CHAPITRE IV

C’était la fin du jour au cantonnement. Un cavalier mit pied à terre

devant la maison de paysans la plus cossue du village, qui avait à ce

moment l’honneur d’abriter la popote des officiers de la compagnie.

Grand, fort et blond, l’œil et le teint animés par la course, il avait

un air de jeunesse et d’entrain qui séduisaient au premier abord.

Comme il sortait de la poche de son dolman un paquet de lettres et de

journaux, les officiers présents tendirent les mains:

--Pour moi! pour moi! Louvigny, ici! ici!

--Il répondit en riant:

--Attrape! attrape! Il y en aura pour tout le monde! Tenez, Jacquet,

pour vous! Kéravan, mon vieux, c’est ta princesse. Claudal, deux

lettres... Roysel, avec tes armes et ta couronne, lettre du paternel...

Et deux pour moi! Les journaux, qu’on se les partage!

Une ordonnance vint annoncer au seuil de la maison que «ces messieurs

étaient servis». Mais ils étaient absorbés par la lecture de leur

courrier; cela primait tout; et le _cuistot_ dut faire mijoter encore un

quart d’heure le lapin de garenne qui courait le matin même dans le

petit bois; un coup de feu de Kéravan, grand chasseur.

Ce dernier, de même que ses camarades, avait reçu une lettre; mais, au

lieu de la dévorer, il l’avait mise tranquillement dans sa poche.

De Kéravan était un grand garçon de vingt-sept à vingt-huit ans, aux

cheveux noirs, abondants et lisses, aux yeux bleu foncé qui étonnaient

par leur regard profond, d’une timidité farouche, sur lesquels

s’abaissaient très vite les paupières, sur un heurt, une parole vive.

Kéravan appartenait à la vieille souche bretonne. De sa race, il tenait

la volonté énergique, l’endurance à la peine, l’obstination têtue, les

convictions religieuses, le courage simple... et rarement--quelques

privilégiés, seuls--apercevaient en lui une très fine et très ombrageuse

sensibilité. Certains hommes de sa compagnie aussi le connaissaient sous

ce jour--généralement les plus déshérités, les malheureux. Ces derniers

le nommaient entre eux affectueusement: «le petit père Kéravan».

Lorsqu’un soldat allait mourir, c’était lui parmi les autres officiers

qu’on allait prévenir. Lui seul était capable de recevoir les dernières

recommandations, les souvenirs, les bouts de lettres maculés de terre et

de sang qu’il fallait envoyer aux familles avec un mot ému, des

délicatesses pour annoncer les tristes nouvelles...

Kéravan était encore le seul qui savait dire, sans livre, les prières

des agonisants, quand le prêtre ne pouvait venir. Lui seul trouvait, à

la minute suprême, les paroles qui réconfortent.

On avait confiance en lui.

Si, au moment des attaques, les regards se portaient avec ensemble sur

le lieutenant de Louvigny, commandant de compagnie, les plus faiblards

pensaient:

--Le petit père Kéravan est là, à côté, quand on y sera (dans la

tranchée ennemie) il se battra avec nous.

Et ils se redressaient... rassurés.

C’était, à cette popote, devant le lapin sauté du cuistot Bertrand, un

joyeux quintette, tous anciens de l’École, sauf Jacquet et Claudal.

Le premier avait passé par les rangs et monté rapidement en grade depuis

les premiers jours de la guerre où il s’était distingué sur la Marne.

De Roysel, irréprochable, astiqué comme à la parade, ce qui ne

l’empêchait pas, disaient ses hommes, d’en «mettre un coup» quand il le

fallait.

Claudal, avocat, beau parleur, détonait un peu dans ce milieu de

soldats.

Et enfin Louvigny, plus jeune que les autres, et déjà commandant de

compagnie en remplacement des anciens, tués.

Il avait fait la Marne, il s’était battu dans la Somme, dans l’Aisne, et

maintenant en Champagne, n’attrapant jamais que des blessures

insignifiantes pour lesquelles il refusait de se faire évacuer.

Il avait gagné sa Croix de guerre et sa Légion d’honneur à force de

bravoure entraînante et de mépris de la mort.

Malgré son air sérieux, Kéravan montrait dans l’intimité joyeuse de ces

repas en commun une pointe d’esprit qui souvent frappait juste; il avait

une manière à lui de jeter son mot piquant dans la conversation quand il

était en belle humeur.

Alors ses camarades déclaraient:

--Voilà l’homme sérieux qui s’émancipe!

A cause de la distribution des lettres, on parla de Paris, de ses

plaisirs... presque tous en étaient ou y avaient vécu, ils

s’intéressaient avec passion à ce qui s’y passait, revoyant toujours

dans leurs souvenirs le Paris d’avant guerre, pimpant, bruyant et

lumineux.

Entre ces cinq hommes de conditions diverses, la guerre avait fait

disparaître l’inégalité des positions sociales.

Dans la vie civile, Jacquet pouvait être le fils d’un gros directeur

d’usine; Claudal, l’avocat élégant des causes parisiennes; Kéravan,

modeste propriétaire provincial de vieille famille sans éclat, et Roysel

et Louvigny des jeunes gens riches et titrés appartenant à la plus haute

société. Ici, dans ce trou de village, à six kilomètres des Boches, ils

n’étaient que cinq camarades que les dangers affrontés en commun et la

vie hasardeuse avaient unis, plus que l’eussent fait vingt ans de vie

civile, parmi les conventions et les barrières sociales.

C’était vraiment l’union sacrée, dans toute sa beauté.

Louvigny, bavard, amusant, présidait, découpait, servait, sans oublier

de soigner son robuste appétit.

--Tu es gai, tu as reçu de bonnes nouvelles? lui dit de Kéravan.

--Deux lettres, l’une de mon vénéré oncle, le général, l’autre d’une

belle inconnue.

--Belle, fit Jacquet, puisqu’elle est inconnue, tu le supposes?

--C’est pourquoi rien ne m’interdit de l’imaginer aussi belle que Vénus!

--Que te dit ton oncle? s’informa Kéravan. Comment se porte-t-il? Quel

brave homme c’était de mon temps! Je me demande s’il se souviendrait de

moi?

--Comment donc! Il se souvient de tous! Une mémoire! Et solide pour son

âge... droit comme un piquet! C’est un beau vieillard; je vous en

souhaite à tous autant!

Roysel laissa tomber du haut de son cou:

--Peu probable, mon cher, que ces messieurs d’en face nous permettent

d’en arriver là.

Louvigny reprit:

--Mon oncle est parti en tournée d’inspection. Il m’avertit qu’il

m’écrira à peine deux ou trois fois... Trop occupé, mais!... Suivez-moi

bien: le cher homme m’annonce qu’il sera avantageusement remplacé par

une certaine personne dont je dois reconnaître le nom, car je l’ai

connue dans ma prime jeunesse.

--Au maillot?

--Il paraît que nous avons joué ensemble! Il m’engage à répondre dans le

plus bref délai à la personne en question; il espère que notre

correspondance deviendra des plus actives et ajoute qu’il ne peut en

sortir pour moi rien que d’excellent et d’agréable... Maintenant,

messieurs, les paris sont ouverts: est-ce un homme? est-ce une femme?

--Tu n’as pas la plus légère idée?

--Pas la moindre!

--C’est un cachottier, ton vieil oncle, dit Jacquet; il l’est presque

autant que notre petit père Kéravan qui dissimule dans sa poche le

dernier poulet de sa princesse.

Kéravan changea de visage; il prit un air gêné et ennuyé qui fit dire à

Louvigny, toujours prêt à défendre son ami:

--Laisse-le donc tranquille avec sa princesse, puisqu’il ne veut pas en

parler!

Kéravan, pour rompre les chiens, sourit au jeune lieutenant et lui

demanda:

--Et toi, Hubert, tu nous as annoncé deux lettres. Que te dit la belle

inconnue?

Louvigny fredonna: «Un ange, une femme inconnue», en sortant de sa poche

une enveloppe froissée sur laquelle s’étalait une écriture droite et

élégante.

--Voici: «Monsieur l’officier.»

--Une femme du monde, plaisanta Roysel.

--Une ouvrière, dit Claudal.

--«Un de mes amis, que vous connaissez...» Elles commencent toujours par

là, seulement l’ami, on le connaît, c’est la petite annonce de trois

lignes que j’ai fait paraître, il y a quinze jours, dans l’_Œuvre des

marraines du poilu_; elle tombe mal, tous mes hommes sont déjà pourvus.

Mes amis, la jeune demoiselle est en quête d’un filleul..., qui en veut?

Qui en veut?

Le jeune homme élevait la lettre en l’air et la tendait aux autres

convives qui refusaient en souriant, d’un: «Occupé! occupé!»

Kéravan, le dernier, la prit et, pendant qu’il la parcourait, son ami

lui dit à demi-voix:

--Il y a dans le milieu une phrase sur la prière de tous les matins...

c’est gentil! Tu sais, Hervé, je crois que cette petite marraine-là

ferait bien ton affaire!

--Mais c’est à toi qu’elle écrit, protesta l’officier, ton adresse est

très bien mise. Pourquoi ce qu’elle te dit ne serait-il pas vrai?

--En effet! s’écria Claudal, frappé d’un trait de lumière, ne serait-ce

point la personne mystérieuse que t’annonce ton oncle?

--Tu oublies que je dois reconnaître son nom, or, je n’ai jamais même

entendu celui-ci.

Kéravan regarda au bas de la lettre.

--Un petit nom tout simple, dit-il, «Rose Perrin».

--Rose Perrin, répéta Louvigny, cherchant dans ses souvenirs, non, je

n’ai jamais entendu ce nom-là... Occupe-t’en, Kéravan!

Le Breton mit la lettre dans sa poche en disant:

--En tout cas, il est facile de lui procurer un filleul; plusieurs

hommes de ma compagnie se sont fait inscrire...

--Ne l’offre pas au grand Plisson, Victor, il en a quatorze, ce

mâtin-là, les colis pleuvent sur lui, et déjà trois d’entre elles l’ont

demandé en mariage!...

Après une dernière tournée d’inspection, Kéravan remonta dans la chambre

du premier étage qu’il partageait avec Louvigny.

En fait de meubles, deux étroites couchettes sans matelas, une table à

trois pieds qui tenait contre le mur par un miracle d’équilibre et deux

chaises dépaillées.

En guise d’ornements, Louvigny avait eu l’idée de recouvrir les murs de

gravures découpées dans des journaux illustrés, ce qui produisait une

galerie de portraits et des effets de couleur saisissants.

Ils se sentaient là chez eux, bien que jamais sûrs d’y revenir après

chaque voyage à l’avant.

Qu’importe!

Ils y dormaient, sans souci des marmites, de lourds sommeils d’enfants.

Louvigny s’était couché de bonne heure, après une partie de piquet avec

Roysel; il dormait déjà quand Hervé rentra, fatigué.

Mais avant de s’étendre sur ses fils de fer, le sous-lieutenant vint

s’asseoir devant la table.

C’était le moment qu’il avait attendu pour prendre connaissance de sa

mystérieuse missive, celle de «sa princesse». Penché sur un grossier

papier de cuisine, l’officier déchiffra péniblement cette épître dont

nous corrigeons l’orthographe:

«MONSIEUR HERVÉ,

«C’est pour vous dire que Mme la baronne va bien. Je lui donne des œufs

à la coque, ça passe toujours. Nous avons des nouvelles poules sur le

balcon, elles vont bien. L’autre soir, on a rapporté à Mme la baronne

qu’on s’était battu en Champagne et j’ai été mettre un cierge à

Notre-Dame-des-Victoires à votre intention.

«Rien d’autre à vous mander, monsieur Hervé; madame vous fait répéter

qu’elle n’a besoin de rien et que tout va bien.

«Elle vous embrasse, et moi, cher monsieur Hervé, cher enfant que j’ai

vu naître, je vous dis que le bon Dieu vous préserve et vous ramène

bientôt.

«Votre fidèle servante,

«CORENTINE.»

«_P. S._--Madame n’a pas payé le loyer, mais la propriétaire ne nous

tourmente pas.»

Kéravan sourit, content, tout allait bien. Ce loyer arriéré, il s’en

occuperait à sa prochaine permission.

Il revit en pensée le modeste salon de l’avenue Malakoff avec ses vieux

meubles de province, son petit piano droit devant lequel il avait passé

tant d’heures heureuses, et la tapisserie ancienne qu’il avait fait

porter de Kirvanac’h en s’installant à Paris: _Anne de Bretagne et

Charles VIII fiancés_... Il avait senti le besoin, chez lui, de ce

rappel de sa Bretagne.

Il revit encore, devant la porte-fenêtre du balcon où picoraient les

poules, la chère aveugle, assise dans sa bergère, cherchant le soleil et

levant son visage ridé aux paupières fermées, vers les rayons du jour

qu’elle ne voyait plus.

C’était afin que son aïeule, sa dernière et plus proche parente,--avec

ses trois sœurs, toutes mariées,--afin que l’infirme fût environnée

d’air et de lumière que le jeune homme avait choisi, en arrivant à

Paris, ce petit appartement de l’avenue Malakoff, bien exposé, assez

confortable et d’un prix modéré.

Ils n’étaient pas riches, tirant toutes leurs ressources de leur domaine

de Kirvanac’h, en Morbihan, tout l’argent liquide dont les enfants

avaient hérité de leur père, disparu en mer dix ans auparavant, ayant

servi à doter Mlles de Kéravan, qui auraient couru grand risque de

rester filles.

Elles étaient bien mariées, heureuses dans leur Bretagne, où elles

élevaient des nichées d’enfants; elles s’intéressaient de loin au succès

de leur unique frère, parti à Paris pour compléter sa préparation à

Saint-Cyr.

La baronne douairière de Kéravan avait tenu à accompagner son

petit-fils.

Pour la sainte femme, Paris représentait la Babylone moderne où les

garçons sans foyer perdent irrémédiablement leur foi, leur âme et leur

santé.

Elle s’était décidée, non sans peine, à quitter son manoir et la baie

d’où elle avait vu partir pour la dernière fois son fils, le père

d’Hervé, que l’Océan n’avait jamais rendu.

Depuis, lentement, la cataracte s’était étendue sur ses pupilles qui

avaient trop pleuré et pour la pauvre femme, l’éternelle nuit avait

commencé.

Telle qu’elle était, âgée, faible, aveugle, Mme de Kéravan s’était

sentie de force à lutter contre les enchantements pernicieux de la

capitale.

Et de fait, durant ses années d’école, son petit-fils n’avait point

goûté de plaisir plus vif que celui qu’il prenait auprès d’elle, les

dimanches, lorsqu’il lui faisait la lecture, ou l’obligeait dans les

beaux jours à sortir dans les avenues, à s’en aller à son bras, à petits

pas, jusqu’au bois de Boulogne.

C’étaient les jours de fête de l’aveugle. Et aussi de ce grand garçon

qui savait qu’il était la joie, les yeux, la vie de l’infirme.

A cause d’elle, il s’était tenu à l’écart des tentations de la vie

parisienne et il avait gardé intacte son âme bretonne, inaccessible

comme le granit de ses grèves, sentimentale et poétique comme ses

vieilles légendes.

Ayant lu la lettre hebdomadaire de la servante, les yeux d’Hervé

tombèrent sur l’autre enveloppe qu’il avait sortie en même temps...

C’était la lettre de la personne qui demandait un filleul.

Il la relut avec soin, quelque chose dans le style simple, dans

l’écriture souple, hardie, l’attirait.

Il voyait tous ses camarades s’amuser à entretenir des correspondances

plus ou moins sérieuses avec des soi-disant marraines, et l’idée ne lui

était point venue de les imiter.

Par principe, il s’écartait de ce qui pouvait devenir une occasion de

dépense...

Ce n’était pas tout que de correspondre. On faisait souvent connaissance

au temps des permissions, et il devenait difficile de ne pas se laisser

entraîner par ces marraines si séduisantes.

Pourtant, celle-ci paraissait modeste... Le milieu de la lettre avec sa

phrase naïve et pieuse le rassurait... cela ne lui paraissait pas si

effrayant...

--Si j’essayais? murmura-t-il.

Un mouvement derrière lui le fit retourner.

Il vit Hubert, assis sur son lit, qui le regardait.

--Tu es rentré tard!... fit-il en bâillant, que dit-elle, ta princesse?

--Que tout va bien. Mais, dis... mon vieux, parlons d’autre chose; cela

ne te contrarie pas de me céder cette lettre que tu as reçue ce soir?

--Qu’est-ce que tu veux que ça me fasse? Toi ou un autre? Est-ce que je

la connais, cette Blanche Perrin?

--Rose... Rose Perrin!

--Rose ou Blanche, je m’en moque! Écris-lui donc, on verra qui c’est.

--Ce qui m’ennuie, c’est que sa première phrase indique bien que c’est à

toi qu’elle s’adresse, et il est fort possible que, voyant que tu ne lui

réponds pas, toi, Louvigny... elle ne réponde pas non plus...

--Eh bien! c’est très facile: signe de mon nom!

--Oh! quelle idée, mon cher; cela ne se fait pas!

--Mon pauvre Hervé, tu ne seras jamais de ton temps!... Quand je te

regarde, je cherche toujours où tu as posé ton armure. Sois jeune, que

diable! Penses-tu que ces choses-là ont une grande importance?... Une

personne qu’on ne connaît pas!... Que tu ne verras sans doute jamais.

C’est dit! Tu vas lui écrire, tout de suite!... Et si tu crains qu’elle

ne réponde pas, signe carrément de mon nom! A cette distance, elle n’y

verra que du feu! Tu sais... pour les dangers que tu lui feras courir...

Ah! mon vieux, tu ne t’emballes pas, toi! non...

Hervé se fit encore prier, mais comme il avait, dans le fond, bonne

envie d’écrire, il se décida et dit tout à coup:

--Voyons, toi qui es au courant? Dirons-nous madame ou mademoiselle?

--Mademoiselle. Si c’est une jeune fille, ça tombera bien, si c’est une

vieille dame, ça la flattera.

Hervé écrivit:

«MADEMOISELLE,

«Je suis charmé de la bonne pensée que vous avez eue de vous adresser à

moi pour vous aider à choisir un filleul.

--«Il s’agirait cependant de s’entendre, souffla Hubert de son lit, et

de savoir ce que vous désirez: si c’est un filleul des pays envahis,

j’en aurai quelques-uns à vous proposer, très dignes d’intérêt, si,

comme certaines expressions de votre lettre me le font supposer, vous

cherchez un correspondant...»

--Tu ne trouves pas que c’est aller bien vite?...

--Tiens! tu me fais hausser les épaules!... arrange-toi!

«... c’est-à-dire un combattant sans famille, privé de recevoir de temps

à autre un mot de sympathie, continua Hervé, j’avoue, mademoiselle, que

je suis moi-même dans ce dernier cas, et je me mettrai volontiers sur

les rangs... trop heureux, si...»

--Aide-moi, Hubert, «trop heureux, si...»

--Ah! tu vois, tu ne t’en tires pas! Marche:

«... Trop heureux, si vous consentez à vouloir bien faire de moi le plus

dévoué et le plus reconnaissant des filleuls...

«Agréez, mademoiselle, mes respectueux hommages.

--Et signe: «H. DE LOUVIGNY.»

--C’est fait.

--Attends, dit Hubert, il faut penser à tout. Ajoute: «Au cas où vous

consentiriez à m’agréer comme correspondant, ayez l’obligeance de me

donner sur vous-même quelques précisions. Je répondrai volontiers aux

questions que vous voudrez bien m’adresser...»

--Après cela, est-ce tout?

--Après cela, mon vieux, tu peux souffler la chandelle qui coule, et je

te souhaite une bonne nuit! dit le comte de Louvigny en se retournant du

côté du mur.

Rose Perrin · 第 16 / 42 题