Plages rocheuses de St-Pierre-le-Port, La baie du moulin Huet; Les
deux villas St-Georges et Roseinheim.
Tout en admirant la belle étendue de mer qu’on a sous les yeux, on songe
à se baigner. Je comptais prendre un ou deux bains, mais il n’y a pas,
à proprement parler, de plage à St-Pierre. La côte est rocailleuse, et
il serait dangereux de se baigner; il faudrait aller chercher ailleurs
quelque crique favorable, j’y renonce.
De loin, Guernesey se développe en éventail fleuri. De près: c’est une
montagne qu’il faut toujours gravir ou descendre.
J’ai fait une charmante promenade à la baie du moulin Huet, où je n’ai
pas vu trace de moulin. Cette baie splendide donne le frisson quand on
arrive, la mer y fait un fracas épouvantable, elle a des airs de colère
qui font peur; de plus, il y a des rochers si étrangement découpés par
le temps que l’on croit voir des bateaux sombrant et des naufragés
s’accrochant pour ne pas périr.
J’ai aussi visité deux villas remarquables: St-Georges, l’une des plus
jolies de l'île, et, dans la paroisse St-André, Roseinheim, avec des
serres étonnantes et une décoration toute orientale; aspect très
fantaisiste, plein de soleil et de couleur.
Les jardins sont ornés de vasques, de statues, les bosquets garnis de
coussins multicolores, et superposés les uns sur les autres avec
cordelières autour et glands aux quatre coins: ils semblent inviter au
repos. Défiez-vous, ils sont un peu durs; en revanche, ils ne craignent
ni la pluie ni le soleil: ils sont en faïence.
Les serres sont remplies de grappes vermeilles dont on ferait volontiers
un repas.
C’est une tentation à laquelle il faut résister, sans que la morale du
renard soit une consolation. Non, ces raisins ne sont pas verts; non,
ces raisins ne sont pas pour des goujas, ils seront mangés par des
princes.