LES MÊMES, BOUGRELAS se ruant dans la caverne avec ses SOLDATS.
Bougrelas:
--En avant, mes amis! Vive la Pologne!
Père Ubu:
--Oh! oh! attends un peu, monsieur le Polognard. Attends que j'en aie
fini avec madame ma moitié!
Bougrelas (_le frappant_):
--Tiens, lâche, gueux, sacripant, mécréant, musulman!
Père Ubu (_ripostant_):
--Tiens! Polognard, soûlard, bâtard, hussard, tartare, calard, cafard,
mouchard, savoyard, communard!
Mère Ubu (_le battant aussi_):
--Tiens, capon, cochon, félon, histrion, fripon, souillon, polochon!
(Les Soldats _se ruent sur_ les Ubs, _qui se défendent de leur mieux_.)
Père Ubu:
--Dieux! quels renfoncements!
Mère Ubu:
--On a des pieds, messieurs les Polonais.
Père Ubu:
--De par ma chandelle verte, ça va-t-il finir, à la fin de la fin?
Encore un! Ah! si j'avais ici mon cheval à phynances!
Bougrelas:
--Tapez, tapez toujours.
Voix au dehors:
--Vive le Père Ubé, notre grand financier!
Père Ubu:
--Ah! les voilà. Hurrah! Voilà les Pères Ubus. En avant, arrivez, on
a besoin de vous, messieurs des Finances!
(_Entrent_ les Palotins, _qui se jettent dans la mêlée_.)
Cotice:
--A la porte les Polonais!
Pile:
--Hon! nous nous revoyons, Monsieuye des Finances. En avant, poussez
vigoureusement, gagnez la porte, une fois dehors il n'y aura plus
qu'à se sauver.
Père Ubu:
--Oh! ça, c'est mon plus fort. O comme il tape.
Bougrelas:
--Dieu! je suis blessé.
Stanislas Leczinski:
--Ce n'est rien, Sire.
Bougrelas:
--Non, je suis seulement étourdi.
Jean Sobieski:
--Tapez, tapez toujours, ils gagnent la porte, les gueux.
Cotice:
--On approche, suivez le monde. Par conséquent de quoye, je vois le
ciel.
Pile:
--Courage, sire Ubu.
Père Ubu:
--Ah! j'en fais dans ma culotte. En avant, cornegidouille! Tudez,
saignez, écorchez, massacrez, corne d'Ubu! Ah! ça diminue!
Cotice:
--Il n'y en a plus que deux à garder la porte.
Père Ubu (_les assommant à coups d'ours_):
--Et d'un et de deux! Ouf! me voilà dehors! Sauvons-nous! suivez, les
autres, et vivement!