En la forest de longue actente,

Mainte personne bien joyeuse

S'est trouvée moult doloreuse,

Triste, marrie et bien dolente.

D'y estre, nul ne s'en talente,

La demeure est trop ennuyeuse.

En la forest, etc.

Mainte, etc.

Chascun qui pourra, s'en abscente,

Car l'entrée en est perilleuse,

Et l'issue fort dangereuse;

Pas de cent, ung ne se contente,

En la forest, etc.

RONDEL.

Pour ce qu'on jouxte à la quintaine

A Orleans, je tire à Blois;

Je me sens foulé du harnois,

Et veulx reprendre mon alaine;

Raisonnable cause m'y maine,

Excusé soye ceste foiz.

Pour ce, etc.

A Orleans, etc.

Je vous promet que c'est grant paine,

De tant faire baille lui bois;

Eslongner quelque part du mois,

Vault mieulx, pour avoir teste saine.

Pour ce, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

En la forest de longue actente,

Par vent de Fortune dolente.

Tant y voy abatu de bois,

Que, sur ma foy, je n'y congnois

A present, ne voye, ne sente.

Pieca, y pris joyeuse rente,

Jeunesse la payoit contente,

Or n'y ay qui vaille une nois.

En la forest, etc,

Par vent, etc.

Tant y voy, etc.

Vieillesse dit, qui me tourmente,

Pour toy n'y a pesson, ne vente,

Comme tu as eu autreffoiz;

Passez sont tes jours, ans et mois,

Souffize toy, et te contente.

En la forest, etc.

RONDEL.

Des arrérages de Plaisance,

Dont trop endebté m'est Espoir,

Se quelque part j'en peusse avoir,

Du surplus donnasse quictance;

Mais au pois et à la balance,

N'en puis que bien peu recevoir.

Des arrerages, etc.

Dont trop, etc.

Usure, ou perte de chevance,

Mectroye tout à nonchaloir,

Se je savoye, à mon vouloir,

Recouvrer prestement finance.

Des arrerages, etc.

RONDEL.

(Madame d'Orléans.)

En la forest de longue actente,

Entrée suis en une sente,

Dont oster je ne puis mon cueur,

Pourquoy je viz en grant langueur

Par Fortune qui me tourmente.

Souvent Espoir chascun contente,

Excepté moy, povre dolente,

Qui, nuyt et jour, suis en doleur.

En la forest, etc.

Entrée, etc.

Dont oster, etc.

Ay je donc tort, se me garmente

Plus que nulle qui soit vivente?

Par Dieu, nennil, veu mon maleur;

Car, ainsy m'aist mon Créateur,

Qu'il n'est paine que je ne sente,

En la forest, etc.

RONDEL.

Rescouez ces deux povres yeulx

Qui tant ont nagé en Plaisance,

Qu'ilz se nayent sans recouvrance;

Je les tiens mors, ou presque tieulx.

Videz les tost, se vous aist Dieux,

En la sentine d'Alegeance.

Rescouez, etc.

Qui tant, etc.

Courez y tous, jeunes et vieulx,

Et à cros de bonne Esperance,

De les tirer hors, qu'on s'avance,

Chascun y face qui, mieulx, mieulx.

Rescouez, etc.

RONDEL.

(Fredet.)

En la forest de longue actente,

Des brigans de Soussi bien trente,

Helas! ont pris mon povre cueur;

Et Dieu scet se c'est grant orreur

De veoir comment on le tourmente.

Priant vostre aide, lamente

Pour ce que chascun d'eulx se vente

Qu'ilz le merront à leur Seigneur.

En la forest, etc.

Des brigans, etc.

Helas! ont, etc.

Et pour ce, à vous il s'en garmente,

Car il voit bien qu'ilz ont entente

De lui faire tant rigueur,

Qu'il ne sera mal, ne doleur,

Se n'y pourvoyez, qu'il ne sente.

En la forest, etc.

RONDEL.

A recommencer de plus belle,

J'en voy ja les adjournemens.

Que font, vers vieulx et jeunes gens,

Amours et la saison nouvelle.

Chascun d'eulx, aussi bien lui qu'elle,

Sont tous aprestés sur les rens.

A recommencer, etc.

J'en voy ja, etc.

Comme toute la chose est telle,

Je congnois telz esbatemens

Assez, de pieca m'y entens,

Ce n'est que ancienne querelle.

A recommencer, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

En la forest de longue actente,

Forvoyé de joyeuse sente,

Par la guide dure rigueur,

A esté robbé vostre cueur,

Comme j'entens, dont se lamente.

Par Dieu! j'en congnois plus de trente

Qui, chascun d'eulx, sans que s'en vente,

Est vestu de vostre couleur.

En la forest, etc.

Forvoyé, etc.

Et en briefz motz, sans que vous mente,

Soiez seur que je me contente,

Pour allegier vostre douleur,

De traictier avec le Seigneur,

Qui les brigans soustient et hente.

En la forest, etc.

RONDEL.

Ainsi doint Dieux à mon cueur, joye,

En ce que souhaidier vouldroye,

Et à mon penser; reconfort,

Comme voulentiers prisse accort

A soussy qui tant me guerroye.

Mais remede n'y trouveroye,

Et qui pis est, je n'oseroye

Descouvrir les maulx qu'ay à tort.

Ainsi doint, etc.

En ce que, etc.

Quant je lui dy: Dieu te convoye,

Laisse m'en paix, va t'en ta voye,

Par ton enchantement et sort;

Gueres mieulx ne vault vif que mort,

Je languis quelque part que soye.

Ainsi doint, etc.

RONDEL.

Se vous voulez m'amour avoir,

A tousjours, mais sans departir,

Pensez de faire mon plaisir,

Et jamais ne me decevoir;

Bientost sauray apparcevoir,

Au par aler, vostre desir.

Se vous voulez, etc.

A tousjours, etc.

Assez biens povez recevoir,

S'en vous ne tient, sans y faillir,

Vous estes pres d'y avenir,

Faisant vers moy leal devoir.

Se vous voulez, etc.

RONDEL.

Maudit soit mon cueur, se j'en mens,

Quant à mon lesir estre puis,

Et avecques pensée suis,

En mes maulx prens alegemens;

Car soussis plains d'encombremens,

Boutons hors, et lui fermons l'uis.

Maudit soit, etc.

Quant à mon, etc.

Assez y trouve esbatement.

Lors lui dy: Ma maistresse, et puis

Serons nous ainsi jours et nuis,

G'y donne mes consentemens.

Maudit soit, etc.

RONDEL.

(Fredet.)

J'actens l'aumosne de doulceur,

Par l'aumosnier de doulx regart;

Espoir m'a promis de sa part,

Qu'il me fera toute faveur;

En esperant que ma langueur

Cessera, qui tant mon cueur art.

J'actens, etc.

Car, etc.

Car, comme leal serviteur,

J'ay servy tousjours main et tart;

Pensant qu'Amours aura regart

Quelquefoiz, à ma grant douleur.

J'actens, etc.

RONDEL.

En la querelle de Plaisance,

J'ay veu le rencontre des yeulx

Qui estoient, ainsi m'aid Dieux,

Tous prestz de combatre à oultrance,

Rangez par si belle ordonnance,

Qu'on ne sauroit deviser mieulx.

En la querelle, etc.

S'Amours n'y mectent pourveance,

De pieca je les congnois tieulx,

Qu'au derrenier, jeunes ou vieulx,

Mourront tous, par leur grant vaillance.

En la querelle, etc.

RONDEL.

Par l'aumosnier, plaisant regart,

Donnez l'aumosne de doulceur,

A ce povre malade cueur,

Du feu d'Amours, dont Dieu nous gart.

Nuit et jour, sans cesser, il art;

Secourez le, pour vostre honneur.

Par l'aumosnier, etc.

S'il vous plaisoit, de vostre part,

Prier Amours qu'en sa langueur,

Pourvoyent à vostre faveur,

Aidié sera plus tost que tart.

Par l'aumosnier, etc.

RONDEL.

De la maladie des yeulx,

Feruz de pouldre de plaisir,

Par le vent d'Amoureux desir,

Est fort à guerir, se maid Dieux.

Toutes gens, et jeunes, et vieulx,

S'en scevent bien à quoy tenir.

De la maladie, etc.

Feruz de, etc

Je n'y congnois remedes tieulx,

Que hors de presse soy tenir,

Et la compaignie fuir;

Qui plus en saura, die mieulx.

De la maladie, etc.

RONDEL.

Ce n'est que chose acoustumée,

Quant Soussy voy vers moy venir,

Se tost ne lui venoye ouvrir,

Il romproit l'uis de ma Pensée;

Lors fait d'escremie levée,

Et puis vient mon cueur assaillir.

Ce n'est, etc.

Quant, etc.

Adonc prent d'Espoir son espée

Mon cueur, pour des coups soy couvrir,

Et se deffendre et garentir;

Ainsi je passe la journée.

Ce n'est, etc.

RONDEL.

Par m'ame, s'il en fust en moy,

Soussy, Dieu scet que je feroye,

Moy et tous, de toy vengeroye;

Il y a bien raison pourquoy.

Riens ne dy qu'ainsi que je doy,

Et telle est la voulenté moye.

Par m'ame, etc.

Soussy, etc.

Ung chascun se complaint de toy,

Pour ce, voulentiers fin prendroye

Avec toy, se je povoye;

Je n'y vois qu'à la bonne foy.

Par m'ame, etc.

RONDEL.

Chascun devise à son propos,

Quant à moi, je suis loing du mien,

Mais mon cueur en espoir je tien,

Qu'il aura une foiz repos;

Souvent dit, me tournant le dos,

Je doubte que n'en sera rien.

Chascun, etc.

Quant, etc.

Tenez l'uis de Pensée clos,

Faictes ainsi pour vostre bien,

Soussy vous vouldroit avoir sien,

Ne croyez, n'escoutez ses mos.

Chascun, etc.

RONDEL.

Mon cueur se plaint qu'il n'est payé

De ses despens, pour son traveil

Qu'il a porté, si nompareil,

Qu'oncques tel ne fut essayé.

Son payement est delayé

Trop longtemps, sur ce, quel conseil?

Mon cueur, etc.

De ses, etc.

Puisqu'il n'est de gaiges rayé,

Mais prest en loyal appareil,

Autant que nul soubz le souleil,

Se mieulx ne peut, soit deffrayé.

Mon cueur, etc.

RONDEL.

Ennemy, je te conjure,

Regart qui aux gens cours sus,

Vieillars aux mentons chanus

Dont suis, n'avons de toy cure.

Jeune, navré de blesseure

Fu par toy, ny reviens plus.

Ennemy, etc.

Regart, etc.

Va querir ton avanture

Sus amans nouveaulx venus;

Nous vieulx, avons obtenus

Saufconduitz, de par Nature.

Ennemy, etc.

RONDEL.

Ou Loyaulté me payera

Des services qu'ay faiz sans faindre,

Ou j'auray cause de me plaindre;

Qui mon guerdon delayera?

Bon droit pour moy tant criera,

Qu'aux cieulx fera sa voix actaindre.

Ou Loyaulté, etc.

Des services, etc.

Quand Fortune s'effrayera.

Dieu a povoir de la reffraindre,

Et Raison, qui ne doit riens craindre,

De moy aider s'essayera.

Ou Loyaulté, etc.

RONDEL.

Des amoureux de l'observance,

Dont j'ay esté ou temps passé,

A present m'en treuve lassé

Du tout, sinon de souvenance.

Ou je prens d'en parler plaisance,

Quoy que suis de l'ordre cassé.

Des amoureux, etc.

Dont j'ay esté, etc.

Souvent y ay porté penance,

Et si pou de biens amassé,

Que, quant je seray trespassé,

A mes hoirs lairray pou chevance.

Des amoureux, etc.

RONDEL.

Mon cueur, n'entreprens trop de choses,

Tu peulz penser ce que tu veulz,

Et faire selon que tu peuz,

Et dire ainsi comme tu oses.

Qui vouldroit sur ce trouver gloses?

Je men rapporteray à eulx.

Mon cueur, etc.

Tu peulz, etc.

Se ces raisons garder proposes,

Tu feras bien, par mes conseulz,

Laisse les embesoignez seulz,

Il est temps que tu te reposes.

Mon cueur, etc.

RONDEL.

Ostez vous de devant moy,

Beaulté, par vostre serment,

Car trop me temptez souvent;

Tort avez, tenez vous quoy.

Toutes les foiz que vous voy,

Je suis je ne scay comment.

Ostez vous, etc.

Beaulté, etc.

Tant de plaisir j'appercoy

En vous, à mon jugement,

Qu'ilz troublent mon pensement,

Vous me grevez, sur ma foy.

Ostez vous, etc.

RONDEL.

Comment ce peut il faire ainsi,

En une seule creature,

Que tant ait des biens de nature,

Dont chascun en est esbahy.

Oncques tel chief d'euvre ne vy

Mieulx accomply, oultre mesure.

Comment, etc.

En une, etc.

Mes yeulx cuiday qu'eussent manty,

Quant apporterent sa figure

Devers mon cueur, en pourtraiture;

Mais vray fut, et plus que ne dy.

Comment, etc.

RONDEL.

Plaisant regard, mussez vous,

Ne vous monstrez plus en place,

Mon cueur craint vostre menace,

Dont mainteffoiz l'ay rescous;

Vostre actrait soubtil et doulx

Blesse sans qu'on lui mefface.

Plaisant, etc.

Ne vous, etc.

Se dictes: Je fais à tous

Ainsi, car je m'y solace;

A tort, sauve vostre grace,

Ne devez donner courrous.

Plaisant, etc.

RONDEL.

Ne m'en racontez plus, mes yeulx,

De beaulté que vous prisez tant,

Car plus voys ou monde vivant,

Et moins me plaist, ainsi m'aist Dieux.

Trouver je ne me scay en lieux

Qu'il m'en chaille, ne tant ne quant.

Ne m'en, etc.

De beaulté, etc.

Qu'est ce cy? deviens je des vieulx?

Ouy certes, dorenavant,

J'ay fait mon Karesme prenant,

Et jeusne de tous plaisirs tieulx.

Ne m'en, etc.

RONDEL.

Je ne vous voy pas à demy,

Tant ay mis en vous ma plaisance,

Tousjours m'estes en souvenance,

Puis le temps que premier vous vy.

Assez ne puis estre esbahy

Dont vient si ardent desirance.

Je ne vous, etc.

Tant ay, etc.

Fin de compte, puisqu'est ainsi,

Fermons nos cueurs en aliance;

Quant plus ay de vous acointance,

Plus suis ne scay comment ravy.

Je ne vous, etc.

RONDEL.

Si hardiz, mes yeulx,

De riens regarder,

Qui me puist grever,

Qu'en valez vous mieulx?

Estroit, se m'aist Dieux,

Vous pense garder.

Si hardiz, etc.

De riens, etc.

Vous devenez vieulx,

Et tousjours troter

Voulez, sans cesser,

Ne soyez plus tieulx,

Si hardiz, etc.

RONDEL.

Mon cueur, pour vous en garder,

De mes yeux qui tant vous temptent,

Afin que devers vous n'entrent,

Faictes les portes fermer.

S'ilz vous viennent raporter

Nouvelles, pensez qu'ilz mentent.

Mon cueur, etc.

De mes, etc.

Mensonges scevent conter,

Et trop de plaisir se ventent,

Folz sont qui en eulx s'atendent,

Ne les vueillez escouter.

Mon cueur, etc.

RONDEL.

N'est ce pas grant trahison

De mes yeulx en qui me fye,

Qui me conseillent folie

Maintes foys, contre raison.

Que male part y ait on

D'eulx, et de leur tromperie.

N'est ce pas, etc.

De mes yeulx, etc.

Mieulx me fust, en ma maison

Estre seul à chiere lye,

Qu'avoir telle compaignie

Qui me bat de mon baston.

N'est ce pas, etc.

RONDEL.

Rendez compte, Vieillesse,

Du temps mal despendu

Et sotement perdu,

Es mains Dame Jeunesse.

Trop vous court sus Foiblesse,

Qu'est Povoir devenu?

Rendez compte, etc.

Mon bras en l'arc se blesse,

Quant je l'ay estendu,

Parquoy j'ay entendu

Qu'il convient que jeu cesse.

Rendez compte, etc.

Tout vous est en destresse,

Desormais chier vendu.

Rendez compte, etc.

Des tresors de liesse

Vous sera peu rendu,

Riens qui vaille ung festu;

N'avez plus que sagesse.

Rendez compte, etc.

RONDEL.

(Le Seigneur de Torsy.)

Mais que mon mal si ne m'empire,

Je suis en bon point, Dieu mercy,

Ne n'ay ne douleur, ne soucy

De chose que on me puisse dire.

Plus ne me plains, plus ne souspire,

Je mengue, et dors bien aussi.

Mais que mon, etc.

Je suis en bon, etc.

Pleurer souloye en lieu de rire,

En requerant grace et mercy;

Maintenant ne fais plus ainsi,

Car je ne crains point l'escondire.

Mais que, etc.

RONDEL.

(Le conte de Clermont.)

J'amasse ung tresor de regrez

Que ma tant amée m'envoye,

Mais jusqu'à ce que je la voye,

Ne partiront de mes segrez.

La cause pourquoy? je la celle,

Ses griefz maulx qui me font mourir,

C'est pour garder l'onneur de celle

Qui ne me daigne secourir.

Plus l'eslongne, plus d'elle est pres

Mon cueur, dont mon povre oeil lermoye;

Il n'est point doleur que la moye,

Car quant j'ay assez plaint, apres

J'amasse, etc.

RONDEL.

(Responce d'Orléans.)

C'est une dangereuse espergne

D'amasser tresor de regrez,

Qui de son cueur les tient trop pres,

Il convient que mal lui en preigne;

Veu qu'ilz sont si oultre l'enseigne,

Non pas assez nuysans, mais tres.

C'est une, etc.

D'amasser, etc.

Se je mens, que l'en m'en repreigne,

Soient essayez, puis apres

On saura leurs tourmens segres;

Qui ne m'en croira, si l'apreigne.

C'est une, etc.

RONDEL

à Fredet.

Le fer est chault, il le fault batre,

Vostre fait que savez, va bien;

Tout le saurez, sans celer rien,

Se venez vers moy vous esbatre.

Il a convenu fort combatre,

Mais, s'il vous plaist, parfait le tien.

Le fer est chault, etc.

Vostre fait, etc.

Convoitise vouloit rabatre

Escharsement, et trop du sien;

Mais ung peu j'ay aidié du mien,

Qui l'a fait cesser de debatre.

Le fer est chault, etc.

RONDEL.

(Fredet.)

Je regrecte mes dolans jours,

Comme celluy la qui tousjours

Ne fait que desirer sa mort;

Car plus avant vois, et plus fort

Acroissent mes dures dolours.

Quant on me fait d'estranges tours,

Que, mille foiz le jour, en plours,

Me fault dire par desconfort:

Je regrecte, etc.

En vous seul est tout mon recours,

Faictes donc, plustost que le cours,

Cesser le mal que souffre à tort,

Ou autrement je me voy mort,

Et tout pour bien servir Amours.

Je regrecte, etc.

RONDEL.

(Responce au dit Fredet.)

Se regrectez vos dolans jours,

Et je regrecte mon argent

Que j'ay delivré franchement,

Cuidant de vous donner secours.

Se ne sont pas les premiers tours

Dont Convoitise sert souvent.

Se regrectez, etc.

Et je regrecte, etc.

Mais se vous n'avez voz amours,

Puisque Convoitise vous ment,

Le mien recouvreray briefment,

Ou mectray le fait en droit cours.

Se regrectez, etc.

RONDEL.

à Daniel.

Vous dictes que j'en ayme deux,

Mais vous parlez contre raison,

Je n'ayme fors ung chapperon,

Et ung couvrechief, plus n'en veulx;

C'est assez pour ung amoureux;

Mal me louez, ce faictes mon.

Vous dictes, etc.

Mais vous, etc.

Certes je ne suis pas de ceulx

Qui partout veulent à foison

Eulx fournir, en toute saison;

N'en parlez plus, j'en suis honteux.

Vous dictes, etc.

RONDEL.

(Olivier de la Marche)

Pour amours des dames de France,

Je suis entré en l'observance

Du tres renommé saint Francois,

Pour cuidier trouver une fois

La doulce voye d'alegance.

Saint suis de corde de souffrance,

Soubz haire d'aigre desirance,

Plus qu'en mon Dieu ne me congnois.

Pour amours, etc.

Je suis entré, etc.

Soubrement vis de ma plaisance,

Et june ce que desir pense,

Mandiant par tout où je vois,

Je veille à conter, par mes dois,

Les maulx que m'a fait Esperance.

Pour amours, etc.

RONDEL.

(Vaillant.)

Des amoureux de l'observance,

Je suis le plus subgiet de France,

Car je sers d'estre mandien,

Et cherche le cotidien;

Mais nul en mon sac rien ne lance.

Aux freres l'aumosne, pour Dieu,

Tousjours vois criant d'uys en huis,

Las! Charité ne trouve en lieu,

Ne Pitié ne scet qui je suis,

Retourner m'en fault sans pitance;

Desir le proveheur me tance,

Puis le beau pere gardien,

Pis suis que Boesme, n'Yndien;

L'ordre vueil laisser sans doubtance.

Des amoureux, etc.

RONDEL.

(George.)

Les serviteurs submis à l'observance,

Quoyque souvent, il leur tourne à grevance,

De non avoir leur plaisir à toute heure;

Toute fois, Dieu soubz qui rien ne demeure,

A telz servans ne fist onc decevance;

Mains il convient par contrainte eslevance,

Qu'onneur, fortune, ou amour les avance

En quelque endroit, et au besoing seceure.

Les serviteurs, etc.

Quoyque, etc.

De non, etc.

Ce long souffrir en penible estrivance

N'aist aux souffrans, haulte et riche chevance,

Finablement, qui les paye et honneure;

Apres l'aigret, trouve on la doulce meure

Qui radoulcist en leur propre savance.

Les serviteurs, etc.

RONDEL.

(Vaillant.)

Quant à moy, je crains le filé

Que d'autres ne craignent mye,

C'est d'avoir Dame sans amye,

Qui est un cas mal compilé.

Le fait d'amour est avilé,

Car Pitié y est endormie.

Quant à moy, etc.

Que d'autres, etc.

Puis voy, par maint bec affilé

Faire plus fort que l'arquemie,

Dont, sur mon ame, je fremie

Et de paour d'estre aux piez pilé.

Quant, etc.

RONDEL.

Celle que je ne scay nommer

Com à mon gré desireroye,

Ce jour de l'an, de biens et joye

Paise à Dieu de vous estrener.

S'amie vous vueil appeller,

Trop simple nom vous bailleroye.

Celle que, etc.

Com à mon, etc.

De ma Dame, nom vous donner,

Orguilleuse je vous feroye,

Maistresse point ne vous vouldroye;

Comment donc doy je à vous parler?

De celle, etc.

RONDEL.

A ce jour de saint Valentin,

Que l'en prent per par destinée,

J'ay choisy, qui tres mal m'agrée,

Pluye, vent et mauvais chemin.

Il n'est de l'amoureux butin,

Nouvelle, ne chancon chantée.

A ce jour, etc.

Que l'en, etc.

Sourges me donne ce tatin,

Et à plusieurs de ma livrée;

Mieulx vauldroit en chambre natée

Dormir, sans lever sy matin,

A ce jour, etc.

RONDEL.

(Bouciquault.)

Assez ne m'en peuz merveiller

Qu'aucuns amoureux ont creance

D'estre de ceulx de l'observance,

Mais plus n'y veulent travailler.

Je dy que leur vaulsist trop mieulx

Plus large reigle avoir choisie;

Par servir jeunes, et puis vieulx,

Laisser tout, c'est ypocrisie.

Autre nom leur convient bailler,

C'est apostat, qui pour doubtance

D'avoir un peu de penitance,

Ont voulu Loyaulté soiller.

Assez m'en, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Ce n'est pas par ypocrisie,

Ne je ne suis point apostat

Pourtant, se change mon estat

Es derreniers jours de ma vie.

J'ay gardé, ou temps de jeunesse,

L'observance des amoureux,

Or m'en a bouté hors Vieillesse,

Et mis en l'ordre douloreux

Des chartreux de Merencolie,

Solitaire, sans nul esbat;

A briefz motz, mon fait va de plat,

Et pour ce, ne m'en blasmez mye.

Ce n'est pas, etc.

RONDEL.

(Bouciquault.)

Monstrer on doit qu'il en desplaise

Du meffait, à qui n'a povoir

De servir; car si cru pour voir,

En parler, il semble qu'il plaise;

Qui ne peut pour le moins se taise,

Et face en dueil larmes pleuvoir.

Monstrer on doit, etc.

Du meffait, etc.

Mais dire qu'on n'a temps, ne aise,

Pour aage, d'y faire devoir,

Chascun scet bien apparcevoir

Que pou courcé, tost se rappaise.

Monstrer on doit, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

A quiconques plaise, ou desplaise,

Quant Vieillesse vient les gens prendre,

Il convient à elle se rendre

Et endurer tout son malaise.

Nul ne peut faire son devoir

De garder d'Amours l'observance,

Quant, avecques son bon vouloir,

Il a povreté de puissance.

Plus n'en dy, mieulx vault que me taise,

Car j'en ay à vendre et revendre;

Ung chascun doit son fait entendre;

Qui ne peut, ne peut, si s'appaise.

A quiconques, etc.

RONDEL.

(Fredet.)

Le truchement de ma pensée,

Ceste saint Valentin passée,

J'ay envoyé devers Amours,

Pour lui compter les grans dolours

Que seuffre, pour ma tant amée;

Requerant ma peine alegée,

Autrement ma vie est finée,

Comme scet bien, il a mains jours.

Le truchement, etc.

Et quant sa raison eut contée,

Lui dist: Ta requeste m'agrée,

Car trop leal l'ay veu tousjours;

Lors fut commandé mon secours,

Et le m'apporta la journée,

Le truchement etc.

RONDEL.

(Simonnet Caillau.)

Pour bref telz maulx d'amours guerir,

Esgrun de Dueil te fault fuyr,

Les poix au veau te sont contraires,

Quant les fleurs de plaisans viaires

Sont dedans mises au boillir.

L'oubliete te peut servir,

Et l'herbe de Nonsouvenir,

A faire bons electuaires.

Pour bref, etc.

Du triacle de Repentir,

Pour tes accez faire faillir,

Prendras sur les appoticaires;

Avecques siropz necessaires,

Faiz en succres de Deppartir.

Pour bref, etc.

RONDEL.

(Orléans.)

Les malades cueurs amoureux

Qui ont perdu leurs apetiz,

Et leurs estomacs refroidiz

Par soussiz et maulx douloureux,

Diete gardent sobrement,

Sans faire exces de trop douloir;

Chaulx electuaires souvent

Usent de Conforté vouloir,

Succres de Penser savoureux,

Pour renforser leurs esperiz;

Ainsi pevent estre gueriz,

Et hors de danger langoureux.

Les malades, etc.

RONDEL.

(Jehan Monseigneur de Lorraine.)

Pour brief du mal d'amer guerir,

Esloingner l'air de Souvenir

Convient, sans grant merencolie;

Apres tout mes, mengier l'oublie

Pres du couchier, pour mieulx dormir.

De Nonchaloir, pour adoulcir

La medicine de Desir,

Prendre fault la plus grant partie.

Pour brief, etc.

Esloingner, etc.

Puis ung beau regime, à l'issir

De vostre acces, pourrez choisir,

D'une Leaulté m'y partie,

Affin que ne rencheez mye,

Faictes reffuz d'amour bannir.

Pour brief, etc.

RONDEL.

Pour tous voz maulx d'amours guerir,

Prenez la fleur de Souvenir

Avec le just d'une ancollie,

Et n'obliez pas la soussie,

Et meslez tout en Desplaisir.

L'erbe de loing de son Desir,

Poire d'Angoisse pour refreschir,

Vous envoye Dieu, de vostre amye.

Pour tous, etc.

Pouldre de Plains pour adoulcir,

Feille d'aultre que vous choisir,

Et racine de Jalousie,

Et de tretout la plus partie

Mectes au cueur, avant dormir.

Pour tous, etc.

RONDEL.

Puisque tu t'en vas,

Penser, en message,

Se tu fais que sage,

Ne t'esgare pas.

Au mieulx que pourras,

Pren le seur passage.

Puisque, etc.

Penser, etc.

Tout beau, pas à pas,

Reffrain ton courage,

Qu'en si long voyage

Ne deviengnes las.

Puisque, etc.

RONDEL.

L'ueil et le cueur soient mis en tutelle,

Si tost qu'ilz sont rassotez en amours,

Combien qu'il a plusieurs qui font les lours,

Et ont trouvé contenance nouvelle;

Pour mieulx embler priveement Plaisance,

Mommerie sans parler de la bouche,

En beaux abiz d'or cliquant d'Acointance,

Soubz visieres de semblant qu'on n'y touche,

Faignent souvent l'amoureuse querelle;

Ainsi l'ay vu faire en mes jeunes jours,

Vestu m'y suis à droit et à rebours;

Je jangle trop, au fort, je me rappelle.

L'ueil et le cueur, etc.

RONDEL.

(Jehan Monseigneur de Lorraine.)

Pour eschever plus grant dangier,

Certes, mon cueur, il est mestier,

Puisque nous alons veoir la belle,

Que tenez mon ueil en tutelle,

Qui ne vous donne à besongner;

Commandez lui bien, sans prier,

Qu'il ne croie riens de legier,

Dont il vous rapporte nouvelle.

Pour eschever, etc.

Et s'il ne s'y veult obligier,

Mectez Raison pour espier

A part sa couverte cautelle;

Car c'est cellui seul qui se mesle

De tieulx defaultes corrigier.

Pour eschever, etc.

RONDEL.

Chose qui plaist est à demy vendue,

Quelque cherté qui coure par pais;

Jamais ne sont bons marchands esbahis,

Tousjours gaignent à l'allée, ou venue.

Car, quant les yeulx qui sont facteurs du cueur,

Voyent Plaisir à bon marchié en vente,

Qui les tendroit d'achater leur bon eur?

Et deussent ilz engaiger biens et rente,

Et à rachat toute leur revenue,

De lascheté seroient bien trays,

Et devroient d'Amours estre hays;

Marchandise doit estre maintenue.

Chose qui plaist, etc.

RONDEL.

Poésies de Charles d'Orléans · 第 16 / 20 段