Cependant la chanoinesse Wenceslawa, après une demi-heure d'oraisons,
monta l'escalier, et, suivant sa coutume, consacra le premier soin de sa
journée à son cher neveu. Elle se dirigea vers la porte de sa chambre,
et colla son oreille contre la serrure, quoique avec moins d'espérance
que jamais d'entendre les légers bruits qui devaient lui annoncer son
retour. Quelles furent sa surprise et sa joie, lorsqu'elle saisit le son
égal de sa respiration durant le sommeil! Elle fit un grand signe de
croix, et se hasarda à tourner doucement la clef dans la serrure, et à
s'avancer sur la pointe du pied. Elle vit Albert paisiblement endormi dans
son lit, et Cynabre couché en rond sur le fauteuil voisin. Elle n'éveilla
ni l'un ni l'autre, et courut trouver le comte Christian, qui, prosterné
dans son oratoire, demandait avec sa résignation accoutumée que son fils
lui fût rendu, soit dans le ciel, soit sur la terre.
«Mon frère, lui dit-elle à voix basse en s'agenouillant auprès de lui,
suspendez vos prières, et cherchez dans votre coeur les plus ferventes
bénédictions. Dieu vous a exaucé!»
Elle n'eut pas besoin de s'expliquer davantage. Le vieillard, se
retournant vers elle, et rencontrant ses petits yeux clairs animés d'une
joie profonde et sympathique, leva ses mains desséchées vers l'autel, en
s'écriant d'une voix éteinte:
«Mon Dieu, vous m'avez rendu mon fils!»
Et tous deux, par une même inspiration, se mirent à réciter
alternativement à demi-voix les versets du beau cantique de Siméon:
_Maintenant je puis mourir_, etc.
On résolut de ne pas réveiller Albert. On appela le baron, le chapelain,
tous les serviteurs, et l'on écouta dévotement la messe d'actions de
grâces dans la chapelle du château. Amélie apprit avec une joie sincère le
retour de son cousin; mais elle trouva fort injuste que, pour célébrer
pieusement cet heureux événement, on la fît lever à cinq heures du matin
pour avaler une messe durant laquelle il lui fallut étouffer bien des
bâillements.
«Pourquoi votre amie, la bonne Porporina, ne s'est-elle pas unie à nous
pour remercier la Providence? dit le comte Christian à sa nièce lorsque
la messe fut finie.
--J'ai essayé de la réveiller, répondit Amélie. Je l'ai appelée, secouée,
et avertie de toutes les façons; mais je n'ai jamais pu lui rien faire
comprendre, ni la décider à ouvrir les yeux. Si elle n'était brûlante et
rouge comme le feu, je l'aurais crue morte. Il faut qu'elle ait bien mal
dormi cette nuit et qu'elle ait la fièvre.
--Elle est malade, en ce cas, cette digne personne! reprit le vieux comte.
Ma chère soeur Wenceslawa, vous devriez aller la voir et lui porter les
soins que son état réclame. A Dieu ne plaise qu'un si beau jour soit
attristé par la souffrance de cette noble fille!
--J'irai, mon frère, répondit la chanoinesse, qui ne disait plus un mot
et ne faisait plus un pas à propos de Consuelo sans consulter les regards
du chapelain. Mais ne vous tourmentez pas, Christian; ce ne sera rien!
La signora Nina est très nerveuse. Elle sera bientôt guérie.
--N'est-ce pas pourtant une chose bien singulière, dit-elle au chapelain
un instant après, lorsqu'elle put le prendre à part, que cette fille ait
prédit le retour d'Albert avec tant d'assurance et de vérité! Monsieur
le chapelain, nous nous sommes peut-être trompés sur son compte. C'est
peut-être une espèce de sainte qui a des révélations?
--Une sainte serait venue entendre la messe, au lieu d'avoir la fièvre
dans un pareil moment, objecta le chapelain d'un air profond.»
Cette remarque judicieuse arracha un soupir à la chanoinesse. Elle alla
néanmoins voir Consuelo, et lui trouva une fièvre brûlante, accompagnée
d'une somnolence invincible. Le chapelain fut appelé, et déclara qu'elle
serait fort malade si cette fièvre continuait. Il interrogea la jeune
baronne pour savoir si sa voisine de chambre n'avait pas eu une nuit très
agitée.
«Tout au contraire, répondit Amélie, je ne l'ai pas entendue remuer. Je
m'attendais, d'après ses prédictions et les beaux contes qu'elle nous
faisait depuis quelques jours, à entendre le sabbat danser dans son
appartement.
Mais il faut que le diable l'ait emportée bien loin d'ici, ou qu'elle ait
affaire à des lutins fort bien appris, car elle n'a pas bougé, que je
sache, et mon sommeil n'a pas été troublé un seul instant.»
Ces plaisanteries parurent de fort mauvais goût au chapelain; et la
chanoinesse, que son coeur sauvait des travers de son esprit, les trouva
déplacées au chevet d'une compagne gravement malade. Elle n'en témoigna
pourtant rien, attribuant l'aigreur de sa nièce à une jalousie trop bien
fondée; et elle demanda au chapelain quels médicaments il fallait
administrer à la Porporina.
Il ordonna un calmant, qu'il fut impossible de lui faire avaler. Ses dents
étaient contractées, et sa bouche livide repoussait tout breuvage. Le
chapelain prononça que c'était un mauvais signe. Mais avec une apathie
malheureusement trop contagieuse dans cette maison, il remit à un nouvel
examen le jugement qu'il pouvait porter sur la malade: _On verra; il faut
attendre; on ne peut encore rien décider_. Telles étaient les sentences
favorites de l'Esculape tonsuré.
«Si cela continue, répéta-t-il en quittant la chambre de Consuelo, il
faudra songer à appeler un médecin; car je ne prendrai pas sur moi de
soigner un cas extraordinaire d'affection morale. Je prierai pour cette
demoiselle; et peut-être dans la situation d'esprit où elle s'est
trouvée depuis ces derniers temps, devons-nous attendre de Dieu seul des
secours plus efficaces que ceux de l'art.»
On laissa une servante auprès de Consuelo, et on alla se préparer à
déjeuner. La chanoinesse pétrit elle-même le plus beau gâteau qui fût
jamais sorti de ses mains savantes. Elle se flattait qu'Albert, après un
long jeûne, mangerait avec plaisir ce mets favori. La belle Amélie fit une
toilette éblouissante de fraîcheur, en se disant que son cousin aurait
peut-être quelque regret de l'avoir offensée et irritée quand il la
retrouverait si séduisante. Chacun songeait à ménager quelque agréable
surprise au jeune comte; et l'on oublia le seul être dont on eut dû
s'occuper, la pauvre Consuelo, à qui on était redevable de son retour,
et qu'Albert allait être impatient de revoir.
Albert s'éveilla bientôt, et au lieu de faire d'inutiles efforts pour se
rappeler les événements de la veille, comme il lui arrivait toujours après
les accès de démence qui le conduisaient à sa demeure souterraine, il
retrouva promptement la mémoire de son amour et du bonheur que Consuelo
lui avait donné. Il se leva à la hâte, s'habilla, se parfuma, et courut
se jeter dans les bras de son père et de sa tante. La joie de ces bons
parents fut portée au comble lorsqu'ils virent qu'Albert jouissait de
toute sa raison, qu'il avait conscience de sa longue absence, et qu'il
leur en demandait pardon avec une ardente tendresse, leur promettant de
ne plus leur causer jamais ce chagrin et ces inquiétudes. Il vit les
transports qu'excitait ce retour au sentiment de la réalité. Mais il
remarqua les ménagements qu'on s'obstinait à garder pour lui cacher sa
position, et il se sentit un peu humilié d'être traité encore comme un
enfant, lorsqu'il se sentait redevenu un homme. Il se soumit à ce
châtiment trop léger pour le mal qu'il avait causé, en se disant que
c'était un avertissement salutaire, et que Consuelo lui saurait gré
de le comprendre et de l'accepter.
Lorsqu'il s'assit à table, au milieu des caresses, des larmes de bonheur,
et des soins empressés de sa famille, il chercha des yeux avec anxiété
celle qui était devenue nécessaire à sa vie et à son repos. 11 vit sa
place vide, et n'osa demander pourquoi la Porporina ne descendait pas.
Cependant la chanoinesse, qui le voyait tourner la tête et tressaillir
chaque fois qu'on ouvrait les portes, crut devoir éloigner de lui toute
inquiétude en lui disant que leur jeune hôtesse avait mal dormi, qu'elle
se reposait, et souhaitait garder le lit une partie de la journée.
Albert comprit bien que sa libératrice devait être accablée de fatigue,
et néanmoins l'effroi se peignit sur son visage à cette nouvelle.
«Ma tante, dit-il, ne pouvant contenir plus longtemps son émotion, je
pense que si la fille adoptive du Porpora était sérieusement indisposée,
nous ne serions pas tous ici, occupés tranquillement à manger et à causer
autour d'une table.
--Rassurez-vous donc, Albert, dit Amélie en rougissant de dépit, la Nina
est occupée à rêver de vous, et à augurer votre retour qu'elle attend en
dormant, tandis que-nous le fêtons ici dans la joie.»
Albert devint pâle d'indignation, et lançant à sa cousine un regard
foudroyant:
«Si quelqu'un ici m'a attendu en dormant, dit-il, ce n'est pas la personne
que vous nommez qui doit en être remerciée; la fraîcheur de vos joues,
ma belle cousine, atteste que vous n'avez pas perdu en mon absence une
heure de sommeil, et que vous ne sauriez avoir en ce moment aucun besoin
de repos. Je vous en rends grâce de tout mon coeur; car il me serait
très-pénible de vous en demander pardon comme j'en demande pardon, avec
honte et douleur à tous les autres membres et amis de ma famille.
--Grand merci de l'exception, repartit Amélie, vermeille de colère: je
m'efforcerai de la mériter toujours, en gardant mes veilles et mes soucis
pour quelqu'un qui puisse m'en savoir gré, et ne pas s'en faire un jeu.»
Cette petite altercation, qui n'était pas nouvelle entre Albert et sa
fiancée, mais qui n'avait jamais été aussi vive de part et d'autre,
jeta, malgré tous les efforts qu'on fit pour en distraire Albert, de la
tristesse et de la contrainte sur le reste de la matinée. La chanoinesse
alla voir plusieurs fois sa malade, et la trouva toujours plus brûlante et
plus accablée. Amélie, que l'inquiétude d'Albert blessait comme une injure
personnelle, alla pleurer dans sa chambre. Le chapelain se prononça au
point de dire à la chanoinesse qu'il faudrait envoyer chercher un médecin
le soir, si la fièvre ne cédait pas. Le comte Christian retint son fils
auprès de lui, pour le distraire d'une sollicitude qu'il ne comprenait pas
et qu'il croyait encore maladive. Mais en l'enchaînant à ses côtés par
des paroles affectueuses, le bon vieillard ne sut pas trouver le moindre
sujet de conversation et d'épanchement avec cet esprit qu'il n'avait
jamais voulu sonder, dans la crainte d'être vaincu et dominé par une
raison supérieure à la sienne en matière de religion. Il est bien vrai
que le comte Christian appelait folie et révolte cette vive lumière qui
perçait au milieu des bizarreries d'Albert, et dont les faibles yeux d'un
rigide catholique n'eussent pu soutenir l'éclat; mais il se raidissait
contre la sympathie qui l'excitait à l'interroger sérieusement. Chaque
fois qu'il avait essayé de redresser ses hérésies, il avait été réduit au
silence par des arguments pleins de droiture et de fermeté. La nature ne
l'avait point fait éloquent. Il n'avait pas cette faconde animée qui
entretient la controverse, encore moins ce charlatanisme de discussion
qui, à défaut de logique, en impose par un air de science et des
fanfaronnades de certitude. Naïf et modeste, il se laissait fermer la
bouche; il se reprochait de n'avoir pas mis à profit les années de sa
jeunesse pour s'instruire de ces choses profondes qu'Albert lui opposait;
et, certain qu'il y avait dans les abîmes de la science théologique des
trésors de vérité, dont un plus habile et plus érudit que lui eût pu
écraser l'hérésie d'Albert, il se cramponnait à sa foi ébranlée, se
rejetant, pour se dispenser d'agir plus énergiquement, sur son ignorance
et sa simplicité, qui enorgueillissaient trop le rebelle et lui faisaient
ainsi plus de mal que de bien.
Leur entretien, vingt fois interrompu par une sorte de crainte mutuelle,
et vingt fois repris avec effort de part et d'autre, finit donc par tomber
de lui-même. Le vieux Christian s'assoupit sur son fauteuil, et Albert
le quitta pour aller s'informer de l'état de Consuelo, qui l'alarmait
d'autant plus qu'on faisait plus d'efforts pour le lui cacher.
Il passa plus de deux heures à errer dans les corridors du château,
guettant la chanoinesse et le chapelain au passage pour leur demander
des nouvelles. Le chapelain s'obstinait à lui répondre avec concision
et réserve; la chanoinesse se composait un visage riant dès qu'elle
l'apercevait, et affectait de lui parler d'autre chose, pour le tromper
par une apparence de sécurité. Mais Albert voyait bien qu'elle commençait
à se tourmenter sérieusement, qu'elle faisait des voyages toujours plus
fréquents à la chambre de Consuelo; et il remarquait qu'on ne craignait
pas d'ouvrir et de fermer à chaque instant les portes, comme si ce sommeil
prétendu paisible et nécessaire, n'eût pu être troublé par le bruit et
l'agitation.
Il s'enhardit jusqu'à approcher de cette chambre où il eût donné sa vie
pour pénétrer un seul instant. Elle était précédée d'une première pièce,
et séparée du corridor par deux portes épaisses qui ne laissaient de
passage ni à l'œil ni à l'oreille. La chanoinesse, remarquant cette
tentative, avait tout fermé et verrouillé, et ne se rendait plus auprès de
la malade qu'en passant par la chambre d'Amélie qui y était contiguë, et
où Albert n'eût été chercher des renseignements qu'avec une mortelle
répugnance. Enfin, le voyant exaspéré, et craignant le retour de son mal,
elle prit sur elle de mentir; et, tout en demandant pardon à Dieu dans son
coeur, elle lui annonça que la malade allait beaucoup mieux, et qu'elle
se promettait de descendre pour dîner avec la famille.
Albert ne se méfia pas des paroles de sa tante, dont les lèvres pures
n'avaient jamais offensé la vérité ouvertement comme elles venaient de
le faire; et il alla retrouver le vieux comte, en hâtant de tous ses
voeux l'heure qui devait lui rendre Consuelo et le bonheur.
Mais cette heure sonna en vain; Consuelo ne parut point. La chanoinesse,
faisant de rapides progrès dans l'art du mensonge, raconta qu'elle s'était
levée, mais qu'elle s'était sentie un peu faible, et avait préféré dîner
dans sa chambre. On feignit même de lui envoyer une part choisie des mets
les plus délicats. Ces ruses triomphèrent de l'effroi d'Albert. Quoiqu'il
éprouvât une tristesse accablante et comme un pressentiment d'un malheur
inouï, il se soumit, et fit des efforts pour paraître calme.
Le soir, Wenceslawa vint, avec un air de satisfaction qui n'était presque
plus joué, dire que la Porporina était mieux; qu'elle n'avait plus le
teint animé, que son pouls était plutôt faible que plein, et qu'elle
passerait certainement une excellente nuit. «Pourquoi donc suis-je glacé
de terreur, malgré ces bonnes nouvelles?» pensa le jeune comte en prenant
congé de ses parents à l'heure accoutumée.
Le fait est que la bonne chanoinesse, qui, malgré sa maigreur et sa
difformité, n'avait jamais été malade de sa vie, n'entendait rien du tout
aux maladies des autres. Elle voyait Consuelo passer d'une rougeur
dévorante à une pâleur bleuâtre, son sang agité se congeler dans ses
artères, et sa poitrine, trop oppressée pour se soulever sous l'effort de
la respiration, paraître calme et immobile. Un instant elle l'avait crue
guérie, et avait annoncé cette nouvelle avec une confiance enfantine.
Mais le chapelain, qui en savait quelque peu davantage, voyait bien
Que ce repos apparent était l'avant-coureur d'une crise violente. Dès
qu'Albert se fut retiré, il avertit la chanoinesse que le moment était
venu d'envoyer chercher le médecin. Malheureusement la ville était
éloignée, la nuit obscure, les chemins détestables, et Hanz bien lent,
malgré son zèle. L'orage s'éleva, la pluie tomba par torrents. Le vieux
cheval que montait le vieux serviteur s'effraya, trébucha vingt fois, et
finit par s'égarer dans les bois avec son maître consterné, qui prenait
toutes les collines pour le Schreckenstein, et tous les éclairs pour le
vol flamboyant d'un mauvais esprit. Ce ne fut qu'au grand jour que Hanz
retrouva sa route. Il approcha, au trot le plus allongé qu'il put faire
prendre à sa monture, de la ville, où dormait profondément le médecin;
celui-ci s'éveilla, se para lentement, et se mit enfin en route. On avait
perdu à décider et à effectuer tout ceci vingt-quatre heures.
Albert essaya vainement de dormir. Une inquiétude dévorante et les
Bruits sinistres de l'orage le tinrent éveillé toute la nuit. Il n'osait
descendre, craignant encore de scandaliser sa tante, qui lui avait fait
un sermon le matin, sur l'inconvenance de ses importunités auprès de
l'appartement de deux demoiselles. Il laissa sa porte ouverte, et entendit
plusieurs fois des pas à l'étage inférieur. Il courait sur l'escalier;
mais ne voyant personne et n'entendant plus rien, il s'efforçait de se
rassurer, et de mettre sur le compte du vent et de la pluie ces bruits
trompeurs qui l'avaient effrayé. Depuis que Consuelo l'avait exigé, il
soignait sa raison, sa santé morale, avec patience et fermeté. Il
repoussait les agitations et les craintes, et tâchait de s'élever
au-dessus de son amour, par la force dé son amour même. Mais tout à coup,
au milieu des roulements de la foudre et du craquement de l'antique
charpente du château qui gémissait sous l'effort de l'ouragan, un long
cri déchirant s'élève jusqu'à lui, et pénètre dans ses entrailles comme
un coup de poignard. Albert, qui s'était jeté tout habillé sur son lit
avec la résolution de s'endormir, bondit, s'élance, franchit l'escalier
comme un trait, et frappe à la porte de Consuelo. Le silence était
rétabli; personne ne venait ouvrir. Albert croyait encore avoir rêvé; mais
un nouveau cri, plus affreux, plus sinistre encore que le premier, vint
déchirer son coeur. Il n'hésite plus, fait le tour par un corridor sombre,
arrive à la porte d'Amélie, la secoue et se nomme. Il entend pousser un
verrou, et la voix d'Amélie lui ordonne impérieusement de s'éloigner.
Cependant les cris et les gémissements redoublent: c'est la voix de
Consuelo en proie à un supplice intolérable. Il entend son propre nom
s'exhaler avec désespoir de cette bouche adorée. Il pousse la porte avec
rage, fait sauter serrure et verrou, et, repoussant Amélie, qui joue la
pudeur outragée en se voyant surprise en robe de chambre de damas et en
coiffe de dentelles, il la fait tomber sur son sofa, et s'élance dans la
chambre de Consuelo, pâle comme un spectre, et les cheveux dressés sur la
tête.