[Note 24: Ernest Psichari ne cessait, dans ses lettres au P.

Clérissac, de s'émerveiller des joies de la vie chrétienne: «Que sont,

écrit-il le jour de la Sainte-Trinité (1913), que sont les petites

misères du corps à côté de ce rayonnement d'espérance qui nous force de

tomber à genoux, dès qu'un peu de solitude nous est laissée? Si tout le

monde savait ce qu'est la vie d'un chrétien, nous ne verrions plus de

ces malheureux qui refusent obstinément le Paradis qui leur est offert.

Que ne puis-je leur faire entrevoir et leur montrer mes larmes de joie à

chaque fois que je m'approche de mon Dieu!» Et il ajoutait: «Vous m'avez

appris, mon bien-aimé Père, qu'il n'y a, comme disait sainte Angèle,

qu'un livre à lire: la Croix. Puissé-je maintenant l'écrire, ce

même livre, mais au dedans de moi-même, pour réparer tant d'années

d'ignorance et mériter les grâces qu'il a plu à Notre Seigneur de

m'envoyer.»

Dans l'hiver de 1914, pendant qu'il achevait le _Centurion_, E. Psichari

disait à M. Paul Bourget: «C'est un tremblement que d'écrire en présence

de la Très Sainte Trinité.»]

[Note 25: Ses lettres de ce temps-là sont pleines de pareils

scrupules: «Dites-moi, écrit-il au P. Clérissac, dites-moi ce qu'il faut

que je fasse pour remercier le Bon Dieu; dites-moi comment je peux lui

rendre une partie de ce qu'il me donne, car je reçois beaucoup et ne

rends rien, de sorte que je ne suis pas loin d'être accablé par le poids

de sa miséricorde.»]

[Note 26: Le R.P. Janvier.]

[Note 27: S'il fallait juger non plus l'oeuvre, mais la personne de

Renan, Ernest Psichari n'admettait point qu'on parlât devant lui de

son grand-père sans le respect convenable. Et il pensait aussi que sa

culpabilité a été sans doute atténuée, dans une mesure que seul Dieu

peut connaître, par le fait que, pendant sa jeunesse, aucune forte

nourriture cléricale, aucune formation philosophique et théologique

vraiment sérieuse ne lui fut donnée.

La théologie dogmatique et la philosophie rationnelle étaient, au

début du XIXe siècle, complètement abandonnées par l'enseignement des

séminaires. Songeons que Renan n'eut d'autre théodicée que la pauvre

«philosophie de Lyon», oeuvre janséniste du XVIIIe siècle; puis on lui

fit lire sans discernement Thomas Reid, les Écossais, qu'on mélangeait

avec le cartésianisme mitigé du cours. Il n'étudia jamais saint Thomas,

dont la scolastique lui apparaît barbare et «enfantine», au regard de la

«scolastique cartésienne» qu'enseignaient ses professeurs. Bref, nulle

direction philosophique.

Ainsi ses maîtres cartésiens, loin de lui montrer combien la raison est

nécessaire à la foi, s'efforcèrent, au contraire, de le convaincre de ce

qu'a «_d'antichrétien la confiance en la raison_». Le jeune clerc était

passionné de recherche intellectuelle, et ils lui répondaient: «Tout ce

qu'il y a d'essentiel est trouvé», l'empêchant de mettre dans sa foi les

légitimes besoins de son intelligence. Cette dangereuse opposition entre

la science et la religion, où devait se désespérer tout le siècle, c'est

chez eux que Renan, dès l'abord, la rencontre. «Ce n'est pas la science

qui sauve les âmes.» Propos juste sans doute, mais mal entendu et qu'il

allait retourner contre ceux-là mêmes qui le formulaient.

Privée de l'intelligence qui discerne l'essence et qui maintient

l'intégrité, la foi de Renan abandonnée à elle-même et soumise aux

caprices instables du sens individuel, était exposée à toutes les

aventures. Déjà chancelante, ne trouvant plus rien où se prendre, elle

allait dégénérer en un idéalisme de plus en plus imprécis, pour aboutir

à cette négation: «Le christianisme n'est peut-être qu'une rêverie.»

Ernest Psichari voyait donc justement dans cette ignorance des

grandes disciplines intellectuelles de la science divine, de la vraie

philosophie chrétienne, une des causes des erreurs de Renan, atténuant

peut-être, dans une certaine mesure, sa responsabilité.]

[Note 28: À Paris, le R.P. Janvier avait inscrit Ernest Psichari

parmi les membres de la fraternité du Saint-Sacrement.]

[Note 29: Lettre au P. Clérissac. Là-dessus la correspondance

d'Ernest Psichari abonde en témoignages. Le jour de la Sainte-Trinité,

fête particulièrement dominicaine, il écrivait: «J'ai prié avec plus

d'ardeur que jamais pour l'Ordre auquel, vous le savez, appartient déjà

tout mon coeur.»

Et ailleurs: «Il est de toute certitude que je dois à l'intercession de

saint Dominique ce renouvellement de mon âme que j'ai si bien senti,

il y a quelques jours. Car il a coïncidé avec le moment où vous m'avez

permis, pour mon éternel bonheur, de dire l'office de l'Ordre et de

m'unir ainsi à vos prières.»

Et enfin: «Je prie pour l'Ordre dont je désirerais tant être un jour le

bien humble et bien indigne serviteur.»]

[Note 30: Lettre inédite au P. Clérissac.--Chaque page du manuscrit

du _Voyage du Centurion_ est surmontée de la croix dominicaine.]

[Note 31: Lettre inédite au P. Clérissac.]

[Note 32; Lettre inédite au P. Clérissac.]

[Note 33: Lettre inédite au P. Clérissac (8 février 1914).]

[Note 34: M. l'abbé Tournebise.]

[Note 35: M. l'abbé Bailleul, vicaire à l'église de la

Sainte-Trinité à Cherbourg.]

[Note 36: Lettre inédite au P. Clérissac.]

[Note 37: Maritain, _La Croix_, 19 novembre 1914.]

[Note 38: Dans cette même lettre à sa mère, Ernest Psichari

écrivait: «Mon commandement, si modeste qu'il soit, me donne les plus

grandes satisfactions; j'ai autour de moi une bande de gaillards très

fiers de marcher à l'ennemi et très décidés à se conduire en braves

gens.»]

[Note 39: Quelques mois auparavant, Psichari écrivait, en effet: «Il

faut que la France fasse la guerre, si elle veut reprendre complètement

sa place dans le monde.»]

[Note 40: Près de Neufchâteau (Belgique).

De ce combat du 22 août 1914, l'un des rares survivants, prisonnier en

Allemagne, a fait le beau récit que l'on va lire: «Engagés, ce jour-là,

avec les 1er et 2e marsouins, dans un pays boisé et insuffisamment

exploré par la cavalerie, lancés beaucoup trop en avant pour compter

sur aucun secours, cernés dès les premières heures de la journée par un

ennemi très supérieur en nombre, nous n'avons pu que vendre chèrement

notre vie, et c'est ce que nous avons fait. Des marsouins, quelques-uns

ont pu s'échapper, de l'artillerie personne. À sept heures du soir,

après être restés douze heures sous un feu épouvantable, il ne restait

plus qu'un charnier de notre belle artillerie divisionnaire: les canons

étaient hors de service, après avoir consommé toutes les munitions, les

chevaux étaient éventrés, la moitié du personnel était hors de

combat. Les survivants, à la nuit, étaient faits prisonniers par les

Allemands... Les hommes ont été d'une bravoure sans égale; pas un n'a

bronché. Alors qu'ils étaient sûrs d'y passer tous, pas un n'a flanché:

ils ont servi leurs pièces comme à la manoeuvre.»]

[Note 41: Nous possédons sur la mort d'Ernest Psichari plusieurs

versions différentes, entre lesquelles il ne nous appartient pas de

choisir. Le médecin-major B... la rapporte de manière assez différente:

«Le soir du 22 août, écrit-il, vers six heures, j'étais en train de

panser des blessés au poste de secours établi dans la première maison du

village de Rossignol. Cette maison, isolée des autres, était au centre

même des batteries.

«Je m'entendis appeler par le capitaine Cherrier, commandant le 3e

groupe. L'appel était si pressant, que je courus dans le couloir

au-devant du capitaine; à ce moment un fantassin allemand que je vis

agenouillé de l'autre côté de la route tira, blessant mortellement dans

l'ambulance même le capitaine déjà blessé à la jambe. Or, mon infirmier

(le canonnier Millot, de la 1re batterie) m'affirme qu'une ou deux

minutes avant il venait de voir, sur la route, devant l'ambulance, votre

fils soutenant le capitaine: ils étaient entourés, à quelques mètres,

par les Allemands qui, à ce moment, sur ce point, arrivaient presque

jusqu'à nos pièces. Les munitions épuisées, les servants tués à leur

poste, beaucoup de pièces s'étaient tues, c'était l'agonie dernière de

notre beau régiment.

«Psichari est tombé à la place même où mon infirmier venait de le voir.

«À cet instant précis le poste de secours prenait feu; je dus mettre mes

blessés à l'abri dans la cave: mais si je n'ai pu assister Psichari à

ses derniers moments, je puis cependant vous donner la certitude

qu'il n'a pas souffert et est mort dans la sérénité absolue de sa foi

chrétienne.»

Dans une autre lettre, M. le médecin-major B... revient sur la sérénité

du jeune héros à cette minute suprême:

«Mort le soir d'une défaite, Ernest Psichari n'a pas une minute

désespéré de la victoire finale, la seule qui compte. Je n'ai pu

recueillir de ses propres lèvres l'aveu de cet espoir certain: mais

cette foi dans le succès final avec laquelle nous étions tous partis, je

l'ai retrouvée le lendemain, intacte, chez tous nos blessés et, certes,

ce n'est pas Psichari, chez qui la confiance avait des assises beaucoup

plus fermes que chez beaucoup d'autres, qui eût douté, alors que

personne ne doutait. Rien n'est donc venu assombrir sa fin de soldat.

Ceux qui l'ont vu plus tard ont été frappés du calme de ses traits;

autour de ses mains était enroulé un chapelet»[f]

[Note f: Citée par M. Maurice Barrés _(Écho de Paris_, 24

décembre).]

Un témoin, aujourd'hui prisonnier en Allemagne, écrit:

«Le lieutenant Psichari est mort à mes côtés, ainsi que son capitaine.

Nous avons passé un après-midi côte à côte. C'est lui qui commandait la

pièce où je me trouvais. Le soir, à cinq heures, en voulant sauver la

pièce, il a été fauché par les mitrailleuses.»

Un autre de ses compagnons écrit:

«Au moment de sa chute, Psichari était au pas de gymnastique et

souriait. Le lieutenant de Saint-Germain se précipita immédiatement pour

le relever, mais déjà il avait cessé de vivre. Il avait été frappé d'une

balle à la tempe.»

Ernest Psichari repose maintenant sur le champ de bataille, près de la

route de Brévannes à Rossignol, aux côtés du capitaine Cherrier, de

l'aspirant Thiébaut, de deux autres officiers et de vingt-cinq de ses

canonniers. Tous ont reçu les honneurs militaires.]

TABLE

DES

MATIÈRES

_Voici nos destinées..._

_Parce qu'il savait déjà..._

_Si l'Afrique avait été le lieu..._

_Mais Dieu..._

_Notes et Documents_

End of Project Gutenberg's La vie d'Ernest Psichari, by Henri Massis

La vie d'Ernest Psichari · 第 3 / 3 段