

de remonter aux vrais principes et aux fondemens de la société;

de développer des vérités très-importantes; de relever la dignité

de l’homme, avilie par des sophismes, et de combattre des erreurs

dont les conséquences pourroient être dangereuses. Sa logique est

pressante et ses raisonnemens concluans: il y mêla quelquefois une

ironie fine et délicate, mais point d’injures, arme de ceux qui ont

tort; point de sarcasmes ni de personnalités. Il usa de ménagemens

et d’égards; il donna même des éloges à l’auteur qu’il critiquoit:

c’est ainsi qu’en devroient toujours user les gens de lettres; ils

ne se rendroient pas la fable des sots; eux, le public et la vérité

y gagneroient.

Collection complète des oeuvres de l'Abbé de Mably, Volume 1 (of 15) · 第 18 / 92 题