Le Roi:
--Monsieur Bougrelas, vous avez été ce matin fort impertinent avec
Monsieur Ubu, chevalier de mes ordres et comte de Sandomir. C'est
pourquoi je vous défends de paraître à ma revue.
La Reine:
--Cependant, Venceslas, vous n'auriez pas trop de toute votre famille
pour vous défendre.
Le Roi:
--Madame, je ne reviens jamais sur ce que j'ai dit. Vous me fatiguez
avec vos sornettes.
Le jeune Bougrelas:
--Je me soumets, monsieur mon père.
La Reine:
--Enfin, sire, êtes-vous toujours décidé à aller à cette revue?
Le Roi:
--Pourquoi non, madame?
La Reine:
--Mais, encore une fois, ne l'ai-je pas vu en songe vous frappant de
sa masse d'armes et vous jetant dans la Vistule, et un aigle comme
celui qui figure dans les armes de Pologne lui plaçant la couronne sur
la tête?
Le Roi:
--A qui?
La Reine:
--Au Père Ubu.
Le Roi:
--Quelle folie. Monsieur de Ubu est un fort bon gentilhomme, qui se
ferait tirer à quatre chevaux pour mon service.
La Reine & Bougrelas:
--Quelle erreur.
Le Roi:
--Taisez-vous, jeune sagouin. Et vous, madame, pour vous prouver
combien je crains peu Monsieur Ubu, je vais aller à la revue comme
je suis, sans arme et sans épée.
La Reine:
--Fatale imprudence, je ne vous reverrai pas vivant.
Le Roi:
--Venez, Ladislas, venez, Boleslas.
(_Ils sortent_. La Reine & Bougrelas _vont à la fenêtre_.)
La Reine & Bougrelas:
--Que Dieu et le grand saint Nicolas vous gardent.
La Reine:
--Bougrelas, venez dans la chapelle avec moi prier pour votre père et
vos frères.