collège des Jésuites de Paris, ou collège de Clermont, devenu depuis
le lycée Louis-le-Grand, elle fit don à cet établissement de 72
volumes,--ce qui a paru suffisant à Joannis Guigard pour inscrire le
nom de cette pieuse veuve sur le livre d'or des femmes bibliophiles.
La COMTESSE DU DRENEUC, Catherine de Martin de Champoléon (XVIIIe
siècle)[478].
[478] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 151.
CLAUDE DE DURFORT, religieuse, abbesse de Faremoutier, diocèse de
Meaux, et dernière abbesse de cet établissement, détruit en 1792
(XVIIIe siècle)[479].
[479] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 156.
La DUCHESSE DE DURFORT DE LORGES, Marie-Marguerite-Reine de Butault de
Marzan (XVIIIe siècle)[480].
[480] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 155.
Mme FAURIS, Julie de Villeneuve de Vence, femme du président Fauris
(XVIIIe siècle)[481].
[481] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 159.
La BARONNE DE FONTAINE-CHALANDRAY (ou CHALENDRAI), Marie-Antoinette du
Mas (ou Dumas) (XVIIIe siècle).
Le baron de Fontaine-Chalandray était receveur général des finances de
Lorraine et Barrois en 1749[482].
[482] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 160.
LA MARQUISE DE KERHOENT, née N. de Champagne (XVIIIe siècle)[483].
[483] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 166.
Mme DE LA BORDE (XVIIIe siècle).
La vente de ses livres eut lieu à Paris, le 20 mai 1799 et jours
suivants. Le catalogue, dressé par G. de Bure l'aîné, comprenait 167
numéros[484].
[484] Cf. la _Revue des livres anciens_, année 1914, fascicule
IV, p. 351, article de M. Maurice Tourneux;--et l'_Intermédiaire
des chercheurs et curieux_, 20 juin 1908, col. 926.
La COMTESSE DE LA FEUILLADE, Catherine-Scholastique Bazin de Bezons
(XVIIIe siècle)[485].
[485] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 167.
La MARQUISE DE LA QUEUILLE, Louise-Jacqueline de Lastic de Saint-Jal
(XVIIIe siècle)[486].
[486] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 169.
La DUCHESSE DE LA TRÉMOILLE-THOUARS,
Marie-Maximilienne-Louise-Françoise-Sophie, princesse de Salm-Kirbourg
(XVIIIe siècle)[487].
[487] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 173.
Mme LE BAS DE MONTARGIS, Henriette-Catherine Hardouin-Mansart, femme
de Claude Le Bas de Montargis, conseiller d'État en 1722 (XVIIIe
siècle)[488].
[488] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 174.
Mlle LE DUC, marquise de Tourvoie, danseuse à l'Opéra, maîtresse puis
femme de Louis de Bourbon-Condé, comte de Clermont (XVIIIe siècle).
Elle rassembla un grand nombre d'ouvrages de théologie,--ce qui est
assez étrange, vu la profession de ladite marquise,--et habilla
richement ses volumes de maroquin avec dentelles[489].
[489] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p.
446;--et Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 174. A propos
de la bibliothèque de Mlle Le Duc, Joannis Guigard écrit: «La
_Bibliophilie_... faisait partie de l'existence mondaine au
dix-huitième siècle. Les grandes dames surtout auraient cru
manquer à tous leurs devoirs si elles n'avaient pu montrer, dans
un salon richement orné, des livres aux fers merveilleux des
Derome ou Padeloup.»
Le catalogue des livres de Mlle Le Duc, daté de 1757, et dressé par
Prault fils aîné, libraire, quai de Conty (_sic_), se trouve
actuellement à la Bibliothèque de l'Arsenal; c'est un très beau
manuscrit in-4 de 225 pages.
Mme LEFÉBURE DE LA BASSE-BOULOGNE, née N. Couthier (XVIIIe
siècle)[490].
[490] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 176.
La MARQUISE DE LESTEVENON, Marie-Wilhelmine van der Duyn (XVIIIe
siècle).
Son mari était ambassadeur de la province de Hollande en France
1740[491].
[491] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 177.
La COMTESSE DE LÉVIS-CHATEAU-MORAND, Philiberte de Languet de Gergy
(XVIIIe siècle)[492].
[492] Cf. ID., _ibid._
La PRINCESSE DE LIGNE, Henriette-Eugénie de Béthisy (ou Béthizy) de
Mézières (XVIIIe siècle)[493].
[493] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 178.
CUNÉGONDE DE MAILLÉ DE KERMAVAN (ou KERMAOUEN, ou KERMAN, ou CARMAN),
abbesse de Monré, près d'Amboise (XVIIIe siècle)[494].
[494] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 179;--et Ludovic LALANNE,
_Dictionnaire historique de la France_.
Mme MÉGRET OU MAIGRET, Françoise-Thomas de Pange, femme de Mégret ou
Maigret, baron d'Étigny et de Theil (XVIIIe siècle)[495].
[495] Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 183.
MARIE-ALEXANDRINE DE MONTJOUVENT, abbesse de l'abbaye de la Déserte, à
Lyon (XVIIIe siècle)[496].
[496] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 186.
La DUCHESSE DE MONTMORENCY-LUXEMBOURG, Charlotte-Anne-Françoise de
Montmorency-Luxembourg, mariée au duc de Montmorency-Luxembourg
(XVIIIe siècle)[497].
[497] Cf. ID., _ibid._
La DUCHESSE DE MONTMORENCY-LUXEMBOURG, Marie-Jeanne-Thérèse de
l'Espinay (XVIIIe siècle)[498].
[498] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 187.
La COMTESSE DE RIEUX, Suzanne-Henriette-Marie de Boulainvilliers de
Bernard (XVIIIe siècle)[499].
[499] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 137.
Mme ROLAND DE CHALLERAUGE (ou DE CHALLERANGES?), née N. de Brosses,
femme d'un conseiller au Parlement (XVIIIe siècle?)[500].
[500] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 198, qui ne
donne aucune date relative à cette bibliophile. _L'Intermédiaire
des chercheurs et curieux_, No du 20 juin 1908, colonne 926,
donne Rolland de Challerange, et non Roland de Challerauge.
Ludovic Lalanne, dans son _Dictionnaire historique de la France_,
donne Challeranges.
La MARQUISE DE SAINTE-MAURE, Marie des Chiens de la Neuville (ou
Neufville) (XVIIIe siècle)[501].
[501] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 198.
La DUCHESSE DE SAULX DE TAVANNES, Marie de Choiseul-Gouffier (XVIIIe
siècle)[502].
[502] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 200.
MARIE-AUGUSTE DE SULTZBACH, femme de Charles-Philippe de Sultzbach,
son cousin-germain, comte palatin du Rhin (XVIIIe siècle)[503].
[503] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 122.
La DUCHESSE DE TALLEYRAND-PÉRIGORD, Marie-Françoise de Rochechouart,
femme de Jean-Charles Talleyrand, duc et pair de France (XVIIIe ou
XIXe siècle)[504].
[504] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 202, qui ne
donne aucune date relative à cette bibliophile.
La PRINCESSE DE TALMONT, Marie-Jablonowska, fille du comte
Jablonowski, grand enseigne de la couronne de Pologne; mariée, en
1730, à Frédéric de la Trémouille, prince de Talmont (XVIIIe siècle).
Elle possédait une belle bibliothèque qui fut vendue en 1774[505].
[505] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 444.
La MARQUISE DE VALBELLE DE TOURVES, Marguerite-Delphine (XVIIIe
siècle)[506].
[506] Cf. Joannis Guigard, _ouvrage cité_, t. I, p. 204.
_L'Intermédiaire des chercheurs et curieux_ a publié, dans son numéro
du 20 juin 1908[507], et au-dessus de la signature Sy, «une liste
d'ex-libris de dames, dont la plupart ont vécu au dix-huitième
siècle».
[507] Colonnes 926-927.
Voici cette liste, de laquelle je me borne à supprimer les noms
mentionnés par moi précédemment:
La MARQUISE D'ALIGRE (Mme de Saint-Germain).
Mme DE BEAUMANOIR.
-- ÉLISABETH-HENRIETTE DE BESSET.
-- DE BOUCHARD.
-- BROCHET DE SAINT-PREST.
La MARQUISE DE BROGLIE, née Besenval.
Mme VIRGINIE CHARDON.
Mlle CHAUDOT.
La COMTESSE CHARLES DE DAMAS.
Mme DE DAMAS, née Rochechouart.
-- DU BU DE LONGCHAMP.
La MARQUISE DE FLEURY, née du Bois de Courval.
Mlle L.-E. GUENET DE LOUYE.
Mme HAUTEFORT DE BERINHEN (Beringhen?).
-- DE JOANNIS.
-- CATHERINE HUNTER DE CADIGNAN.
La DUCHESSE DE LA FORCE.
Mme de LAIDET, née du Pont.
La COMTESSE DE LANGEAC, née de la Quenille (Queuille?).
La DUCHESSE DE LA TRÉMOILLE, née de la Tour d'Auvergne.
Mme LE BAS DE GIRANGY.
LA BARONNE DE LERCHENFELD, née comtesse de Haslang.
La COMTESSE DE LIPONA.
La COMTESSE DE MELLET.
Mlle DE MORETON DE CHABRILLAN.
La DUCHESSE DE MOUCHY.
Mme DE PARIS, née Boula.
-- PIGNATELLI, née Durfort.
La MARQUISE DE PONS, née de Brissac.
Mme DE PREYSING.
-- RONDÉ.
-- DE ROUGEMONT.
-- DE SAINT-GERMAIN, marquise d'Aligny[508].
-- DE SAUTEREAU-MOINTESSUY.
Mlle DE SAYVE.
La VICOMTESSE HENRY DE SÉGUR.
Mme SILVA.
-- DE VASSAL.
-- DE VINTIMILLE, née Talbot.
[508] Au lieu de d'Aligny, peut-être faut-il lire d'Aligre; voir
la page précédente: La MARQUISE _d'Aligre_.
VII
Au dix-neuvième siècle et de nos jours, le nombre des femmes
bibliophiles, presque restreint jusqu'ici à la classe élevée, noblesse
et finance, s'est étendu à tous les rangs et est devenu considérable.
Voici d'abord une liste publiée par _l'Intermédiaire des chercheurs et
curieux_, dans le numéro du 10 juillet 1908[509], signée J.-G. Wigg,
et dont je me borne à ranger les noms dans l'ordre alphabétique:
Mme D'ALLERAY.
-- BAILLEU.
-- BARTET, de la Comédie-Française.
La COMTESSE X. DE BLACAS.
La VICOMTESSE DE BONNEMAINS.
Mme DE BORNIOL.
-- MINA DELHOMME.
-- HÉLÈNE DUCHÉ.
La MARQUISE DU COUDRAY.
La COMTESSE D'ERCEVILLE.
Mme E.-M. GALLET.
-- MARIE GEORGEL.
-- L. GUIONNEAU-PAMBOUR.
-- HENRY-ANDRÉ.
-- L.-H. DE LA CONDAMINE.
-- M.-CH. DE LAMETH.
-- LANGE.
-- C. LEBIENVENU-DUBOURG.
-- L. LE DOULCEUR.
-- M. LE VERDIER.
Mmes OU Mlles JEANNE ET JEANNINE MARCHAND.
Mme MINARD DE VELARS.
-- MOYE.
-- MOYNEL.
La COMTESSE DE NADAILLAC.
Mlle ALICE OZY.
Mme MARIE PASTOR.
-- RENÉE PINGRENON.
-- L. SCHULTZ.
-- ZOÉ SEILLIÈRE.
-- M. SOUVESTRE.
-- DE STAËL.
La PRINCESSE DE TALMONT[510].
Mme THOURNOUER.
-- VASSE-DUSAUSSAY.
-- DE VILMORIN.
-- MARQUISE VINTIMILLE.
-- WEIGEL, d'Arras.
[509] Colonnes 34-35.
[510] Peut-être la même que nous avons mentionnée p. 244.
La MARQUISE DE LA GRANGE, Constance-Madeleine Nonpart de Caumont de La
Force (1801-1869)[511].
[511] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 168.
LOUISE-MARIE-THÉRÈSE D'ARTOIS, fille de la duchesse de Berry, mariée,
en 1845, à Charles III, duc de Parme (1819-1864).
Comme sa mère, qui avait formé la belle bibliothèque de Rosny,
Louise-Marie-Thérèse d'Artois, appelée jusqu'en 1830 Mademoiselle,
collectionna des livres: ils étaient timbrés de l'écusson en losange,
symbole des filles, aux armes de France, _à la bordure crénelée de
gueules_[512].
[512] Cf. Eugène ASSE, _ouvrage cité_, p. 138-139;--Joannis
GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 104;--et ci-dessus, p. 180,
note 3.
La PRINCESSE MATHILDE BONAPARTE, Mathilde Lætitia-Wilhelmine
Bonaparte, fille de Jérôme Bonaparte, roi de Westphalie, mariée au
prince russe Anatole Demidoff de San-Donato, dont elle ne tarda pas à
se séparer (1820-1904).
Elle témoigna toujours d'un goût très vif pour les arts et les
lettres; elle exécutait notamment des aquarelles; elle exposa au
Salon, de 1859 à 1867, un certain nombre de portraits et des copies
d'après les maîtres, et obtint une médaille en 1865. Elle est aussi
l'auteur d'un petit livre, l'_Histoire d'un chien_ (1876)[513].
[513] Cf. la _Revue universelle Larousse_, année 1904, p. 81;
article de M. H. Castets.
Dans son hôtel de la rue de Courcelles et son château de
Saint-Gratien, et, après la guerre de 1870, dans son hôtel de la rue
de Berri, elle reçut quantité d'hommes de lettres et d'artistes:
Sainte-Beuve, avec qui elle entretint une correspondance publiée par
Jules Troubat, le dernier secrétaire de Sainte-Beuve[514],--Gustave
Flaubert, Théophile Gautier, les Goncourt, Hippolyte Taine, Paul de
Saint-Victor, Émile Augier, Gavarni, Jules Sandeau, le critique d'art
Ernest Chesneau, le peintre Hébert, etc., etc.
[514] SAINTE-BEUVE, _Lettres à la Princesse_ (Paris, Michel Lévy,
1873, 5e édit.).
«Séparée à vingt-cinq ans de son mari, le comte Demidoff (Anatole
Demidoff, prince de San Donato, dont elle n'eut point d'enfants, et
qui mourut en 1870), adulée, d'un tempérament fougueux, la princesse
Mathilde devait avoir fatalement des liaisons de cœur. On en connaît
au moins deux avec certitude: la première, très retentissante, avec le
comte de Nieuwerkerke, surintendant des Beaux-Arts sous l'Empire; la
seconde, plus discrète, avec le peintre et poète Claudius Popelin. Si
l'on consulte l'Almanach Gotha de 1879, on y trouve la mention que la
princesse Mathilde avait épousé Claudius Popelin, en Angleterre, en
décembre 1871; mais cette information, démentie, fut supprimée dans
l'Almanach de 1880[515].»
[515] _Revue universelle Larousse_, année 1904, p. 82; article de
M. H. Castets.
A défaut d'une bibliothèque célèbre, la princesse Mathilde eut un
illustre bibliothécaire, Théophile Gautier, à qui, en le gratifiant de
cette sinécure, elle trouva moyen de rendre délicatement service. On
lit à ce propos dans le _Journal des Goncourt_[516]:
«En descendant, ce soir, l'escalier de la princesse, Théophile
Gautier, nommé bibliothécaire de Son Altesse, m'adresse cette
question: «Mais, au fait, dites-moi, en toute sincérité, est-ce que la
princesse a une bibliothèque?--Un conseil, mon cher Gautier, faites
comme si elle n'en avait pas.»
[516] Année 1868, t. III, p. 240.
L'illustre tragédienne RACHEL (1821-1858) a été inscrite au nombre des
amies des livres par le poète-bibliophile François Fertiault[517].
[517] Dans son beau volume _les Amoureux du livre_, p.
341.--Saluons ici, au passage, ce nom de François Fertiault, cher
à tous ceux qui ont le culte des livres et des lettres. Né en
juin 1814, à Verdun-sur-Doubs, «le cher petit pays», décédé à
Paris en octobre 1915, c'est-à-dire dans sa cent-deuxième année,
François Fertiault, l'auteur des _Amoureux du livre_, des
_Légendes du livre_, des _Drames et Cancans du livre_, de la _Vie
du livre_, des _Soirs du Doyen_, _A cent ans_, etc., a eu le très
rare privilège, non seulement de mourir centenaire, mais de
rester en possession de toutes ses facultés, de toute sa finesse
d'esprit, de toute sa souriante accortise, de toute sa bonne
humeur et de toute sa bonne grâce, jusqu'à son dernier jour. Il a
été longtemps le doyen d'âge de la Société des gens de lettres,
et il laisse, dans le monde des bibliophiles et des lettrés, un
ineffaçable souvenir.
Le chroniqueur Paul d'Ivoi, père du romancier récemment décédé (1915),
a rendu compte, dans un de ses articles du _Courrier de Paris_[518],
de la vente des objets mobiliers, des livres par conséquent, laissés
par Rachel, et voici quelques-uns des renseignements qu'il nous donne
à ce sujet:
La vente des livres a duré deux jours. La première journée a produit
6900 francs, la seconde à peu près le double. Les livres qui n'avaient
pas d'autre indication de leur origine que l'estampille de la vente,
le chiffre de Mlle Rachel--un R entouré d'un bracelet avec la devise
_Tout ou Rien_,--ces livres-là se vendaient un peu au dessus de leur
valeur. Les livres reliés avec le chiffre R imprimé à froid sur le
plat se vendaient beaucoup plus cher, environ une fois et demie ou
deux fois leur valeur. Les livres adressés à Rachel par leurs auteurs,
avec envoi autographe de l'auteur à la première page, se sont vendus
six ou huit fois leur valeur. Enfin les brochures ayant servi à Rachel
pour étudier ses rôles, celles surtout qui portaient des annotations
de sa main, ont atteint des prix extrêmement élevés, de 40 à 80 francs
chacune. Nous nous bornerons à quelques exemples:
Le _Théâtre des Grecs_, traduction du P. Brumoy, avec le chiffre sur
le plat: 160 francs.
Le _Théâtre des Latins_, traduit par Levée et l'abbé Lemonnier,
chiffre: 135 francs.
Le _Répertoire du Théâtre français_; Paris, Foucault, 1817: 200
francs.
Le _Théâtre de Corneille_; Paris, Didot l'aîné, 1805: 120 francs.
Les _OEuvres de Racine_, édition Lefèvre: 80 francs.
Le _Théâtre de Ponsard_; Paris, Michel Lévy, 1852; in-8, avec envoi
autographe: 42 francs.
Le _Théâtre d'Émile Augier_; in-18, avec envoi autographe: 27 francs.
Le _Théâtre d'Alexandre Dumas_; 3 vol. in-18, avec envoi autographe:
41 francs.
_Rosemonde_, tragédie en un acte et en vers, par Latour Saint-Ybars;
in-18, avec envoi autographe: 26 francs.
_Macbeth_, traduction en vers d'Émile Deschamps, avec envoi
autographe: 20 francs.
_Charlotte Corday_, tragédie de Ponsard; vol. broché, avec envoi
autographe: 13 francs.
Etc., etc.
[518] Reproduit dans le journal _le Voleur_, 7 mai 1858, p. 11.
ALICE OZY (1821-1893)[519], que nous avons vue figurer dans la liste
des femmes bibliophiles donnée par _l'Intermédiaire des chercheurs et
curieux_, a souvent et longuement occupé la chronique de son
époque[520]. De son vrai nom elle s'appelait Julie-Justine Pilloy,
nous apprend Hippolyte de Villemessant[521], et était fille d'un
bijoutier parisien. Alidor Delzant, qui l'a particulièrement connue,
dont elle a fait un de ses héritiers[522], et qui, sans doute avec
raison, car il était bien placé pour être renseigné à ce sujet,
orthographie toujours son nom avec un i au lieu d'un y, a tracé d'elle
le portrait suivant[523]:
«Ce n'était pas une personne vulgaire que Mlle Alice Ozi; elle a tenu
une place dans la chronique littéraire, et Théophile Gautier l'a
appelée quelque part _l'Aspasie moderne_. Victor Hugo a écrit pour
elle des vers exquis. Elle a éveillé dans le cœur d'un jeune homme
bien doué, Charles Hugo, un amour qui s'est éventé, comme un parfum,
dans une suite de poèmes gracieux, qui mériteraient d'être connus...
«Elle aimait les lettres, et le jeune major général (le duc d'Aumale)
qui préludait, par le goût de la poésie, aux lauriers académiques
qu'il devait aussi conquérir, écrivait, sur l'album de Mlle Alice Ozi,
une chanson qu'avait composée un de ses lieutenants M. Lafaguette:
elle avait pour titre _Khradoujah_. Cette copie lointaine des _Contes
d'Espagne_ et des _Orientales_ était alors fort répandue. Le jeune
prince l'avait rapportée de l'Algérie, où les soldats en avaient fait
une chanson de marche.
«Mais la vraie gloire de Mlle Alice Ozi a été l'amitié que lui avait
vouée Théophile Gautier. Il a fait pour elle, d'après nature, des
quatrains dignes du voisinage des petits camées de l'_Anthologie
grecque_, et qui n'ont pas été recueillis dans ses poésies
complètes...
Pentélique, Paros, marbre neigeux de Grèce,
Dont Praxitèle a fait la chair de ses Vénus,
Vos blancheurs suffiraient à des corps de déesse:
Noircissez, car Alice a montré ses seins nus!»
Villemessant insiste aussi sur la réputation de femme d'esprit d'Alice
Ozy. «Cette réputation était si bien établie, qu'Alice a passé pour
avoir collaboré aux _Causeries_ de l'ancien _Corsaire_, signées
F...[524]».
[519] Dates données par la _Revue encyclopédique Larousse_, année
1893, colonne 367.
[520] Voir notamment H. DE VILLEMESSANT, _Mémoires d'un
journaliste_, Première série, chap. VI, p. 134-152;--_Journal des
Goncourt_, année 1893, t. IX, p. 114 et 173-174;--Alidor DELZANT,
_Paul de Saint-Victor_, p. 98-108 (Paris, Calmann Lévy,
1886);--Louis LOVIOT, _Alice Ozy_ (Paris, Bibliothèque
fantaisiste, 1910);--etc.
[521] _Ouvrage cité_, p. 135.
[522] «_Mercredi 22 mars 1893._--Aujourd'hui, Alidor Delzant
vient me voir. Naturellement la conversation est sur l'actrice
Ozy, dont il vient d'hériter de 50.000 francs, qu'il destine à
faire trois pensions à trois hommes de lettres. Il hérite aussi
de papiers, parmi lesquels il y a des correspondances amoureuses
de Gautier, de Saint-Victor, de Doré, et surtout tout un gros
paquet de lettres d'About, qu'il déclare tout à fait charmantes
de passion et d'esprit.» Etc. (_Journal des Goncourt_, année
1893, t. IX, p. 114-115.)
«_Mercredi 6 décembre 1893._--... Parmi ces lettres des
contemporains amants ou amoureux d'Alice Ozy, il y a tout un
volume de lettres de Charles Hugo, de lettres très intéressantes,
de lettres très belles, au moment où Ozy, courtisée par le vieil
Hugo, est prête à lui céder, et où le fils lui écrit qu'il ne veut
pas partager cet incestueux commerce, et qu'il se retire, le cœur
déchiré.» (_Ibid._, p. 174.)
[523] _Ouvrage cité_, p. 98-99.
[524] H. DE VILLEMESSANT, _ouvrage cité_, p. 149.
Mme DOCHE, Marie-Charlotte-Eugénie de Plunkett, née à Bruxelles le 19
novembre 1821, morte à Paris le 12 juillet 1900[525].
[525] Dates données par la _Revue encyclopédique Larousse_, année
1900, p. 715.
D'origine irlandaise, sœur d'un ancien directeur du Palais-Royal, et
d'une danseuse de l'Opéra, qui épousa M. Dalloz, du _Moniteur_,
Eugénie de Plunkett fut élevée à Paris, et résolut, très jeune, de
devenir comédienne. Elle débuta le 8 janvier 1838, au Vaudeville, et
épousa, en 1839, le chef d'orchestre et compositeur Doche, dont elle
se sépara au bout de quelques années, et qui mourut du choléra, à
Saint-Pétersbourg, en 1849.
Mme Doche obtint son plus grand succès au théâtre dans le rôle de
Marguerite de _la Dame aux camélias_ (1852). Elle quitta la scène vers
1879, et vécut depuis lors dans la retraite. Dans son appartement de
la rue Picot, à Paris, elle avait réuni des tableaux, des gravures,
des portraits, et quantité de livres rares et curieux. C'est ce qui
lui a valu l'honneur d'être classée par Joannis Guigard au nombre des
femmes bibliophiles[526].
[526] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 150;--et la
_Revue encyclopédique Larousse_, lieu cité.
Mme Doche a possédé les dessins originaux de l'édition des _Contes_ de
La Fontaine dite «des Fermiers généraux», et voici, au sujet de ce
chef-d'œuvre de la librairie, d'intéressants détails[527], qu'on ne
jugera pas déplacés dans cette étude bibliographique.
[527] Cf. _la Revue_ (ancienne _Revue des Revues_), 1er août
1914, p. 336-337; article sur _les Fermiers généraux_, par Louis
Pépin.
Cette célèbre édition des _Contes_ de La Fontaine, qui porte le nom
des Fermiers généraux, est précédée d'une notice de Diderot (non
signée), et elle est ornée de figures d'Eisen. Elle fut imprimée par
les soins et aux frais des Fermiers généraux, en 1762, à Paris, chez
Barbou, sous la rubrique d'Amsterdam, en vertu d'une autorisation
tacite[528]. «La gravure des estampes fut confiée aux plus habiles
artistes du temps (Longueil, Choffard, Lemire, Lafosse). Les
quatre-vingts dessins originaux qu'elle comprenait, exécutés, les uns
à l'encre de Chine, relevés de plume ou touchés d'une légère
aquarelle, les autres à la mine de plomb, furent recueillis, dit-on,
par un amateur qui les fit relier en un splendide volume in-8, en
maroquin vert, doublé de tabis et fermant à secret.
[528] «C'est peut-être le plus beau livre illustré publié au
dix-huitième siècle», dit M. Édouard Rahir (_La Bibliothèque de
l'amateur, Guide sommaire à travers les livres..._ p. 261).
«Ce volume a son histoire dans les annales des ventes publiques.
«Vendu pour la somme de 77.000 livres (en assignats), il finit, après
diverses aventures, par tomber entre les mains de Mme Doche, du
Vaudeville, d'où il passa ensuite dans la collection de M. Double. Le
portefeuille à secret avait été remplacé par une reliure de Thouvenin.
«Ces admirables vignettes, passablement osées, comme on sait, et
«moins chastes encore que le texte» (on dit que Charles Eisen en fit
amende honorable à sa dernière heure), conformes toutefois à l'esprit
et aux mœurs du temps, offrent cette particularité piquante qu'elles
sont «à clefs», c'est-à-dire que bon nombre des figures qui les
composent ont été dessinées d'après des modèles vivants, non les moins
illustres, facilement reconnaissables aux yeux des contemporains.
C'est ainsi, notamment qu'on a vu Louis XV et Mme de Pompadour dans
_la Chose impossible_, et plusieurs des Fermiers généraux ou leurs
femmes: Joseph de la Borde dans _le Contrat_, Le Riche de la
Popelinière dans _le Remède_ et ailleurs, Mme Lalive d'Épinay dans _le
Berceau_, etc.
«L'impression achevée, on fit relier par Derome les exemplaires que
les participants devaient se partager entre eux, en même temps que
ceux qui avaient été tirés pour divers personnages de marque. Que sont
devenus les uns et les autres? Beaucoup ont péri sans doute, ou sont
restés enfouis dans les bibliothèques, ignorés de leurs possesseurs.
Toujours est-il qu'on en connaît bien peu. On sait, par exemple, que
le duc d'Aumale en possédait un qui avait appartenu à la Dubarry et
qui portait sa devise: _Boutez en avant!_ qu'un autre a été acquis par
M. Quentin-Bauchart, etc. En somme, ils sont rarissimes, et quand, par
hasard, ce bijou d'impression et de gravure apparaît à l'Hôtel des
Ventes, aussitôt toute la gent bibliophile d'être en rumeur. Une lutte
d'enchères effrénées s'engage, et le livre se paie au poids des
billets de banque.»