VARIANTES.

§ =560=. Tant fu.--_Ms. d’Amiens_: En ce tamps, estoit madamme la

princesse moult enchainte. Si ewist vollentiers li prinches veu, enssi

qu’il fist, que elle fust accouchie devant son departement. Dont il

avint, entroes qu’il ordounnoit ses besoingnes et ses paiemens, que

la damme acoucha d’un biau fil, droitement par un merquedi, à heure

de tierce, le jour de l’Aparition des Trois Roys, l’an mil trois cens

soissante six. Et eut à nom chils fils: Richars, et fu depuis roys

d’Engleterre, si comme vous orés avant en l’istoire.

Le dimenche apriès, à heure de primme, se parti li prinches de

Bourdiaux en très grant arroy, et touttez mannières de gens d’armes

ossi; mès li plus grant partie de ses hos estoient logiet à Dasc et

là environ. Si vint li prinches en le chité de Dasc, et s’i loga et

sejourna, car on li dist que ses frères li dus de Lancastre venoit.

Et il estoit vray, car li dus de Lancastre voirement estoit arrivés

à grant gent d’armes en Constentin, en Normandie. Et passa parmy le

pays et parmy Bretaigne, et vint à Nantez, où li dus de Bretaingne et

la duçoise et li sires de Clichon et li baron dou pays le rechurent

et festiièrent grandement, mès il ne sejourna guaires, car on li dist

que li prinches estoit partis de Bourdiaux. Si prist congiet au duc de

Bretaingne et à le duçoise et à tous les barons qui là estoient, puis

se parti et chevaucha tant par ses journées qu’il passa le Rocelle

et Poito et tout le pays; et vint en la bonne chité de Bourdiaux. Si

trouva le princesse gisant, qui le rechupt liement et douchement, enssi

q’une damme en cel estat. Li dus prist congiet à lui assez briefment,

et esploita tant qu’il vint à Dasc, où il trouva son frère le prinche,

qui encorres là l’atendoit. Si furent les recongnissances grandes, car

il ne s’estoient veu de grant temps.

Assés tost apriès chou que li dus Jehans de Lancastre fu deviers

son frère le prince venus, vint li comtes de Foys en grant arroi

par deviers ces seigneurs pour yaux veoir tant seullement, car mie

n’estoit sen entension d’aler ens ou voiaige d’Espaigne; ossi il n’en

estoit point priiés ne mandés. Se le virent li dessus dit seigneur

vollentiers, et fu d’iaux biel conjoïs et bien rechus, et au tierch

jour qu’il eut là esté, il s’en parti et retourna en son pays, et

promist et jura, à son departement, au prinche toutte amour et bon

vinage. Encorres se tenoit li prinches à Dasc tous quoys, et ses gens

espars sus le pays, à l’entrée des pors dou royaumme de Navarre, car

point ne savoient de certain se il passeroient par là, ne se li roys de

Navarre leur ouveroit le passaige, car il ne se trairoit point avant.

Mès disoit on communement en l’ost du prince qu’il s’estoit accordés

au roy Henry et qu’il cloroit les pas: de quoy li prinches et li roys

Pierres estoient tous merancolieux.

Or avint, entroex qu’il sejournoient là, [que] messires Hues de

Cavrelée et les routtes prissent le chité de Mirande et le Pont le

Roynne, à l’entrée de Navare, dont tous li pais fu durement effraés,

et en vinrent les nouvelles jusquez au roy. Quant li roys de Navare

entendi chou, que les Compaignes volloient par forche entrer en son

pays, si fu durement courouchiés, et escripsi errant tout le fait au

prinche. Li prinches s’en passa assés bellement, pour tant que on

lui avoit dounnet à entendre qu’il se volloit tourner deviers le roy

Henry; mès c’estoit tout faux, enssi que bien apparut, car li roys de

Navarre envoya à Dasc, deviers le prinche, un sien chevalier, le plus

especial qu’il ewist, monseigneur Martin de le Kare, sage homme et

vaillant durement. Chilx messires Martins parlementa au prinche et au

roy dan Pierre moult longement. Et se porta parlemens si bien, qu’il

alla querre son seigneur le roy de Navarre et l’amena à le ville de

Saint Jehan dou Piet des Pors. Si allèrent deviers le roy de Navarre,

pour mieux savoir sen entente, li duz de Lancastre et messires Jehans

Camdos. Si les rechupt li roys liement et bien les festia. Fºs 142 vº

et 143.

Page 1, ligne 3: travilla.--_Ms. A 7_: travveilla. Fº 373 vº.--_Ms. A

8_: travailla. Fº 275.

P. 1, l. 7: enfes.--_Ms. A 8_: enfant.

P. 1, l. 10: ens ès.--_Ms. A 8_: dedens les.

P. 2, l. 5: de Dasc.--_Ms. A 8_: d’Asc.

P. 3, l. 2: songnier.--_Ms. A 8_: estre soingneux. Fº 275 vº.

P. 3, l. 11: quoique il leur ewist en couvent.--_Ms. A 8_: combien

qu’il leur eust encouvenancié.

P. 3, l. 23: errant.--_Ms. A 8_: tantost.

P. 4, l. 2: le Kare.--_Ms. A 8_: la Kare.

P. 4, l. 20 et 21: avoec.--_Le ms. A 8 ajoute_: le chevalier. Fº 276.

P. 4, l. 29: couvans.--_Ms. A 8_: couvenans.

P. 4, l. 31: segurs.--_Ms. A 7_: seur. Fº 274 vº.--_Ms. A 8_: asseur.

P. 5, l. 1: entré.--_Ms. A 7_: entrés.--_Ms. A 8_: entrees.

§ =561=. Sus ce trettié.--_Ms. d’Amiens_: Depuis, se porta lors tretiés

qu’il amenèrent le roy de Navarre deviers le princh en ung certain lieu

parlementer, assés priès de Saint Jehan dou Piet des Pors, en une ville

que on appelle ou pais Piere-f[o]rade. Là fu ossi li rois dans Pières

et ses conssaux, li prinches et ses conssaux. Là parlementèrent il ung

grant temps. Si furent renouvellées leurs couvenances devant faittes,

et ordounnées, acordées et confremmées. Et sceut chacuns quel cose il

devoit tenir et avoir, et le jurèrent de rechief pour tenir un peu plus

establement, et l’endemain, il vinrent à Saint Jehan dou Piet des Pors,

et se logièrent li cors des grans seigneurs en le ville, et li demorant

par les camps et par les villaiges. Fº 143.

P. 5, l. 8: li.--_Mss. B 4, A 7, 8_: leur.

P. 5, l. 8: plaisi.--_Ms. A 8_: pleut.

P. 5, l. 16 et 17: renouvelées.... estet.--_Ms. A 8_: renouvellez et

couvenanciez quelz traittiez avoient esté. Fº 276.

P. 5, l. 22: ce.--_Ms. A 8_: leur.

P. 5, l. 24: plaisoit.--_Ms. A 8_: plairoit.

P. 5, l. 26 et 27: voires prendant et paiant.--_Ms. A 8_: parmy les

paiant.

P. 5, l. 29: en Dasc.--_Ms. A 8_: en la cité de Dasc.

P. 6, l. 4 et 5: il ne passeroit point.--_Ms. A 8_: ilz ne passeroient

point.

P. 6, l. 15: Beus.--_Ms. A 8_: Beuch.

P. 6, l. 20: Claiekin.--_Ms. A 8_: Guesclin.

§ =562=. Entre Saint Jehan.--_Ms. d’Amiens_: Entre Saint Jehan dou

Piet des Pors et Pampelune sont li destroit des montaignes et li

fort passage de Navarre, qui sont moult perilleux et mout fellenés

à passer. Et par especial adonc estoient, car ce fu droitement en

fevrier, le quatorzime jour, qu’il negoit et gelloit et faisoit

mout diviers tamps pour hommes et pour chevaux. Or regardèrent li

seigneur qu’il passeroient ces destrois et ces montaignes en troix

batailles et par troix journées, pour mieux passer à leur aise. Si

ordoonnèrent par droite honneur en l’avantgarde le duc de Lancastre,

et eut avoecq lui mout noble chevalerie. Si en noumeray les aucuns:

premierement, monsigneur Thummas dou Fort, messire Hues de Hastinges,

messire Guillaumme de Biaucamp, fis au comte de Warvich, li sires

de Noefville et messires Jehans Camdos, qui estoit connestables de

l’ost et menères et souverains de touttes les Compaignez, où il avoit

bien quinze cens lanches. Là estoit li sires de Rays, Bretons, qui

servoit monseigneur Jehan Camdos à une quantité de gens d’armes en che

voiaige, sus ses frès, pour se prise de devant Auroy. Et puis li sires

d’Aubeterre, messires Garsis don Castiel, messires Richars Tanton,

messires Robers Cheni, Gaillars de le Motte, Aimmeris de Rochuwart,

Guillaummes de Clicleton, Willekot, le Boutillier et Penneriel; tout

chil estoient pennon et desoubz le pennon monsigneur Jehan Camdos.

Apriès, passèrent li doy marescal de l’host, messires Guichars d’Angle

et messires Estievenes de Gousenton, à belle compaignie de gens

d’armes, et estoient plus de dix mil cevaux. Si passèrent ces destrois

et ces montaignes par un lundi, à grant painne et à grant meschief.

Touttefois, il fissent tant qu’il furent tout outre, et se logièrent

le soir par deviers Panpelune. Et avoient li marescal le pennon Saint

Gorge en leur routte. Fº 143.

P. 7, l. 4: felenés.--_Mss. A 7, 8_: felons. Fº 275.

P. 7, l. 4: telz cent lieus.--_Ms. A 8_: cent lieues. Fº 276 vº.

P. 7, l. 7 et 8: en le moiiene.--_Ms. A 8_: ou milieu.

P. 7, l. 9: ahatesissent.--_Ms. A 8_: se hastassent.

P. 7, l. 23: Estievenes.--_Ms. A 8_: Estienne.

P. 7, l. 27 et 28: li sires de Nuefville.--_Ms. A 17_: monseigneur

Jehan de Neufville. Fº 344.

P. 7, l. 28: bretons.--_Le ms. A 17 ajoute_: gallou.

P. 8, l. 2: Rocewart.--_Ms. A 8_: Rochechouart.

P. 8, l. 3: Willekok.--_Mss. A 8, 15 à 17_: Villebok. Fº 277.

P. 8, l. 3: le Boutellier.--_Ms. A 8_: le Bouteillier.

§ =563=. Ce mardi.--Ms. d’Amiens: Le mardi passèrent li princes de

Galles, li roi dans Pierres et li roys de Navarre et très grant et

noble chevalerie. Si estoient en le routte messires Loeys de Harcourt,

viscontes de Chasteleraut et li viscontes de Rocouwart, messires

Ustasses d’Aubrecicourt, messires Thummas de Felleton, li sires de

Partenay, messires Helyes, messires Jehans, messires Aimmenions de

Pummiers, messires Thumas le Despenssier, li sires de Clichon, li sires

de Courton, li sires de le Ware, li sires de Boursier, li senescaux

d’Acquittaine, et cilz d’Aginois, chils de Quersin, chilx de Roherge,

chilx de Poito et chils de Bigorre, et bien yaux quatre mille,

touttes bonnes gens, et estoient bien huit mil chevaux: si eurent

ossi moult destroit passage et moult villain de froit, de nèges et de

glace. Touttesfoix, il passèrent oultre et vinrent logier par deviers

Panpelune. Fº 143.

P. 8, l. 10: en le route.--_Ms. A 8_: en la droite route. Fº 277.

P. 8, l. 19 et 20: li seneschaus de Roerge.--_Ces mots manquent dans le

ms. A 8._

P. 8, l. 24: Loeis de Merval.--_Ms. A 17_: monseigneur Loys de Marueil.

Fº 344 vº.

P. 8, l. 24: messires Raimons de Morueil.--_Ms. A 17_: monseigneur

Raymond de Merval.

P. 8, l. 29: le comble.--_Ms. A 8_: la comble.

§ =564=. Le mercredi.--_Ms. d’Amiens_: Le [merquedi], passa li

arrieregarde. Là estoient li roys James de Maiogres, li comtes

d’Ermignach, messires Berars de Labreth, li sires de Muchident, li

sires de Lespare, messires Aimmeris de Tarse, li sires de Chaumont, li

sires de la Barde, li soudis de Lestrade et tamaint bon chevalier; et

ossi messires Perdikas de Labreth, li bours de Bretuel, li bours Camus,

Naudon de Bagerant, Bernart de le Salle, Lamit et tous li remannans des

Compaignes. Si se logièrent touttes ces gens en le comble de Pampelune,

et y trouvèrent assés pain, car et vin, et pourveanches pour leurs

chevaux. Puis passèrent le venredi, li sires de Labreth et li captaux

de Beux, à tout deux cens lanches, et assés tost apriès messires Robers

Canolles, à bien cent lanches. Et enssi qu’il venoient, il se logoient

par l’ordounnance des marescaux, non mie autrement.

Quant touttes ces gens d’armes furent passés, ensi que vous avés oy,

par les destrois de Navare, et qu’il se furent logiet en le comble de

Panpelune, il s’i rafresquirent là, je ne sai quant jours. Et entroes

vint li roys de Navarre à Panpelune, et estoit mou courouchiés en soy

meysme de ce qu’il avoit acordé ces gens de Compaignes à passer parmy

son pays, car il y faisoient tous les maux, ne ils ne s’en savoient

abstenir. Fº 143.

P. 9, l. 15: Pincornet.--_Les mss. B 3, 4 et A 7, 8 ajoutent_: messires

Thumas de Wetefalle. Fº 275.

P. 9, l. 17: Lamit.--_Le ms. A 17 ajoute_: Maleterre, Breton, nez de

Saint Melair lez Cancalle où sont les bonnes oestres. Fº 344 vº.

P. 9, l. 22: et li tierch.--_Ms. A 7_: tiers. Fº 275 vº.--_Ces mots

manquent dans le ms. A 8_, fº 277.

P. 9, l. 28: Compagnes.--_Ms. A 8_: compaignons.

P. 9, l. 30: là où il le trouvoient.--_Ms. A 7_: là où il se tenoient,

ce qu’il trouvoient.--_Ms. A 8_: là où ilz se tenoient, ce que ilz

trouvoient.

§ =565=. P. 10, l. 7: messages.--_Ms. A 8_: messagiers. Fº 277 vº.

P. 10, l. 9: grossement.--_Ms. A 8_: doulcement.

P. 10, l. 14: mandement.--_Le ms. A 17 ajoute_: sur les marches de

Galice. Fº 345.

P. 10, l. 17: dalés.--_Ms. A 8_: à.

P. 10, l. 18: hiretage.--_Ms. A 8_: royaume.

§ =566=. Quant li rois.--_Ms. d’Amiens_: Or entendi li rois Henris,

qui estoit logiés à Saint Dominice, que li prinches et ses hos avoient

passet Saint Jehan dou Piet des Pors, et estoient logiet et aresté en

le comble de Panpelune. Si fist tantost une lettre escripre par le

consseil de ses hommes, et cloï et saiella, et puis le bailla [à] son

hiraut, et li dist qu’il s’esploitast et fesist tant qu’il trouvast

le prinche et li dounnast ces lettres de par lui. Li hiraus, au

coummandement son seigneur, chevaucha tant qu’il trespassa Navarre,

et vint jusques au prince droitement, et li bailla les lettres de par

le roy Henry, qui s’appeloit roys de Castille. Li prinches prist les

lettres mout humblement et fist lever le hiraut, puis se tourna d’autre

part et les lisi. Se disoient les lettres ensi ou auques priès, si

comme je fui adonc enfourmés, et avoient en le superscription: «A très

puissant et très honneré le prince de Galles et d’Acquittainne.» Et la

substance de par dedens estoit auques telle que chy s’ensieut: «Chiers

sires, comme nous avons entendu que vous et vos gens soiiés passet

par deçà les pors, et que vous aiiés fès acors à nostre ennemy et

certainnes alliances, et vous nous voeilliés gueriier, dont nous avons

grant merveille, car oncques nous ne vous fourfesismes cose nulle,

ne faire vorions, pour quoy ensi à main armée vous doiiés venir sur

nous pour nous tollir tant peu d’iretaige que Dieux nous a dounné, mès

vous avés le grace, l’eur et le fortune d’armes plus que nulx prinches

terriiens ait au jour d’ui. Et pour chou que nous savons de verité que

vous nous querés pour avoir bataille, voeilliés nous laissier savoir

par lequel lés vous vorrés entrer en Castille, et nous vous serons

au devant pour deffendre et garder nostre seignourie. Escript, etc.»

Quant li prinches eut leu la lettre et bien conssiderée, il manda une

partie de son consseil pour respondre à ces lettrez, et là fu mandés li

rois dans Pières. Si tinrent leur parlement enssamble pour conssillier

le responsce. Et bien dist li prinches que chilx bastars estoit ungs

vaillans et hardis homs, quant tel cose il requeroit, et li venoit de

grant hardement et de bon couraige. A che consseil eut mainte parolle

ditte et retournée. Et ne furent mies bien d’acort adonc de donner

responsce, et fissent demorer le hirault et le tinrent tout aise, et li

dissent qu’il le devoient bien conjoïr et festiier, car il leur avoit

aporté riches nouvelles. Fº 143 vº.

P. 10, l. 30: o son effort.--_Ms. A 7_: à son grant effort. Fº 275

vº.--_Ms. A 8_: à tout son grant effort. Fº 277 vº.

P. 11, l. 4: joians.--_Mss. A, 7, 8_: joyeux.

P. 12, l. 14: grandement hardemens.--_Ms. A 8_: grandement et

hardiement.

P. 12, l. 12 à 15: vraiement.... maintenant.--_Ms. A 17_: par saint

George, en ce bastart a un moult noble et vaillant chevalier, et lui

vient de très hault et noble couraige d’ainsi nous desirer à trover

pour nous combatre. Fº 335.

§ =567=. Che propre jour.--_Ms. d’Amiens_: Endementroes et en ce meysme

jour, s’avancha messires Thummas de Felleton, et demanda ung don au

prinche qu’il le volsist laissier aller des premiers chevauchier

deviers les ennemis, pour enquerre et savoir de leur couvenant, et où

il se logoient ne tenoient. Li prinches li acorda vollentiers.

Adonc se parti messires Thummas de Felleton, qui se fist chiés de ceste

chevauchie. Si se missent avoecq lui messires Guillaumes de Felleton,

messires Thumas du Fort, messires Robers Canollez, messires Hues

de Stamfort, messires Simons de Burlée, monseigneur Richart Tanton,

monseigneur Gaillart Vighier, monseigneur Raoul de Hastinges et

messire d’Agorisse. Si estoient bien huit vingt lanches et trois cens

archiers, tous bien montés et bonnes gens d’armes, et chevauchièrent

parmy Navarre, et avoient ghides qui les menoient. Et passèrent le

rivière d’Emer, qui est moult fort et moult rade, au Groing, et vinrent

logier à Navaret pour entendre et oïr coumment li hos dou roy Henry se

maintenoit ne où elle estoit.

Endementroes que chou se faisoit et ordounnoit, fu li rois de Navare

pris assés mervilleusement de monsigneur Olivier de Mauni, si comme

on disoit, entroes qu’il chevauchoit d’une ville à autre. Dont moult

estoit esmervilliés li prinches, et en appaisa bellement et doucement

la roynne de Navarre, sa femme, qui, en plourant et en lamentant, li

vint recorder le fait. Si li dist: «Damme et belle cousinne, je vous

promet loyaument que, se nous pourfitons ens ou voiaige où nous allons,

il y partira grandement, et amenderons che fourfait sus chiaux qui

l’ont fait; mès tant c’à ores, nous n’y poons mie bonnement entendre.

Touttesfois, nous vous prions et enjoindons, se il vous faut nulle

cose, que vous ne nous voeilliés mies espargnier, car vous nous

trouverez appareilliet.»--«Monsigneur, dist li damme, grant merchis, et

Dieux vous voeille oyr de tout le bien que vous me proumetés.»

Or fu gouvernères et baux de tout le royaume de Navarre messires

Martins de le Kare, qui emprist le prince à conduire et amener parmy

Navarre, et li fist avoir gides pour lui et pour ses gens, qui

chevauchoient devant. Si se parti li prinches et touttes ses os, et

passèrent parmy ung pas, c’on appelle de Sarris, qui moult leur fut

diviers à passer, car il est estrois et petis, puis cheminèrent parmy

Epuske; mès illuecq trouvèrent il mout petit de vivres, et tout sus ce

pays, jusques à tant qu’il vinrent à Sauveterre. Fº 143 vº.

P. 13, l. 31: de monsigneur Olivier de Mauni.--_Ms. A 17_: d’un

vaillant chevalier durement, nommé monseigneur Olivier de Mauny,

Breton. Fº 345.

P. 14, l. 8: deviner.--_Ms. A 8_: deviser. Fº 278 vº.

P. 14, l. 14: sires.--_Les mss. A 7, 8 ajoutent_: nous vous en prions.

P. 14, l. 18: temprement.--_Ms. A 8_: briefment.

P. 14, l. 22 à 26: La dame.... chevaliers.--_Ms. A 8_: La dame de

Navarre s’en retourna et messire Martin de la Kare.

P. 14, l. 29: destours.--_Ms. A 8_: destrois.

P. 14, l. 32: de.--_Ms. A 8_: le.

P. 15, l. 1: estoit petis.--_Mss. A 7 et B 4_: est estrois et petis. Fº

276 vº.--_Ms. A 8_: estoit estroit et petit.

P. 15, l. 2: Epuske.--_Ms. B 4_: Espuske. Fº 276 vº.--_Ms. A 8_: Espuke.

§ =568=. Sauveterre.--_Ms. d’Amiens_: Sauveterre est une moult bonne

ville et gist auques en bon pays et gras, selonc les marches voisinnes,

à l’issue de Navare et à l’entrée d’Espaigne. Si s’espardirent tantost

les hos en cesti pays pour trouver vivres, et s’i logièrent ens ès

villages. Si quidièrent les dites Compaignes, qui cevauchoient desoubs

le connestable et les marescaux, assaillir le ville, et en estoient en

grant vollenté, tant pour recouvrer largement de vivres que pour le

grant prouffit dou pillaige qu’il esperoient dedens; car tous li pays

y estoit retrès de là environ, sus le fianche de le forterèce. Mès

quant chil de Sauveterre entendirent le prinche venu et se puissance

et le roy dan Pière avoecq lui, il furent tantost conssilliés d’iaux

rendre, et se vinrent representer et offrir moult humblement au roy

dan Pière, et li criièrent merchy. Et li priièrent que il leur volsist

pardounner son mautalent, car il le recepvoient et recongnissoient pour

leur seigneur naturel. Et ce qu’il s’estoient tourné deviers le bastart

son frère, che fu de force, non mie autrement, si ques li roys dans

Pierres leur pardounna son mautalent par le consseil dou prinche. Et

entrèrent dedens le fremeté li corps des seigneurs à grant joie, et là

se logièrent, et y furent par l’espasse de six jours.

Entroes estoient à Navaret, plus avant sus le frontière dou pays,

messires Thummas de Felleton, messires Guillaumes de Felleton, messires

Simons de Burlée, messires Thummas dou Fort, messires Hues de Stanfort,

messires Robers Canolles et li autre chevalier et escuier dessus

dit, qui avoient chevauchiet devant pour mieux savoir le verité dou

couvenant le roy Henry, et estoient bien huit vingt lanches et trois

cens archiers. Si chevauchoient bien souvent hors de Navaret, une

fois d’un lés, et puis d’un autre, pour mieux venir à leur entente.

Et ja estoit logiés li roys Henris sus les camps avoecques touttes

ses hos. Si couroient ossi li coureur bien avant sus le pays, pour

aprendre les nouvelles des Englès. Et avint que chil chevalier

d’Engleterre chevauchièrent un soir si avant, qu’il vinrent sus le get

des Espagnolx, et se ferirent ens et prissent le chevalier dou get et

encorres des autres, et puis s’en retournèrent à Navaret. Si mandèrent

au prinche tout ce qu’il avoient trouvet et fait, et là où li Espagnol

estoient, car il en furent tout enfourmé par les prisonniers qu’il

tenoient. Et li roys Henris, d’autre part, sceut ossi par ses gens et

ses coureurs une partie dou couvenant des Englez, et dist qu’il volloit

chevauchier et aller contre yaux.

Si se desloga [li roys Henris] et touttes ses gens de là où il estoient

logiet, et avoient en pourpos que de venir logier ens ès plains devant

Victore. Si passèrent le rivierre et se traissent de celle part.

Quant messires Thummas de Felleton et li chevalier dessus nommet

entendirent ces nouvellez que li roys Henris avoit passet l’aighe et

traioit toudis avant pour trouver le prinche et ses gens, si eurent

consseil et vollenté d’iaux deslogier de Navaret et de prendre les

camps, pour mieux savoir encorres le parfaite verité des Espagnols.

Si se deslogièrent de Navaret et se missent as camps, et envoiièrent

les certainnes nouvelles au prinche coumment li roys Henris aprochoit

durement.

Quant li prinches entendi chou, qui se tenoit encorres à Sauveterre,

que li roys Henris prendoit son chemin et ses adrèchez pour venir

contre lui, si dist si hault que pluisseurs chevaliers l’oïrent: «Par

me foy, chils bastars Henris est ungs vaillans et hardis chevaliers, et

li vient de grant proèce et de grant hardement de nous querre enssi.

Et puisqu’il nous quiert et nous le querons ossi, nous nos devenons

temprement trouver et combattre. S’est bons que nous nos partons de

chy et que nous allons devant Victore premierement prendre lieu et

place, ainschois que nostre ennemy y viegnent.» Dont se partirent à

l’endemain bien matin de Sauveterre li prinches et touttes ses gens,

et cheminèrent tant qu’il vinrent devant Victore. Si trouva là li

prinches ses chevaliers, monseigneur Thumas de Felleton et les autres

dessus nommés, à qui il fist grant feste, et leur demanda d’une cose et

d’autre. Entroes qu’il se devisoient, leur coureur raportèrent qu’il

avoient veu les coureurs des ennemis et tenoient de certain que li roys

Henris et ses gens n’estoient mies loing, par les assens qu’il avoient

veus et le couvenant des Espagnolx. Fº 144.

P. 15, l. 10: Si s’espardirent toutes les hos.--_Ms. A 8_: Si s’espardy

trestout l’ost. Fº 278 vº.

P. 15, l. 18: durer.--_Le ms. A 8 ajoute_: ne resister.

P. 17, l. 4: Nazres.--_Ms. A 8_: Nazares. Fº 279.

P. 17, l. 7 et 8: rapassée l’aigue.--_Ms. A 8_: passé la rivière.

§ =569=. Quant li princes.--_Ms. d’Amiens_: Quant li prinches entendi

ces nouvelles, si fist sounner ses trompettez et criier à l’arme de

chief en qor sen ost, qui toutte se remist et requeilla ensemble mout

couvignablement sus les cans par batailles, enssi qu’il devoient y

estre et aler et pour tantost combattre. Là veist on grant noblèche de

bannierrez, de pennons et de toutte armoirie. Si vous di que c’estoit

une grant biautés au regarder. Là estoit li avant garde si bien rengie

et si bien ordonnée ç’à parer, dont li dus de Lancastre estoit chiés

et gouvrenères, et avoecques lui li connestablez d’Acquittainne,

messires Jehans Camdos, qui y estoit mout estofeement et en grant

aroy. Là y eut fait par les batailles pluisseurs chevaliers. Si fist

là li dus de Lancastre, en l’avant garde, chevalier monseigneur Raoul

Camois et monseigneur Gautier Oursuwich et monseigneur Thumas de

Dainmiri et monseigneur Jehan de Gramdson. Et en fist encorres li

dus des autres que je ne puis mies tout nommer, mès il y en y eult

douze. Et messires Jehans Camdos en fist ossi aucuns de bons escuiers

d’Engleterre et de son hostel, dont je me passeray briefment. Mès

il fist chevaliers: Cliton, Courson, Prieur, Guillaume de Feriton,

Ainmeri de Rocouwart, monseigneur Robert Bricquet et cesti de le Motte

Gaillart. Et li prinches fist chevaliers tout premierement: dan Pière

le roy d’Espaigne, et monseigneur Thumas de Hollandez, filz madamme le

princesse, sa femme, qu’elle eut de monseigneur Thumas de Hollandes,

qui fu si bons chevaliers, dont ceste histoire fait mention chi

dessus ens ès gerrez de Bretaigne et ailleurs, et monseigneur Henri

de Courtenay, monseigneur Phelippe et monseigneur Pière de Courtenay,

monseigneur Jehan Trivet et monseigneur Nicoulas Bonde et des autres

pluisseurs. Et enssi faissoient li autre par leurs bataillez de leurs

amis et de leurs escuiers qui y volloient avanchier et qui estoient

digne et tailliet de devenir chevalier. Si en y eut fait ce jour bien

trois cens et plus. Et furent là rengiet tout ce jour pour atendre

le bataille et les ennemis, qui point ne vinrent ne n’aprochièrent

de plus priès que li coureur avoient estet; car li roys Henris

atendoit encorres grans gens qui li venoient en sen ayde d’Arragon et

d’ailleurs, et par especial monseigneur Bertran de Claiequin, qui

amenoit plus de deux mil combatans. Si ne se volloit mies combattre

sans touttes ses gens. Et de ce fu li prinches tous euwireux; car ossi

toutte sen arieregarde, où bien avoit plus de six mil combatans, estoit

en derière plus de sept lieuwes dou pays, dont li prinches, tout ce

jour qu’il furent rengiet devant Victore, eut tamaint angouisse au

coer, pour ce que tant demouroit li arrieregarde. Mès nonpourquant, se

li Espagnol fuissent trais avant, il les ewist combatus, coumment qu’il

fist, il n’est mies doubte. Fº 144.

P. 18, l. 14: très au partir.--_Ms. A 8_: dès au departir. Fº 279 vº.

P. 18, l. 29: Grandson.--_Mss. A 7, 8, et B 4_: Grandon. Fº 277 vº.

P. 19, l. 1: Cliton, Courton.--_Ms. B 4_: Clichon, Tourson. Fº 278.

P. 19, l. 1: Courton.--_Mss. A 7, 8_: Courson.

P. 19, l. 1: Ferinton.--_Ms. A 7_: Feranton.

P. 19, l. 2: Rocewart.--_Ms. A 8_: Rochechoart.

P. 19, l. 10: trois mil.--_Ms. A 8_: quatre mil. Fº 280.

P. 19, l. 19: nient.--_Mss. B 4 et A 8_: mie.

§ =570=. Quant ce vint.--_Ms. d’Amiens_: Quant ce vint au soir et qu’il

estoit heure de retraire, li marescal ordounnèrent et coummandèrent

de retraire et d’aller logier, et ossi que chacuns retournast

l’endemain sus le dite plache et que nulx ne passast l’avangarde, et

que chacuns fust sus se garde et se logast desoubz se bannierre bien

et couvignablement. Tout tinrent ce ban et ceste ordounnanche, excepté

messires Thumas de Felleton et se routte de chevaliers, dont je parlay

orains, qui chevauchoient devant pour mieux entendre des Espagnos.

Encorres, sus le soir, quant tout li autre se retraissent, il se

partirent de le grosse ost et s’allèrent logier plus avant bien deux

lieuwes dou pays.

Avint ce soir que li comtes dan Tilles, frères au roy Henry et au roy

Pietre, estoit en son logeis avoecques son frère le roy Henry; se li

dist enssi: «Sire, vous savés que nostre ennemy sont logiet moult

priès de chy. Si vous pri que vous me dounnés congiet que le matin je

puisse chevauchier par deviers yaux à toutte une routte de vostres

gens, qui en sont en grant vollenté. Et je vous ay en couvent que nous

yrons si avant que je vous raporteray vraies nouvelles et certainnez

enssaignes des ennemis.» Li roys Henris, qui vit son frère en grant

vollenté, ne li vot mies oster ne brisier son bon desir, mès li acorda

liement. Toutte celle nuit, li comtes dan Tilles quist et pria les

compaignons, tant de Franche comme de Castille, pour aler avoecq lui

en ceste chevauchie, et en eult au matin bien six mil, bien montés

sus bons chevaux. Et estoit ses frères Sansses avoecq lui et messires

Goumes Garils; et de France: messires Ernoux d’Audrehen, marescaux

de Franche, messires li Bèghes de Velainnes, li sires de Noefville,

messires Jehans, li Bèghes de Villers, messires Jehans de Berghètes,

li Allemans de Saint Venant et pluiseur chevalier et escuier de

Franche. Et encorrez y fust allés messires Bertrans de Claiequin, mès

il estoit tantost descendus en l’ost, qu’il venoit de deviers Arragon

à belle routte de gens d’armes. Se ne vot mies acorder li roys Henris

qu’il y alast, et messires Bertrans ne vot riens faire oultre son

coummandement. Encorres estoit li princes logiés, et touttes ses gens,

ens ès plains devant Victore. Fº 144 rº et vº.

P. 19, l. 30: Guichars.--_Ms. A 8_: Richart. Fº 280.

P. 20, l. 3 et 4: couvenant.--_Ms. A 8_: couvine.

P. 20, l. 16: resveille.--_Ms. A 8_: recule.

P. 20, l. 28: cil d’Arragon.--_Ms. A 9_: ceulx de son ost.

P. 21, l. 4: Velainne.--_Ms. A 8_: Villaines.

§ =571=. Quant ce vint.--_Ms. d’Amiens_: Quant ce vint au matin sus

l’aube dou jour, li comtes dan Tilles et tout li sien, qui en le

chevauchie devoient aller, furent armé et monté, et se partirent de

leur ost et chevauchièrent par deviers les Englès, et estoient bien six

mil chevaux. Et vinrent si à point, sus une des elles de l’ost, qu’il

encontrèrent en une vallée les sommiers et le harnas monsigneur Hue de

Cavrelée, à qui il fissent moult grant dammaige; car il tuèrent les

varlez qui les menoient, et tournèrent tous les soummiers par deviers

yaux, et cachièrent plus d’une lieuwe monseigneur Hue et aucuns de ses

hommes, qui s’estoient ce matin deslogiet et s’en venoient deviers le

prinche. Et se ferirent les gens le comte dan Tille ens ès logeis de

l’avantgarde, et couroient à val et à mont. Si en tuèrent pluisseurs

en leurs lis. Dont s’estourmirent durement chil de l’avantgarde,

et criièrent: «A l’arme!» Et s’arma chacuns mout vistement, et se

traissent deviers le logeis le duc, liquelx fu ossi mout tost armés,

et se mist sus les camps, se bannierre devant lui, et s’en vint prendre

moult aviseement une montaigne qui estoit au dehors de son logeis, et

là se ralliièrent touttez ses gens.

Si vous di que li Espagnol quidoient prendre celle montaigne, mais il

n’y peurent venir à tans; si entendirent à autre cose, à ochire et à

decopper chiaux qu’il pooient enclore sus les camps. Tantost fu li hos

toutte estourmie. Si vinrent deviers le duc de Lancastre li prinches,

messires Jehans Camdos et touttez les autres bannierres de l’ost des

seigneurs qui là estoient; et enssi qu’il venoient, il se rengoient

et ordounnoient sus le montaigne et mettoient en bon couvenant. Si

coummenchièrent à rebouter ces coureurs fort et roit. Là eut fait

tamainte belle appertise d’armes, tant d’un lés comme de l’autre,

car Espagnol et François estoient monté sus fleur de courssier, et

couroient et environnoient appertement les Englès, et leur lanchoient,

en courant et en saillant, lanches et garvelos, et en blecièrent et

navrèrent pluisseurs. Mès il se partirent assés briefment, car toutte

li hos estoit si estourmie, que chacuns venoit là, qui mieux mieux, et

se mettoient en ordounnanche dallés le prince et le duc de Lancastre et

desoubs leurs bannierrez.

Au retour que cil Espagnol et cil Franchois fissent, il encontrèrent

les dessus dis chevalliers, monseigneur Thummas de Felleton et ses

frères, monseigneur Richart Tanton, monseigneur d’Agorisse, monseigneur

Huge de Hastinghes et monseigneur Gaillart Vigier et des autres assés,

et estoient bien deux cens chevaliers et escuiers, englès et gascons.

Si tost que Franchois et Espagnol les perchurent, il brochièrent

deviers yaux parmy ung grant val. Ossi, quant li Englès les virent, il

ne veurent mies fuir, mès se requeillièrent tout enssamble et prissent

l’avantaige d’une petitte montaigne, pour yaux mieux combattre à

leur aise. Evous le comte dan Tille, monseigneur Ernoul d’Audrehen,

monseigneur Jehan de Noefville, monseigneur le Bèghe de Vellainnes et

les autres chevaliers et escuiers de Franche, qui s’en viennent sour

ces Englès et les assaillent fierement et vaillamment de tous costés,

et Englès et Gascon ossi à yaux deffendre très appertement et mout

vassaument.

Si fist une grant appertise d’armes et ung grant outraige messires

Guillaummes de Felleton; car il se parti de se routte, le targe au col,

le lanche desoubz le brach, et feri ceval des esperons et s’en vint de

plains eslais ferir entre les Espagnols. Si conssieuwi un Kateloing qui

estoit durement grans mestres et bien armés, mès touttes ses armures

ne li vallirent nient, et li bouta le lanche tout parmi le corps et le

reverssa mort jus de son cheval. Tant fu li dis messires Guillaummes

[de Felleton] environnés d’uns et d’autres et assaillis fierement, et

lanchiés d’archigaies et de dars, et ses chevaux desoubz lui ochis. Là

se deffendi li chevaliers moult vaillamment, et se combati une grant

espasse, et y fist merveilles d’armes de son corps; mès finablement,

il ne peult durer ne li delivrer d’iaux tous. Si fu là ochis entre ces

Espagnols et ces Catelains, qui n’en eurent nulle pité, ja fust il bons

chevaliers et vaillans homs et de grant linage durement.

Et d’autre part se combatoient chil qui pris le montaigne avoient,

moult vaillamment, et ossi sans espargnier on les assailloit, et

leur lanchoient Espagnol lanches et dars. Au voir dire, oncques on

ne vit si peu de gens que chil estoient, faire les grans appertises

d’armes que cil fissent; car bien souvent il descendoient et venoient

combattre vaillamment main à main as Espagnols et as Franchois, et

les reculoient, et puis se retraioient en leur montaigne, et Espagnol

tantost revenoient sus yaux moult fierement. Là furent et se tinrent

en cel estat dou matin jusques à haulte nonne, qu’il quidoient toudis

que secours leur dewist venir, mès leurs gens estoient arrierre bien

deux grosses lieuwes dou pays. Si leur convint, en yaux combatant et

deffendant, endurer mainte painne, et faire mainte appertise de leurs

corps.

Là dist une fois li comtes dans Tilles, pour ce que ces gens tant se

tenoient, dont moult courouchiés estoit: «Avant! Avant, seigneur! Par

le corps Jhesu Cris! nous duront meshui ces gens? Nous les dewissiens

ores avoir tous mengiés et devorés.» Adonc s’avanchièrent touttes

mannierres de gens, Espagnolx et Franchoix, et s’en vinrent bouter

sus yaux et les envayrent si fierement que merveilles fu. Et vous di

que finablement par forche d’armes il les conquissent et prissent

tous, petit s’en sauvèrent. Là furent pris li troy frère de Felleton,

messires Hues de Hastinghes, messires d’Agorises, messires Richars

Tanton, messires Gaillars Vigier, li sires de Miton et plus de

soissante chevaliers englès et gascons, et ossi assés d’escuiers, tous

gentils hommes et gens d’armes, et si en laissièrent partie mors sus le

place. Fºs 144 vº et 145.

P. 21, l. 20: dou prince.--_Ms. A 8_: des Anglois. Fº 280 vº.

P. 22, l. 23: prendre l’avantage.--_Mss. B 4, A 8_: prendre

premierement pour avoir l’avantaige. Fº 278 vº.

P. 22, l. 26: estourmie.--_Ms. A 8_: effraiez.

P. 22, l. 29: aucune.--_Le ms. A 8 ajoute_: bonne.

P. 22, l. 32: portèrent.--_Le ms. A 8 ajoute_: aucuns.

P. 23, l. 6: ses frères.--_Mss. A 7, 8_: son.

P. 23, l. 8 et 9: Vighier.--_Ms. B 4_: de le Mote. Fº 278 vº.

P. 23, l. 17 et 18: Evous les Espagnols venus.--_Ms. A 8_: Et puis

vindrent les Espaingnolz.

P. 23, l. 22: esporonnant.--_Ms. A 8_: esprouvant. Fº 281.

P. 23, l. 29: mieulz de lui.--_Ms. A 8_: ne pourroit mieulx.

P. 23, l. 31: Si frère.--_Mss. A 7, 8_: Son frère.

P. 24, l. 15: envoiiet.--_Le ms. A 8 ajoute_: secourir et.

§ =572=. Apriès le prise.--_Ms. d’Amiens_: Si s’en retournèrent

appertement et en menèrent leurs prisonniers, et ne cessèrent de

chevauchier. Si vinrent en l’ost le roy Henry qui les rechupt à grant

joie, car li comtes dan Tilles, ses frères, li presenta et li recorda

toutte se chevauchie, coumment il trouvèrent premierement les gens

messire Hue de Cavrelée et coumment il les desconfirent; et apriès, il

s’adrecièrent en l’avantgarde dou prinche et resvillièrent fierement le

duc et toutte se routte, et ossi coumment il s’i combatirent; et quant

il s’en furent parti, il trouvèrent et encontrèrent ces chevaliers qui

les avoient poursieuwois et heriiés, passet avoit quinze jours, et

coumment il les assaillirent et prissent par force d’armes. «En nom

Dieu! biau frère, dist li roys Henris, vous avés bien esploitiet et

vaillamment. Si soiiés li bien venus, et vous en say très bon gret;

car vous m’avés grandement resjoy et toutte nostre host. Et vous di

que j’ay bien espoir que tout li autre venront par ce parti et que

tout seront nostre prisounnier: ossi nous voellent il tolir nostre

hiretaige.»

A ces parolles se traist avant messires Ernous d’Audrehen, marescaux de

Franche, qui oy avoit le roy Henry parler enssi. Si dist: «Ha! chiers

sires, coumment qu’il nous soit bien venu de cest encontre, encorres

n’avés vous mies desconffis tous les bons chevaliers dou prinche, car

bien sachiés que, quant à yaux vous combaterés, droite gent d’armes

vous les trouverés, fiers et hardis, tel que doient y estre tout bon

chevalier: car je ne croy mie que, en toute chrestienneté, on en

dewist autant trouver de bons que li prinches en a avoecq lui. Mès,

se vous me volliés croire, vous les desconfiriés bien sans cop ferir;

car, se vous volliés tenir et garder les pas par où il doient passer,

et ossi vostre host bien songneusement garder, il ne poroient entrer

en Espaingne, ne vous porter nul contraire, mès s’en retouroient par

deffaulte de vivrez, et lairoient vostre pays en pès.» Adonc crola la

teste li roys Henris, et dist: «Dans marescaux, par mon chief, j’ay

grant desir de veoir le prince desoubs sa bannière, et d’assambler ma

puissance à la sienne; car, se Dieux donne, enssi qu’il fera, s’il li

plaist, et j’y ay bien fianche, que nous les puissions desconfire, j’en

seroie honnourés à tous les jours dou monde, en toutte terre où on en

orroit parler, et demourroie en pais en che royaumme, et tout mi hoir à

tousjours mès.»

Ensi se devisoient li roys Henris et messires Ernouls d’Audrehen en

leurs logeis, et fissent as chevaliers d’Engleterre et de Gascongne

prisonniers très bonne compaignie, par le consseil et enort des

chevaliers de Franche: autrement n’euist ce mies estet. Fº 145.

P. 25, l. 28 et 29: retenoit.--_Ms. A 8_: entendoit. Fº 281 vº.

P. 26, l. 8: est.--_Le ms. A 8 ajoute_: toute.

P. 26, l. 28: dix mil.--_Mss. A 7 et 8_: vingt mil.

P. 26, l. 32: dars.--_Le ms. A 17 ajoute_: pennars, coustilles,

faussars et espaphus. Fº 347.

P. 26, l. 32: pavais.--_Ms. A 8_: penars.

§ =573=. Li princes.--_Ms. d’Amiens_: Li prinches de Galles se tenoit

tous rengiés, et ses battailles touttes ordonnées devant Victore, et

s’y tinrent tout le jour qu’il furent escarmuchiet dou comte dan Tille,

car il quidoit que li roys Henris et ses batailles deuissent descendre

et aprochier celle part; mais il ne l’avoit mies en son consseil,

ainschois se tenoit en ung biau plain, c’on claimme Saint Vinchant, où

il avoient de tous vivres assés et largement, et li prinches et ses

gens n’en avoient pas trop grant fuison.

Quant les nouvelles vinrent au prinche qui si chevalier estoient pris,

messires Thummas de Felleton et li autre, et ochis messires Guillaummes

de Felleton, si en fu durement courouchiés, et ossi fu toutte li hos.

Celle nuit se logièrent il devant Saint Victore, tout armé et en leur

batailles chacuns sires avoecques ses gens et desoubs se bannierre, et

l’endemain il s’armèrent et missent en ordounnanche de bataille, enssi

qu’il avoient estet le jour devant. Si vous di que il faisoit moult dur

tamps et moult destroit de vent, de pleuve et de nège. Et enduroient

et souffroient gens d’armes et chevaux moult de durtez et mallaises,

et y mengast bien ungs homs le jour pour demy florin de pain et otant

en vin: encorres tous euwireux qui le pooit avoir. Si furent en celle

mesaise six jours, sans cevauchier avant ne retourner arrierre.

Quant li prinches et li seigneur qui avoecq lui estoient virent que

li roys Henris n’aprocheroit point et que bonnement on ne pooit aller

jusques à lui par les destrois et les pas, qui estoient bien gardé,

il se deslogièrent de devant Saint Victore et retournèrent deviers

Navarre, et passèrent ung pas et ung destrois qui est appellés li pas

de le Garde; et quant il eurent passé ce pas, il s’en vinrent tout

cheminant parmy le pays, et chevaucièrent tant qu’il vinrent à Vianne.

Là se loga li prinches. Si s’i rafreschy et touttes ses gens ossi, et

puis vint passer le rivierre au pont dou Groing, et se loga che jour

devant le Groing, desoubs les oliviers ens ès vregiers.

Quant li roys Henris seult que li princes avoit passet le pont dou

Groing et qu’il estoit logiés là environ, si dist qu’il l’aprocheroit,

et se desloga de Saint Vinchant et s’en vint logier desoubz Nasères,

sus celle meysme rivierre.

Che sceut li prinches tantost qu’il estoit logiés ens ungs biaus plains

sus le rivierre. Si en fu tous liés et eut adonc consseil et vollenté

qu’il li rescriproit lettres et feroit response deue et couvignable as

lettres que li roys Henris li avoit envoiies. Si rescripsi, en disant

ensi. Fº 145 vº.

P. 27, l. 30: ewireux.--_Ms. A 8_: voulentiers. Fº 282.

P. 28, l. 21: Saint Vinchant.--_Mss. A 8, 15 à 17_: Saint Michaut.

P. 28, l. 26: homme.--_Ms. A 8_: chevalier.

P. 28, l. 29: remanoir.--_Ms. A 8_: demourer.

P. 29, l. 1: devisoient.--_Ms. A 8_: devisoit.

§ =574=. Edouwars.--_Ms. d’Amiens_: «A très renoummé et honnouré Henri,

conte de Tristemare, et qui pour le temps present s’appelle roys de

Castille. Comme enssi soit que vous nous avés escript et segnefiiet par

vos lettrez que vollentiers vous vorriés savoir pourquoy nous tenons

à amy vostre ennemy, et pourquoy nous sommes aloiiet avoecq lui, tant

qu’à ce, nous vous respondons que nous avons, de grant temps a, eu

alianches et couvens enssamble, et que cestes ne sont pas de nouviel.

De recief, nous l’aidons et comfortons et le tenons à amy, par amour

et par pité et pour aidier à deffendre droiture; car ce n’est ne drois

ne raisons q’uns bastars doie tenir ne porter courounne. Touttesfois,

pour tant que de proèche, d’onneur et de vasseillaige, vous estes assés

renoummés, et que on vous tient, tant qu’en armes, à moult vaillant

homme, nous avons bonne vollenté et grande affection de vous mettre à

acord, se nous poions, et à bonne pais, par deviers le roy dam Pière,

nostre chier et amé cousin. Et là où nous le porions faire, nous en

serions tous joiant, et vous ferions tenir grant part en Castille; mès

le courounne et le nom de roy vous faut il laiier. Et che que vous en

vorrés faire, se par traitié vous vollés aller avant, si nous renvoiiés

tantost, ces lettres veues et conssillies, vaillans et sages homs qui

de che se sachent ensonniier. Et, se vostre oppinion vollés tenir,

sachiés que nous vous combaterons au plus tost que nous porrons, et

enterons en Espaigne par lequel lés il nous venra le mieux à point.

Escript, etc. de par le prinche d’Acquittainne et de Galles.» Fº 145 vº.

P. 29, l. 12: respondons.--_Mss. B 4, A 7, 8_: respondans. Fº 280.

P. 29, l. 15: enteriner.--_Ms. A 8_: entretenir. Fº 347 vº.

§ =575=. Quant ceste.--_Ms. d’Amiens_: Si tos que la lettre fu

escripte, on le saiella, et le fist delivrer li prinches au hiraux le

roy Henry, qui les autres avoit aportées et qui le responsce attendoit.

Si se parti li dis hiraus dou prinche et des seigneurs, tous liés et

tous joyans, car on li dounna grans dons et biaux jeuiaus, draps et

mantiaux fourrés d’ermine et de vair. Si s’en revint en l’ost de son

seigneur devant Nazères. Si bailla au roy Henry la lettre de par le

prince, liquels tantost l’ouvri et lisi tout chou qui dedens estoit,

et appella au lire monseigneur Bertran de Claiequin et aucuns de

son consseil, et puis leur demanda qu’il leur en sambloit. «En nom

Dieu, sire, dist messires Bertrans de Claiequin, à vous en tient dou

respondre et dou scavoir. Vous poés oïr quel cose li prinches vous

mande, coumment il dist qu’il vous acorderoit vollentiers entre vous

et vostre frère: or savés vous se vous y vollez avoir acord, parmy

tant que vous vos deporterés de le courounne.»--«Par me foy, dan

Bertran, dist li roys Henris, nennil. Li comte, li baron, li chevalier

et tout chil de ce pays m’ont courounné et tiennent à roy, et roys

voeil je demourer, vivre et morir en cel estat.» Dont respondi messires

Bertrans et dist: «Sire, or soiiés tous comfortés, car temprement vous

combaterés; de tant connoie je bien le prinche et son affaire. Si est

bien mestier que vous aiiés avis sour ce, et que vous entendés à faire

vostre gent à appareillier tellement qu’il n’y ait riens que dire,

quant li bataille se fera, et regardés sur quel avantaige et par quel

ordounnance vous vorrés ouvrer; car je vous di que avoecq le prinche

et en ses conrois est toutte fleur de chevalerie et de bachelerie: là

sont li meilleur combatant de tout le monde, li plus sage, li plus

hardi, li plus fort et li plus dur, et qui le mieux y sèvent prendre

leur avantaige.»--«Dan Bertran, respondi li rois Henris, tout ce croi

je assés, mès sachiés que contre leur puissanche je sui tous comfortés,

car je aray bien trois mil chevaux armés qui seront sur les deux costés

des deux esles de mes batailles. Et aray bien six mil geniteurs et

touttes les milleurs gens d’armes c’on puist trouver en Espaingne, en

Portingal, en Cordouan, en Seville et ou royaumme d’Arragon. Et de telz

gens d’armes y aray bien vingt mil, et aray bien soissante mil hommes

de piet à tout lanches et archigaies. Et m’a chacuns proummis foy et

loiauté, et ne me fauront pour tout morir en le plache: siques, dan

Bertran, je ne m’esmaie mie que je n’en aie le milleur, par le grasce

de Dieu en qui de tout je me confie.» Fºs 145 vº et 146.

P. 30, l. 3: Nazres.--_Ms. A 8_: Nazares. Fº 282 vº.

P. 30, l. 9: de Claiekin.--_Ms. A 8_: du Guesclin.

P. 30, l. 13: temprement.--_Ms. A 8_: briefment.

P. 30, l. 24: Cordewan.--_Ms. A 8_: Cordoen.

P. 30, l. 26: archigaies.--_Le ms. A 17 ajoute_: espaphus. Fº 348.

§ =576=. Ensi se devisoient.--_Ms. d’Amiens_: Or vous dirons dou

prince qui à l’endemain, qui fu par un venredi, se desloga de devant

le Groing, et touttes ses gens ordonneement chevauchans en bataille,

chacuns sire desoubs se bannierre ou se pennon, enssi que pour

tantost combattre, et cheminèrent ce jour deux lieuwes. Et envoiea li

prinches partout ses coureurs avant et arrierre pour savoir le verité

des Espagnos, liquel se travillièrent moult pour raporter ent le

certainneté. Touttesfois, li coureur dou prince chevaucièrent tant

et si avant qu’il virent et trouvèrent le couvine et l’ordounnanche

dou roy Henry et de toutte sen host, et en raportèrent le verité au

prince et à son conseil à Navaret là où il estoit logiés, et dissent

coumment li Espagnol estoient logiés ens ès bruières assés priès dou

Nasares, tout seloncq le rivierre. De ces nouvelles fu li princes tous

joieans, et fist segnefiier secretement tout aval son host que chacuns

fuist armés et appareilliés pour partir au son des trompettes, et que

nus ne chevauchast devant le pennon saint Gorge et le bannierre des

marescaux, et ossi que chacuns s’avisast, confessast et adrechast à son

loyal pooir, qui devotion en avoit, car à l’endemain sans faulte on se

combateroit. Fº 146 vº.

P. 31, l. 14: par bataille.--_Ms. A 8_: par manière de bataille. Fº 282

vº.

P. 31, l. 20: couvenant.--_Ms. A 8_: couvine. Fº 283.

P. 31, l. 25: Nazres.--_Ms. A 8_: Nazares.

P. 31, l. 32: envoiiés.--_Ms. A 8_: commis.

§ =577=. Tout en tel manière.--_Ms. d’Amiens_: Tout enssi que li

prinches avoit ordounnés et envoiiés ses coureurs devant pour adviser

et espiier le couvenant des Espagnols, li roys Henris, d’autre part,

avoit envoiiés les siens pour aprendre de l’estat dou prinche et où

il estoit logiés. Si raportèrent si coureur que li prinches estoit à

Navaret, et touttes ses gens logiés là et environ. De ces nouvelles

fu li roys Henris moult liés et dist, puisqu’il li estoient si priès,

que l’endemain il les combateroit. Et fist, dou soir, de haute heure,

toutte mannière de gens soupper et aler reposer, et fist segnefiier et

ordounner que, au premier son de ses trompettes, chacuns se levast et

appareillast; au second son, il fuissent tout armé; au tierch son, il

fuissent tout sus les camps, et à piet, tout cil qui le devoient estre;

et à cheval, tout armé, chil qui ordounnet y estoient d’estre, et que

nuls, sus le teste, ne se mesist devant les bannierres des marescaux.

Chilz bans fu tenus. Et s’alla chacuns aisier et reposer en son logeis,

boire et mengier, car il avoient assés et largement de quoy, et dormir

ent qui dormir volt.

Quant ce vint environ mienuit, les trompettes dou roy Henry sounnèrent:

si se levèrent et appareillièrent touttes mannierres de gens, et

fissent en leurs logeis grant fuisson de feux, et alumèrent grant

plenté de torses et de cerges pour veoir plus cler, et se taisoient

tout quoi. Enssi que une grande heure apriès, on sounna de rechief

secondement les trompettes le roy. Adonc s’armèrent touttes gens par

bon loisir. Enssi que deux heures apriès, on sounna le tierch cop. Dont

se partirent il de leurs logeis et se traissent touttes mannierres

de gens, à piet et à cheval, sus les camps, et ordounnèrent leurs

batailles par l’avis de monseigneur Bertran de Claiequin, dou comte

dan Tille, dou comte de Dunne, ung très bon chevalier d’Arragon, et

de monsigneur Ernoul d’Audrehen. Chil quatre signeur dessus noummet

fissent touttes les ordounnanches.

Si eurent la premierre bataille messires Bertrans de Claiequin, li

comtes Sansses, frères au roy Henry, li comtes de Dunne, li marescaux

d’Audrehen, li Bèghes de Vellainnes, messires Jehans de Noefville, li

Bèghes de Villers. Et furent tout li Franchois, li Normant, li Breton,

li Pickart, li Bourghignon et li compaignon estraignier enssamble:

s’en y avoit bien quatre mil, chevaliers et escuiers, et tout en grant

vollenté de combattre et de bien faire le besoingne. Si se tenoient ces

gens en leurs batailles, en bon couvenant et tout à piet.

De la seconde bataille estoit chiés li comtes dan Tilles, frères au

roy Henry et bons chevaliers durement, et avoit avoecq lui bien seize

mil hommes parmi les geneteurs et chiaux à cheval, et se traissent ung

petit en sus, à le senestre main de le bataille monsigneur Bertran.

A l’autre costé, sus destre, estoit li grosse bataille dou roy Henry,

liquels avoit bien trente mil hommes d’armes et bien trois mil

arbalestriers et grant fuison d’autres gens dou pays à mannière de

villains, qui n’estoient mies, au voir dire, trop bien armés; mès il

portoient lanches et gavrelos pour lanchier, archigaies trenchans et

fortes coutilles, et li pluisseur, fondes, pour jetter pierres.

D’autre part, sus les deux esles des batailles, estoient li cheval

armé et li chevaucheur sus, moult bien armet et en bon couvenant, et

estoient environ troi mil et cinq cens, fort et hardi par samblant.

Si gouvrenoient ces cevauceurs quatre hardis chevalliers, durement

renommet d’armes en Espaigne et en Castille. Li ungs fu appellés

messires Gomes Garils; li autres, li grans prieurs de Saint Jehan; li

tiers, li maistres de Saint Jame; li quars, messires Ferrans, mestres

de Caletrave. Et estoient chil chevalier et chil chevauceur enssi

estaubli et mis sus les deux esles des batailles, pour radrechier et

recomforter les mesaisiés et entendre as batailles qui branleroient.

Quant touttes ces batailles furent ordounnées et que chacuns seut ce

qu’il dut faire, li rois Henris monta sus ung moult biel palefroy

et fist venir ses deux frères dallés lui, dan Tille et Sanse; et

puis chevaucha par devant les batailles en amonestant ses gens et en

priant qu’il volsissent, pour leur honneur, entendre à bien faire le

besoingne, et leur remoustroit coumment il le avoient fait roy et

proummis et juret qu’il ne li fauroient. Et faisoit, en chevauchant et

en passant devant ses batailles, à chacun si bonne chière et si lie,

que tout se contentoient de lui et li renouvelloient ses couvens, et

li disoient et affioient que pour morir il ne li fauroient. Quant il

eut enssi cevaucié de renck en renck, il s’en revint en se bataille et

renvoiea ses frères as leurs, et se tinrent enssi et sus le place moult

faiticement ordounné jusques au jour. Or vous deviserai le couvenant

des Englès ossi bien que j’ay fait celui des Espagnols. Fº 146 vº.

P. 32, l. 25 et 26: d’Audrehem.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_:

monsigneur Olivier de Mauny, monsigneur Hervé de Mauny son frère. _Ms.

A 17_, fº 348.

P. 33, l. 2: France.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: de Bretagne. Fº

348.

P. 33, l. 4: frichement.--_Ms. A 8_: friquement. Fº 283.

P. 33, l. 9: en sus.--_Ms. A 8_: arrière.

P. 33, l. 15: rade.--_Mss. A 7, 8_: roide. Fº 280 vº.

P. 33, l. 19: sa.--_Mss. A 7, 8_: la.

P. 33, l. 26: fourpasser.--_Ms. A 8_: suppasser. Fº 283 vº.

§ =578=. Li princes de Galles--_Ms. d’Amiens_: Celle meysme nuit que

li prinches estoit à Navaret et qu’il seult par ses coureurs qui li

raportèrent, que li roys Henris estoit à deux lieuwes de là, il congnut

et senti bien que combattre les couvenoit; et c’estoit li plus grans

desirs qu’il ewist, car li plus de touttes ses gens estoient à grant

destrèce de faminne et avoient estet bien quinze jours. Si volloit dou

tout, et ossi faisoit ses gens, mettre et aventurer pour mieux avoir

leur aise qu’il n’ewissent eus jusques à ores. Dont, ce venredi apriès

mienuit, droit sus l’aube dou jour dou samedi, li prinches se leva et

fist sounner ses trompettes. Si s’armèrent touttes mannierres de gens.

Et oy li prinches messe, et ossi fissent pluisseurs signeurs en leurs

logeis, et s’acumeniièrent tout chil qui veurent et qui devotion en

eurent. Assés tost apriès, on sounna les trompettes dou departement,

car li prinches volloit aprocier les ennemis. Si montèrent tout à

cheval qui cheval eurent, et se partirent de Navaret et de leurs logeis

si gentement et si arreement rengiet et ordounnet que c’estoit ungs

grans deduis dou veoir. Si vous di qu’il ne prissent mies adonc le

plus droit chemin pour venir sus le roy Henry, mès chevauchièrent à le

droite main en tournant une grande montagne, et le passèrent, et puis

descendirent en ung val. Ja estoit grans jours et solaus levés moult

biaux et moult clers. Quant li Englès eurent avallet celle montaingne,

il perchurent leurs ennemis en très bon couvenant, et touttes leurs

battailles rengies et ordounnées, et bannières et penons venteler au

vent, et ossi li Espagnol les perchurent. Dont se coummenchièrent

touttes les batailles à restraindre, tant d’un lés comme de l’autre,

et virent bien qu’il les couvenoit combattre. Si fissent en l’ost le

roy Henry à che donc pluisseurs chevaliers, car encorres en y avoient

il petit fait; et par especial en le bataille monsigneur Bertran de

Claiequin en y eult pluisseurs fais. Et toudis aprochoient les gens le

prinche, car il requeroient leurs ennemis.

Ung bien petit devant ce que les batailles devoient aprochier, messires

Jehans Camdos aporta se bannierre, toutte envolepée, au prinche, et

li dist enssi moult doucement: «Monsigneur, je vous ay servi ung long

tamps à mon loyal pooir, et tout ce que Dieux m’a dounné de bien,

il me vient de vous: si savés ossi que je sui tout vostres et seray

tant que je vivray. Si vous pry que je puisse estre à banierre; car,

Dieu merchy, j’ay bien de quoy, terre et mise, pour l’estre, et ve

e ci, je le vous presente: si en faittes vostre plaisir.» Et adonc

li prinches, li roys dan Pierre d’Espaingne et li dus de Lancastre

prissent le bannierre de monsigneur Jehan Camdos, et le desploiièrent

et li baillièrent par le hanste, et li dissent tout en baillant: «Tenés

vostre bannierre: Dieu vous en lait vostre preu faire!» Dont se parti

messires Jehans Camdos dou prinche, se bannierre en son poing, et

s’en vint entre ses gens et ses compaignons, et le mist enmy yaux et

leur dist: «Biau signeur, vechy me bannierre et le vostre: gardés le

bien, car otant bien est elle vostre que nostre.» Adonc le prissent

li compaignon, qui en fissent grant joie, et dissent que elle seroit

bien gardée, se il plaisoit à Dieu. Et fu baillie et delivrée à ung

bon escuier englès, qui ce jour le porta et qui bien s’en acquitta,

et estoit nommés li dis escuiers Guillaummes Alleri. Si estoit la

bannierre monsigneur Jehan Camdos, d’argent à ung pel aguisiet de

geulles; et avoient touttes les Compagnes qui se tenoient desoubz lui

en leurs lanches ung petit pignonciel de ces meysmes parures, dont il

en y avoit plus de douze cens. Fº 146 vº.

P. 34, l. 6: li un contre l’autre.--_Ms. A 8_: les uns contre les

autres. Fº 283 vº.

P. 34, l. 10: puiièrent.--_Ms. A 8_: prist.

P. 34, l. 12: perchurent.--_Ms. A 8_: apperceurent.

P. 34, l. 14: traisent.--_Ms. A 8_: traïrent.

P. 34, l. 23: je vous le baille.--_Ms. A 8_: je la vous baille.

P. 34, l. 27: prisent.--_Ms. A 8_: prist.

P. 34, l. 29: peu.--_Ms. A 7_: pel.

P. 34, l. 30: hanste.--_Ms. A 8_: hanfle.

P. 35, l. 2: en mi.--_Ms. A 8_: ou milieu.

P. 35, l. 4: nostre.--_Ms. A 8_: vostre.

P. 35, l. 5: disent.--_Ms. A 8_: disoient.

§ =579=. Assés tost.--_Ms. d’Amiens_: Assés tost apriès, descendirent

tout li Englès et li Gascons de leurs chevaux et se missent à piet sour

le sablon, chacuns en se bataille, moult ordonneement et faiticement,

sans passer li ungs l’autre, fors enssi qu’il estoit estaublis. Et

estoient leurs batailles touttes enssi arestées et ordounnées que elles

avoient estet très donc qu’il passèrent les montaignes de Rainchevaux,

si comme il est recordé chi dessus. Là estoit li prinches qui disoit

à ses gens: «Biau signeur, voyés nos ennemis qui ont grant largèce de

ce dont nous avons grant disette: il ont de tous vivres à fuisson, et

nous advons grant faminne. Si voeilliés hui tant faire que vous les

concquerés par bien faire de ferir de lanche et d’espée. Et soiiés tous

preudomme et loyal, car j’ay grant fianche en Dieu et en vous que li

journée sera pour nous.»

Adonc joindi li prinches ses mains vers le ciel et dist: «Vray pères

souverains, qui nous avés créés et fais, si voirement que vous savés

que je sui chi venus pour droit aidier à soustenir et ce roy escachiet

remettre en son hiretaige, si consentés que nous ayons victore contre

nos ennemis!» Et puis dist tantost apriès: «Avant, bannierre, ou nom de

Dieu et de saint Gorge!» Et en allant, il prist le roy dan Pierre par

le main, et puis li dist tout en hault: «Sire roy, au jour d’ui saurés

vous se jammais aurés riens ou royaumme de Castille, et aiiés en Dieu

ferme esperance.»

A ces mos, li dus de Lancastre et messires Jehans Camdos, qui menoient

l’avantgarde, aprocièrent. Dont, en aprochant, il avint que li dus de

Lancastre dist à monsigneur Guillaumme de Biaucamp, qui estoit dallés

lui: «Guillaumme, vela nos ennemis; mès, foy que je doi à Dieu, vous me

verés hui bon chevalier, ou je demorray en le place.» Et puis tantost

il dist: «Avant! Avant! bannierre, ou nom de Dieu et de saint Gorge,

et face chacuns son devoir!» Et fist là li dus de Lancastre chevalier

en celle meysme heure monsigneur Jehan d’Ippre, et puis se mist tout

devant les autres, desoubs se bannierre, et chacuns, qui mieux mieux,

le sieuwi, qui se rencoragoient tout pour lui. Adonc coummencha li

bataille de tous costés. Fºs 146 vº et 147.

P. 35, l. 15: donc.--_Ms. A 8_: dès lors. Fº 284.

P. 35, l. 19: et tout de piet.--_Ms. A 8_: un petit.

P. 35, l. 22: joindi.--_Ms. A 5_: joingni.

P. 35, l. 23: pères.--_Les mss. A 7, 8 ajoutent_: Diex, Dieu.

P. 35, l. 25: mi.--_Mss. A 7, 8_: moy.

P. 35, l. 27: escaciet.--_Ms. A 7_: eschacié. Fº 281.--_Ms. A 8_:

enchacié. Fº 284.

P. 35, l. 28: ensonniiés.--_Ms. A. 8_: enhardiz.

P. 36, l. 7: Biaucamp.--_Les mss. A 7, 8 ajoutent_: «Guillaume,».

§ =580=. A l’assambler.--_Ms. d’Amiens_: Si vous di que ceste première

bataille s’asambla à le bataille monsigneur Bertran de Claiequin,

qui estoit forte et espesse, et bien pourvueue et garnie de bounes

gens d’armes de Franche, d’Artois, de Picardie, de Bourgoingne, de

Bretaigne, d’Arragon et de tous pays. Là eut, de premières venues,

grans bouteis de lanches et des glaves, et les arestoient les ungs

sus l’autre, et puis boutoient par forche de bras et de poitrinnes,

et se tenoient si serré qu’il ne pooient entrer li uns en l’autre.

D’autre part, archier et arbalestrier traioient vistement l’un contre

l’autre, et chil qui perdoient ou brisoient lors lances ou qui ne s’en

pooient aidier en le presse, recourroient as haches dures et trenchans,

dont il estoient bien pourvueu, et en dounnoient les horions si grans

que merveilles estoit à l’oïr et au regarder. Là se combatoient li

bon chevalier, tant d’un lés comme de l’autre, moult vaillamment.

Là estoient li dus de Lancastre, messires Jehans Camdos, messires

Thummas dou Fort, messires Guillaummes de Biaucamp, fils au comte de

Warwich, messires Hues de Hastinges, chacuns bannierre desploiie, et

requeroient leurs ennemis moult vaillamment. En celle route et dallés

yaux estoient li doy marescal dou prinche, en moult bon couvenant, et

bien acompaigniet de bonnes gens d’armes, messires Guichars d’Angle et

si doi fil, et messires Estievennes de Coussentonne, qui merveilles y

faisoient d’armes. Là estoient une partie des Compaingnes qui moult dur

et moult fierement se combatoient. Si vous di que messires Bertrans

de Claiequin et li sien, qui eurent ce premier encontre, ne l’avoient

mies d’avantage, mès ossi se combatoient il moult vaillamment et très

hardiement. S’en couvint, par le bouteis des lanches et des glaives,

tamaint reversser à terre des ungs et des autres; et qui estoit cheus

entre piés, il estoit mors sans remède, s’il n’estoit trop bien

secourus.

Ceste bataille fu durement aspre et fellenesse et bien combatue de

lances acerées, des haces, de daghes, d’espées et de coutiaux, et

point n’espargnoient l’un l’autre. Là avoient li grant et li fort bon

avantage de rompre les presses. Si veoit on bannierres et pennons par

routtes entrer en l’un l’autre, et puis combattre et yaux entoueillier,

une heure renversser et l’autre redrechier.

Et avint ou plus fort de le bataille que messires Jehans Camdos fu

abatus et priès mis à grant meschief, car ungs Cateloins, grans et fors

et durs malement, estoit cheus sus lui et metoit grant painne coumment

il le pewist, et le playa ens ou visaige parmi le visière tant que li

sans li courroit tout contreval. Et avoit chils à nom Martins Ferrans,

hardis homs et outrageux durement, et croy que il ewist porté à

monsigneur Jehan Camdos trop grant contraire, mès li chevaliers s’aviza

d’un coutiel de plat qu’il avoit à son costé. Si le sacha vistement

et en feri le Cateloing ung tel horion ou corps qu’il li rompi les

plattes, et li embarra tout ens et li coppa les boyaux. De ce cop morut

li Cateloings et reverssa d’autre part. Adonc se leva messires Jehans

Camdos au mieux qu’il peult, et prist sen espée qui estoit grande et

roide et bien taillans, et se feri en le priesse. Si vous di qui qu’il

consuiwoit à cop, il estoit tous certains de le mort, et y fist adonc

li chevaliers merveilles d’armes. Fº 147.

P. 36, l. 16 et 17: A l’assambler.... parolle.--_Mss. A_ 7, 8: Là.

P. 36, l. 19 et 20: li un.... l’autre.--_Ms. A 8_: les uns dedens les

autres.

P. 37, l. 1: arroi.--_Les mss. A 7, 8 ajoutent_: et sanz ordenance.

P. 37, l. 4: li captaus de Beus.--_Ms. A_ 8: le captal de Beuch.

P. 37, l. 12: Cateloing.--_Ms. A 8_: Catellains. Fº 284 vº.

P. 37, l. 13 et 14: et effondroient hyaumes et bachinés.--_Ms. A 17_:

et avoient effondré maint bachinet de Tainnes que les Espaingnolz

avoient. Fº 349.

P. 37, l. 19: bersoient.--_Ms. A 8_: bleçoient.

P. 38, l. 5: et y fist desous sa bannière.--_Ms. A 17_: et là leva

bannière.

P. 38, l. 9: casteloing.--_Ms. A 8_: castellains.

P. 38, l. 15: à son chaint.--_Ms. A 8_: en son sain.

§ =581=. Che samedi.--_Ms. d’Amiens_: D’autre part, aprochièrent les

batailles, et vint li prinches et ses bannierres sus le lés destre

pour combattre au comte dan Tille qui estoit sus le costé senestre.

En le bataille dou prinche avoit grant fuisson de bonne chevalerie et

de riches paremens. Là estoient li rois dans Pierres et se bannierre

ens ès plainnes armes de Castille, li bannierre le roy de Navarre et

messires Martins de le Kare qui le representoit. Mès, enssi que li

prinches et ceste grosse bataille devoit approchier, li comtes dan

Tille resongna et se parti sans plus atendre, et ossi fist li plus

de chiaux qui avoecq lui estoient monté à cheval. Chil avoient bon

avantaige de fuir.

Adonc aprocha li captaus de Beus et se routte, et prissent leur adrèce

sus chiaux de piet de le bataille le comte dan Tille qui s’en fuioit.

Si les coummenchièrent Gascon et Englès à ochire et à decopper, et à

renversser et abattre par terre comme bestes. Là eult grant occision

et qui mout effrea les Espagnos, car li prinches à toutte se grosse

routte s’en vint assambler fierement sus le bataille le roy Henry qui

estoit durement forte et espesse et bien pourvueue de gens qui ossi

s’aquitoient de combattre assés souffissamment, car li roys Henris,

comme bons chevaliers, leur rendoit grant corraige et leur disoit:

«Biau signeur, je demour[r]ay d’allés vous: aidiés moy à deffendre et à

soustenir mon droit et à garder l’iretaige dont vous m’avés fait roy.»

Là y fissent il de le main merveilles d’armes.

Au costé senestre, avoit une petite montaingne, et là avoit on establi

l’arrieregarde des Englès à estre à l’encontre des chevaux armés.

Là estoient li rois de Mayogres, li comtes d’Ermignach, li sires de

Saverach, messires Renaus de Maroeil, messires Berars de Labreth,

messires Perducas de Labreth, messires Hues de Cavrelée, messires

Loeis de Halcourt, messires Ustasses d’Aubrecicourt. Et d’autre part

se combatoient li sires de Clichon, messires Ghautiers Hués, messires

Robers Canolles, messires Jehans d’Ewreus, messires Robers Cheni,

messires Robers Bricqués, Carsuelle, Lamit, Naudon de Bagerant, li

sires de Rais, desous le bannierre Camdos.

Là n’y avoit chevalier ne escuier de le bataille dou prinche qui ne

vausist, par droite comparison, ung Rollant ou ung Olivier; et bien le

couvenoit, car il trouvèrent d’encontre dure gent et forte et grant

fuisson. Et se chil qui estoient là sus les camps avoecq le roy Henry

se fuissent ossi loyaument acquitet de combattre et de faire leur

devoir que fissent chil de le bataille monsigneur Bertran de Claiequin,

il ewissent dounnet les Englès moult affaire. Là estoient arbalestrier

dou lés le roy Henry qui traioient roit et assés, mès leurs trés greva

petit as Englès et as Gascons; car il estoient fort armés de jackes

et de bonnes fortes plattes. Ossi il avoient archer grant fuisson qui

traioient si ouniement et si espessement que nulx ne s’osoit mettre ne

bouter en leur trait, se il ne volloit estre mors davantaige. Fº 147 rº

et vº.

P. 38, l. 22: Nazres.--_Ms. A 8_: Nazares. Fº 284 vº.

P. 38, l. 28: li sires de Rays.--_Le ms. A 17 ajoute_: bretons. Fº 349

vº.

P. 39, l. 3: si.--_Ms. A 7_: son. Fº 281 vº.--_Ms. A 8_: ses.

P. 39, l. 7: Bietremiex.--_Ms. A 8_: Berthelemy.

P. 39, l. 8: Bernardet.--_Ms. A 8_: Bernart.

P. 39, l. 9: Lestrade.--_Ms. A 8_: Lestran. Fº 285.

P. 39, l. 11: s’acquittoient.--_Ms. A 8_: s’aquitèrent.

P. 39, l. 19: dou Chastiel.--_Le ms. A 17 ajoute_: breton. Fº 349 vº.

P. 39, l. 29: fait.--_Ms. A 8_: fors.

P. 40, l. 4: Thummas de Graindson.--_Ms. A 8_: Jehan de Graindon.

P. 40, l. 7 et 8: mies tous deviser.--_Ms. A 8_: nommer ne tous

deviser.

P. 40, l. 24: vos.--_Ms. A 8_: vostre.

P. 41, l. 2 et 3: recommender.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: entre

les preux.

§ =582=. Moult fu ceste.--_Ms. d’Amiens_: Moult fu ceste bataille dure

et felenesse et bien combatue, tant d’un lés comme de l’autre, car

Espagnol lanchoient dars et archigaies trenchans dont il navroient et

mehaignoient durement chiaux qu’il en conssuiwoient; et si avoient li

pluisseur fondes dont il jettoient pierres et plommées dures et pesans,

pour effondrer bachinés, con dur qu’il fuissent. Là s’avanturoient

chevalier, et estoient de tous costez, et s’abandounnoient li aucun

moult hardiement. Et par especial, dou costé des Englès, messires

Jehans Camdos y fu très bons chevaliers et y fist merveilles d’armes.

Là estoient il par routtes et par compaingnes, entrelachiet l’un à

l’autre, où il se combatoient main à main, et dounnoient si grans

horions de haches et d’espées que c’estoit grant hideur à l’oïr, si

comme je l’oy recorder les hiraux qui estoient à l’un des lés de le

bataille, et regardoient les combatans et jugeoient des fuians et des

bien faissans. Si vous di finablement que Espagnol se coummencièrent à

ouvrir et à esbahir; et encorres se fuissent il plus tost desconfit, se

ne fust li rois Henris qui les amonestoit et prioit de bien faire et

les retourna et raloiea par trois fois, et leur remoustroit moult cler

et moult hault: «Ah! biau seigneur, ja m’avés vous fait roy de Castille

et juré et proummis foy et loyaulté et que nullement vous ne me faurés,

et vous me volés faillir. Retournés, bonne gent, et vous combatés

hardiement. Ve me ci dallés vous, ne ja vous ne me verrés plain piet

fuir: je aroie plus chier à morir que il me fuist reprouvé.» Fº 147 vº.

P. 41, l. 12: Lusebonne.--_Ms. A 8_: Lissebonne. Fº 285.

P. 41, l. 13: loyaument.--_Le ms. A 8 ajoute_: et moult voulentiers. Fº

285 vº.

P. 41, l. 15: gisarmes.--_Ms. A 8_: juisarmes.

P. 41, l. 16: d’espois.--_Ms. A 8_: des poings.

P. 41, l. 20: estoient.--_Le ms. A 8 ajoute_: montez.

P. 41, l. 21: resviguroient.--_Ms. A 8_: ressoignoient.

P. 41, l. 25: vaillandise.--_Ms. A 7_: vaillantisse. Fº 282.--_Ms. A

8_: vaillance.

P. 42, l. 11 et 12: monsigneur Bauduin de Fraiville.--_Ms. A 8_: le

seneschal de Frainville.

P. 42, l. 46: Melval.--_Ms. A 8_: Maleval.

P. 42, l. 22: pooit.--_Ms. A 8_: puet.

P. 42, l. 31: ahireté.--_Ms. A 8_: herité.

§ =583=. La bataille.--_Ms. d’Amiens_: Par telx langages et par si

faittes raisons requeilla et remist li rois Henris par trois fois ses

gens enssamble, et il meysmes de son corps il y fu très bons chevaliers

et vaillamment se combati. Mès, au voir dire, ses gens trouvèrent plus

durs combatans, plus hardis et plus entreprendans qu’il ne fuissent,

et bien apparu; car, par combattre durement et assaillir hardiement,

il les reboutèrent et reculèrent, et fissent partir tous chiaux qui à

cheval estoient et fuir les frains abandounnés. Dont, quant li roys

Henris vit che grant meschief contourner et descendre sus li et qu’il

n’y avoit mès nul recouvrier qu’il ne fuissent desconffit, si eut plus

chier à fuir qu’à atendre l’aventure d’estre pris; car bien savoit,

s’il estoit pris, qu’il seroit mors sans merchy et sans remède, ne li

rois dans Pierres, ses frères, n’aroit nulle pité de lui. Si monta à

cheval dou plus tost qu’il peult, et se bouta entre les fuians et se

sauva par telle manierre.

Encorres se combatoient li Frenchois et li Breton, dont messires

Bertrans estoit souverains. Si vous di que là entre yaux eult tamainte

belle appertisse d’armes faitte, mainte prise et mainte rescousse, tant

d’un lés comme de l’autre; mès li grosse bataille dou duc de Lancastre

et de monsigneur Jehan Camdos et des marescaux et des Compaingnes se

tray celle part. Si ne peurent gaires depuis longement durer. Là fu

pris messires Bertrans de Claiequin desoubz le bannierre monsigneur

Jehan Camdos et fu ses prisons. Et furent pris li comtes Sansses,

frères au roy dam Pierre et au roy Henry, qui s’en fuioit, messires

li Bèghes de Vellaines, messires Jehans de Noefville et plus de deux

mil chevaliers et escuiers. Et y fu mors entre les autres ungs bons

chevaliers franchois, li Bèghes de Villers, et pluisseurs autres

chevaliers et escuiers que je ne puis mies tout noummer; et, dou costé

des Englès, ungs bons chevaliers qui s’appelloit li sires de Ferières.

Et encorres en y eut des autres pluisseurs; car si grosse bataille que

ceste fu ne puet mie estre outrée à si petis frès qu’il n’en y ait

mors otant bien de chiaux qui le place obtiennent, que des descomfis,

quoyque li victore leur demeure. Ceste bataille fu desoubs Nazares, en

Espaingne, l’an de grasce Nostre Signeur mil trois cens soixante six,

le troisimme jour dou mois d’avril. Fº 147 vº.

P. 43, l. 3: et.--_Ms. A 8_: de.

P. 43, l. 4: entettement.--_Mss. B 4 et A 8_: enterement, entièrement.

Fº 283.

P. 43, l. 15: moult.--_Ms. A 8_: bien.

P. 43, l. 27: Gauwains.--_Ms. A 8_: Gautier.

P. 44, l. 3: Lors.--_Ms. A 8_: Là.

P. 44, l. 8 et 9: d’Evrues.... chevaliers.--_Ms. A 8_: d’Evreux et les

bons chevaliers.

P. 44, l. 28: moururent.--_Ms. A 8_: mouru. Fº 286.

§ =584=. Quant la bataille.--_Ms. d’Amiens_: Che samedi, si comme vous

poés oïr, fu grande li descomfiture sus les Espagnols et les Catelloins

et les Franchois, d’un costé. Et fu justement raporté au prinche qu’il

y eut mort, de droite gent d’armes, cinq cens et soixante, et d’autres

gens combatans, sept mil et cinq cens, sans chiaux qui se noiièrent.

Car li enchaux de le descomfiture dura jusques à le grosse rivière

desoubz Nazares; siques li pluisseur, pour yaux sauver et pour le

hydeur qu’il avoient de leurs ennemis, entroient ens à cheval et à

piet: si estoient otant bien perdu comme en devant.

Encorres, meysmement sus le pont de le ville de Nazeres, fu li enchaux,

li pestilensce et li mortalités trop grans; et chil qui ne pooient

entrer en le ville des Espagnolx saloient en le rivierre, fust à

cheval ou à piet, tant estoient fort eshidé. Et entrèrent les gens dou

prinche en le ville de Nazeres, par forche. Là eut grant ocision et

grant mortalité d’ommes, de femmes et d’enfans que nuls n’estoit pris à

merci, se il n’estoit trop riches homs ou trop grans sires malement. Là

furent pris et trouvé en une kave li grans prieux de Saint Jehan et li

grans maistres de Saint Jame, qui s’estoient repus dallés ung mur, et

ossi li grans mestres de Caletrave.

Briefment à parler, li descomfiture, li mortalités et li ocisions y fu

moult grans et moult oribles. Et dura li cache mout longement, car ens

ès plains de Nazares où li bataille fu, il n’y avoit nul empeschement,

haie ne buisson, arbre ne olivier, qui pewist destourner les Englez

et les Gascons à courir tout à leur vollenté, à cacher, à prendre

et à ochire. Et par especial il en noia ce jour plus de quatre mil,

et recordèrent li aucun pour certain que la rivierre avoit estet

vermeille dou sancg qui yssi des corps des hommes et des chevaulx. Che

jour, fu pris en très bon couvenant et durement navrés et desoubz se

bannierre, messires Ernouls d’Audrehen, marescaux de Franche, et y fist

li chevaliers merveilles d’armes de son corps, et moult vaillamment se

combati. Fºs 147 vº et 148.

Chroniques de J. Froissart, tome 07/13 · 第 21 / 36 题