Les difficultés s'augmentaient de ce fait que la Compagnie n

Au lecteur

Roland Garros né en 1888 à la Réunion est un célèbre aviateur,

héros de la Première Guerre mondiale, qui a donné son nom au stade

parisien. Il décède le 5 octobre 1918, à l'issue d'un combat aérien.

Sa célébrité est d'abord venue de ses exploits sportifs en avion, et

surtout de la toute première traversée de la mer Méditerranée, qu'il

effectue le 23 septembre 1913 à bord d'un monoplan. (Wikipedia)

Cette version numérisée reproduit dans son intégralité la version

originale.

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ont été corrigées.

GUIDE DE L'AVIATEUR

DANS LA MÊME COLLECTION:

GEORGES CARPENTIER: COMMENT JE SUIS DEVENU CHAMPION D'EUROPE DE BOXE

J. WILLIAMS: LE PATINAGE A ROULETTES

JEAN BOUIN: COMMENT ON DEVIENT CHAMPION DE COURSE A PIED.

[Illustration: Garros, 2me de Paris-Rome et du Circuit Européen, 1er du

Circuit d'Anjou qu'il fut seul à terminer, à battu trois fois le record

du monde de l'altitude, recordman de Tunis à Rome.]

ROLAND GARROS

GUIDE

DE

L'AVIATEUR

PRÉFACE D'ALFRED LEBLANC

_BIOGRAPHIE DE GARROS_

PAR

JACQUES MORTANE

PIERRE LAFITTE & Cie

ÉDITEURS--PARIS

Copyright 1913

by Pierre Lafitte et Cie

PRÉFACE

Sans aucun doute, le peuple français est celui qui a su s'intéresser

le premier à l'aviation et qui a compris tous les avantages qu'on

pouvait en tirer. Il faut, d'ailleurs, avouer que nous sommes ainsi

faits. Dès que nous avons saisi l'attrait d'une invention, nous nous y

consacrons complètement, la perfectionnons sans cesse, la modifions par

de successives améliorations, jusqu'au jour où nous l'avons amenée au

degré suprême de la perfection relative. C'est un sentiment inhérent à

notre race.

Alors seulement, l'étranger qui nous a bien laissé dépenser notre

génie, notre argent, qui a tressailli une seconde en songeant à

nos morts, l'étranger, dis-je, intervient! Il se saisit de l'œuvre

accomplie par nous, l'emporte chez lui et en fait un bien national.

C'est ce qui s'est passé pour l'automobile. C'est ce qui se passera

pour l'aviation si nous n'y prenons pas garde. Tous les pays voisins

regardent avec convoitise nos évolutions, observent avec une attention

soutenue le fruit de notre travail, s'imprègnent le plus possible

de nos efforts et de nos résultats pour fabriquer à leur tour des

appareils dont la seule originalité consiste dans le nom qu'ils

leur donnent. Manière facile et simple de créer une industrie bien

personnelle! A l'heure actuelle, c'est ce qui arrive dans des états peu

lointains. C'est ce que rêvent de faire des nations peu éloignées!

Nous sommes des rêveurs, des inventeurs, des fignoleurs, si je puis

dire, mais nous n'avons pas le moindre sens du pratique. Tant que le

Français conservera ses qualités qui font de lui le peuple le plus fin

et le plus spirituel du monde, il ne perdra pas ses défauts qui lui

permettent de travailler toujours pour... le roi de Prusse et de sortir

les marrons du feu pour les faire croquer par autrui. Ce penchant

nuisible est le revers de la médaille. Il est inutile de se lamenter

plus longtemps, rien ne serait changé.

Tout au moins, pouvons-nous conserver l'orgueil d'être à la tête

du mouvement, de toutes les inventions intéressantes, et avoir la

conviction que, sans nous, elles resteraient de longues années à l'état

embryonnaire et stagneraient dans les méandres de l'impuissance, au

lieu de prouver soudain leur grandeur à la foule stupéfaite.

L'histoire de l'aviation est la meilleure preuve que je pourrais

invoquer à l'appui de cette thèse. Jamais on n'a assisté à une

évolution plus rapide et plus extraordinaire. Les progrès enregistrés

sont tellement prompts, que, lorsqu'on se rappelle les coups d'ailes

du début, il semble qu'il s'est passé des siècles depuis cette époque.

Or, c'est en 1906, que, pour la première fois, en Europe, un plus lourd

que l'air s'élevait de terre de façon officielle: Santos-Dumont faisait

un bond de 10 mètres. Je sais bien qu'Ader avait franchi 300 mètres,

en 1897, mais cette prouesse avait été sans lendemain. C'est seulement

à partir du vol de Santos-Dumont que les recherches commencèrent à

s'orienter vers le nouveau sport de façon pratique. On savait alors que

l'homme pouvait avoir des ailes.

Je ne rappellerai point les pas de géants accomplis depuis ce moment.

Je ne parlerai pas des découvertes incessantes, des trouvailles

toujours hardies, parfois géniales, et ce n'est pas à moi à dire ce

que je pense des pilotes qui, au commencement, n'hésitaient pas,

nouveaux Icares, à confier leur existence à des engins d'une sécurité

souvent relative. C'était un concert d'enthousiasme général. Tous

voulaient avoir leur part du succès définitif. Et le plus prodigieux

était l'élan de la foule qui, dès l'aurore de ce sport, avait saisi

avec une intuition extraordinaire, souvent mise en défaut, jamais

découragée, tout ce qu'elle était en droit d'attendre de ces oiseaux

artificiels. Elle comprenait que c'était l'avenir qui, sur des ailes

bien françaises, s'élevait peu à peu vers le ciel. Elle savait que

bientôt luirait l'aurore où les nues seraient sillonnées de ces beaux

engins qui assuraient chaque jour davantage leurs organes. Elle n'a pas

été déçue cette foule, grâce à laquelle les efforts de chacun reçurent

de si précieux encouragements.

L'engouement du public fit plus pour l'aviation que les allocations des

Mécènes. Lorsque, à chaque expérience, une nuée de spectateurs venait

nous gêner, je dois l'avouer, notre désir de bien faire et de ne pas

paraître ridicules ou peureux nous donnait positivement des ailes. Ces

ailes, peut-on dire, précédaient presque celles que les constructeurs

nous préparaient. Nous avions la foi! La confiance nous était insufflée

par les acclamations et l'intérêt de chacun.

Tous voulurent devenir ou inventeurs ou pilotes et certes, ce fut là

le mauvais côté de l'aviation. De toutes parts surgissaient de pauvres

garçons, souvent même des vieillards qui s'imaginaient avoir découvert

l'appareil idéal. Ils dépensaient tout ce qu'ils avaient mis de côté

après un pénible labeur et voyaient échouer leur idée en même temps

que s'envoler leurs économies. C'était, hélas! le seul vol auquel ils

pouvaient être mêlés. Certains même devinrent fous à la suite de ces

pénibles revers. Fous, ils l'étaient souvent déjà avant, mais ils

recevaient là le coup définitif.

Puis, les constructeurs ayant doté les pilotes d'appareils, nombreux

étaient ceux qui voulaient goûter les joies du succès, le triomphe

à l'arrivée d'une course et empocher le prix élevé attribué aux

vainqueurs. Que de braves gens se sont vu ainsi tourner la tête de

façon déplorable, qui, aujourd'hui, mèneraient une existence paisible

et heureuse au fond de leur province!

L'aviation est une science merveilleuse, mais que de larmes n'a-t-elle

pas fait couler! Il en est malheureusement ainsi chaque fois qu'une

découverte nouvelle vient révolutionner le monde. Or, cela montre

l'engouement du public à la naissance du nouveau mode de locomotion.

Tous les Français ont l'aviation dans le sang, tous se passionnent à

cette conquête de l'élément fuyant et la meilleure preuve n'est-elle

pas fournie chaque fois qu'une grande épreuve est organisée? Jamais

aucun sport n'a réussi à remuer ainsi les foules. Dans tous les

villages, même les plus sauvages, tous s'enthousiasment aux progrès de

l'aviation, connaissent les rois de l'air, aussi bien les constructeurs

que les pilotes, les prouesses accomplies, les records, etc. Cette

assertion semblera peut-être exagérée à quelques-uns, elle est

au-dessous de la vérité. Car le peuple français a compris que le jour

où une guerre éclaterait, l'aéroplane serait un aide efficace pour nous

permettre de triompher.

C'est grâce à cette admiration, grâce à ces encouragements qui nous

sont venus de multiples façons et de toutes parts, que nous nous sommes

attribué la première place dans l'aviation, loin devant tous nos

rivaux.

A nous de la conserver...

Pour y réussir, il faut que les jeunes Français prennent confiance.

Il faut que tous ceux qui aiment le sport deviennent pilotes, se

consacrent à l'aviation. L'étranger égalera peut-être nos appareils,

jamais nos aviateurs. Pour savoir voler, il est nécessaire de posséder

les qualités qui constituent notre patrimoine. Plus nous aurons

d'hommes-volants, plus nous serons forts, moins nous redouterons les

attaques des autres puissances puisque nous aurons la suprématie de

l'air. Mais il nous faut de véritables pilotes, instruits à bonne

école. Comment y parvenir? La lecture de cet ouvrage du virtuose

Roland Garros vous l'indiquera. Les liens d'amitié qui m'unissent à ce

merveilleux sportsman m'empêchent de dire avec l'enthousiasme que je

voudrais tout le bien que je pense de son manuel d'aviation.

Le profane y apprendra en quoi consistent les mystères de l'aéroplane.

Il verra comment on construit un appareil, comment on le dirige dans

l'espace. Ici point de formules soporifiques, pas de géométrie,

encore moins d'algèbre. C'est l'aviation à la portée de tous, facile

à comprendre, œuvre qui n'avait jamais encore été réalisée. Cette

lacune coupable est désormais comblée et ce livre sera le _vade-mecum_

indispensable de tous ceux qui s'intéressent et se destinent à la

science nouvelle.

Vous y trouverez également un projet d'enseignement idéal, une

étude sur la façon dont on devrait apprendre à voler, sur une école

nationale, une théorie des gages de sécurité du vol qui font le plus

grand honneur à leur auteur. Il est à souhaiter que le gouvernement

fasse siennes les idées de Garros. Une ère de prospérité s'ouvrirait

pour l'aviation.

En un mot, les pages qui suivent enseignent tout ce qui concerne

l'art de voler, de bien voler, comme sait le pratiquer cet oiseau

incomparable qu'est mon excellent camarade. Je ne lui ferai pas

l'injure de rappeler ici ses nombreux succès qui sont présents à la

mémoire de tous et je dirai seulement en terminant tout le plaisir

et la fierté que j'éprouve à présenter au public le fruit de ses

réflexions et de son expérience.

ALFRED LEBLANC.

BIOGRAPHIE

DE

ROLAND GARROS

«Roland Garros, c'est l'oiseau fait homme! L'air est son élément. Il

est le plus admirable virtuose produit par l'aviation et personne ne

peut comprendre le secret de ses vols en spirales, de ses descentes en

tire-bouchon, de ses virages sur l'aile. Il donne le frisson, arrête

la respiration, on le regarde, stupéfié et ému au plus haut point, et

on est incapable de rendre l'impression qu'il produit lorsqu'il évolue

dans l'atmosphère. Ce n'est pas un imprudent, car il sait absolument

ce qu'il est capable de demander à un appareil et ne se prive pas

d'aller jusqu'aux confins de l'impossible. Il est d'ailleurs le seul

connaissant avec autant d'exactitude les traîtrises de l'élément

fuyant et les susceptibilités de son monoplan. Il est le pilote favori

de tous les meetings. Il a appris à voler en écoutant les conseils de

John Moisant qui l'emmena en Amérique avec Audemars, Barrier et Simon.

Les Américains l'ont surnommé «l'homme qui défie la mort». C'est tout

dire!»

Telles étaient les notes que j'avais publiées sur Garros dans la _Vie

au Grand Air_, avant son triomphe dans le Circuit d'Anjou. Ceux qui

n'avaient pas été convaincus par ces lignes le furent par l'héroïsme

calme et modeste du grand roi de l'air au cours de cette épreuve.

Roland Garros naquit à l'Ile de la Réunion, le 6 octobre 1888. Son

père, qui était avocat, partit ensuite en Cochinchine où il emmena son

fils qui, par la suite visita les Indes, Madagascar et vint en France

en 1900 pour faire ses études au collège Stanislas. Mais le climat de

Paris, une santé un peu précaire le firent tomber malade. Les docteurs

consultés déclarèrent que sans le moindre doute possible le jeune

Roland était poitrinaire et qu'il fallait l'envoyer en hâte continuer

ses classes sur la Côte d'Azur. Il va à Cannes où, entouré de soins,

il ne se remet pas, loin de là puisque la Faculté le condamne. Il

végète deux, trois hivers, puis, passionné pour le sport, il s'adonne

à la bicyclette, la pratique à outrance. Et là, où les médecins, et

les médicaments avaient échoué, la petite reine remporte un éclatant

succès. Peu à peu Garros se remet, se fortifie et devient un sportsman

endurant. Il crée l'équipe scolaire de football association de Nice

et bat avec elle toutes les équipes locales. Complètement guéri, il

retourne à Paris où il achève ses études au lycée Janson-de-Sailly.

En compagnie de Bielovucic et de Falliot, il s'adonne à nouveau avec

frénésie à la bicyclette et remporte en 1906, le championnat de France

scolaire et divers challenges. Où est le poitrinaire d'antan?

Il passe son baccalauréat, puis fait en même temps son droit et les

hautes études commerciales. Il obtient le diplôme de cette école et

mène de front le travail juridique et une affaire d'automobiles, après

être entré comme volontaire dans une usine. Bachelier en droit, il

abandonne, ne voulant pas pousser jusqu'à la licence et c'est alors

qu'il se sent attiré par une puissance invincible vers l'aviation qui

en est à ses débuts.

[Illustration: Roland Garros est un virtuose de l'aviation. Sa sûreté

prodigieuse, ses imprudences réfléchies font de lui le pilote le plus

complet que nous possédions. Ses voyages à travers les campagnes, ses

exercices au-dessus des aérodromes l'ont rendu célèbre dans le monde

entier.]

Chaque jour, il se rend à Issy-les-Moulineaux voir voler Henry Farman.

Il assiste à une collision entre l'appareil du pauvre Delagrange et un

taximètre. Pendant deux ans, il cherche en vain un moyen de devenir

pilote. Il porte tous ses efforts sur son commerce d'automobiles

pour réaliser quelques économies qui lui permettent enfin de faire,

l'acquisition d'une Demoiselle Santos-Dumont, engin moins coûteux que

les grands aéroplanes d'alors. Il commence à voler sur les conseils

d'Audemars qui le priait de ne pas en parler aux confrères. D'ailleurs,

dans cet ouvrage Garros, raconte ses pittoresques débuts et je ne veux

pas déflorer l'intérêt de son récit. Le travail de l'air empêchait

Garros de s'occuper de sa maison d'automobiles. Il céda son fonds et

partit faire des exhibitions en province à Cholet, Rennes, Dinard,

Evreux entre autres. Il donnait déjà le frisson avec sa frêle machine

qu'il conduisait avec sûreté, mais qui se dérobait souvent aux ordres

de son pilote. Avec cet appareil en effet, les mouvements devaient être

accomplis par le conducteur qui par de violentes secousses de son corps

le faisait aller à droite ou à gauche, monter ou descendre. Les chutes

étaient nombreuses, mais Audemars, il faut le reconnaître, était

supérieur à Garros dans l'art de tomber. Il culbutait avec l'adresse

d'un jockey et se retrouvait toujours sans mal sous sa Demoiselle.

Garros achetait ensuite l'engin qui avait servi à Santos-Dumont pour

ses prouesses et faisait du cross-country, autant qu'on pouvait en

faire avec des moteurs qui s'arrêtaient au bout de dix minutes. Et

c'est ainsi qu'au-dessus du château de Versailles, une panne survenait.

Grâce à son adresse, le pilote s'en tirait sans mal.

John Moisant, le fameux aviateur Américain, qui le premier réussit

le voyage Paris-Londres avec un passager, fit alors la connaissance

de Garros et sans l'avoir même jamais vu voler, lui demanda de

l'accompagner en Amérique pour une série d'exhibitions, tant il avait

confiance en lui. Audemars, Simon et Barrier étaient également du

voyage. Nous allons rappeler, d'après Garros lui-même, ce que fut cette

tournée où ces quatre aviateurs acquirent la maîtrise de l'air:

«Nous vivions là-bas une véritable existence de nomades, et je ne

saurais mieux comparer notre entreprise, toutes proportions gardées,

qu'à celle de Barnum et Bailey. Ce sont d'ailleurs des associations

qui ne sont possibles que dans de vastes territoires comme ceux des

Etats-Unis.

Nous étions huit aviateurs en tout. A côté, toute une armée

d'auxiliaires: il y avait quarante-neuf managers, dont chacun avait son

emploi bien spécial et bien déterminé. A leur tête, le célèbre Young,

le _roi des managers_, comme on le surnomme en Amérique.

La tente servait de hangar. Nos engins étaient disposés en cercle.

Tout autour d'eux, au milieu, un espace vide où était admis le public,

moyennant un supplément.

Naturellement, notre installation comportait un train spécial avec

deux fourgons pour les aéroplanes, qui n'étaient même pas démontés et

dont on repliait simplement les ailes, un fourgon pour les bagages, un

wagon-restaurant et trois sleepings.

Nous arrivions ainsi dans chaque ville que nous allions visiter

à travers les aridités du Texas. Nous nous établissions sur les

_fair-grounds_ qui se trouvent dans toutes les cités américaines. Ce

sont de petits champs de foire entourés d'un terrain sur lequel on

fait courir les chevaux. A 200 mètres environ est la voie ferrée sur

laquelle notre train nous attendait. Dès notre arrivée, les divers

services fonctionnaient: en deux heures, la tente était montée, les

appareils prêts à voler et la séance commençait. Pendant la nuit, nous

avions fait un parcours d'environ 500 milles dans le train. Suivant

l'importance du pays, nous restions de deux à quinze jours. Les

affiches étaient apposées depuis plusieurs jours, donnant un programme

alléchant de notre travail. Car nous volions dans un ordre établi

d'avance pour faire des numéros, absolument comme dans les cirques ou

les music-halls. Pour attirer le public, de superbes têtes de mort

entouraient les affiches. C'est qu'en Amérique, on s'intéresse moins

aux vols des aviateurs qu'aux accidents qui peuvent se produire. Dans

tous les journaux qui parlaient de notre tournée, il n'était question

que de morts. Pour annoncer nos réunions, on publiait le portrait des

pilotes qui s'étaient tués en aéroplane. On ne disait pas: «Simon a

fait un beau vol», mais: «Simon a fait un vol très dangereux». Un jour,

en atterrissant, je casse un bout d'aile, le lendemain le principal

journal du pays paraissait avec ce titre: «Garros a donné la main

à la mort.» En annonçant la journée, les reporters ne manquaient

jamais d'ajouter: «Il se pourrait que des accidents mortels fussent

enregistrés au cours de la réunion.» Et c'était là le plus sûr moyen

d'attirer la foule. Simon était «the fool flyer», ou l'aviateur toqué;

moi, j'étais «le pilote qui défie la mort». D'ailleurs, c'est à la

suite de la mort de notre regretté directeur, John Moisant, que nous

avons fait les plus belles recettes encaissées par la compagnie. Dans

le mois qui suivit, le bénéfice net fut de 180.000 fr. Car l'affaire

avait été reprise et continuée par Alfred Moisant, le frère de la

victime.

Homme très hardi et très entreprenant, Alfred qui avait fait sa fortune

aux abattoirs de Chicago, était d'ailleurs, l'associé de John. Celui-ci

fut certainement le pilote le plus remarquable que j'aie vu. D'une

audace incroyable, mais d'une habileté extraordinaire, aucun vent ne

l'arrêtait.

--Je voudrais qu'il y eût une tempête, me disait-il quelques jours

avant sa mort, pour voir si vraiment il y a quelque chose qui puisse

m'empêcher de voler.

Et c'est un remous qui le tua, le projetant en dehors de son appareil.

Son exemple d'abord, les exigences du public ensuite, nous obligeaient

tous à des excentricités et à des acrobaties. Décoller en 10 mètres,

atterrir en 20 mètres, passer au-dessus des têtes en frôlant les

plumes des chapeaux des dames, couper l'allumage et descendre en vol

plané au-dessus de la foule, faire des vols piqués, des virages sur

l'aile, des descentes en tire-bouchon et surtout voler par tous les

temps, telles étaient quelques-unes de nos obligations pour plaire aux

Américains qui venaient nous voir.

Jamais on ne rendait l'argent, c'était un principe. Mais les Yankees,

gens pratiques, voulaient en avoir pour leurs dollars. Aussi étaient-ce

de beaux matches entre les frères Moisant et eux lorsque le vent,

soufflant en ouragan, nous empêchait de sortir. S'ils voyaient que nous

étions décidés à ne pas nous suicider, ces gens civilisés sortaient

leurs revolvers et menaçaient d'abord les appareils, ensuite les

aviateurs! Et je vous assure qu'ils ne tiraient pas à blanc. Plus

entraînés pour la mort en aéroplane que par les armes à feu, nous nous

décidions alors, exigeant d'ailleurs une prime qui ne nous était jamais

refusée et nous tâchions de nous maintenir dans l'air.

Un jour, sortant dans ces conditions, je restai 20 minutes dans

l'air et la force du vent était telle que je ne pouvais bouger. Je

restais absolument immobile à peine à 5 mètres au-dessus des têtes des

spectateurs qui avaient envahi la piste pour nous obliger à voler.

Je frémis encore en pensant à ce qui serait advenu si j'avais eu la

moindre panne! Ce vol curieux ne constitue pas un record. Devant moi,

en Amérique, j'ai vu Johnstone, qui se tua peu après et qui était un

aviateur merveilleux, s'élever malgré la tempête et faire dans l'heure

50 kilomètres à reculons.

Le temps n'était pas toujours notre seul ennemi. Souvent nous avions

comme champs d'aviation des _fair grounds_ ridiculement petits où

il était impossible d'évoluer. C'est ainsi qu'un jour, à Mexico,

les autorités nous interdirent de nous établir en l'endroit choisi

d'avance. Moisant tint bon, fit démolir deux ou trois arbres et c'est

là que nous restâmes pendant toute notre série d'exhibitions.

A Chatanooga, ville cotonnière du Texas, même par temps calme, il

aurait été de la dernière imprudence de tenter de sortir, tant le

terrain était mauvais et étroit. De chaque côté, c'étaient des usines,

des fils télégraphiques et, pour couronner l'œuvre, un fleuve qui

produisait des remous meurtriers. Nous refusons tous de voler,

d'autant plus que le temps devenait de plus en plus mauvais. Enfin,

au crépuscule, Alfred Moisant, se rendant compte que nous lancer dans

l'espace serait un assassinat, propose--ce qu'il ne faisait jamais--le

remboursement du prix des places, en expliquant les motifs strictement

humains qui le font agir. Le public refuse, proteste et tire des

coups de revolver aux cris de: «A mort! Voleurs! etc.» Il fallait se

résigner et, après avoir fait des adieux définitifs à mes amis qui

croyaient avoir à me ramasser, mort, tout à l'heure, je prends place

dans ma Demoiselle, sur laquelle un Américain facétieux et délicat

avait dessiné des têtes de morts et des os croisés! Je fais deux tours

en effectuant des virages qui m'effrayent encore quand j'y songe. Je

rase la tête des spectateurs et c'est miracle que je ne tombe pas dans

la foule. Jugeant que j'avais sauvé la recette, je descends, mais

le public n'est pas encore satisfait. Il exige de nouveaux vols et

les difficultés se compliquaient maintenant de la tombée de la nuit.

Simon s'élance dans l'air. Grâce à de la chance et à des prodiges

d'acrobatie, il parvient à voler pendant cinq minutes. Et c'était

pour nous une vision tragique que de voir passer cet oiseau noir dans

l'embrasement du soleil couchant! Cette fois, malgré sa barbarie, la

foule se déclara satisfaite et partit sans faire de dégâts.

Une autre fois, les circonstances étant à peu près pareilles, Simon et

moi, nous dûmes simuler une poursuite dans les airs, à la tombée de

la nuit, et nous fîmes semblant de nous perdre ou de nous tuer. A 10

kilomètres de l'aérodrome, nous descendîmes. Le public nous crut morts,

n'insista pas et partit tout heureux à la pensée que deux aviateurs

s'étaient peut-être écrasés à terre. Grâce à une publicité intelligente

sur cet incident, le lendemain nous enregistrâmes la plus forte recette

de la tournée et ce fut sous un tonnerre d'acclamations que Simon et

moi, après une excellente nuit à l'hôtel, rentrâmes à l'aérodrome sur

nos appareils que nous étions allés chercher.

Les difficultés s'augmentaient de ce fait que la Compagnie n'avait que

quatre appareils pour huit pilotes, et tous d'un modèle différent. Il

fallait, par conséquent, voler avec n'importe lequel et ce n'était

pas toujours facile. De telle sorte qu'il ne fallait jamais avoir le

moindre moment d'inattention sans quoi nous aurions pu nous tuer.

Malgré notre instinct de conservation, nous fûmes tous plus ou moins

victimes de chutes et c'est ainsi qu'un jour, où on me crut mort

d'ailleurs, je me cassai le nez en tombant sous ma Demoiselle.

J'ai dit que les programmes comportaient toujours des numéros

sensationnels. Nous faisions des matches d'aéroplane contre automobile.

Etions-nous dans un pays où se trouvaient de nombreux troupeaux?

On annonçait: «Combat de l'aviateur X... contre des vaches et des

moutons,» et il nous fallait piquer du haut des nues jusqu'à quelques

centimètres des pauvres bêtes pour les effrayer. Et les voir courir

en tous sens avait le don de mettre en joie les spectateurs qui

s'amusaient pour peu de chose.

Enfin, notre directeur eut à Mexico l'idée d'un intermède militaire.

Il avait été entendu avec les autorités locales que nous nous ferions

bombarder par une batterie d'artillerie et que nous répondrions par des

projectiles qui n'étaient autres que des oranges, que des compagnies

seraient réparties aux environs et que nous devrions venir ensuite

rendre compte de nos opérations aux grands chefs de l'armée. Tout

se fit comme il avait été prévu et remporta un succès considérable.

Les artilleurs tiraient, bien entendu à blanc, mais nos oranges,

lorsqu'elles arrivaient au but, n'étaient pas toujours agréables à

recevoir.

Nous étions à Mexico au moment de l'insurrection et cela nous permit

d'aller faire d'intéressantes reconnaissances au-dessus des lignes

des insurgés qui étaient d'ailleurs peu belliqueux à notre égard et

semblaient, au contraire, enchantés d'assister ainsi, sans payer, à des

exhibitions d'aviation. Toutefois, nos observations donnèrent souvent

au gouvernement des indications qui lui rendirent service. Ceci se

passait au début de 1911 et prouve que nous avons été les premiers à

montrer l'utilisation militaire de l'aéroplane.

Telle fut la campagne que nous fîmes en Amérique, Audemars, Barrier,

Simon et moi. Vous voyez que si je suis devenu un acrobate, ce ne fut

pas sans un travail opiniâtre et un danger constant. Si quelques-uns

des exercices que j'effectue au-dessus des aérodromes intéressent le

spectateur, ils sont le fruit de trois ans d'expériences presque

quotidiennes. Et, à tout prendre, je ne saurais trop conseiller à ceux

qui se destinent à l'aviation de chercher à être des sportsmen plutôt

que des acrobates. J'ai eu de la chance, car bien souvent j'ai vu la

mort de près. Un bon aviateur qui peut accomplir de belles randonnées à

travers la campagne, effectuer de longs voyages, est plus utile qu'un

virtuose!»

Roland Garros revint d'Amérique pour participer aux grandes épreuves

à travers le pays. Il n'avait jamais volé à plus de 3 kilomètres d'un

aérodrome. Il ignorait tout du cross-country aérien, mais avec une

belle crânerie, celui qui avait appris tout seul à monter en aéroplane,

voulut partir dans les courses sans le moindre apprentissage. C'est

d'abord Paris-Madrid: il arrive premier au but de l'étape, à Angoulème,

puis à Saint-Sébastien et là avant de franchir les Pyrénées, une panne

d'essence l'oblige à atterrir brusquement dans un terrain de fortune.

Il casse une aile et doit abandonner, laissant la victoire à Védrines.

Dans Paris-Rome, il soutient un duel épique contre André Beaumont.

Second à Lyon, second à Avignon dans la même journée. Le lendemain, la

lutte se poursuit, mais cette fois dans la tempête. Personne ne peut

croire que deux pilotes sont dans l'espace, tandis que les chapeaux

s'envolent, que les parapluies se retournent, que le mistral méridional

souffle en trombe. Et pourtant au crépuscule, Beaumont atterrit à

Nice, suivi de Garros qui termine en pleine nuit, à la lumière des

vers luisants qui s'éclairent pour permettre à cette belle libellule

de finir sans accident. L'éternel second, bénéficie le jour suivant

d'une panne de moteur qui retient Beaumont toute la journée à l'escale.

Garros atteint Gênes, il arrive à Pise, il la dépasse. Il semble que

la victoire ne doit pas lui échapper, mais lui aussi, est victime de

son moteur et lorsque Beaumont 24 heures plus tard passera au-dessus de

la Tour Penchée, non loin de là il apercevra l'oiseau blessé que l'on

soigne et qui n'arrivera dans la Ville Eternelle, glorieux second, que

le lendemain!

La malchance de Garros commence à devenir proverbiale. Mais ce n'est

rien encore. Une douloureuse maladie, qui aurait arrêté tout autre que

l'héroïque pilote, le handicape depuis quelques semaines. Il n'a pas

le temps de se soigner et le Circuit Européen approche. Garros est

engagé, il partira. Quel douloureux calvaire que cette longue épreuve

de trois semaines, au cours de laquelle à chaque étape les médecins

interdisaient vainement au virtuose de continuer! Avec un courage

admirable, une énergie digne de l'antique, Garros persévérait et là

encore il finissait second, derrière Beaumont.

Les grandes courses sont terminées. Vous croyez que l'oiseau va se

reposer? Point. Une idée fixe le hante! Il veut devenir recordman du

monde de l'altitude. Et lorsque Garros veut quelque chose, il est rare

qu'il ne réussisse pas. A Dinard, il fait faire un bond prodigieux au

record en s'élevant à 4.250 mètres, hauteur que l'Aéro-Club homologue

à 3.910 mètres. Puis, il part en Amérique du Sud, où il accomplit

prodiges sur prodiges et où il fait admirer sa maëstria de Français,

roi des airs. Il revient parce que le Grand Prix d'Anjou va se disputer.

Et c'est en cette occasion qu'il réussit la plus merveilleuse prouesse

de l'aviation. Cette performance le place à la tête des pilotes du

monde entier. Par un vent de 20 mètres à la seconde, avec un brouillard

intense, il prend le départ sans hésitation à l'heure fixée et commence

avec son 50 chevaux une ronde fantastique. Par le beau temps, il

ne devait pas exister dans la lutte où presque tous les appareils

étaient munis de moteurs beaucoup plus puissants que le sien. Mais par

la tempête, la brume et la pluie, il ne craint pas les concurrents.

Un seul est capable de cette fantastique randonnée: Garros. La fin

de la première journée donne le classement suivant: 1er et unique

classé: Roland Garros! Le lendemain, il termine le parcours et, dans

un enthousiasme indescriptible, vient atterrir après une descente en

spirales dont il a le secret. Pour commémorer sa victoire, il fait

cadeau de son monoplan dont il est le propriétaire, au ministre de la

guerre pour l'armée.

Après divers meetings, car il est le roi du jour, il fait établir sur

ses données un Blériot spécial pour battre son précédent record de

hauteur. Par un vent semblable à celui d'Angers (son appareil fait

du 115 à l'heure et se trouve à un moment reculé par la tempête de

20 kilomètres en arrière), par une brume opaque, il s'élève. Il est

impatient de compter un fleuron de plus à sa couronne et n'attend pas

le temps désirable. Il monte jusqu'à près de 5.000 mètres, lorsque,

soudain, un fracas épouvantable retentit et lui donne l'impression que

son monoplan est en miettes. C'est une bielle du moteur qui a sauté.

Il faut redescendre. Garros prend son temps et tout en planant défait

sa ceinture pour être prêt à sauter de son siège si le brouillard

le fait arriver sur un toit ou sur un arbre. Quelles devaient être

ses pensées durant cette descente qui pouvait se terminer par un

écrasement lamentable sur le sol! Une éclaircie heureusement lui permet

de choisir à quelque 200 mètres son lieu d'atterrissage. Il est fort

exigu, mais Garros s'arrêterait sur des œufs sans les casser, disent

ses camarades. Et c'est ainsi qu'à nouveau, il devient recordman du

monde de l'altitude. Quelques jours après, Legagneux faisait mieux,

atteignant 5.450 mètres. Le duel est dès lors engagé, duel aérien le

plus dangereux, le plus héroïque, entre deux pilotes hors ligne qui se

disputent la suprématie de l'espace!

La première manche fut gagnée par Garros, la seconde par Legagneux et

la belle par Garros qui, le 11 décembre 1912, à Tunis, dans une envolée

fantastique, s'éleva jusqu'à 5.601 mètres.

Mais ce n'est pas fini!

Depuis, il tint à ajouter un nouveau titre de gloire à sa réputation

mondiale en battant le record du monde du vol maritime. Il fut le

premier à joindre par ses ailes deux parties du monde: il vola, le 18

décembre, de Tunis à Trapani, en Sicile, faisant ainsi un voyage de

285 kilomètres au-dessus de la Méditerranée. Mais là ne s'arrêta pas

son raid fantastique: le 21, il se rendait de Trapani à Santa Eufemia,

soit 415 kilomètres, et le lendemain, de Santa Eufemia à Rome, 500

kilomètres, couvrant ainsi aussitôt après son record d'altitude un

trajet jamais encore réussi de 1.200 kilomètres, dont 600 au-dessus de

la mer, de Tunis à Rome.

Tel est Garros. Tels sont résumés quelques-uns de ses multiples

exploits. D'une timidité que d'aucuns prennent pour de la fatuité,

Garros est le plus dévoué des amis. Il parle peu, mais agit beaucoup.

Technicien émérite, personne ne discute et ne comprend mieux que lui

les perfectionnements qui peuvent venir en aide à l'aviation.

Signes distinctifs: il est propriétaire de tous ses appareils et n'a

jamais voulu être appointé par une maison d'aviation afin de conserver

son indépendance absolue et sa liberté d'action.

Il n'a pas la Légion d'Honneur!

JACQUES MORTANE.

AVANT-PROPOS

La maison d'éditions Pierre Lafitte et Cie m'a demandé d'écrire

un petit manuel de vulgarisation sur ce sport si mal connu qu'est

l'aviation.

A regret, j'ai écrit les pages qui suivent. A regret? Parce que

l'aéroplane nécessite des développements beaucoup plus considérables,

la discussion de théories nombreuses. Mais il fallait m'adresser au

profane qui désire savoir comment volent nos oiseaux artificiels et au

jeune homme qui se destine à la locomotion aérienne.

J'ai essayé de rendre mes explications le plus clair possible, j'ai

soigneusement évité les formules de laboratoire, les laissant aux

ingénieurs. Rien n'est plus simple qu'un aéroplane, mais encore faut-il

dire comment il fonctionne. Rien n'est plus facile que de voler, mais

des principes initiaux sont nécessaires.

Je n'ai pas la prétention d'avoir fait un livre dont la lecture

supprime les professeurs. Non, j'ai simplement voulu livrer au public

un petit _vade mecum_, fruit de mon expérience personnelle, me

proposant de publier plus tard, si mes occupations me le permettent,

un ouvrage plus complet, plus technique où les graves questions que

suscite chaque jour l'aviation seront traitées plus longuement avec

toutes les conséquences qu'elles comportent.

J'espère que ce jour-là, j'aurai encore la sympathie de ceux qui

voudront bien accorder leur confiance à ce petit manuel.

CHAPITRE PREMIER

QU'EST-CE QU'UN AÉROPLANE?

Un aéroplane est un appareil plus lourd que l'air qui se soutient dans

l'espace _par la résistance de l'air_ sur des surfaces disposées avec

une certaine incidence, et auxquelles un mode de propulsion propre

_quelconque_ assure une certaine vitesse.

On classifie communément les aéroplanes en monoplans et en biplans,

suivant que leurs surfaces sont disposées sur un ou deux étages.

Il existe aussi des triplans qui comportent trois plans, mais aux

expériences, ils semblent avoir prouvé que leurs étages nombreux ne

leur donnaient aucune qualité spéciale.

Cette classification est, en général, assez commode bien qu'elle ne

réponde qu'à des différences d'aspect. En réalité, tous les aéroplanes

ont des organes semblables ou équivalents qu'on peut énumérer ainsi:

1º Une _surface portante_, pour porter le poids;

2º Un _empennage_, pour assurer la _stabilité de trajectoire_;

3º Un organe de _propulsion_, composé du moteur et de l'hélice;

4º Trois organes de direction et d'équilibre:

_a_) Un stabilisateur ou gouvernail de profondeur, pour monter et

descendre;

_b_) Un gouvernail de direction pour tourner à droite et à gauche;

_c_) Le gauchissement des ailes, ou ailerons, ou autres dispositifs qui

sont des moyens différents de faire pencher l'appareil à droite ou à

gauche. Le gauchissement est le plus employé et le plus efficace.

5º Enfin un train d'atterrissage.

Empruntons à un catalogue, la description d'un monoplan Blériot qui est

un type classique d'appareil.

«Le monoplan Blériot est formé de:

1º Une poutre ou fuselage, constituant le corps de l'appareil où se

trouve assis l'aviateur à l'avant sur un petit siège en osier;

2º Un châssis élastique, permettant le départ et l'atterrissage;

3º Une voilure comprenant: les ailes, les gouvernails de profondeur et

de direction;

4º Un moteur et ses accessoires;

5º Une hélice.

1º _Le fuselage_:

La poutre ou fuselage est composée de longerons en bois assemblées par

des montants et des traverses. Le tout est croisillonné à l'aide de

cordes à piano reliées entre elles par des étriers, en forme d'U, qui

ont l'avantage de supprimer les tendeurs et permettent l'assemblage

sans tenons ni mortaises.

2º _Le châssis_:

Le châssis se compose d'un cadre rigide formé de planches, de montants

en bois et de tubes d'acier. Le tout assemblé et maintenu par une

sangle d'acier.

Ce cadre repose, par un assemblage élastique, sur deux roues accouplées

parallèlement entre elles et orientables.

La liaison du châssis à chacune des roues est assurée par un triangle

déformable, constitué par les deux fourches qui portent la roue et le

tube vertical du châssis. Les trois sommets articulés sont:

_a_) A l'axe de la roue;

_b_) A la partie inférieure du tube du châssis;

_c_) Au coulisseau disposé à la partie supérieure du tube.

C'est à ce coulisseau que sont fixés les deux extenseurs en caoutchouc

attachés aussi au bas du tube, et qui absorbent le choc pendant le

roulement et l'atterrissage.

A l'arrière, le fuselage est supporté par une roue ou un patin

élastique. Ce support arrière n'a d'utilité qu'au repos ou pour les

manœuvres préparatoires. En effet, pour le lancement il n'est d'aucun

secours, puisque, immédiatement après le lâchez-tout, l'appareil

s'équilibre de lui-même sur les deux roues avant pour prendre ensuite

son envolée.

3º _Les ailes_:

Les ailes sont constituées par des nervures en bois assemblées et

supportées par deux longerons principaux. Ces longerons viennent se

fixer sur le côté du fuselage; l'un, cylindrique, s'enfonce dans un

tube; l'autre, est boulonné à un montant spécial.

Les ailes sont recouvertes sur leurs deux faces de toile spéciale

extra-résistante. Au repos, les ailes sont supportées par des

câbles. En marche, elles supportent l'appareil par l'intermédiaire

de haubans en acier dont la résistance, spécialement éprouvée, offre

un coefficient de sécurité égal à plus de dix fois l'effort normal à

supporter.

Tous les essais de réception des matériaux entrant dans la construction

de ces organes essentiels, sont faits sur des machines dynamométriques:

_a_) Leur flexibilité permet le gauchissement dans leur partie

postérieure, au gré du pilote, de manière à rétablir la stabilité

latérale: c'est-à-dire que l'on peut, à volonté, diminuer l'incidence

d'une aile en même temps qu'on augmente l'incidence de l'aile opposée;

_b_) Le gouvernail de profondeur mobile dans le plan horizontal,

détermine la montée et la descente;

_c_) Tout à l'arrière, se trouve le gouvernail vertical de direction.

4º _Le moteur_:

Il existe différents types de moteurs: des moteurs verticaux,

analogues aux moteurs de voiture; des moteurs à deux groupes de

cylindres décalés (moteurs en V); des moteurs à cylindres en éventail

ou en étoile; des moteurs rotatifs; des moteurs à cylindres opposés.

Le plus employé est le Gnôme rotatif à refroidissement à air direct.

Celui que la majorité des pilotes mettent sur leurs appareils est le 50

chevaux à 7 cylindres.

5º _L'hélice_:

La résistance de l'air sur les plans, qui produit le vol, résulte d'une

traction de ces plans dans l'air au moyen d'un propulseur ou hélice qui

est l'un des organes les plus variables de l'appareil, tantôt à l'avant

et en prise directe avec le moteur, comme sur la plupart des monoplans,

tantôt à l'arrière comme sur beaucoup de biplans.

Les hélices actuelles sont en bois. On construit généralement les

hélices en planches de noyer disposées en éventail et collées de

manière que les fibres soient dirigées parallèlement au bord d'attaque.

Au début, on entoilait les pales pour augmenter la solidité. Cette

précaution est maintenant à peu près abandonnée.»

[Illustration: En haut, Roland Garros est félicité à son arrivée du

Circuit Européen.--En bas, dans son escale à Lyon, pendant Paris-Rome,

il consulte sa carte avant de repartir.]

CHAPITRE II

COMMENT VOLE-T-ON?

Les manœuvres diffèrent un peu selon les modes de commande.

1º La commande Blériot, la plus répandue. Elle comporte un seul levier

pour la profondeur et le gauchissement (le levier du Blériot s'appelle

«cloche» à cause de sa forme spéciale). Le pilote pousse ou tire

suivant qu'il veut descendre ou monter et incline le levier à droite

ou à gauche pour pencher l'appareil dans le même sens, c'est-à-dire à

droite pour le côté droit, à gauche pour le côté gauche.

Ses pieds reposent sur une barre qui pivote sur un axe: il pousse le

pied droit pour tourner à droite, le gauche pour tourner à gauche.

2º La commande Nieuport. Les pieds commandent le gauchissement au lieu

de commander le gouvernail: on appuie le pied droit sur la pédale

droite pour incliner à droite et le gauche sur la pédale gauche pour

incliner à gauche. Le levier commande la profondeur par les mêmes

mouvements que la commande Blériot et le gouvernail par inclinaison à

droite (pour virer à droite) ou à gauche (pour virer à gauche).

3º La commande Deperdussin. Le gouvernail de direction est commandé par

une barre aux pieds comme sur le Blériot. Le levier est remplacé par

un volant qu'on pousse pour descendre, qu'on tire pour monter, qu'on

tourne à droite pour s'incliner à droite et à gauche pour s'incliner à

gauche.

Ces trois types de commandes sont les principaux, mais il y en a

d'autres et l'on peut en indiquer à l'infini. Tous sont cependant

presque pareils à ceux-ci et n'en diffèrent que par quelques

modifications de détail, sans grande importance.

Quelles que soient les commandes, la manœuvre d'un vol est toujours la

suivante:

_Départ._

1º Il s'agit de faire lever le plus tôt possible la queue de l'appareil

pour effacer son incidence générale et lui faire prendre au plus vite

la vitesse nécessaire pour l'envol. On agit donc sur le gouvernail de

profondeur _comme pour descendre_, c'est-à-dire que l'on pousse loin de

soi le levier ou le volant.

Au fur et à mesure que la vitesse augmente, on ramène progressivement

la commande à la position normale de vol.

Si l'on ne faisait pas cette manœuvre à temps, l'appareil pourrait

capoter parce que sa queue se lèverait trop haut.

2º Pendant que l'appareil prend sa vitesse en roulant sur le sol,

il faut le maintenir dans une course rectiligne en manœuvrant le

gouvernail par des mouvements d'autant plus grands que la vitesse est

plus faible, d'autant plus petits que la vitesse augmente.

Les débutants éprouvent une certaine difficulté à ne pas faire les

«chevaux de bois» ou virages involontaires, en général, à gauche.

La première précaution à prendre pour éviter cet inconvénient, peu

élégant, est de partir bien face au vent, ce qui, du reste, facilite

le départ à tous les points de vue. La plus mauvaise position de départ

est le vent de côté.

3º Quand l'appareil a acquis la vitesse suffisante pour voler, il ne

reste plus qu'à agir délicatement sur le stabilisateur dans le sens de

la montée. En principe, il est particulièrement _dangereux de cabrer au

départ_, c'est-à-dire de donner trop tôt à l'appareil un grand angle de

montée. Les décollages brutaux sont d'ailleurs très disgracieux et de

mauvais style.

_Vol._

Les bonnes manœuvres du vol sont trop complexes, trop délicates pour

qu'on puisse les enseigner toutes dans ce manuel. Je me bornerai à

donner un conseil général.

Avant tout, ne rien faire qu'en souplesse: la souplesse économise

la fatigue autant à l'appareil qu'au pilote. Les débutants doivent

se préoccuper avant tout de ne pas se crisper sur leurs commandes.

L'appareil ne doit jamais dépasser, en descente, une certaine vitesse

limite: il ne faut donc pas descendre avec le moteur en action, ni

même sans moteur, à un angle de descente trop grand.

_Atterrissage._

L'atterrissage doit toujours s'effectuer face au vent, comme au départ.

Il ne faut pas se redresser brusquement avant de toucher le sol, mais

passer très progressivement de la trajectoire oblique à l'horizontale

que l'on doit atteindre le plus près possible du sol. Quand on s'est

mis horizontal à un mètre du sol, on n'a plus qu'à attendre que les

roues touchent le sol.

Tels sont, rapidement, mais complètement énoncés, les principes dont

doivent s'inspirer tous les pilotes.

N'ayant jamais piloté de biplan, je ne me permettrai pas d'aborder le

sujet de leur conduite.

CHAPITRE III

CE QU'IL FAUT CONNAÎTRE DU MOTEUR

Mieux on connaît son moteur, plus on a de chances de réussir une

performance. Cependant un aviateur peut se contenter d'un minimum de

connaissances puisqu'il ne touche pas au moteur pendant tout le vol.

Il doit savoir trouver rapidement et changer une bougie encrassée:

c'est l'ennui le plus fréquent.

Il est nécessaire également qu'il sache démonter et remonter les

soupapes. Mais il doit surtout _avoir de l'oreille_ et _sentir le

moteur_ pour prévenir la panne d'après le moindre symptôme. Un

aviateur un peu entraîné et un peu doué arrive à sentir un défaut de

fonctionnement du moteur mieux que le meilleur des mécaniciens, parce

qu'en vol, il écoute avec une tension d'esprit soutenue qui développe

les sens, tandis que le mécanicien, ne risquant rien, écoute moins

longtemps et moins attentivement.

L'aviateur doit savoir signaler aux mécaniciens que le moteur est en

voie de se déranger et les inspirer utilement dans leurs recherches de

la panne.

Souvent les profanes nous posent la question suivante:

«A quels signes, pouvez-vous reconnaître que vous pouvez vous envoler

ou que vous devez vous arrêter, etc...?»

La réponse est facile. Il n'y a pas de signes. C'est une question de

jugement personnel, de confiance en soi, etc. En principe, il ne faut

jamais accomplir un vol en se disant: «Je peux bien le faire, puisque

tel autre a pu le réussir.»

L'autre a peut-être eu un état d'esprit défectueux en tentant l'action

considérée. Et même, s'il a réussi, il n'a vraisemblablement pas eu

raison de l'essayer. Du reste, il pouvait être plus adroit, plus

expérimenté, etc. Toutes raisons qui tendent à prouver que vous ne

devez pas systématiquement vous élancer dans les airs pour imiter

la prouesse d'un camarade. Il ne faut jamais décider un acte qu'en

le considérant par rapport à soi-même, en comparant les difficultés

inévitables qu'il présente, d'une part aux aptitudes qu'on se sent,

d'autre part à l'_utilité_ de l'action.

Il ne faut jamais atteindre la _limite de ce que l'on peut faire_. Il

faut toujours pouvoir se dire: «Je vaincrai telle difficulté parce que

je sens que je la surmonterais même si elle était un peu plus grande.»

Il faut s'entraîner à raisonner chacun de ses actes, même le moindre.

La décision prompte et précise est la plus sûre défense contre les

dangers de tous les sports, surtout de l'aviation.

CHAPITRE IV

COMMENT ON APPREND A VOLER

Il existe deux méthodes pour apprendre à voler:

1º L'appareil école ou taxi;

2º Les doubles commandes.

Dans le premier système, on est seul sur un appareil peu rapide et on

essaie, d'après les conseils reçus, d'abord de rouler en ligne droite.

On éprouve en général quelques difficultés, au début, à ne pas faire

les «chevaux de bois». Puis, lorsqu'on sait se diriger droit sur le

sol, on est admis à faire des petits bonds de quelques mètres, enfin

à se tenir dans l'air. On apprend ensuite petit à petit à évoluer à

volonté.

Guide de l'aviateur · 第 1 / 4 段