Très fréquemment, il arrive que le même ouvrage peut être classé à

plusieurs endroits, c'est-à-dire qu'il traite de matières différentes et

intéresse plusieurs branches des connaissances humaines. Dans ce cas, on

le catalogue dans la section (division, subdivision, sous-subdivision,

etc.), qui paraît la plus directement intéressée, et l'on place dans les

autres des fiches de renvoi. Ainsi, et selon la remarque de J.-Ch.

Brunet lui-même[517], «les ouvrages sur le _Mariage_ se placent dans

neuf classes différentes, selon le point de vue sous lequel le sujet est

traité. Le mariage, considéré comme sacrement, appartient à la Théologie

et au Droit canonique;--comme acte civil, et pour ce qui regarde les

droits réciproques des époux, au Code civil;--quant aux infractions qui

y sont faites, au Code pénal;--considéré dans les devoirs des époux, à

la Morale ou à l'Économie;--dans ses rapports avec la population, à

l'Économie politique;--sous le rapport médical, à la Médecine;--comme

appartenant aux mœurs et aux usages des anciens, aux Antiquités;--enfin,

envisagé du côté plaisant, aux Facéties.»

Quant aux polygraphes (Voltaire, Diderot, Jean-Jacques Rousseau, etc.),

nous avons vu qu'ils forment une subdivision spéciale de la

classification de Brunet (O VIII). La Bibliothèque nationale, comme nous

le constaterons tout à l'heure, les classe aussi sous une même rubrique

(Z).

Il y a des titres trompeurs, qui peuvent être différemment interprétés

ou ne répondent nullement au contenu des ouvrages. Ainsi il ne faudrait

pas classer le _Jardin des racines grecques_ de Lancelot dans

l'Horticulture, ni dans la Pathologie le _Traité des fluxions_

(mathématiques) du géomètre écossais Mac-Laurin[518]; ni dans la

Théologie les _Mémoires pour servir à l'histoire de la Calotte_, comme

l'a fait jadis un libraire, aussi ignorant qu'irrévérencieux, chargé

d'inventorier la bibliothèque de Lamennais[519]; ni dans la Géographie

les _Voyages littéraires sur les quais de Paris_ de Fontaine de Resbecq;

etc.

*

* *

Les systèmes de classification bibliographique abondent. Étroitement

rattachés qu'ils sont à l'inventaire général et à la méthodique

coordination des connaissances humaines, il faudrait, pour en faire une

étude complète, remonter jusqu'à Aristote, l'encyclopédie vivante de

l'antiquité; rappeler le _Novum Organum_ du chancelier Bacon, et son

mode de dénombrement et de classement de nos connaissances suivant ces

trois facultés: 1º MÉMOIRE (Histoire, etc.); 2º RAISON (Philosophie,

Mathématiques, etc.); 3º IMAGINATION (Poésie, Beaux-Arts, etc.), que

d'Alembert a repris et si brillamment développé dans son _Discours

préliminaire de l'Encyclopédie_. Il faudrait ne pas omettre surtout les

_lois_ promulguées de nos jours par Auguste Comte: loi d'évolution ou

_loi des trois états_: état théologique ou fictif, état métaphysique ou

abstrait, état positif ou scientifique; ni sa _classification des

sciences_: mathématiques, astronomie, physique, chimie, biologie ou

science des corps vivants, et sociologie ou science des sociétés[520].

En nous en tenant strictement aux bibliographes, il faudrait citer,

outre les premiers classements et les essais dont nous avons parlé, qui

ont inspiré, voire enfanté, la classification de Brunet, le système de

Parent aîné[521], celui du marquis de Fortia d'Urban[522], de l'Anglais

Bentham[523], qui avait si joliment imaginé de classer les livres

d'après le bien-être qu'ils peuvent procurer, du bibliothécaire belge

Namur[524], d'Aimé-Martin[525], de l'abbé Girard, de Peignot, Camus,

Ameilhon, Massol, Coste[526], etc. En insérant celui de Brunet, le plus

réputé et le plus usité de tous, nous avons voulu donner une idée type

de ces méthodes. Nous allons en passer rapidement en revue quelques

autres, des plus caractéristiques et des plus importantes.

BIBLIOTHÈQUE NATIONALE.

M. Léopold Delisle, administrateur général de la Bibliothèque nationale,

trace en ces termes l'exposé du classement des livres de cet

établissement[527]:

«Les livres imprimés de la Bibliothèque nationale sont répartis en

trente grandes divisions, dont chacune a pour marque caractéristique une

grande lettre de l'alphabet, accompagnée ou non d'une étoile, d'un

chiffre ou d'une minuscule. En voici le tableau:

A. Écriture sainte.

B. Liturgie et conciles.

C. Pères de l'Église.

D. Théologie catholique.

D². Théologie non catholique.

E. Droit canon.

*E. Droit de la nature et des gens.

F. Droit civil.

G. Géographie et Histoire générale.

H. Histoire ecclésiastique.

J. Histoire ancienne: Grecs, Byzantins, Turcs, Romains, Antiquités.

K. Histoire d'Italie.

L. Histoire de France.

M. Histoire d'Allemagne, des Pays-Bas, des pays du Nord et de l'Est

de l'Europe.

N. Histoire de la Grande-Bretagne.

O. Histoire d'Espagne et de Portugal.

O². Histoire d'Asie.

O³. Histoire d'Afrique.

P. Histoire d'Amérique.

P². Histoire d'Océanie.

Q. Bibliographie.

R. Sciences philosophiques, politiques, économiques, morales et

physiques.

S. Sciences naturelles.

T. Sciences médicales.

V. Mathématiques, sciences et arts.

Vm. Musique.

X. Linguistique et rhétorique.

Y. Poésie et théâtre.

Y². Romans.

Z. Polygraphie.»

BIBLIOTHÈQUE DE L'UNIVERSITÉ DE FRANCE.

(Sorbonne[528].)

_Cadre de classement._

B. Bibliographie.

B. G. _Bibliographie générale._

B. S. b. Bibliographie spéciale (bibliothèques).

B. S. r. Bibliographie spéciale (répertoires).

B. S. a. Bibliographie spéciale (amateurs).

T. Théologie.

T. E. _Théologie. Écriture._

T. E. t. Textes.

T. E. v. Versions.

T. E. e. Exégèse.

T. E. e. a. Exégèse de l'Ancien Testament.

. . . . . . . . . . . . . . . . . .

T. L. _Liturgie._

T. L. g. Liturgie générale.

T. L. p. Liturgie particulière.

T. C. _Conciles._

T. S. _Saints Pères._

T. T. _Théologiens._

T. P. _Polémique._

T. H. _Histoire ecclésiastique._

T. D. _Droit canon._

S. Sciences.

S. D. _Dictionnaires. Encyclopédies._

S. P. _Sciences philosophiques._

S. G. _Sciences politiques et gouvernementales._

S. N. _Sciences naturelles._

S. M. _Sciences médicales._

S. O. _Sciences occultes._

S. [Phi]. _Sciences physiques._

S. X. _Mathématiques pures et appliquées._

S. A. _Beaux-Arts._

S. I. _Arts industriels._

S. J. _Journaux scientifiques._

L. Littérature.

L. P. _Philologie._

L. P. c. Philologie générale et composée.

. . . . . . . . . . . . . . . . . .

L. H. _Histoire littéraire._

L. D. _Traités didactiques._

L. M. _Littérature du moyen âge._

L. G. _Littérature grecque._

L. L. _Littérature latine._

L. L'. _Littérature latine moderne._

L. F. _Littérature française._

L. E. _Littérature étrangère._

H. Histoire.

H. U. _Histoire universelle._

H. U. i. Introduction.

H. U. c. Chronologie.

H. U. h. Histoire générale.

H. A. _Histoire ancienne._

H. A. g. Histoire générale de l'antiquité.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

H. M. _Histoire moderne de l'Europe (France exceptée)._

H. F. _Histoire de France._

H. F. c. Collections.

H. F. g. Histoire générale.

H. F. o. Origines, Mérovingiens, Carolingiens.

H. F. ca. Premiers Capétiens, premiers Valois.

H. F. v. Deuxièmes Valois.

H. F. b. Bourbons.

H. F. r. Révolution.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

H. V. _Géographie et voyages._

H. V. a. Atlas.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

H. L. _Législation._

H. R. _Archéologie._

H. J. _Journaux et recueils littéraires historiques._

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

M. Musique (Partitions).

U. _Universités françaises._

I. Incunables.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

M. S. Manuscrits.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

R. Réserve.

BIBLIOTHÈQUE DE LA VILLE DE PARIS[529].

(_Musée Carnavalet._)

HISTOIRE DE PARIS.

_Tableaux des divisions_

SECTIONS SÉRIES

I.--Bibliographie.

A. Bibliographie de Paris. Études bibliographiques intéressant

l'histoire de Paris. 1

B. Catalogues de bibliothèques riches en histoire de Paris. 2

II.--Histoire physique et naturelle.

A. Météorologie parisienne, faune, botanique et horticulture,

paléontologie, géologie. 3

_Appendice:_ carrières sous Paris, catacombes. 4

B. Hydrographie.

_Eaux naturelles._--La Seine, la Bièvre, inondations, puits

et sources, eaux de Passy.--_Appendice:_ ports et navigation. 5

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

C. Population, statistique. 8

III.--Histoire Générale.

A. Histoire de Paris formant corps d'ouvrage et généralités. 9

B. Descriptions et guides cicerones. 10

C. Histoire particulière des quartiers de Paris. 11

IV.--Topographie.

A. Généralités.--Plans et enceintes.

Généralités. Études sur la topographie de Paris 31

Plans par ordre chronologique 32

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

V.--Monuments et Architecture.

A. Monuments publics.

Les monuments de Paris en général, inscriptions 42

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

VI.--Histoire religieuse.

A. Généralités.

Liturgie parisienne, officialité, administration

ecclésiastique, anciens sermonnaires intéressant l'histoire

des mœurs 50

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

VII.--Histoire des Lettres, Sciences et Arts à Paris.

A. Instruction publique.

Généralités 56

Ancienne Université de Paris et ses collèges. 57

VIII.--Histoire des mœurs et coutumes.

A. Généralités.

Histoire générale des mœurs et coutumes des Français 73

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

IX.--Fêtes et Divertissements.

A. Fêtes officielles, etc. 88

B. Théâtre.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

X.--Histoire civile et administrative.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

XI.--Police et Histoire judiciaire.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

XII.--Environs de Paris.

A. _Environs de Paris en général._--Cartes et vues 158

Histoire, dictionnaires et documents divers. 159

B. Histoire particulière des villes; villages et châteaux 160

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Un des meilleurs systèmes de classement, surtout pour une collection de

petite ou de moyenne étendue, comprenant des ouvrages de toute sorte,

est celui qu'indique M. Léopold Delisle, et qu'il recommande comme «un

cadre dans lequel trouveraient aisément place tous les ouvrages dont se

composent la plupart de nos bibliothèques municipales[530]».

Ici, comme précédemment, les diverses matières sont désignées chacune

par une lettre majuscule:

A. Théologie.

B. Jurisprudence.

C. Sciences philosophiques, politiques et morales.

D. Sciences physiques et chimiques.

E. Sciences naturelles.--Agriculture.

F. Médecine.

G. Sciences mathématiques et applications.--Mécanique.--Astronomie.

--Marine.--Art militaire.--Jeux.

H. Beaux-Arts.

I. Linguistique et littérature.--Généralités.--Mélanges.--Langues

et littératures autres que celles pour lesquelles il existe des

divisions spéciales.

J. Langues et littératures de l'Orient.

K. Langues et littératures classiques (la Grèce et Rome).

L. Langue et littérature françaises.

M. Langues et littératures des États de l'Europe autres que la France.

N. Histoire universelle.--Généralités de la géographie et des voyages,

de la chronologie, de la biographie, de l'archéologie, de la

paléographie et de l'histoire ecclésiastique, y compris les

croisades.

O. Histoire ancienne de l'Orient.--Juifs.--Égyptiens.--Assyriens,

etc.--Indiens.--Chinois.

P. Histoire ancienne des Grecs et des Romains.--L'empire byzantin.

Q. Histoire de France.

R. Histoire des États européens autres que la France.

S. Histoire de l'Asie et de l'Afrique. On y pourra comprendre la

Turquie.

T. Histoire de l'Amérique et de l'Océanie.

U. Bibliographie et histoire littéraire.

V. Mélanges encyclopédiques et autres.--Collections.--Polygraphie.

Les subdivisions, dont le nombre peut s'étendre à volonté, seront

marquées par des lettres minuscules, placées à la suite de la majuscule

annonçant la division. Exemple:

Q. _Histoire de France._

Qa. Généralités de l'histoire de France.--Géographie.--Histoires

générales.--Résumés.--Collections de documents.

Qb. Détails de l'histoire de France par périodes et par règnes.

Qc. Publications périodiques relatives à l'histoire de France.

Qd. Histoire des institutions et des usages politiques,

ecclésiastiques, administratifs, militaires, commerciaux, etc.,

de la France.

Qe. Histoire provinciale et locale.

Qf. Histoire des familles et des individus. (Généalogies et

biographies.)

En reprenant ici notre exemple, la cote à donner à l'_Histoire de Paris_

de Dulaure, nous aurions, avec ce mode de classement:

Qe

-----

Nº 62

Et si la subdivision Qe. _Histoire provinciale et locale_ était, à son

tour, comme la subdivision correspondante de Brunet, sectionnée en:

Qea. Paris (Histoire, mœurs et usages).

Qeb. Ile-de-France.

Qec. Beauce.

Qed. Normandie.

Etc., etc.,

nous aurions pour la susdite cote:

Qea

-----

Nº 62

On voit, d'après ce qui précède, combien les classifications

bibliographiques offrent de divergences et de latitude. Chaque

bibliothèque spéciale donne tout naturellement et forcément à sa

spécialité, à ce qui la préoccupe le plus, une place à part et la plus

grande place; elle attribue à cette spécialité des divisions distinctes,

accompagnées de nombreuses subdivisions et sous-subdivisions. Ainsi la

bibliothèque de l'administration des postes et des télégraphes,

organisée en 1878 par M. Ernest Jacquez, porte en tête de son catalogue

l'électricité et le magnétisme; puis viennent les sciences physiques,

chimiques, naturelles, mathématiques, philosophiques, etc., et, dans

deux sections particulières et parallèles, les ouvrages exclusivement

consacrés à la télégraphie et aux postes, avec ces numéros et lettres

d'ordre:

1. Électricité et magnétisme.

2. Sciences physiques (électricité exceptée).

3. Sciences chimiques.

4. Sciences naturelles.

5. Sciences mathématiques.

6. Sciences philosophiques, morales, sociales et économiques.

7. Publications encyclopédiques, mélanges, arts.

8. Littérature, linguistique, polygraphie, histoire et géographie.

9. Jurisprudence.

10. Cartes et atlas.

T. Télégraphie.

P. Postes.

Et comme subdivisions:

1A. Histoire de l'électricité et du magnétisme;...

1B. Grandeurs électriques et magnétiques; sources d'électricité et

de magnétisme;...

1C. Traités complets et partiels anciens et modernes d'électricité et

de magnétisme;...

1D. Applications de l'électricité et du magnétisme;...

1E. Journaux, revues et annuaires français et étrangers concernant

l'électricité;...

2A. Histoire et traités préparatoires (des sciences physiques,

électricité exceptée);...

2B. Cours et traités généraux;...

Etc., etc.

On peut consulter encore sur ces arides questions de classification la

table systématique de la _Bibliographie de la France, Journal général de

l'imprimerie et de la librairie_; celle du _Catalogue général de la

librairie française_, de Lorenz; du _Polybiblion, Revue bibliographique

mensuelle_; ainsi que les nombreux cadres de classement des

bibliothèques et publications étrangères; et l'on se convaincra de plus

en plus qu'il n'y a pas de système bibliographique absolu et

infaillible, pouvant également convenir à tout le monde et sur lequel

tout le monde soit d'accord[531]; on reconnaîtra de plus en plus la

justesse de la remarque de J.-Ch. Brunet, qu'«il est naturel que chaque

possesseur de livres classe sa bibliothèque selon la nature de ses

études, selon ses propres opinions, et qu'au besoin il rattache à sa

spécialité tout ce qui, de près ou de loin, semble s'y rattacher[532].»

*

* *

Faisant abstraction de toutes ces complexes et interminables divisions

et subdivisions encyclopédiques, des bibliographes des États-Unis ont

conseillé d'inscrire simplement sous les mots du dictionnaire la liste

des ouvrages qui se rapportent à ces mots. Au mot AME, par exemple, vous

trouvez les titres des ouvrages qui traitent de l'âme; au mot ARGENT,

ceux qui traitent de l'argent; à ASTRONOMIE, ceux qui traitent de cette

science; etc. Pour remédier aux difficultés du classement, ils l'ont

tout bonnement supprimé[533].

Mais, comme un lien existe entre toutes les branches du savoir humain,

et qu'on a besoin de saisir ce lien, de tenir ce fil pour se guider à

travers ce lacis de ramifications, et se reporter d'une science à une

autre, les Américains ne se sont pas arrêtés à leur

_Dictionary-Catalogue_, ils ont cherché un système qui pût embrasser

toutes les questions, même les plus menues, s'étendre à l'infini, et

aussi qui fût indépendant des pays et des langues, et susceptible d'être

rapidement sinon instantanément compris de tous les bibliographes, de

tout le monde.

La _Classification décimale_, imaginée par M. Melvil Dewey, directeur de

la Bibliothèque de l'État de New-York et président de l'Association des

bibliothécaires américains, a fait grand bruit il y a quelques années,

et elle semblait pouvoir remplir ces desiderata. Au mois de septembre

1895, une Conférence bibliographique internationale s'est tenue à

Bruxelles, sous le patronage du gouvernement belge; elle a décidé la

création d'un Institut international de bibliographie, et provoqué la

formation d'un Office international, subventionné par les gouvernements,

«pour préparer un Répertoire bibliographique universel et assigner aux

publications faites dans les divers États la cote de classement que

devra recevoir chacune d'elles et qui sera apposée sur les exemplaires

de toutes les bibliothèques affiliées à l'Office international[534]».

D'autres conférences analogues eurent lieu à Londres en 1896, et à

Bruxelles en 1898; mais il paraît que plus d'un désaccord s'est produit

entre les promoteurs de ce mouvement; on n'a pas su maintenir aux

chiffres des cotes une signification invariable et certaine, et il en

est naturellement résulté une paralysante confusion[535].

Néanmoins, l'Office et l'Institut international de bibliographie, fondés

à Bruxelles en 1895 pour propager la «géniale invention[536]» de M.

Melvil Dewey, subsistent toujours, et c'est à une publication de cet

office[537] que nous empruntons la plupart des détails suivants.

M. Melvil Dewey répartit l'ensemble des connaissances humaines en neuf

classes principales, numérotées chacune par un chiffre, de 1 à 9. Les

encyclopédies, les périodiques et les ouvrages d'un caractère général et

qui n'appartiennent à aucune de ces classes sont désignés par un zéro et

forment une classe à part, une classe préalable, dite des «Ouvrages

généraux» ou «Généralités». On a ainsi:

0 Ouvrages généraux[538].

1 Philosophie.

2 Religion. Théologie.

3 Sciences sociales et Droit.

4 Philologie. Linguistique.

5 Sciences mathématiques et naturelles.

6 Sciences appliquées. Technologie.

7 Beaux-Arts.

8 Littérature.

9 Histoire et Géographie.

Chacune de ces dix grandes classes est partagée en dix subdivisions,

ayant chacune pour indice ou symbole le chiffre de la classe à laquelle

elle appartient, suivi d'un autre chiffre variant encore de 0 à 9. Voici

la liste de ces (10 × 10) subdivisions:

0 Ouvrages généraux.

00 Généralités.

01 Bibliographie.

02 Bibliothéconomie.

03 Encyclopédies générales.

04 Collections générales d'essais.

05 Périodiques généraux. Revues.

06 Sociétés générales. Académies.

07 Journaux. Journalisme.

08 Bibliothèques spéciales.

09 Manuscrits et livres précieux.

1 Philosophie.

10 Généralités.

11 Métaphysique.

12 Divers sujets métaphysiques[539].

13 L'esprit et le corps.

14 Systèmes philosophiques.

15 Psychologie.

16 Logique.

17 Morale.

18 Philosophes anciens.

19 Philosophes modernes.

2 Religion. Théologie.

20 Généralités.

21 Théologie, religions naturelles[540].

22 Bible. Évangile.

23 Théologie doctrinale.

24 Pratique religieuse. Dévotion.

25 Œuvres pastorales.

26 L'Église.

27 Histoire de l'Église.

28 Église et sectes chrétiennes.

29 Religions non chrétiennes.

3 Sciences sociales et Droit.

30 Généralités.

31 Statistique.

32 Science politique.

33 Économie politique.

34 Droit.

35 Administration. Droit administratif.

36 Assistance. Assurances. Associations.

37 Enseignement. Éducation.

38 Commerce. Transports. Communications.

39 Coutumes. Costumes.

4 Philologie. Linguistique.

40 Généralités.

41 Philologie comparée.

42 Philologie anglaise.

43 Philologie germanique.

44 Philologie française.

45 Philologie italienne.

46 Philologie espagnole.

47 Philologie latine.

48 Philologie grecque.

49 Autres langues.

5 Sciences mathématiques et naturelles.

50 Généralités.

51 Mathématiques.

52 Astronomie. Géodésie. Navigation.

53 Physique.

54 Chimie. Minéralogie.

55 Géologie.

56 Paléontologie.

57 Biologie. Anthropologie.

58 Botanique.

59 Zoologie.

6 Sciences appliquées. Technologie.

60 Généralités.

61 Médecine.

62 Art de l'ingénieur.

63 Agriculture.

64 Économie domestique.

65 Commerce. Transports.

66 Industries chimiques.

67 Manufactures.

68 Industries mécaniques et métiers.

69 Construction.

7 Beaux-Arts.

70 Généralités.

71 Paysages de jardins. (Jardins, parcs, promenades.)

72 Architecture.

73 Sculpture. Numismatique.

74 Dessin. Décoration.

75 Peinture.

76 Gravure.

77 Photographie.

78 Musique.

79 Divertissements. Jeux. Sports.

8 Littérature.

80 Généralités.

81 Littérature américaine[541].

82 Littérature anglaise.

83 Littérature germanique.

84 Littérature française.

85 Littérature italienne.

86 Littérature espagnole.

87 Littérature latine.

88 Littérature grecque.

89 Autres littératures.

9 Histoire et Géographie.

90 Généralités.

91 Géographie et voyages.

92 Biographie.

93 Histoire ancienne.

94 Histoire moderne { Europe.

95 { Asie.

96 { Afrique.

97 { Amérique du Nord.

98 { Amérique du Sud.

99 { Océanie. Régions polaires.

Ces cent premières subdivisions (de 00 à 99) forment à leur tour chacune

dix deuxièmes subdivisions, fractionnées elles-mêmes chacune en dix

troisièmes subdivisions, etc., toutes numérotées, d'après le même

principe, de 0 à 9. On obtient ainsi des nombres de trois, quatre,

cinq... chiffres. Afin d'accentuer l'intelligibilité «des nombres un peu

longs», il est d'usage d'y intercaler un point, ordinairement après le

troisième chiffre. Ce point, bien entendu, «n'a rien de décimal»[542].

Prenons, par exemple, la subdivision 33 Économie politique, nous aurons

comme deuxièmes subdivisions[543]:

330 Généralités.

331 Capital, main-d'œuvre et salaires.

332 Banques. Monnaie. Crédit.

333 Propriété immobilière: rente foncière, propriété des terres,

forêts, mines.

334 Coopération.

335 Socialisme et communisme. Anarchie.

336 Finances publiques.

337 Protection. Libre-échange. Tarifs douaniers.

338 Production des richesses. Industrie.

339 Répartition des richesses. Paupérisme.

Puis, en agissant de même sur une quelconque de ces deuxièmes

subdivisions, 331 Capital, main-d'œuvre et salaires, je suppose, nous

aurons:

331.0 Généralités.

331.1 Rapports du capital et de la main-d'œuvre.

331.2 Salaires. Participation aux bénéfices. Assurance obligatoire.

331.3 Travail des enfants. (Voir 179.2 Cruauté envers les enfants.)

331.4 Travail des femmes. (Voir 396.5 Occupations des femmes.)

331.5 Travail des déportés, des prisonniers.

331.6 Travail des indigents. Travail à bas prix des étrangers, des

Chinois.

331.7 Main-d'œuvre habile et brutale.

331.8 Classes ouvrières.

Comme on le voit, il n'est pas toujours nécessaire d'épuiser les dix

chiffres pour une subdivision; ici, nous nous arrêtons au 8. On laisse

ainsi des cases vacantes, qui pourront être utilisées plus tard. On

remarquera aussi, dans ce dernier tableau, deux exemples de renvois à

d'autres catégories, «renvois fort utiles, ajoute M. Ed. Sauvage[544],

car il arrive fréquemment que la limite entre deux sujets appartenant à

des divisions différentes ne peut être tracée avec précision».

Prenons encore une de ces catégories, la sous-subdivision 331.8 Classes

ouvrières. Elle se subdivisera à son tour comme il suit:

331.80 Généralités.

331.81 Heures de travail.

331.82 Places de travail. Dangers. (Voir aussi 613.6 Hygiène;

622.8 Mines; 614.8 Sauvetage.)

331.83 Nourriture. Vêtements. Habitations.

331.84 Moralité; habitudes. Intempérance; tempérance. Amusements.

Tentations. (Voir aussi 17 Morale; 79 Exercices;

263.6 Dimanche.)

331.85 Aides. Conférences. Bibliothèques. Salles de lecture. (Au point

de vue seulement de la science économique et des classes

ouvrières.)

331.86 Formation de l'ouvrier. Apprentissage.

331.87 Organisation du travail.

331.88 Sociétés pour régler le travail (_trade unions_).

331.89 Grèves.

Une bibliothèque L'art d'acheter les livres, de les classer, de les conserver et de s'en servir · 第 15 / 34 段