Mes impressions sur Londres à vol d’oiseau.
Londres au premier aspect me paraît cent fois moins joli que Paris: il
n’y a ni quais ni boulevards, le fourmillement des grandes rues et le
grouillement des petites n’arrivent pas à lui donner l’air gai. Les
magasins sont moins beaux, presque tous restent fermés le soir, été
comme hiver; la boue et la poussière sont noires, la brume aussi tant
elle est imprégnée de toutes les fumées vomies par des milliers de
cheminées; l’hiver la boue est encore plus noire et le brouillard plus
épais. On vit alors à la lumière des lampes et de bec de gaz, jour et
nuit. Nous sommes en été, mais je comprends que l’hiver Londres soit la
ville des ténèbres et du _spleen_. Beaucoup de rues sont pavées en bois;
les trottoirs sont larges, les principales artères le sont également,
mais de ces belles rues on aperçoit de droite et de gauche d’horribles
ruelles où glapissent des enfants en haillons, où des hommes et des
femmes de mauvaise mine étalent une pauvreté indescriptible et que je
n’ai jamais rencontrée à Paris. Ah! c’est ici que les extrêmes se
touchent! Quel contraste effrayant! L’excessive richesse et l’excessive
misère se coudoient dans cette ville immense, la plus grande de
l’Europe, la plus importante cité commerciale du monde et qui renferme
quatre millions d’habitants.
La ville n’étant pas entourée de murs on y comprend d’énormes faubourgs
et des villages contigus.
Londres renferme quantité de sociétés savantes: universités, écoles de
droit, académies pour les arts et pour les sciences, les hautes cours
judiciaires, les ambassades, des bibliothèques, des musées, des
galeries, des collections en tout genre. Je n’ai point la prétention de
visiter tout cela, il faudrait des mois. Je compte me promener à mon
gré et ne suivre que les caprices de ma fantaisie sans itinéraire tracé.