Il faut reconnaître que la vogue de la _Sophonisbe_ de Corneille ne dura

pas. Elle «n'eut, dit Voltaire, qu'un médiocre succès, et la

_Sophonisbe_ de Mairet continua à être représentée[600].» L'examen

comparatif de ces deux pièces, qui fournissait un piquant sujet de

discussion littéraire, fut repris assez fréquemment. Le _Mercure_ de

mars et d'avril 1708 avait proposé d'indiquer «d'où est venu le mauvais

succès de la _Sophonisbe_ de Mairet.» Dans le numéro de janvier 1709 on

répondit à cette question par une dissertation très-favorable à

Corneille, mais trop peu sérieuse. Enfin, en 1801 un _Examen des_

Sophonisbes _de Mairet, de Corneille et de Voltaire_, par Clément,

paraissait dans le _Tableau annuel de la littérature_. La _Sophonisbe_

de Voltaire, dont il s'agit dans cette dernière dissertation, est un

remaniement assez malheureux de la _Sophonisbe_ de Mairet, comme nous

l'expliquerons plus au long dans notre _Appendice_.

[566] Pour l'histoire des diverses _Sophonisbes_, voyez ci-après

l'_Appendice_ II, p. 553 et suivantes.

[567] Édition de la Haye, 1722, p. 144.

[568] Voyez tome III, p. 41-43.

[569] Voyez ci-après l'avis _Au lecteur_, p. 460 et suivantes.

[570] Donneau de Visé, _Nouvelles nouvelles_, 3e partie, p. 166.

[571] Ces deux mots sont imprimés en petit texte au bout du vers.

[572] 3 février 1663, no 15, p. 119.

[573] _Recueil de dissertations...._ publié par Granet, tome I,

p. 135.

[574] _Ibidem_, p. 160 et 161.

[575] _Ibidem_, p. 196.

[576] Voyez p. 453.

[577] Voyez ci-dessus la Notice de _Sertorius_, p. 353 et 355.

[578] Voyez tome III, p. 13, note 1.

[579] Voyez tome III, p. 15, note 2.

[580] Voyez tome II, p. 427, notes 2 et 3, et tome IV, p. 126.

[581] Ce sont deux tragédies de Thomas Corneille, représentées la

première en 1658, la seconde en 1660.

[582] Les deux suivantes, Herminie et Barcée, ont le titre de

_dames d'honneur_, même dans la première édition. Voyez

ci-dessus, p. 134, note 228.

[583] _Recueil de dissertations...._ publié par Granet, tome I,

p. 171.

[584] Voyez tome II, p. 337.

[585] _Recueil de dissertations...._ publié par Granet, tome I,

p. 124.

[586] Acte IV, scène II, vers 1146.

[587] Voyez tome III, p. 18, et ci-dessus, p. 229.

[588] _Recueil de dissertations...._ publié par Granet, tome I,

p. 128.

[589] Voyez ci-après, p. 459.

[590] _Recueil de dissertations...._ publié par Granet, tome I,

p. 153.

[591] Voyez tome V, p. 508 et 509.

[592] Scène II.

[593] Comparez tome II, p. 8 et 9.

[594] _Recueil_ de l'abbé Granet, tome I, p. 132 et 133.

[595] Réimprimées dans le _Recueil_ de Granet, tome I, p. 134 et

suivantes.

[596] _Paris, Barbin_, 1663. Réimprimée dans le _Recueil_ de

Granet, tome I, p. 154 et suivantes.

[597] Scène V.

[598] Voyez tome III, p. 254.

[599] Sans lieu ni date, in-12. Cette lettre est réimprimée dans

le _Recueil_ de l'abbé Granet, tome I, p. 195 et suivantes.

[600] Remarques en tête de l'acte II de la _Sophonisbe_ de

Corneille.--A la _Sophonisbe_ de Corneille succédèrent d'autres

ouvrages sur le même sujet; aucun d'eux ne s'est maintenu au

théâtre. Voyez ci-après l'_Appendice_ II, p. 564.

AU LECTEUR[601].

Cette pièce m'a fait connoître qu'il n'y a rien de si pénible que de

mettre sur le théâtre un sujet qu'un autre y a déjà fait réussir; mais

aussi j'ose dire qu'il n'y a rien de si glorieux quand on s'en acquitte

dignement. C'est un double travail d'avoir tout ensemble à éviter les

ornements dont s'est saisi celui qui nous a prévenus, et à faire effort

pour en trouver d'autres qui puissent tenir leur place. Depuis trente

ans que M. Mairet a fait admirer sa _Sophonisbe_[602] sur notre théâtre,

elle y dure encore; et il ne faut point de marque plus convaincante de

son mérite que cette durée, qu'on peut nommer une ébauche ou plutôt des

arrhes de l'immortalité qu'elle assure à son illustre auteur; et

certainement il faut avouer qu'elle a des endroits inimitables et qu'il

seroit dangereux de retâter après lui. Le démêlé de Scipion avec

Massinisse, et les désespoirs[603] de ce prince[604], sont de ce

nombre: il est impossible de penser rien de plus juste, et

très-difficile de l'exprimer plus heureusement. L'un et l'autre sont de

son invention: je n'y pouvois toucher sans lui faire un larcin; et si

j'avois été d'humeur à me le permettre, le peu d'espérance de l'égaler

me l'auroit défendu. J'ai cru plus à propos de respecter sa gloire et

ménager la mienne[605], par une scrupuleuse exactitude à m'écarter de sa

route, pour ne laisser aucun lieu de dire, ni que je sois demeuré

au-dessous de lui, ni que tendu m'élever au-dessus, puisqu'on ne peut

faire aucune comparaison entre des choses où l'on ne voit aucune

concurrence. Si j'ai conservé les circonstances qu'il a changées, et

changé celles qu'il a conservées, ça été par le seul dessein de faire

autrement, sans ambition de faire mieux. C'est ainsi qu'en usoient nos

anciens, qui traitoient d'ordinaire les mêmes sujets. La mort de

Clytemnestre en peut servir d'exemple; nous la voyons encore chez

Eschyle, chez Sophocle, et chez Euripide, tuée par son fils Oreste[606];

mais chacun d'eux a choisi de diverses manières pour arriver à cet

événement, qu'aucun[607] des trois n'a voulu changer, quelque cruel et

dénaturé qu'il fût; et c'est sur quoi notre Aristote en a établi le

précepte[608]. Cette noble et laborieuse émulation a passé de leur

siècle jusqu'au nôtre, au travers de plus de deux mille ans qui les

séparent. Feu M. Tristan a renouvelé _Mariane_[609] et _Panthée_[610]

sur les pas du défunt sieur Hardy. Le grand éclat que M. de Scudéry a

donné à sa _Didon_ n'a point empêché que M. de Boisrobert n'en ait fait

voir une autre trois ou quatre ans après[611], sur une disposition qui

lui en avoit été donnée, à ce qu'il disoit, par M. l'abbé d'Aubignac. A

peine la _Cléopatre_ de M. de Benserade a paru, qu'elle a été suivie du

_Marc Antoine_ de M. Mairet[612], qui n'est que le même sujet sous un

autre titre. Sa _Sophonisbe_ même n'a pas été la première qui aye

ennobli les théâtres des derniers temps: celle du Tricin[613] l'avoit

précédée en Italie, et celle du sieur de Mont-Chrestien en France[614];

et je voudrois que quelqu'un se voulût divertir à retoucher _le Cid_ ou

_les Horaces_[615], avec autant de retenue pour ma conduite et mes

pensées que j'en ai eu pour celles de M. Mairet.

Vous trouverez en cette tragédie les caractères tels que chez Tite

Live[616]; vous y verrez Sophonisbe avec le même attachement aux

intérêts de son pays, et la même haine pour Rome qu'il lui attribue. Je

lui prête un peu d'amour; mais elle règne sur lui, et ne daigne

l'écouter qu'autant qu'il peut servir à ces passions dominantes qui

règnent sur elle, et à qui elle sacrifie toutes les tendresses de son

cœur, Massinisse, Syphax, sa propre vie[617]. Elle en fait son unique

bonheur, et en soutient la gloire avec une fierté si noble et si élevée,

que Lélius est contraint d'avouer lui-même qu'elle méritoit d'être née

Romaine. Elle n'avoit point abandonné Syphax après deux défaites; elle

étoit prête de[618] s'ensevelir avec lui sous les ruines de sa capitale,

s'il y fût revenu s'enfermer avec elle après la perte d'une troisième

bataille; mais elle vouloit qu'il mourût plutôt que d'accepter

l'ignominie des fers et du triomphe où le réservoient les Romains; et

elle avoit d'autant plus de droit d'attendre de lui cet effort de

magnanimité, qu'elle s'étoit résolue à prendre ce parti pour elle, et

qu'en Afrique c'étoit la coutume des rois de porter toujours sur eux du

poison très-violent, pour s'épargner la honte de tomber vivants entre

les mains de leurs ennemis[619]. Je ne sais si ceux qui l'ont blâmée de

traiter avec trop de hauteur ce malheureux prince après sa disgrâce ont

assez conçu la mortelle horreur qu'a dû exciter en cette grande âme la

vue de ces fers qu'il lui apporte à partager; mais du moins ceux qui ont

eu peine à souffrir qu'elle eût deux maris vivants ne se sont pas

souvenus que les lois de Rome vouloient que le mariage se rompît par la

captivité[620]. Celles de Carthage nous sont fort peu connues; mais il y

a lieu de présumer, par l'exemple même de Sophonisbe, qu'elles étoient

encore plus faciles à ces ruptures. Asdrubal, son père, l'avoit mariée à

Massinisse avant que d'emmener ce jeune prince en Espagne, où il

commandoit les armées de cette république; et néanmoins, durant le

séjour qu'ils y firent, les Carthaginois la marièrent de nouveau à

Syphax, sans user d'aucune formalité ni envers ce premier mari, ni

envers ce père, qui demeura extrêmement surpris et irrité de l'outrage

qu'ils avoient fait à sa fille et à son gendre. C'est ainsi que mon

auteur appelle Massinisse[621], et c'est là-dessus que je le fais se

fonder ici pour se ressaisir de Sophonisbe sans l'autorité des Romains,

comme d'une femme qui étoit déjà à lui, et qu'il avoit épousée avant

qu'elle fût à Syphax.

On s'est mutiné toutefois contre ces deux maris; et je m'en suis étonné

d'autant plus que l'année dernière je ne m'aperçus point qu'on se

scandalisât de voir, dans le _Sertorius_, Pompée mari de deux femmes

vivantes, dont l'une venoit chercher un second mari aux yeux même de ce

premier[622]. Je ne vois aucune apparence d'imputer cette inégalité de

sentiments à l'ignorance du siècle, qui ne peut avoir oublié en moins

d'un an cette facilité que les anciens avoient donnée aux divorces, dont

il étoit si bien instruit alors; mais il y auroit quelque lieu de s'en

prendre à ceux qui sachant mieux la _Sophonisbe_ de M. Mairet que celle

de Tite Live, se sont hâtés de condamner en la mienne tout ce qui

n'étoit pas de leur connoissance, et n'ont pu faire cette réflexion, que

la mort de Syphax étoit une fiction de M. Mairet, dont je ne pouvois me

servir sans faire un pillage sur lui, et comme un attentat sur sa

gloire[623]. Sa _Sophonisbe_ est à lui: c'est son bien, qu'il ne faut

pas lui envier; mais celle de Tite Live est à tout le monde. Le Tricin

et Mont-Chrestien, qui l'ont fait revivre avant nous, n'ont assassiné

aucun des deux rois: j'ai cru qu'il m'étoit permis de n'être pas plus

cruel, et de garder la même fidélité à une histoire assez connue parmi

ceux qui ont quelque teinture des livres, pour nous convier à ne la

démentir pas[624].

J'accorde qu'au lieu d'envoyer du poison à Sophonisbe, Massinisse devoit

soulever les troupes qu'il commandoit dans l'armée, s'attaquer à la

personne de Scipion, se faire blesser par ses gardes, et tout percé de

leurs coups, venir rendre les derniers soupirs aux pieds de cette

princesse: c'eût été un amant parfait, mais ce n'eût pas été Massinisse.

Que sait-on même si la prudence de Scipion n'avoit point donné de si

bons ordres qu'aucun de ces emportements ne fût en son pouvoir? Je le

marque assez pour en faire naître quelque pensée en l'esprit de

l'auditeur judicieux et désintéressé, dont je laisse l'imagination libre

sur cet article. S'il aime les héros fabuleux, il croira que Lélius et

Éryxe, entrant dans le camp, y trouveront celui-ci mort de douleur, ou

de sa main. Si les vérités lui plaisent davantage, il ne fera aucun

doute qu'il ne s'y soit consolé aussi aisément que l'histoire nous en

assure[625]. Ce que je fais dire de son désespoir à Mézétule[626]

s'accommode avec l'une et l'autre de ces idées; et je n'ai peut-être

encore fait rien de plus adroit pour le théâtre, que de tirer le rideau

sur des déplaisirs qui devoient être si grands, et eurent si peu de

durée.

Quoi qu'il en soit, comme je ne sais que les règles d'Aristote et

d'Horace, et ne les sais pas même trop bien, je ne hasarde pas

volontiers en dépit d'elles ces agréments surnaturels et miraculeux, qui

défigurent quelquefois nos personnages autant qu'ils les embellissent,

et détruisent l'histoire au lieu de la corriger. Ces grands coups de

maître passent ma portée; je les laisse à ceux qui en savent plus que

moi; et j'aime mieux qu'on me reproche d'avoir fait mes femmes trop

héroïnes, par une ignorante et basse affectation de les faire ressembler

aux originaux qui en sont venus jusqu'à nous, que de m'entendre louer

d'avoir efféminé mes héros par une docte et sublime complaisance au goût

de nos délicats[627], qui veulent de l'amour partout, et ne permettent

qu'à lui de faire auprès d'eux la bonne ou mauvaise fortune de nos

ouvrages.

Éryxe n'a point ici l'avantage de cette ressemblance qui fait la

principale perfection des portraits: c'est une reine de ma façon, de qui

ce poëme reçoit un grand ornement, et qui pourroit toutefois y passer en

quelque sorte pour inutile, n'étoit qu'elle ajoute des motifs

vraisemblables aux historiques, et sert tout ensemble d'aiguillon à

Sophonisbe pour précipiter son mariage, et de prétexte aux Romains pour

n'y point consentir. Les protestations d'amour que semble lui faire

Massinisse au commencement de leur premier entretien[628] ne sont qu'un

équivoque[629], dont le sens caché regarde cette autre reine. Ce qu'elle

y répond fait voir qu'elle s'y méprend la première; et tant d'autres ont

voulu s'y méprendre après elle, que je me suis cru obligé de vous en

avertir.

Quand je ferai joindre cette tragédie à mes recueils, je pourrai

l'examiner plus au long, comme j'ai fait les autres[630]; cependant je

vous demande pour sa lecture un peu de cette faveur qui doit toujours

pencher du côté de ceux qui travaillent pour le public, avec une

attention sincère qui vous empêche d'y voir ce qui n'y est pas, et vous

y laisse voir tout ce que j'y fais dire.

[601] Cet avertissement n'a le titre: _Au lecteur_, que dans

l'édition originale (1663). Voyez ci-dessus, p. 357, note 454.

[602] Voyez ci-dessus, la _Notice_, p. 449, et ci-après

l'_Appendice_ II, p. 557 et suivantes.

[603] Thomas Corneille (1692) et Voltaire (1764) donnent «le

désespoir,» pour «les désespoirs.»

[604] Voyez la _Sophonisbe_ de Mairet, acte IV, scène V, et acte

V, scènes II et III, VIII et IX. Voyez ci-après, dans la seconde

partie de l'_Appendice_, l'analyse de la _Sophonisbe_ de Mairet,

et particulièrement les p. 562 et 564.

[605] Dans les éditions de Thomas Corneille et de Voltaire: «et

de ménager la mienne.»

[606] Dans _les Choéphores_ d'Eschyle, l'_Électre_ de Sophocle,

et l'_Électre_ d'Euripide.--Les deux éditions de 1668 et de 1682

ont étrangement défiguré le nom de ce dernier poëte: elles en ont

fait _Euripidie_.

[607] Les éditions de 1668 et 1682 ne font pas l'élision, et

donnent: «que aucun.»

[608] Voyez tome I, p. 77 et 78.

[609] La _Mariane_ de Hardy, imprimée en 1625, paraît avoir été

jouée dès 1610; celle de Tristan a été représentée avec un grand

succès en 1636. Voyez tome I, p. 48 et 49.

[610] Corneille aurait pu citer un nombre beaucoup plus grand

d'ouvrages sur ce même sujet de Panthée, mais il a voulu se

borner à rappeler ceux qui avaient une certaine importance. Les

frères Parfait, forcés à plus d'exactitude, parlent de six pièces

sous ce titre:

1º _Panthée, tragedie prise du grec de Xenophon, mise en ordre_

par Caye Jules de Guersens. A Poitiers, par les Bouchetz, 1571.

Dans l'Epître dédicatoire, cet ouvrage est attribué par de

Guersens à Mme et à Mlle des Roches.

2º _Panthée_, tragédie d'Alexandre Hardy, jouée en 1604 et

imprimée en 1624.

3º _Panthée ou l'Amour conjugal_, tragédie de Guérin de la

Dorouvière, avocat d'Angers, représentée en 1608.

4º _Panthée_, tragédie de Claude Billard de Courgenay.

5º _Panthée_, tragédie par M. Tristan, représentée en 1637. Dans

l'avis intitulé: _A qui lit_, qui figure en tête de cette pièce,

l'auteur reconnaît qu'elle est inférieure à _Mariane_, parce qu'il

l'a écrite étant malade. «Elle s'est sentie, ajoute-t-il, du

funeste coup dont le théâtre du Marais saigne encore, et prit part

en la disgrâce d'un personnage dont elle attendoit un merveilleux

ornement. Il est aisé de deviner que c'est de l'accident du

célèbre Mondory qu'elle a reçu ce préjudice.... Sans cette espèce

d'apoplexie dont il n'est pas encore guéri parfaitement, il auroit

fait valoir Araspe aussi bien qu'Hérode[610-a]....»

6º _Panthée_, tragédie de M. d'Urval, représentée en 1638.

[610-a] Suivant les frères Parfait, il y a eu six ans d'intervalle

entre ces deux pièces, traitées d'ailleurs, comme le titre de la

dernière suffit à l'indiquer, d'une manière fort différente. La

_Didon_ de Scudéry paraît avoir été jouée en 1636; l'auteur de la

_Voix publique à M. de Scudéry sur les Observations du Cid_ fait

allusion au peu de succès de cet ouvrage. La tragédie de

Boisrobert intitulée: _La vraie Didon, ou Didon la chaste_, n'est

que de 1642. Avant ces deux pièces, quatre autres avaient déjà

été composées sur le même sujet: _Didon se sacrifiant_, tragédie

d'Étienne Jodelle en 1552; une tragédie non imprimée de Gabriel

le Breton; une autre de Guillaume de la Grange, jouée et imprimée

à Lyon en 1582; enfin, en 1603, _Didon se sacrifiant_, de Hardy.

[611] Voyez tome I, p. 49, note 2.

[612] Corneille se méprend ici et intervertit l'ordre dans lequel

ces deux ouvrages ont paru. Dans l'_Épître_ dédicatoire des

_Galanteries du duc d'Ossonne_, Mairet, né le 4 janvier 1604,

nous dit lui-même qu'il fit son _Marc Antoine_ à vingt-six ans,

c'est-à-dire en 1630, et il y parle de Benserade comme d'un jeune

auteur «de qui l'apprentissage est un demi-chef-d'œuvre» (voyez

tome III, p. 74, note 3). Corneille, ou du moins un de ses

partisans, blâmant ce ton dégagé, a dit dans l'_Avertissement au

Besançonnois Mairet_: «Cette _Cléopatre_ a enseveli la vôtre»

(voyez tome III, p. 75); ce qui prouve suffisamment que la pièce

de Mairet est antérieure. Suivant les Frères Parfait, celle de

Benserade est de 1635. Ce sujet avait déjà été traité plusieurs

fois avant de l'être par ces deux auteurs. On peut citer la

_Cléopatre captive_ de Jodelle, jouée en 1552; le _Marc Antoine_

de Robert Garnier, en 1568; _Les délicieux amours de Marc Antoine

et de Cléopatre_ par Beliard, imprimés en 1578; enfin la

_Cléopatre_ que Nicolas Montreux fit jouer et imprimer à Lyon en

1595.

[613] Telle est l'orthographe de toutes les éditions anciennes, y

compris celle de 1692. Voltaire donne: «du Trissin.»

[614] Antoine Montchrestien, sieur de Vasteville, auteur de

tragédies et d'un _Traicté de l'économie politique_, mort en

1621. Voyez le _Malherbe_ de M. Lalanne, tome III, p. 556 et

suivantes; et sur sa _Sophonisbe_, ci-après l'_Appendice_ II, p.

556.

[615] C'est la première fois que Corneille désigne cette pièce,

intitulée _Horace_, par le pluriel _les Horaces_, mais il ne fait

en cela que suivre une coutume qui, ce semble, était devenue

assez générale. Voyez la lettre de Chapelain citée tome II, p.

255, et le passage de Loret rapporté ci-dessus, p. 353.

[616] Voyez ci-après l'_Appendice_ I, p. 550-553.

[617] Dans les éditions de Thomas Corneille et de Voltaire: «et

sa propre vie.»

[618] Voltaire a remplacé _de_ par _à_.

[619] Tite Live, au livre XXX, chapitre XV, nous apprend, à

l'occasion de la mort de Sophonisbe, qu'un esclave de Massinisse

«avoit sous sa garde le poison tenu en réserve contre les

incertitudes de la fortune.» Voyez l'_Appendice_ I, p. 552.

[620] «Le mariage est rompu par le divorce, la mort, la

captivité....» (_Digeste_, livre XXIV, titre II, I.)

[621] C'est Appien qui raconte, au chapitre X de son _Histoire

punique_, qu'Asdrubal «avait choisi Massinissa pour gendre,» et

qu'ensuite les Carthaginois avaient marié à Syphax la fiancée de

Massinissa, à l'insu de celui-ci et d'Asdrubal, qui étaient tous

deux en Espagne.

[622] Voyez ci-dessus, _Sertorius_, acte III, scène II, p. 405 et

suivantes.

[623] Donneau de Visé s'exprime ainsi dans les _Nouvelles

nouvelles_: «L'on peut dire, si l'on compare la Sophonisbe de M.

de Mairet avec cette dernière, qu'il a mieux fait que M. de

Corneille, d'avoir, par les droits que donne la poésie, fait

mourir Syphax, pour n'y pas faire voir Sophonisbe avec deux maris

vivants et d'avoir par la même autorité fait mourir Massinisse,

qui, après la mort de Sophonisbe, ne peut vivre ni avec plaisir,

ni avec honneur.» (_Recueil_ de Granet, tome I, p. 130.)

D'Aubignac ne manque pas de répéter cette critique dans ses

_Remarques sur Sophonisbe_ (_Recueil_ de Granet, tome I, p. 150):

«Mairet avoit bien mieux sauvé cette fâcheuse aventure en faisant

mourir Syphax dans la bataille, car par ce moyen il laissoit

Sophonisbe libre, en état de se marier quand et de quelle manière

il lui plaisoit, et le spectateur ne se mettoit point en peine

des secrets de ce mariage. Et voilà comme sur la scène il est

plus à propos quelquefois de tuer un homme qui se porte bien dans

l'histoire, que de conserver l'histoire contre les règles de la

scène.»

[624] La fidélité à l'histoire, l'exactitude dans la peinture des

mœurs et des caractères, qui sont un des mérites de Corneille,

étaient peut-être ce qui déplaisait le plus à une bonne partie de

son public. Dans sa _Dissertation sur l'Alexandre de Racine_,

Saint-Évremont attribue à cette cause les critiques qu'a

soulevées la _Sophonisbe_ de Corneille. «Un des grands défauts de

notre nation, dit-il, c'est de ramener tout à elle, jusqu'à

nommer étrangers dans leur propre pays ceux qui n'ont pas bien ou

son air ou ses manières; de là vient qu'on nous reproche

justement de ne savoir estimer les choses que par le rapport

qu'elles ont avec nous; dont Corneille a fait une injuste et

fâcheuse expérience dans sa _Sophonisbe_. Mairet, qui avoit

dépeint la sienne infidèle au vieux Syphax et amoureuse du jeune

et victorieux Massinisse, plut quasi généralement à tout le monde

pour avoir rencontré le goût des dames et le vrai esprit des gens

de cour; mais Corneille, qui fait mieux parler les Grecs que les

Grecs, les Romains que les Romains, les Carthaginois que les

citoyens de Carthage ne parloient eux-mêmes; Corneille, qui,

presque seul, a le bon goût de l'antiquité, a eu le malheur de ne

pas plaire à notre siècle pour être entré dans le génie de ces

nations et avoir conservé à la fille d'Asdrubal son véritable

caractère. Ainsi, à la honte de nos jugements, celui qui a

surpassé tous nos auteurs, et qui s'est peut-être surpassé

lui-même à rendre à ces grands noms tout ce qui leur étoit dû,

n'a pu nous obliger à lui rendre tout ce que nous lui devions,

asservis par la coutume aux choses que nous voyons en usage, et

peu disposés par la raison à estimer des qualités et des

sentiments qui ne s'accordent pas aux nôtres.»

Il faut voir la lettre que Corneille adressa à l'auteur de cette

appréciation pour l'en remercier; elle contient sur _Sophonisbe_

quelques lignes intéressantes.

Les partisans de Corneille adoptèrent presque tous, au sujet de

_Sophonisbe_, l'opinion que Saint-Évremont avait si bien

développée. Chapuzeau la reproduit ainsi, en l'abrégeant, dans son

_Théâtre François_ (p. 41 et 42):

«On veut de l'amour.... La Sophonisbe qui a de la tendresse pour

Massinisse jusqu'à la mort a été plus goûtée que celle qui

sacrifie cette tendresse à la gloire de sa patrie, quoique le

fameux auteur du dernier de ces deux ouvrages (Corneille) l'ait

traitée avec toute la science qui lui est particulière, et qui lui

a si bien appris à faire parler et les Carthaginois et les Grecs

et les Romains, comme ils devoient parler, et mieux qu'ils ne

parloient en effet.»

[625] Tite Live raconte, au livre XXX, chapitre XV, que Scipion

fit venir sur-le-champ Massinisse pour le consoler, et que les

honneurs dont il le combla dès le lendemain de la mort de

Sophonisbe, calmèrent et adoucirent son cœur (_mollitus regis

animus_), et lui donnèrent l'espoir de commander à toute la

Numidie.

[626] Voyez plus loin, p. 472, note 631, et acte V, scène II, p.

538 et 539.

[627] «C'est de Quinault dont il est ici question. Le jeune

Quinault venait de donner successivement _Stratonice_ (2 janvier

1660), _Amalasonte_ (novembre 1657), (_Agrippa, roi d'Albe_, ou)

_le Faux Tibérinus_ (1661), _Astrate_ (décembre 1664). Cet

_Astrate_ surtout, joué dans le même temps que _Sophonisbe_,

avait attiré tout Paris, tandis que _Sophonisbe_ était négligée.»

(_Voltaire_, 1764.)

[628] Voyez ci-après, acte II, scène II, p. 493 et suivantes.

[629] Il y a «un équivoque,» au masculin, dans toutes les

éditions anciennes, y compris celle de 1692; Voltaire a mis: «une

équivoque.»

[630] Corneille, nous l'avons dit, ne tint pas cette promesse de

rédiger plus tard un examen de _Sophonisbe_. Le premier recueil

où il ait donné cette pièce est le supplément de l'édition de

1664, publié en 1666.

LISTE DES ÉDITIONS QUI ONT ÉTÉ COLLATIONNÉES POUR LES VARIANTES DE

_SOPHONISBE_.

ÉDITION SÉPARÉE.

1663 in-12;

RECUEILS.

1666 in-8º;

1668 in-12;

1682 in-12.

ACTEURS[631].

Œuvres de P. Corneille, Tome 06 · 第 27 / 38 段