Chose qui plaist est à demy vendue,

A bon compte souvent, ou chierement,

Qui du marchié le denier a Dieu prent,

Il n'y peut plus mectre rabat, ne creue.

D'en debatre n'est que paine perdue,

Prenez ore, qu'apres on s'en repent.

Chose qui, etc.

A bon compte, etc.

S'aucun aussi monstre sa retenue,

Et au bureau va faire le serement,

Les officiers n'y font empeschement,

Mais demandent tantost la bienvenue.

Chose qui, etc.

RONDEL.

(Jehan Monseigneur de Lorraine.)

L'abit le moine ne fait pas,

Pourtant se je me veis de dueil,

J'ay la lerme assez loing de l'ueil,

Passant mes ennuiz au gros sas;

Je fains d'assembler à grans tas

Douleurs à part, mais quant je vueil.

L'abit le, etc.

Pourtant, etc.

Conclusion, vecy mon cas:

De nulle rien je ne me dueil,

En gré prens d'Amours le recueil,

Soit beau, ou lait; puis je diz bas:

L'abit le, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

L'abit le moine ne fait pas,

L'ouvrier se congnoist à l'ouvrage,

Et plaisant maintient de visage

Ne monstre pas toujours le cas.

Alez tout soubrement le pas,

N'est que contrefaire le sage.

L'abit le, etc.

L'ouvrier, etc.

Soubtil sens couchié par compas,

Enveloppé en beau langage,

Musse le vouloir du courage;

Cuider decoit en mains estas.

L'abit le, etc.

RONDEL.

(Jehan Monseigneur de Lorraine.)

De fol juge, briefve sentence;

Certes bon cueur ne peut mentir,

Et si ne scet du sac yssir

Que ce qui est d'acoustumence.

Là où Raison pert pascience,

On voit bien souvent avenir,

De fol juge, etc.

Certes bon, etc.

Envie, atout sa double lance,

Blesse en mains lieux sans cop ferir,

Dont il se convient repentir

Aucuneffoiz, qui bien y pense.

De fol juge, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

De fol juge, briefve sentence;

On n'y sauroit remedier,

Quant l'advocat oultrecuidier,

Sans raison, mainteffois sentence;

Apres s'en repent et s'en tence,

C'est tart, et ne se peut vuidier.

De fol juge, etc.

On n'y, etc.

Fleurs portent odeur, et sentence

Et savoir vient d'estudier;

Ce n'est pas ne d'anuyt, ne d'yer,

J'en dy ce que mon cueur sent en ce.

De fol juge, etc.

RONDEL.

(Madame d'Orleans.)

L'abit le moine ne fait pas,

Car quelque chiere que je face,

Mon mal seul tous les autres pace,

De ceulx qui tant plaignent leur cas.

Souvent, en dansant fais mains pas

Que mon cueur pres en dueil trespace.

L'abit le, etc.

Las! mes yeulx gectent sans compas

Des lermes tant parmy ma face,

Dont plusieurs foiz je change place,

Alant à part pour crier las!

L'abit le, etc.

RONDEL.

(Guiot Pot.)

L'abit le moine ne fait pas,

Car tel n'est pas vestu de noir,

Qui a cause de se douloir;

Par Dieu, qui congnoistroit son cas?

S'on lui fait changer ses esbas

Contre raison et son vouloir.

L'abit le, etc.

Quant Fortune charge le bas

Au compaignon, s'il a povoir,

Et s'il joue ung tour de savoir,

Disant que de souffrir est las.

L'abit le, etc.

RONDEL.

(Messire Philippe Pot.)

En la forest de longue actente

Où mainte personne est dolente,

Espoir me promist de donner,

Se bien vouloye cheminer,

Ce qui tous amoureux contente.

J'ay tout mis, cueur, corps et entente,

A traverser chemin et sente,

Pour cuider ce grant bien trouver.

En la forest, etc.

Où mainte, etc.

Espoir me, etc.

Mais d'une chose je me vente,

Que j'ay eu tous les jours de rente,

Pour ma queste parachever,

Paine et ennuy, sans conquester

Riens, si non dueil qui me tourmente.

En la forest, etc.

RONDEL.

(Anthoine de Lussay.)

En la forest de longue actente

Où les contentés, Dieu contente,

Je vous asseure, sur ma foy,

Que je n'y ay eu, tant soit poy,

Joye, ne bien dont je me sente.

Pensez se ma vie est dolente,

Veu, qu'ainsi soit, je me garmente,

Et que nul bien n'y a pour moy

En la forest, etc.

Où les contentés, etc.

Ou fort, d'une chose me vente,

Se je ne faulx en mon entente,

Ou se la mort brief ne recoy,

Que je y auray, savez vous quoy?

Aucun plaisir qui vauldra rente.

En la forest, etc.

RONDEL.

(Guiot Pot.)

En la forest de longue actente,

Ja pieca, fus en une sente,

Là où j'ay esgaré mon cueur,

Mais y souffrit tant de douleurs

Que tousjours convient que s'en sente

Depuis, tousjours tant fort lamente,

Par Fortune qui le tourmente,

Qu'il fault qu'il vive en grant langueur.

En la forest de, etc.

Ja pieca, etc.

Mais, s'il eschappe, bien se vente

Qu'il gardera qu'on ne le tente

Par beau parler, ne par rigueur;

Car chascun se doit tenir seur

Que l'on fault bien à son entente,

En la forest, etc.

RONDEL.

(Gilles.)

En la forest de longue actente,

Mon povre cueur tant se garmente

D'en saillir par aucune voye,

Qu'il ne lui semble pas qu'il voye

Jamais la fin de son entente;

Deconfort le tient en sa tente,

Qui par telle facon le tente,

Que j'ay paour qu'il ne le forvoye.

En la forest, etc.

Mon povre, etc.

Espoir en riens ne le contente,

Comme il souloit, pourquoy dolente

Sera ma vie, où que je soye;

Et si auray, en lieu de joye,

Dueil et soussy tousjours de rente.

En la forest, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Crié soit à la clochete,

Par les rues, sus et jus,

Fredet, on ne le voit plus;

Est il mis en oubliete?

Jadis il tenoit bien conte

De visiter ses amis,

Est il roy, ou duc, ou conte?

Quant en oubly les a mis.

Banny à son de trompete,

Comme marié confus,

Entre chartreux, ou reclus,

A il point fait sa retrete?

Crié soit, etc.

RONDEL.

(Fredet.)

Se veoir ne vous voys plus,

Helas! ce fait mariage,

Qui me fait avoir courage

D'estre desormais reclus;

Puisque si fort m'a confus,

Ne le tenez à oultrage.

Se veoir, etc.

Helas! etc.

Mais non pourtant, je conclus

Que ce n'est pas fait que sage,

Car j'en puis, à brief langage,

Pour le moins perdre le plus.

Se veoir, etc.

RONDEL

(Orléans.)

En l'ordre de mariage,

A il desduit, ou courrous?

Comment vous gouvernez vous?

Y devient on fol, ou sage?

Soit aux vieulx, ou jeunes d'age,

Rapporter m'en vueil à tous.

En l'ordre, etc.

A il desduit, etc.

Le premier an, c'est la rage,

Tant y fait plaisant et douls;

Apres deux foiz toussir, j'ay la tous,

Cesser me fait de langage.

En l'ordre, etc.

RONDEL.

(Jacques bastart de la Tremoille.)

En la forest de longue actente

J'ay couru l'année presente,

Tant que la saison a duré,

Mais j'ay esté plus maleuré

Que homme qui vive, je m'en vente.

La haye fut garnie de tente,

Et fis ma queste belle et gente,

Suivant les chiens, je m'esgaré

En la forest, etc.

J'ay couru, etc.

Je cours, je corne, je tourmente

En traversant, sans trouver sente,

Me trouvay tres fort enserré,

Tout seul presque desesperé,

Cuiday mourir des fois soixante.

En la forest, etc.

RONDEL.

(Le Cadet Dalebret.)

Dedans l'abisme de douleur,

Où tant a d'amere saveur,

Aussi d'angoisseuse destresse,

Se trouve tourmenté, sans cesse,

Pour vous amer, mon povre cueur.

Ma Dame, par vostre doulceur,

Secourez ce bon serviteur,

A qui l'on fait tant de rudesse.

Dedans, etc.

Où tant, etc.

Las! ostez de lui tout maleur,

Ou autrement il se tient seur

De jamais n'avoir que tristesse;

Dont fauldra que sa vie cesse

Piteusement, en grant langueur.

Dedans, etc.

RONDEL.

(Orleans.)

Dedans l'abisme de douleur,

Sont tourmentées povres ames

Des amans; et, par Dieu, mes Dames,

Vous leur portez trop de rigueur.

Ostez les de ceste langueur,

Où ilz sont en maulx et diffames.

Dedans, etc.

Sont, etc.

Se n'y monstrez vostre doulceur,

Vous en pourrez recevoir blasmes;

Tost orra prieres de fames,

Dangier, des dyables le greigneur.

Dedans, etc.

RONDEL.

(Gilles des Ourmes.)

Dedans l'abisme de douleur

Sont tourmentés par grand foleur

Maints cueurs, par faulte de secours,

Qui n'ont à personne recours,

Qu'à Pitié qui detient le leur.

Car, quant ilz ont servy, on leur

Taille la broche sans couleur;

Lors ilz s'en vont languir le cours

Dedans, etc.

Sont, etc.

Par Dieu ! c'est faulte de valeur

A ceulx qui le font par chaleur,

Et de fait, les tiennent si cours,

Qu'il leur fault user tout le cours

De leur vie, en paine et maleur.

Dedans, etc.

RONDEL.

(Philippe de Boulainvilliers.)

Tirez vous là, regart trop convoiteux,

Renom avez d'estre de nul piteux,

Vostre semblant demonstre, pour tout voir,

Qu'estes venu pour mon cueur décevoir;

Dont me desplaist, j'en suis tres tout honteux.

Pour me tromper, faictes le marmiteux,

II ne fault point clocher devant boiteux;

Allez, allez, je ne vous vueil plus voir.

Tirez vous là, etc.

Renom avez, etc.

Point ne vous fault faire le despiteux,

Car, quant vous voy, je suis toujours doubteux

De quelque mal, plus que de bien avoir;

Je vous congnois sans plus rien en savoir,

Où que soyez, vous estes rioteux.

Tirez vous là, etc.

RONDEL.

(Clermont.)

Rendre vous fault de toutes choses conte,

Qu'avez vous fait, ma Dame, de mon cueur?

N'en mentons point, est il plus serviteur

Vostre tenu? dont je tien si grant conte.

A celle fin que l'en ne me mesconte,

Je vous diray, mais par mon créateur,

Rendre vous, etc.

Qu'avez, etc.

Entendez vous ce que je vous raconte,

Dictes moy vray, hay avant rigueur

Sera elle en vous? lui donrez vous faveur?

Fy, fy, nennil, car ce vous serait honte.

Rendre vous, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Que je vous ayme maintenant !

Quant je congnois vostre maniere

Venant de voulenté legiere,

Enveloppée en faulx semblant.

Je ne m'y fie tant, ne quant,

Veu qu'en estes bien coustumiere.

Que je vous, etc.

Quant je, etc.

N'en peut chaloir, tirez avant,

Parfaictes comme mesnagiere,

De haulte lisse bonne ouvriere;

Plus vous voy, plus vous prise tant.

Que je vous, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Cueur, qu'est cela? ce sommes nous voz yeulx,

Qu'apportez vous? grant foison de nouvelles,

Quelles sont ilz? amoureuses et belles,

Je n'en vueil point voire, non, se m'aist Dieux;

D'où venez vous? de plusieurs plaisans lieux,

Et qui a il? bon marchié de querelles.

Cueur, etc.

Qu'apportez, etc.

C'est pour jeunes, aussi est ce pour vieulx,

Trop sont vieulx soulz, pieca, n'en eustes telles,

Si ay, si ay, au moins escoutez d'elles,

Paix, je m'endors, non ferez pour le mieulx.

Cueur, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Soussy, beau Sire, je vous prie, SOUSSY.

De quoy? que me demandez vous? LE CUEUR.

Ostez moy d'anuy et courous, SOUSSY.

Où vous estes? non feray mie. LE CUEUR.

Tenir je vous vueil compaignie, SOUSSY.

Las! non faictes, soyez moy douls. LE CUEUR.

Soussy, etc.

De quoy, etc.

Parlez en à Merencolie, SOUSSY.

Conseil premier entre vous. LE CUEUR.

Espoir y pourroit plus que nous, SOUSSY.

Faictes donc qu'il y remédie. LE CUEUR.

Soussy, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Quant Leaulté et Amour sont ensemble,

Et on les scet à deu entretenir.

En temps et lieu, et pour lui retenir,

Ilz font, par Dieu, feu Grejois, ce me semble.

J'en congnois deux qui portent grant atour,

Où contre droit en emportent le bruit;

Helas! voire, et ne font pas sejour,

Car traison en leurs cueurs tousjours bruit.

Garder se fault que nul ne les ressemble,

Ne nulle aussi qu'il veult à bien venir;

Pour ce, conclus, pour au point revenir,

Que jamais mal entre amoureux n'assemble

Quant, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Plus tost accointé que congneu,

Plus tost esprouvé que nourry,

Plus tost plaisant que bien choisy,

Est souvent en grace receu.

Mains tost que riche, despourveu

Se trouve garny de soussy.

Plus tost, etc.

Plus tost, etc.

Assez tost meschant est recreu,

Assez tost entreprent hardy,

Assez tost senti qui s'ardy,

Tout ce mal est de chascun sceu.

Plus tost, etc.

RONDEL.

(Le Cadet.)

Tu vas trop avant, retray toy,

Mon cueur, ou tu te feras prendre,

Pas n'est bon de tant entreprendre;

Arreste et te tiens tout coy.

Le feras tu? or le dy coy,

Affin qu'on ne te puist reprendre

Tu vas, etc.

Mon cueur, etc.

Siet toy quelque part en requoy,

Pour mieulx te garder de surprendre;

Et de là tu pourras comprendre

Ton fait bien au long, or m'en croy.

Tu vas, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

A ce jour de saint Valentin,

Bien et beau Karesme s'en va;

Je ne scay qui ce jeu trouva,

Penser m'y a pris au matin;

Et puis pour jouer à tintin

Avecques moy tost se leva.

A ce jour, etc.

Bien et beau, etc.

Soussy m'a cuidé ung tatin

Donner, mais pas ne l'acheva,

Bien garday que ne me greva;

_Maledicatur_ en latin.

A ce jour, etc.

RONDEL.

(Orléans)

A ce jour de saint Valentin,

Venez avant, nouveaux faiseurs,

Faictes de plaisirs, ou douleurs,

Rimes en francoys, ou latin;

Ne dormez pas trop au matin,

Pensez à garder voz honneurs.

A ce jour, etc.

Venez, etc.

Heur et maleur sont en hutin,

Pour donner pers, cy et ailleurs,

Autant aux moindres, qu'aux greigneurs,

Veulent departir leur butin.

A ce jour, etc.

RONDEL.

(Orléans)

A ce jour de saint Valentin,

Qu'il me convient choisir ung per,

Et que je n'y puis eschapper,

Pensée prens pour mon butin.

Elle m'a resveillé matin,

En venant à mon huis frapper.

A ce jour, etc.

Ensemble nous arons hutin,

S'elle veult trop mon cueur happer;

Mais, s'Espoir je peusse atrapper,

Je parlasse d'autre latin.

A ce jour, etc.

RONDEL.

(Benoist d'Amien.)

Au plus fort de ma maladie,

M'a abandonné Esperance,

Laquelle sans point decevance,

Me devoit tenir compaignie.

Helas! ce n'est pas mocquerie,

D'avoir perdu telle alliance.

Au plus fort, etc.

Car certes qui que chante, ou rie,

J'ay à toute heure desplaisance

Plus que nes ung qui soit en France,

Par quoy je ne scay que je die.

Au plus fort, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Au plus fort de ma maladie

Des fievres de merencolie,

Quant d'anuy j'ay frissonné fort,

J'entre en chaleur de desconfort

Qui me met tout en resverie;

Lors je jangle mainte folie,

Et meurs de soif de chiere lie,

De mourir seroye d'accort.

Au plus fort, etc.

Adoncques me tient compaignie

Espoir, dont je le remercie,

Qui de me guérir se fait fort;

Disant que n'ay garde de mort,

Et qu'en riens je ne m'en soussie.

Au plus fort, etc.

RONDEL.

(Benoist d'Amien.)

Pour les maux dont je suis si plains,

Fortune, ay je tort? se me plains

De ta grant fierté et rudesse

Qui, nuyt et jour, sans point de cesse,

Me tient en douleur et en plains.

Las! pense qu'ilz ne sont pas fains,

Mais avant tres plus grans que mains,

Veu que suis en telle foiblesse.

Pour les, etc.

Or te requier, à jointes mains,

Que tu vueilles, à tout le moins.

Me tollir le mal qui me blesse;

Car je suis en telle destresse,

Que languir me fault, soirs et mains.

Pour les, etc.

RONDEL.

{Benoist d'Amien.)

Pour parvenir à vostre grace,

Esperant que mon dueil efface,

Vous vueil servir jusqu'à la mort;

De ce, vous povez tenir fort,

Que nul autre bien ne pourchace.

Par quelque semblant que je face,

Ne quelque chemin que je trace,

N'est que pour arriver au port.

Pour parvenir, etc.

Quant des yeulx ne vous voy en place,

Plus rien qui soit ne me soulace,

Dont soussy me tient si tres fort;

Non pourtant, mon seul reconfort,

Ne me chault quoy qu'on me mefface,

Pour parvenir, etc.

RONDEL

de Monseigneur d'Orléans à ma Dame d'Angoulesme.

A ce jour de saint Valentin,

Puisqu'estes mon per ceste année,

De bien eureuse destinée

Puissions nous partir le butin.

Menez à beau frere hutin

Tant qu'ayez la pense levée.

A ce jour, etc.

Je dors tousjours sur mon coissin,

Et ne fois chose qui agrée

Gueres à ma mal assenée,

Dont me fait les groings au matin.

A ce jour, etc.

RONDEL.

(Tignonville.)

Pour la coustume maintenir,

Ceste saint Valentin nouvelle,

Mon cueur a choisy Damoiselle,

Moyennant l'amoureux desir.

Par ung regart fait à loisir,

Se voult logier es mains de celle.

Pour la, etc.

Ceste saint, etc.

S'on lui fait trop de mal souffrir,

Je m'accorde qu'il se rappelle,

Et puis se tiengne à la plus belle

Que ses yeulx lui pourront choisir.

Pour, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Contre _fenoches_ et _nox buze_,

Peut servir ung tantost de France,

_Daly_ parolles de plaisance,

Au plus _sapere_ l'en cabuze,

Ja _cossy_ maintes foiz s'abuze,

_Grandissime_ fault pourveance.

Contre _fenoches_, etc.

_Sta fermo_, toutes choses uze,

_Aspecte_ ung _poco_ par savance,

_La Rasonne fa_ l'ordonnance

_De quella_ medicine on uze,

Contre _fenoches_, etc.

RONDEL

(Orléans.)

Ce premier jour du mois de May,

Quant de mon lit hors me levay,

Environ vers la matinée,

Dedens mon jardin de pensée,

Avecques mon cueur, seul entray.

Dieu scet s'entrepris fu d'esmay,

Car en pleurant tout regarday

Destruit d'ennuyeuse gelée.

Ce premier, etc.

Quant, etc.

En gast, fleurs et arbres trouvay;

Lors au jardinier demanday

Se Desplaisance maleurée,

Par tempeste, vent, ou nuée,

Avoit fait tel piteux array.

Ce premier, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Qui est cellui qui s'en tendroit

De bouter hors merencolie,

Quant toute chose reverdie,

Par les champs, devant ses yeulx, voit.

Ung malade s'en gueriroit,

Et ung mort revendroit en vie.

Qui est cellui, etc.

De bouter, etc.

En tous lieux on le nommeroit

Meschant endormy en follie,

Chasser de bonne compaignie,

Par raison, chascun le devroit.

Qui est cellui, etc.

RONDEL.

(Orléans)

Allez vous musser maintenant,

Ennuyeuse Merencolie,

Regardez la saison jolie,

Qui partout vous va reboutant;

Elle se rit en vous mocquant,

De tous bons lieux estes bannye.

Allez vous, etc.

Ennuyeuse, etc.

Jusques vers Karesme prenant

Que jeusne les gens amaigrie,

Et la saison est admortie,

Ne vous monstrez ne tant, ne quant.

Allez vous, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Qui est cellui qui d'amer se tendroit,

Quant beaulté fait de morisque l'entrée,

De plaisance si richement parée,

Qu'à l'amender jamais nul ne vendroit.

Cueur demy mort, les yeulx en ouvreroit,

Disant: C'est cy raige desesperée.

Qui est cellui, etc.

Quant, etc.

Lors quant Raison enseigner le vendroit,

Il lui diroit: A! vieille rassotée,

Laissez m'en paix, vous troublez ma pensée,

Pour riens, en ce nully ne vous croiroit.

Qui est cellui, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Bon fait avoir cueur à commandement,

Quant il est temps, qui scet laisser, ou prendre,

Sans trop vouloir sotement entreprendre

Chose où ne gist gueres d'amendement.

Quel besoing est, quand on est à son aise,

De se bouter en soussy et meschief;

Je tiens amans pour folz, ne leur desplaise,

De travailler sans riens mener à chief;

C'est par espoir, ou par son mandement,

Qui tel mestier leur conseille d'aprendre,

Il fait pechié, on l'en devroit reprendre,

J'en parle au vray, à mon entendement.

Bon fait avoir, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Je vous entens à regarder,

Et part de voz penser congnois,

Essayé vous ay trop de fois,

De moy ne vous povez garder.

Cuidez vous, par voz motz farder.

Mener les gens de deux en trois.

Je vous, etc.

Et part, etc.

Vous savez tirer et tarder,

Raige faictes, et feu Gregois;

Bien gangnez voz gaiges par mois,

Parachevez sans retarder.

Je vous. etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Plus de desplaisir que de joye,

Assez d'ennuy, souvent à tort,

Beaucoup de soussy sans confort,

Oultraige de peine, où que soye;

Trop de douleur à grant montjoye,

Foison de tres piteux rapport.

Plus de desplaisir, etc.

Assez d'ennuy, etc.

Tant de grief que je ne diroye,

Mains amant ma vie, que mort,

Pis que mourir, n'est ce pas fort?

Telz beaulx dons fortune m'envoye.

Plus de desplaisir, etc.

RONDEL.

(Orléans}

Pour mon cueur qui est en prison,

Mes yeulx vont l'aumosne quérir;

Gueres n'y pevent acquérir,

Tant petitement les prise on.

Reconfort qui est l'aumosnier,

Et Espoir, sont allez dehors;

On ne donna point l'aumosne hier,

Refus estoit portier alors.

Pour mon, etc.

Il est si plain de mesprison,

De rien ne le faut requerir,

N'essayer de le conquerir,

Tousjours tient sa vieille aprison.

Pour mon, etc.

RONDEL.

(Orléans)

Fortune! sont ce de voz dons?

Engoisses que vous aportez,

A présent vous en deportez,

Ce sont trop doloreux guerdons;

D'entrer ceans vous deffendons,

Dures nouvelles rapportez.

Fortune, etc.

Engoisses, etc.

Et oultre plus, vous commandons

Que les cueurs ung peu supportez

Jouer vous, et vous depportez

Autre part, baillant telz pardons.

Fortune, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Et comment l'entendez vous?

Ennuy et Merencolie,

Voulez vous toute ma vie.

Me tourmenter en courrous?

Le plus maleureux de tous

Doy je estre? je le vous nye.

Et comment, etc,

Ennuy, etc.

De tous poins accordons nous,

Ou, par la vierge Marie,

Se Raison n'y remédie,

Tout va sen dessus dessous.

Et comment, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Voire, dea! je vous ameray,

Ennuyeuse Merencolie,

Et servant de plaisance lie,

Par vous plus ne me nommeray;

Foy que doy à Dieu, si seray

Tout sien, soit ou sens, ou folie.

Voire, dea, etc.

Ennuyeuse, etc.

Jamais ne m'y rebouteray,

En voz lactz, se je m'en deslie,

Et se Bon eur à moy s'alie,

Je fait à vous, mais non feray.

Voire, dea, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Fortune, passez ma requeste,

Quant assez m'aurez tort porté,

Ung peu je soye déporté,

Que Desespoir ne me conqueste;

Veu que je me suis, en la queste

D'Amours, loyaument deporté.

Fortune, passez, etc.

Quant, etc.

Mon droit, sans que plus y acqueste.

Aux jeunes gens j'ay transporté;

Se riens est de moy rapporté,

Je vous prie qu'on en face enqueste.

Fortune, etc.

RONDEL.

(Orleans.)

De quoy vous sert cela? Fortune,

Voz propos sont, puis longs, puis cours,

Une foiz estes en decours,

L'autre plaine comme la lune;

On ne vous trouve jamais une,

Nouvelletez sont en voz cours.

De quoy, etc.

Voz propos, etc.

S'est vostre maniere commune;

Car, quant je vous requiers secours,

Vous fuyez, apres vous je cours,

Et pitié n'a en vous aucune.

De quoy, etc.

RONDEL.

(Orléans)

Serviteur plus de vous, Merencolie,

Je ne seray, car trop fort y traveille;

Raison le veult, et ainsi me conseille

Que le face, pour l'aise de ma vie.

A Nonchaloir vueil tenir compaignie,

Par qui j'auray repos sans que m'esveille.

Serviteur, etc.

Je ne seray, etc.

Se de vous puis faire la departie,

Et il seurvient quelque estrange merveille,

Legierement passera par l'oreille;

Au contraire jamais nul ne me die.

Serviteur, etc

RONDEL.

(Orléans.)

Pourquoy moy, plus que les autres ne font,

Doy je porter de Fortune l'effort?

Par tout je vois criant: Confort, Confort,

C'est pour neant, jamais ne me respont.

Me convient il tousjours ou plus parfont

De dueil nager, sans venir à bon port.

Pourquoy moy, etc.

Doy je, etc.

J'appelle aussi, et en bas et amont,

Loyal Espoir, mais je pense qu'il dort,

Ou je cuide qu'il contrefait le mort:

Confort, n'Espoir, je ne scay où ilz sont.

Pourquoy, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Pourquoy moy, mains que nulluy

Que je congnoisse aujourduy,

Auray je part en liesse,

Veu qu'ay despendu jeunesse

Longuement, en grant ennuy.

Doy je donc estre cellui

Qui ne trouvera en lui

Bon eur, qu'à peu de largesse.

Pourquoy moy, etc.

J'ay loyal désir suy,

A mon povoir, et fuy,

Tout ce qui à tort le blesse;

Désormais, en ma vieillesse,

Demourray je sans apuy?

Pourquoy moy, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

C'est pour rompre sa teste

De fortune tanser,

Qui à riens ne s'arreste,

Trop seroit fait en beste.

C'est pour, etc.

Quant elle tient sa feste,

Les aucuns fait danser,

Et les autres tempeste.

C'est pour, etc.

RONDEL.

Du tout retrait en hermitage

De Nonchaloir, laissant folie.

Desormais veult user sa vie,

Mon cueur, que j'ay veu trop volage.

Et savez vous qui son courage

A changié? s'a fait maladie.

Du tout, etc.

De Nonchaloir, etc.

Fera il que fol, ou que sage?

Qu'en dictes vous? je vous en prie,

Il fera bien, quoy que nul dye,

Moult y trouvera d'avantage.

Du tout, etc.

RONDEL.

Sans faire mise, ne recepte

Du monde, dont compte ne tien,

Mon cueur, en propos je maintien;

Que mal et bien en gré accepte.

Se fortune est mauvaise, ou bonne,

A chascun la fault endurer;

Quant raison y mectra la bonne,

Elle ne pourra plus durer;

Rien n'y vault engin, ne decepte,

Au derrain on congnoistra bien,

Qui fera le mal, ou le bien,

Grans, ne petiz, je n'en excepte.

Sans faire, etc.

RONDEL.

Est ce tout ce que m'apportez

A vostre jour? Saint Valentin,

N'auray je que d'Espoir butin,

L'actente des desconfortez.

Petitement vous m'enhortez

D'estre joyeulx à ce matin.

Est ce tout, etc.

A vostre jour, etc.

Nulle rien ne me rapportez,

Fors _bona dies_ en latin,

Vieille relique en viel satin;

De telz presens vous deportez.

Est ce tout, etc.

RONDEL.

(Simonnet Caillau.)

Ou millieu d'espoir et de doubte,

Helas! je pense jours et nuys;

Mais, par Dieu! bien bref, se je puis,

J'auray pis, ou mieulx, quoy qu'il couste.

Mes yeulx ouvers, je n'y vois goute,

Si non que maintenant j'en suis.

Ou millieu, etc.

Helas! je pense.

J'ay tant fait le guet et l'escoute,

A la fenestre et à l'uis,

Et n'ay pas ce que g'y poursuis,

Aincois m'est force que j'escoute.

Ou millieu, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Quant pleur ne pleut, souspir ne vante,

Et que cessée est la tourmente

De dueil, par le doulx temps d'espoir,

La nef de desireulx vouloir

A port eureux fait sa descente;

Sa marchandise met en vente,

Et à bon marché la presente

A ceulx qui ont fait leur devoir.

Quant pleur, etc.

Et que cessée, etc.

Lors les marchans de longue actente,

Pour gaigner, et corps, et rente,

En ont ce qu'en pevent avoir;

D'en acheter font leur povoir;

Tant que chascun cueur s'en contente.

Quant pleur, etc.

RONDEL.

(Faret.)

Poésies de Charles d'Orléans · 第 17 / 20 段