L'attention et la curiosité sympathiques de Paris ont fait cortège cette
semaine à M. Léon Daudet, fils de M. Alphonse Daudet, épousant Mlle
Jeanne Hugo, petite-fille du grand poète. C'est que l'aristocratie du
talent a ses grands mariages, comme l'autre. Et les contemporains ont
raison de rendre aux fils et aux petits-fils de ceux qui honorent leur
pays un peu de la gloire que leurs pères ou leur grands-pères ont fait
rejaillir sur leur époque.
On sait que M. Léon Daudet, le fiancé, poursuit depuis deux ou trois ans
ses études médicales: il se préparait récemment encore aux concours de
l'internat. Quant à Mlle Jeanne Hugo, le rayonnement de la popularité de
son aïeul a illuminé son berceau. De la même plume qui fustigeait
l'insolence des grands et consolait l'humilité des petits, Victor Hugo a
chanté les douces émotions de l'enfance.
Son oeuvre si vaste et si grandiose renferme de véritables bijoux
poétiques où se reflète la joie des caresses enfantines, comme un écrin
magnifique aux proportions colossales cache un joyau fragile aux fines
ciselures. Les morceaux consacrés aux enfants sont même en si grand
nombre que l'on a pu en composer tout un volume avec ce titre: _Les
Enfants_. Avons-nous enfin besoin de citer _l'Art d'être grand-père_,
qui est tout entier à la gloire de Jeanne et de son frère Georges.
Georges est l'aîné et il est homme: à lui le grand-père voue une
affection plus virile, dégagée des mignardises qui sont réservées: à
Jeanne, si frêle et si douce en son berceau, dans l'auréole de ses
blonds cheveux encadrant le doux visage aux grands yeux étonnés, au
sourire ingénu:
O Jeanne! Georges! voix dont j'ai le coeur saisi.
Jeanne a grandi: la «petite reine» est devenue jeune fille et la grâce
ne l'a pas abandonnée, s'est épanouie en elle. L'heure prévue et prédite
dans _l'Art d'être, grand-père_ est enfin venue, l'heure où la jeune
fille quitte la maison où elle fut adorée, pour une nouvelle famille qui
devient la sienne. Il n'a manqué à la fête de l'autre jour que la
présence de l'aïeul; et, l'on ne peut pas dire pourtant qu'il en fût
tout à fait absent.
C'est à lui, avant tout, qu'on rendait hommage, quand le couple nuptial
entrait dans la grande salle des fêtes de la mairie du XVIe
arrondissement parmi les fleurs prodiguées. C'est en son souvenir que
l'orchestre de Lamoureux jouait l'ouverture de _Ruy Blas_ de Mendelssohn
et l'_Hymne_ que Saint-Saens a composée pour les funérailles solennelles
offertes il y a six ans par la France à l'illustre poète, comme un
dernier adieu.
La présence de Mme Carnot, des ministres et de leurs familles, de tout
ce que Paris compte d'illustrations ou de simples notabilités, attestait
la vénération affectueuse qui entoure si justement le nom que portait
hier encore la nouvelle épousée et celui qu'elle porte depuis quelques
heures.