CHAPITRE III

Principaux quartiers de Londres, Ses plus belles rues, Ses

monuments, Westminster, quartier excentrique, Le 18 juin à Londres,

Portrait de l’Angleterre.

On partage Londres en six parties principales: au centre la Cité, la

partie la plus ancienne de la ville, siège de tout le commerce, c’est le

quartier que je préfère, il me rappelle Paris par son mouvement, ses

magasins.

Westminster et West-End, quartiers de la Cour du beau monde, des

administrations, du Parlement et des gens de Justice; East-End bâti dans

la seconde partie du siècle dernier, consacré surtout au commerce

maritime; Southwark et Lambeth, quartiers des manufactures, et enfin le

quartier du Nord tout moderne et qui englobe plusieurs villages. La

ville est assez régulièrement bâtie, mais les maisons en général ne sont

pas très hautes; Londres pouvant s’étendre en surface ne cherche point à

s’agrandir en hauteur. Les plus belles rues à mon avis sont: Piccadilly,

Oxford, Regent’s-Street, Pall-Mall, Portland, Holborn, le Strand et

beaucoup d’autres dont je ne songe pas à faire la fastidieuse

énumération, les ponts sont très beaux, on cite particulièrement les

ponts de Waterloo, Westminster, Black-Friars, Southwark et le nouveau

pont de Londres; le tunnel sous la Tamise m’a fort intéressée. Les docks

qui reçoivent vaisseaux et marchandises sont magnifiques. On trouve un

grand nombre de squares fort agréables. Les parcs et les jardins sont

remarquables par leurs dimensions surtout; les plus beaux sont le parc

St-James, Hyde-Park, Régent’s-Park, Green-Park, Pall-Mall, le Vauxhall,

le jardin Zoologique. Parmi les monuments, il faut citer la cathédrale

de St-Paul, l’abbaye de Westminster bâtie sous Henri III et Edouard

Ier, sépulture des rois et Panthéon des grands hommes d’Angleterre,

les églises de St-Etienne, St-Georges, St-Martin, St-Jean, l’évangéliste

et l’église catholique des Pères de l’Oratoire à l’est de

Kensington-Muséum le plus bel édifice de la Renaissance à Londres; le

palais de l’Archevêque de Cantorbéry, les palais de St-James, de

Buckingham, de Kensington, de Carlton-House, la Tour de Londres,

ancienne prison d’Etat qui contient aujourd’hui un musée d’armes et les

joyaux de la couronne. Beaucoup d’hôtels: hôtel de la Douane, de la

Monnaie, l’hôtel de la Compagnie des Indes, la Banque, la Bourse, le

Trésor, les Universités, les hôpitaux, les prisons, les théâtres dont

les principaux sont: Drury-Lane, Covent-Garden, l’Opéra italien et le

Diorama.

Londres qui est la capitale commerciale du globe, n’était qu’une

bourgade sous les Romains. A diverses reprises elle éprouva de grands

désastres, une épouvantable famine en 1258, une cruelle épidémie en

1665, et, l’année suivante, un terrible incendie qui consuma trente

mille maisons. Cet incendie eut le même résultat que celui de 1620 dans

notre vieille capitale bretonne. Comme l’oiseau fabuleux, Rennes et

Londres sortirent de leurs cendres plus belles qu’auparavant.

Nous avons pris le chemin de fer souterrain où, entre parenthèse, on ne

respire pas très à l’aise, et nous sommes arrivées à Hyde-Park, ce

fameux Hyde-Park, dont je m’étais fait une idée magique, m’a causé une

désillusion. C’est immense, voilà tout. Les arbres ne sont pas très

beaux, et en ce moment les gazons sont brûlés, seul le lac est fort

joli, l’allée des cavaliers et des amazones offre aussi un agréable

coup d'œil; cependant la partie appelée Kensington au sud du parc est

très belle et plantée de beaux arbres, d’ormeaux principalement; c’est

dans cette partie que se trouve le palais, d’apparence bourgeoise,

qu’occupent les vieilles dames d’honneur de la Reine lorsque l'âge de la

retraite a sonné pour elles.

Le monument érigé en mémoire du prince époux est magnifique, il se

trouve dans le parc à l’endroit le plus ombreux et le plus favorisé par

la végétation. Ce monument représente le prince Albert plus grand que

nature, entouré de quatre groupes: l’Europe, l’Asie, l’Afrique et

l’Amérique. Ces statues sont en bois recouvertes de plâtre, aussi

sont-elles déjà fort abîmées quoique peu anciennes. Il est regrettable

qu’une si belle composition n’ait pas été exécutée avec le granit ou

l’airain, elle aurait pu défier les ravages du temps.

Regent’s Park me semble aussi vaste que Hyde-Park et présentant comme

lui cette même beauté simple, grandiose, cependant qu’offrent les

immenses pelouses d’émeraude et les grands arbres aux épaisses ramures,

mais à la longue cela devient un peu monotone.

«L’ennui naquit dit-on de l’informité»

et je leur préfère bien le bois de Boulogne.

Les Anglais possèdent une perle qui, je le crains, n’a pas son égal en

France. C’est Westminster-Abbey, un merveilleux palais de dentelle d’une

immense étendue, avec accompagnement de tours élevées. Il se divise

maintenant en deux parties, l’Abbaye proprement dite et le Parlement

d’une splendeur et d’une richesse hors ligne.

On ne voit que chêne sculpté, peintures, tapisseries. La chambre du

palais Bourbon paraît bien bourgeoise en comparaison de la chambre des

pairs anglais. On ne peut visiter que le samedi, et encore faut-il une

carte de lord Chamberlain.

Abbaye et Parlement ont été bâtis par les moines au temps où

l’Angleterre était l'île des saints.

L’Abbaye est aussi splendide, c’est là, comme je l’ai dit, que reposent

les rois d’Angleterre (sauf Henri VIII qui est à Windsor auprès de

Jeanne Seymour) et les grands hommes qui ont illustré leur pays. Toutes

les statues des tombeaux sont en marbre, il y a des groupes magnifiques,

le chœur est en chêne sculpté à jour. On y voit des drapeaux de bien des

pays, à commencer par les bannières des croisés, des armoiries de tous

les seigneurs anglais, enfin, tout ce qui peut flatter la vanité

humaine, l’orgueil d’un peuple le plus orgueilleux de la terre et qui se

croit le premier partout. Quelle erreur! Le veau d’or est son Dieu, et

gagner de l’argent est sa seule supériorité; c’est le fruit de son

esprit mercantile, et, de ce côté là, je reconnais qu’il est allé très

loin, mais sous le rapport des arts il n’est point en avant et sous le

rapport de l’élévation des sentiments il est fort en arrière: la bonne

foi, la justice, la vraie dignité de l’honneur et de la délicatesse le

laissent fort indifférent; l’égoïsme féroce est son guide; pourvu qu’il

arrive à son but, faire fortune, tous les moyens sont bons, la réussite

les justifie. Il dédaigne toutes les nations, et particulièrement la

France. Il faudra certainement qu’un jour ce peuple soit abaissé.

Jusques à quand, peuple farouche,

Vivras-tu de haine et de fiel?

Comme contraste, j’ai quitté Westminster pour parcourir en voiture un

quartier excentrique, un de ces quartiers où jamais millionnaire n’a

songé à habiter. A l’extrémité orientale de Londres se trouvent des

régions très vastes, très peuplées, très mal connues, et dont la

réputation n’est pas bonne.

«Toute cette partie est une _métropolis_ à part--celle du travail

manuel--aussi énorme, plus extraordinaire que l’autre, qu’elle fait

vivre, qu’elle ignore et qui ne la connaît pas--ou qui la découvre par

les divinations intermittentes de la charité privée.

Whitechapel est surtout le quartier du travail. Les métiers surabondent

dans le fourré de ruelles qui écoulent sur la grande rue, dans les soirs

d’été, une population drue, pullulante, énervée, secouée par des besoins

d’espace, d’air, de tapage et de divertissement. Les femmes y portent

souvent des chapeaux à plumes avec des caracos d’indienne troués, et

c’est d’une esthétique fâcheuse.

A mesure que l’heure s’avance, les retardataires retrouvent les

noctambules sur les trottoirs ou dans le ruisseau.

Hommes et femmes se rejoignent dans les tavernes, c’est là qu’ils vont

finir la journée et ce spectacle n’a rien de réjouissant ni de

rassurant.»

Du côté de la cité il y a aussi des quartiers infects tout ce qu’on peut

imaginer de plus horrible, sorte de cour des miracles comme autrefois à

Paris. A moins d'être en nombre, les policemen même n’osent pas y aller;

un ou deux s’aventurant là n’en reviendraient pas, on les ferait

disparaître suivant l’expression de Suzette, comme de simple muscade.

Je trouve que la cuisine laisse fort à désirer. Pour bouillon on vous

sert du Liebig qui ressemble à de la colle un peu claire et on vous vend

cet empoisonnement quarante-huit sous, et quelle patience il faut: on se

met à table à sept heures et l’on mange à huit. Volontiers j’écrirais

comme Voltaire qui revenait furieux d’avoir si mal mangé en Angleterre:

«C’est à Londres qu’il faut aller pour jeûner, et que penser d’un peuple

qui compte quatre-vingt-dix cultes et une seule sauce!» N’est-ce pas M.

de Lauraguais qui disait à son retour de Londres: «l’Angleterre, c’est

un pays où il n’y a de fruits mûrs que les pommes cuites, et de poli que

l’acier, et il ajoutait pour compléter le tableau: à Londres il fait

huit mois d’hiver et quatre mois de mauvais temps.» Sans doute ce sont

là des boutades fort spirituelles, mais aussi fort exagérées. Il y a eu

chez nos voisins progrès dans l’art culinaire comme en toutes choses,

cependant le sceptre de la cuisine raffinée reste à la France comme le

sceptre de la mode. Pour tout ce qui est futile et charmant à la fois,

nous n’avons pas de rivaux.

Aujourd’hui je ne trouve plus exagéré ce qu’un ami m’écrivait de Londres

à la date du 18 juin:

«Les Anglais sont en liesse ces jours-ci: ils appellent ces petites

fêtes le culte des gloires nationales; en fait de gloires, les Anglais

ne sont pas difficiles. Ils célèbrent chaque année l’anniversaire de la

_défaite_ de l’Armada, détruite par une tempête en 1588; de plus, ils se

sont adapté Waterloo, comme ils se sont adapté les romans, les pièces de

théâtre... Leurs histoires _ad usum studiosæ juventutis_ feraient la

joie de l’univers si l’on s’amusait à la lire de l’autre côté de la

Manche. Ce ne sont que succès, ce ne sont que conquêtes et l’on se garde

bien de mentionner qu’on était cent contre un dans ces lâches coalitions

décorées du nom de victoires. Parlez-moi de la gloire de l’armée

anglaise en Zoulouland, chez les Boers, en Egypte... Voilà de vrais

succès, et bien digne de la grande nation désagréable.

«Quant à la bataille d’Yorktown, ce Waterloo anglais, qui, en 1791, a

assuré l’indépendance de l’Amérique, les historiens du _jingoism_

daignent à peine en parler... Ce système, du reste, a du bon, puisqu’il

donne ici à la jeune génération cette absolue confiance en soi, ce

mépris inouï pour le reste du monde, ce souverain dédain pour tout ce

qui n’est pas l’Angleterre.»

«Aujourd’hui Waterloo-Day, une trentaine de régiments, les Horse-Guards,

les Coldstream Royal Highlanders, etc., etc., ont paradé solennellement;

tous leurs drapeaux sont cravatés de guirlandes de laurier. Ce soir, les

officiers banquetteront ferme, dans les casernes l’on chantera force

couplets patriotiques sur l’air-scie de _Ta-ra-ra-Boom! de ay!_

Et ces petites fêtes recommencent souvent, il n’y a d’ailleurs pas de

raisons pour que cela finisse.

«Le 18 juin il faut absolument que l’Angleterre se _gobe_. Avec un tact

infini, tous les insulaires que j’ai rencontrés aujourd’hui m’ont lancé

ce brocart: _What about the battle of Waterloo?_»

«Il n’y avait qu’une chose à leur répondre: _What about the battle of

Yorktown?_ cela ne rate jamais son effet. _It is a tit for tat. It shuts

them up._ Cela leur rive leur clou.»

«L’étranger qui arrive à Londres et qui débarque à Waterloo-station,

prend un cab qui traverse Waterloo-Street, Waterloo-Place,

Waterloo-Bridge et qui le conduit à Waterloo-Hôtel, Waterloo-Square.

Dans l’antichambre ou hall, une réduction du Lion de Waterloo; dans les

chambres à coucher, des bustes de Wellington; dans la salle à manger,

des tableaux représentant l’armée française en déroute. Au menu du dîner

figurent des bombes... glacées à la Waterloo, et si avant de vous

coucher vous désirez prendre un verre de vin mousseux, votre

stupéfaction ne connaîtra plus de bornes, quand le garçon vous apportera

une bouteille revêtue de l’étiquette: _Waterloo-Champagne!_»

«C’est un vrai cauchemar. On rêve de Waterloo toute la nuit et quand

vous vous éveillez le matin, on vous apporte du _Waterloo-chocolate_, du

_Waterloo-soap_ pour vous laver les mains, vous trouvez le plan de la

bataille jusque dans les W...-C..., et pour comble le chien de l’hôtel a

nom... _Waterloo!_ Et il n’est pas muselé!»

«Quelle douce chose que cette confiance en soi, qui fait de

l’Angleterre, qui n’a pas d’armée, une nation forte; qui fait de

l’Angleterre, qui n’a pas de religion, une nation croyante; qui fait de

l’Angleterre, qui n’a pas de mœurs, une nation très morale (à la

surface); qui fait de l’Angleterre, qui n’est pas monarchique, une

nation essentiellement dévouée à la dynastie victorienne.»

Décidément, Paris et Londres sont deux villes bien différentes et qui ne

se copient nullement. Même contraste existe dans le caractère des deux

nations: le fond du caractère français est plein de bonhomie, le fond du

caractère anglais est plein de morgue. En France, les jeunes filles sont

surveillées; en Angleterre, elles sont libres, une fois mariées leur

situation respective change, les jeunes femmes françaises deviennent

libres, et les jeunes femmes anglaises cessent de l'être.

Le cocher parisien prend sa droite et s’asseoit sur le devant de la

voiture, le cocher anglais prend sa gauche et s’asseoit derrière sa

voiture pour la conduire.

Paris est une ville agglomérée, Londres est une ville très espacée;

l’aspect de Paris, bâti en pierres blanches, est gai; l’aspect de

Londres bâti en pierres et briques rouges, est sombre; à Londres les

maisons sont basses et habitées par famille, à Paris elles sont hautes

et habitées par étages. Les besoigneux de Paris en parlant du

Mont-de-Piété disent «ma tante», ceux de Londres disent «mon oncle.»

Les Anglais sont froids mais polis, les gens de service sont bien stylés

et les gens du monde surtout lorsque vous leur avez été présentés sont

remarquables par leur serviabilité. Ceci est l’Anglais pris

individuellement, car, en principes, l’Angleterre est l’ennemie de la

France. Elle lui a toujours été contraire et souvent néfaste. C’est elle

qui, après avoir ameuté toute l’Europe contre Napoléon Ier se chargea

simplement de le mettre en prison à Sainte-Hélène. Sous Louis-Philippe

elle témoigna la même hostilité sourde à la France: par exemple elle la

trouva bonne pour faire la guerre de Crimée et y dépenser son or, son

sang et lui rendre service, mais en 1870 quand elle nous vit écraser par

l’Allemagne, elle ne nous accorda pas une seule petite note

d’intervention diplomatique; impassible, elle assistait à nos désastres

avec calme et sérénité.

«Prendre la défense de la France: Oh! no, no, je n’y ai aucun profit,

répondait la juste et tendre Albion. On le sait, d’ailleurs, les Anglais

ne se batteront jamais pour un principe, pour une idée chevaleresque;

mais, pour leur seul intérêt.

Mettez-vous en avant, mes petits amis, disent les Anglais aux autres

peuples, brûlez-vous les doigts pour rôtir et peler les marrons, nous

nous trouverons à point pour les manger ensuite.

Gaspard de Saulx-Tavannes écrivait, dès 1546, ce qui suit:

«Les Anglais se sont conservés en troublant leurs voisins. Il y a trente

ans qu’ils entretiennent la guerre civile en France et en Flandre,

désirant épuiser l’argent de l’un et de l’autre, et voilà trente ans

aussi qu’ils meuvent les guerre entre les Espagnols et les Français,

sèment, dilatent, embrasent le feu et le sang en la maison d’autruy pour

faire prospérer la leur.»

«Trois siècles ont passé sur cette définition de la politique anglaise

sans l’affaiblir: voilà ce qu’elle était hier, voilà ce qu’elle est

aujourd’hui, voilà ce qu’elle sera demain.»

Je termine mon chapitre par cet autre portrait si vrai de l’Angleterre.

«Le peuple romain fut guerrier, théologien et légiste; le peuple anglais

est un peuple de commerçants, de jurisconsultes et de théologiens.

«L’un et l’autre sont esclaves des formules religieuses et des formules

légales, à tel point qu’ils n’osent former la plus légère entreprise

sans leur appui.

«Mais donnez-leur une formule ou une interprétation même pharisaïque,

qui les mette en paix avec leur conscience, et vous les verrez tenter

les usurpations les plus prodigieuses, commettre les crimes les plus

horribles.

«Pour le peuple anglais, il n’existe que deux races dans le monde: la

race humaine et la race anglaise, la première, abjecte, la seconde, très

noble.

«Dieu mit la race humaine en possession de tous les continents et de

toutes les mers, puis il créa la race anglaise pour la mettre en

possession de la race humaine.

«Quand le peuple anglais ouvre la main et prend un empire, comme l’aigle

ouvre sa serre et prend une colombe, vous avez beau chercher, vous ne

trouverez pas sur sa physionomie la trace que laisse le remords sur la

face de l’usurpateur, mais, au contraire, vous y remarquerez le signe de

satisfaction d’un homme qui recouvre son bien.

«En entrant dans une ville qu’il met à feu et à sang, le peuple anglais

est plus sûr de son droit que la cité même qui se défend contre lui.

«Ce peuple est le symbole de l’égoïsme humain en adoration devant

lui-même et élevé par l’extase à sa dernière puissance.

«Et que va faire en Italie ce grand peuple avec son égoïsme

gigantesque?

«Il y va faire ce qu’il fait en Portugal, en Espagne, en Grèce[9].

«Il va jeter les bases de sa domination sur les ruines des autres

dominations.»

Voilà le portrait.

Quel est le peintre?

Donoso Cortès, dans son appréciation du règne de Pie IX.

Voyages loin de ma chambre t.1 · 第 94 / 161 题