Père Ubu:
--Non, je ne veux pas, moi! Voulez-vous me ruiner pour ces bouffres?
Capitaine Bordure:
--Mais enfin, Père Ubu, ne voyez-vous pas que le peuple attend le don
de joyeux avènement?
Mère Ubu:
--Si tu ne fais pas distribuer des viandes et de l'or, tu seras
renversé d'ici deux heures.
Père Ubu:
--Des viandes, oui! de l'or, non! Abattez trois vieux chevaux, c'est
bien bon pour de tels sagouins.
Mère Ubu:
--Sagouin toi-même! Qui m'a bâti un animal de cette sorte?
Père Ubu:
--Encore une fois, je veux m'enrichir, je ne lâcherai pas un sou.
Mère Ubu:
--Quand on a entre les mains tous les trésors de la Pologne.
Capitaine Bordure:
--Oui, je sais qu'il y a dans la chapelle un immense trésor, nous le
distribuerons.
Père Ubu:
--Misérable, si tu fais ça!
Capitaine Bordure:
--Mais, Père Ubu, si tu ne fais pas de distributions le peuple ne
voudra pas payer les impôts.
Père Ubu:
--Est-ce bien vrai?
Mère Ubu:
--Oui, oui!
Père Ubu:
--Oh, alors je consens à tout. Réunissez trois millions, cuisez cent
cinquante boeufs et moutons, d'autant plus que j'en aurai aussi!
(_Ils sortent_.)